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La bataille du porche

Sorti le 22/04/2009, compilé dans le Volume 11

Histoire :


Le visage de Berg passe par toutes les variantes possibles du blanc tandis qu’une épaisse sueur se met à lui couler le long de la colonne vertébrale. Engal en profite pour tenter de s’éloigner, mais plus par reflexe qu’autre chose, Berg lui agrippe le bras, les yeux toujours rivés sur l’entrée du CREAE.


(Berg) : S’il lui arrive quelque chose, je suis mort.

Berg, tenant toujours un Engal désespéré par le bras, se retourne en direction d’une troupe d’élite qui semble lui servir de garde rapprochée. Les militaires sont sérieusement armés et équipés d’uniformes renforcés par des plaques d’armures qui semblent aussi légères que résistantes.

(Berg) : Unité Vengegarde, Monsieur Opitz vient de pénétrer à l’intérieur du CREAE.

N’attendant pas de voir l’effet de sa déclaration sur le visage de ses troupes, Berg pointe le bâtiment d’un doigt tremblant.

(Berg) : Rattrapez le avant qu’il ne mette toute l’opération par terre.

Les soldats se regardent entre eux d’un air surpris, marmonnant quelques mots les uns aux autres. Un des militaires, qui semble être un gradé, s’avance alors d’un pas prudent vers le général Berg qui est passé au rouge cramoisi face à la non-réactivité de l’escouade qu’il vient d’interpeller.

(Gradé) : Général Berg, sauf votre respect, si nous poursuivons Monsieur Opitz, l’Ordo Arakis va croire à une incursion dans le bâtiment et reprendre son massacre punitif… nous avons déjà essuyé de lourde perte et…

(Berg) : JE NE VEUX PAS LE SAVOIR !!

L’étreinte du général paniqué se referme sur le bras d’Engal qui serre les dents pour ne pas lâcher un hurlement de douleur. Visiblement, dans sa colère et son angoisse, le général a complètement oublié qu’il tenait le mage déguisé et se sert de lui comme d’un antistress. Le gradé a un mouvement de recul face à la réaction violente de son supérieur qui décide d’essayer de se calmer face à ce retrait craintif.

(Berg) : Le CRTN, dirigé par Monsieur Opitz, est l’actionnaire numéro 1 de l’ADT et du CREAE. C’est la raison de sa présence ici, d’ailleurs. Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête lorsqu’il est rentré dans cet enfer, mais vous devez me le ramener ici vivant et entier… peu importe la réaction de l’Ordo Arakis.

(Gradé) : Mais… ils vont exécuter les otages…

Berg avale à sec face à cette possible vérité et baisse la tête, honteux. Engal réprime une envie folle de hurler son indignation face à la décision qui se prépare sous ses yeux et qui se fait de plus en plus évidente.

(Berg) : … ramenez Monsieur Opitz… c’est le plus important pour l’instant…

Le gradé baisse la tête, les joues légèrement empourprées. Il se lit sur son visage la même expression indignée qui est gravée sur celui d’Engal mais il tourne finalement les talons en direction de sa troupe de choc et donne ses ordres en deux trois mots. Engal voit une expression horrifiée se dessiner sur le visage de certains soldats, mais tous se mettent en marche quasi immédiatement. Le mage serre les dents et se déloge d’un geste sec de l’étreinte de Berg, qui tourne vers lui un regard surpris, comme s’il avait oublié sa présence jusqu’à maintenant.

(Engal) : Comment pouvez vous donner cet ordre ?!

(Berg) : C’est malheureux, il est vrai… mais il est de mon devoir de prendre parfois des décisions qui me répugnent moi-même.

(Engal) : Arrêtez de vous protéger derrière des mensonges. Vous savez très bien que vous auriez pu agir autrement… c’est pour votre poste que vous vous inquiétez, et pour rien d’autre !! Encore moins pour ces otages que vous sacrifiez et pour vos hommes que vous venez d’envoyer au massacre !

Ayant lâché ces mots, Engal se détourne, courroucé, du général Berg qui le contemple avec une expression où se mêle malaise, incompréhension et fureur. Sans bouger, il l’interpelle de loin.

(Berg) : Pour qui vous prenez vous, à me juger de la sorte, soldat ?

Engal hausse les épaules et continue à s’éloigner sans se retourner vers lui.

(Engal) : Pour l’un de ces milliard d’êtres humains que des gens comme vous sacrifient à « la bonne cause ».

Ayant lâché ses mots, Engal continue d’avancer sur les traces de la troupe qui se dirige vers l’entrée du CREAE et se joint instinctivement à elle, décidant de profiter de cette occasion pour pénétrer dans le bâtiment. Les soldats qu’il rejoint lui lancent pour la plupart un regard perplexe mais aucun n’ose émettre la moindre objection, voyant dans ce ralliement une sorte de geste symbolique.
La troupe approche à quelques mètres de l’entrée du bâtiment qui se présente sous la forme d’un immense porche d’une dizaine de mètres de haut, très austère, uniquement recouvert, en lettres d’argent, du nom détaillé du bâtiment : Centre de Recherche en Electronique et Armement d’Eidolon. Puis, juste en dessous se tient une plaque dorée luisant à la lumière du soleil : «Entrée principale».


(Engal) : *Quitte à faire mon entrée, autant que ce soit par la grande porte.*

Raven observe d’un air surpris la petite troupe qui se dirige vers l’entrée du bâtiment. Presque immédiatement, il jaillit un bruit sourd et puissant des turbines de l’arme de Vulcan, que ce-dernier vient d’activer. Raven se retourne immédiatement vers le duo de tueurs de l’Ordo Arakis, qui contemple la troupe de soldats d’un air presque gourmand.


(Raven) : Vous allez vous calmer, oui ? Ces soldats ne sont pas assez bêtes pour tenter une entrée alors qu’ils savent que nous sommes à quelques mètres d’eux.

Sphinx pousse un ricannement à moitié étouffé en resserrant son emprise sur la garde de sa faux. D’un signe de la tête, il demande à Raven de reporter son attention sur le groupe en progression.

(Sphinx) : On dirait bien que si. Héhéhé.

(Raven) : Restez là pour l’instant et n’intervenez que lorsque je vous le dirai.

(Sphinx) : Tu commence à me les chauffer, samurai de mes deux ! On a pas à t’obéir.

Raven plaque sa main d’une manière ferme contre le poitrail de Sphinx, le bloquant dans son mouvement d’initiative qui allait lui faire quitter le couvert. Le tueur semble réellement perdre patience, car sa faux exécute un moulinet qui vient la placer juste contre la gorge de Raven. Mais ce-dernier ne bronche même pas d’un millimètre.

(Raven) : Vas y, fais moi ce plaisir : tue moi ! Assassine l’un de tes compagnons et transgresse la plus grande loi fixée au sein de l’Ordo Arakis. Et où que je sois à ce moment là, je me délecterai avec une joie que tu n’imagine même pas du sort que Rufus te fera subir.

Le visage de Sphinx se décompose et il avale à sec, délogeant sa faux de sous la gorge de Raven. Ce-dernier pousse un soupir de détachement et s’éloigne de ses deux compagnons.

(Raven) : Restez là pour l’instant, d’accord ?

Ne regardant même pas les deux compères opiner doucement du chef, Raven se détache du couvert et se retrouve quasi-instantanément en vue du groupe de soldat en progression, tout en s’arrangeant pour rester hors du champ de vision des autres militaires restés en arrière. Il redresse ses bras au-niveau de sa tête, montrant qu’il n’a pas dégainé d’arme. Mais le groupe de soldats le met immédiatement en joue, ne faisant pas preuve d’autant de self-control que lui. Seul le gradé et Engal sont restés quasi-impassibles, toutefois surpris de ce contact presque « pacifique ».

(Raven) : Je n’avancerai pas plus avant, si j’étais vous. J’ai avec moi deux compagnons qui n’attendent qu’une bonne raison pour vous mettre en pièces… et je pense que vous avez déjà vu qu’avec eux cette expression n’est pas une image.

Le gradé fait baisser les armes de ses compagnons d’un simple geste de la main, mais le stress reste nettement visible sur leurs visages à tous, et leurs mains restent fermées sur leurs armes.

(Gradé) : Un haut dignitaire civil s’est aventuré seul dans le bâtiment pour une raison inconnue. Nous avons pour ordre de le retrouver et de le ramener vivant à l’extérieur.

(Raven) : Nous sommes au courant de la présence d’Opitz dans le bâtiment.

Aucun des soldats n’est capable de réfréner l’expression de surprise qui les anime.

(Raven) : Notre chef attend de le rencontrer avec une certaine impatience et nous avons reçu pour ordre d’empêcher toute interférence.

(Gradé) : Les ordres que j’ai reçu de mon côté ne peuvent s’accorder à vos volontés. Nous ne pouvons revenir sans lui. Et nous ne reviendrons pas sans lui !

(Raven) : Je vois… vous êtes décidés, alors…

Raven redresse simplement le bras en agitant la main, comme pour inviter d’autres personnes à le rejoindre. Et c’est bien sûr ce qui arrive : Vulcan et Sphinx jaillissent de derrière le tank en ruines, toutes armes dehors. Chacun d’entre eux se place d’un côté et de l’autre de Raven qui porte ses mains aux manches des deux katanas qui ornent sa ceinture. Les soldats redressent leurs armes en direction de ce trio d’adversaire, le gradé y comprit. Engal, quant à lui, porte la main à la garde de son épée, fronçant les sourcils pour déterminer la meilleure façon de se tirer de ce guêpier. Son regard se focalise sur l’arme de Vulcan.

(Engal) : *J’ai vu ce jouet faire mouche tout à l’heure. Il lui suffira d’un tir pour tous nous envoyer ad patres…*

Alors que cette pensée le quitte, le bruit de chauffe de cette fameuse arme se fait entendre tandis que de l’autre main, le colosse fait apparaître une muraille de flammes entre les deux groupes de combattants. Sans même que le gradé n’ait à le demander, tous les militaires font feu sans distinction. Mais leur cible est devenu unique : seul Vulcan se tient de l’autre côté de la barrière de flammes et les balles ne semblent pas en mesure de l’atteindre. Soudain, l’un des militaires à la gauche d’Engal s’effondre en hurlant, ses deux bras tranchés. Un peu plus loin, Raven fait son apparition, ses katanas sanguinolents dans chaque main. De l’autre côté, c’est la tête d’un soldat qui se détache sous le coup de faux furieux et précis de Sphinx. La vie d’un deuxième homme s’éteint presque immédiatement dans une giclée de sang et un grand éclat de rire sadique. Engal concentre sa magie dans sa main libre, ses oreilles captant avec de plus en plus de netteté le son menaçant et grondant de l’arme de Vulcan. Un homme s’effondre juste à côté de lui, une large taillade lui barrant le torse, son armure pourtant si résistante tranchée nette comme du beurre. Un courant d’air frôle la joue du mage qui a juste le temps de relever sa propre lame pour parer le coup. Raven se tient face à lui, ses deux lames plaquées contre la sienne.

(Raven) : Toi… tu n’es pas des leurs, je me trompe?

(Engal) : Plus tard la parlote. Sharoz’leona, la foudre blanche !!

Engal porte sa main chargée de magie rejoindre l’autre au niveau de la garde de son épée, lâchant toute son énergie électrique dans celle-ci. Touché d’un gros coup de jus, Raven est expulsé cinq mètres en arrière, renversant un militaire paniqué sous son poids. La lame de son épée toujours chargée à bloc, Engal l’abat violemment dans le vide en direction de Vulcan, lâchant un véritable torrent de foudre en direction du colosse. Les flammes se déchirent littéralement sous la puissance du sort, ouvrant une véritable fenêtre de vide sur lui au travers de laquelle les tirs des militaires semblent soudainement passer. Une balle ricoche contre l’énorme gantelet du prêcheur, tandis qu’une autre se plante dans son épaule. Mais tout cela n’est rien à côté de la foudre qui percute violemment l’arme de tir du géant et la fait littéralement griller sur place. Les cheveux de Vulcan se redressent sur sa tête et il est soudainement projeté en arrière, son arme détruite et fumante, son épaule saignant du tir qu’elle a encaissée. Une expression de rage se lit sur le visage qu’il redresse et les flammes comblent immédiatement l’ouverture produite par Engal. Le mage tombe alors un genou à terre, une grimace de douleur imprimée sur le visage. Il se tient les cotes : ses blessures viennent soudainement se rappeler à lui. La voix grondante et imposante du colosse vient lui chatouiller les oreilles.

(Vulcan) : Comment oses-tu t’opposer à mon jugement divin, pauvre cloporte ?

Vulcan tend sa main libre droit devant lui et le mur de flammes se distord soudainement en un véritable cône brûlant et tourbillonnant dont la pointe est fixée droit sur Engal. Ce-dernier ne peut qu’écarquiller les yeux avant qu’une véritable vague de flammes à la précision mortelle ne s’abatte sur lui. Le mage ferme les yeux et se couvre le visage de sa main, serrant les dents face à la force brûlante qui s’apprête à le submerger.

(Engal) : *Et… ?*

(Vulcan) : Qu… Quoi ?

Les flammes semblent avoir rencontré un obstacle invisible sur leur chemin et se dispersent dans l’air, suivant la courbure d’un objet qui devrait être présent mais qui pourtant ne l’est pas. Sous l’effet de la chaleur, des vagues lisses laissent entrevoir une sorte de machinerie dotée d’un camouflage optique. Engal entrouvre les yeux et face à lui se dresse ces flammes mourantes contre du vide, prenant alors la forme d’une sorte de corolle diffuse se dispersant dans l’air. Les affrontements alentours se sont arrêtés face à ce spectacle incroyable. Sphinx, sa faux encore plantée au travers du corps d’un militaire, son visage barré d’un rictus coincé sur l’instant, plonge son regard sur cette inexplicable intervention. Les yeux d’Engal s’écarquillent soudainement lorsqu’il voit les traces des quatre impacts enfoncés dans le sol, comme si un quadrupède de plusieurs tonnes avait bondit et atterrit à cet endroit précis.

(Engal) : Ca y est, le voilà… c’est…

Et comme pour répondre à sa place, Oy désactive son camouflage optique, présentant à tous son horrible beauté mécanique.

(Raven) : Qu’est ce qu… ?

(Engal) : FOUTEZ TOUS LE CAMPS !!!

Alors qu’il lâche ces mots, le sifflement aiguë, synonyme de mort, se fait soudainement entendre et une énorme gerbe de sang, dont la provenance ne peut être distinguée, jaillit au milieu du groupe de combattants. En un grincement métallique, les canons jumelés d’Oy se mettent alors à faire feu sans distinction dans la foule toute proche…

Chapitre 97 Chapitre 99

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