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Le rêve insolent II : Émancipation

Sorti le 18/03/2009, compilé dans le Volume 11

Histoire :

Les larmes de Samantha se sont arrêtées au moment où Almee a fait son arrivée. Enfin l’objet de leur quête leur est apparu et tout ce qui compte pour elle c’est que Vladimir l’agrippe, le jette sur son épaule et qu’ils s’enfuient tous les trois d’ici. Mais voilà que maintenant c’est Almee qui menace Vladimir de son arme et à nouveau elle ne sait plus quoi faire. Son regard se pose sur le corps inanimé de Sayam, la renvoyant à sa propre bestialité, et elle frémit de peur et d’incompréhension. Elle tourne un visage désincarné vers Almee, comme si elle saisissait la situation et qu’elle désirait voir le katana pointé vers elle.

(Samantha) : Almee… c’est moi qui…

Mais Vladimir lui attrape soudainement la main et lui coupe ainsi la parole. Ses yeux sont toujours plongés dans ceux d’Almee, mais il n’est pas complètement déconnecté de ce qui se passe alentour.

(Vladimir) : Almee… baisse cette arme.

(Almee) : P…pourquoi je ferai ça ?

Un tremblement perceptible parcourt la lame, témoignant de l’état de déchirement dans lequel se trouve Almee. Son regard se porte sur le corps de Sayam et sa poigne se raffermit sur le manche de son katana, mais à peine croise-t-il le visage de Morlan qu'il se remet à trembler comme une feuille, sans toutefois pouvoir modifier son expression de colère. Il ferme finalement les yeux et pousse un profond soupir, comme pour évacuer la pression, après quoi il se raidit et affermit sa position en rapprochant sa lame de la gorge du professeur.

(Vladimir) : Ce n’est pas… ce que tu crois…

(Almee) : ET QU’EST-CE QUE JE CROIS ?!!

Plus par réflexe qu’autre chose, Vladimir se laisse choir sur le côté, esquivant de justesse la pointe de la lame qui poursuit son mouvement jusqu’à se planter dans le sol. Samantha écarquille les yeux et recule de quelques mètres tout en fixant Almee, affichant une expression de terreur mêlée de déception à son égard. Une sueur froide parcourt le réploïde, qui ne semble pas se rendre compte de ce qu’il vient réellement de faire. Vladimir tourne vers lui des yeux tremblants. Almee n’apprécie pas du tout ce qu’il lit dans ce regard.

[Flashback]

Almee est assit sur une banquette de cuir pâle, dans une salle d’attente d’une blancheur immaculée. Il est vêtu d’une unique tunique blanche, qui ressemble un peu à une chemise d’hôpital, avec son ouverture dans le dos. Almee a l’air profondément triste, il regarde ses mains d’un air absent. Une porte-sas s’ouvre sur le côté, fendant l’espace. Son père fait son entrée, vêtu d’un élégant costume noir qui jure par un contraste presque effronté avec le reste de la décoration monocolore de la pièce. Almee n’ose regarder son père dans les yeux, fixant toujours ses mains.

(Almee) : Ils vont venir me chercher d’une minute à l’autre… et après…

(Père) : Et après tu subiras ce que tu dois subir pour la faute que tu as commise. Tu préfère la peine de mort peut être ?

Almee pousse un ricanement détaché qui semble irriter son père au plus haut point. Il se gonfle dans son costume, le remplissant entièrement, comme s’il tentait d’en faire exploser les boutons d’un coup d’élargissement thoracique.

(Almee) : Au final… est-ce pire ? On va faire de moi une machine… je vais peut être perdre tout ce que je suis. Mes souvenirs… ma personnalité… ma vie…

Le père d’Almee pousse un soupir de détachement et plonge ses mains dans ses poches. Quelques instants s’écoulent sans que personne ne rompe le silence pesant qui s’est instauré entre eux. Finalement, le père se détourne du fils et se dirige vers la porte-sas qu’il a précédemment emprunté pour rentrer dans la salle. Almee, trop honteux, n’ose même pas le suivre du regard. L’homme s’arrête finalement à la sortie et tourne une nouvelle fois la tête vers le futur réploïde.

(Père) : Bonne chance… et au revoir.

Almee se redresse alors subitement et se tourne vers lui, un doute affreux lui tordant soudainement les entrailles à l’audition du ton sur lequel viennent d’être prononcés ces mots.

(Almee) : P… père ? Quand tout cela sera terminé… je reviendrai à la maison, n’est ce pas ? Nous nous retrouverons ?

(Père) : Non…

Devant l’indifférence avec laquelle son père prononce cette injonction, Almee cède au désespoir et fond en larmes, ne trouvant pas les mots.

(Almee) : Mais… qu’est ce que je vais devenir… je… ne m’abandonne pas… je suis ton…

Le regard qu’il lui lance alors lui noue les cordes vocales. C’est un regard où se mêle de l’incompréhension, du dégoût, une profonde sensation de rejet et de honte : un regard qui efface toute trace de peine derrière un écran de détachement répugné et déçu.

(Père) : Non. Tu n’es plus mon fils.

Et alors qu’il lâche ces mots qui raisonnent dans l’esprit d’Almee comme une balle perdue qui lui aurait explosé le crâne, la porte-sas se referme devant ce père qui vient de le renier, effaçant son image nettement, comme une consécration physique de la vérité qu’il vient de faire naître par les mots. Almee tombe à genoux et porte ses mains à son visage, pleurant abondamment entre ses doigts, fils abandonné, seul… désespérément seul. Et seul lui reste en mémoire ce dernier regard lancé par son père avant qu’il ne prononce les mots horribles qui mirent fin à sa vie familiale.

[Fin du flashback]

Ce regard Almee le retrouve aujourd’hui au fond des yeux de Vladimir, et le flot d’atrocités qu’il lui rapporte manque de peu de le faire vomir. Entre honte et rage, Almee ne sait que choisir. Son regard se porte sur le corps blessé et souffrant de Sayam, sa respiration difficile, ses muscles engourdis, encore parcourus de légers spasmes… et le choix tombe alors.

(Vladimir) : Est-ce que tu te rends compte de ce que tu viens de faire ?

L’expression inscrite au fond des yeux d’Almee lorsqu’il retourne son visage vers Vladimir lui fait immédiatement comprendre qu’il est parfaitement conscient de ce qu’il vient de faire, et qu’il est également prêt à recommencer.

(Almee) : Et toi, tu te rends compte de ce que tu as fais ?

(Vladimir) : Je t’ai déjà dis que ce n’était pas… que…

(Almee) : « Que »? « Que »? « QUE »?! « Quequequequeque »??? Un problème d’élocution, PROF ?!

Insistant sur ce dernier mot, il se saisit de la garde de sa lame et la redresse immédiatement en un arc de cercle que Vladimir évite plus parce qu’Almee a mal visé que par une véritable chance. Mais le professeur n’a pas le temps de se remettre de cette effroyable surprise qu’un nouveau coup plonge sur lui. Vladimir se protège de son avant bras, un sifflement strident se faisant immédiatement entendre.

(Vladimir) : *Espérons que ça sera suffisamment résistant*

La lame du katana rebondit contre le bras de Vladimir en un tintement clair et inquiétant, repoussant les deux combattants d’un côté et de l’autre. Visiblement, la combinaison a encaissé le coup… mais à l’idée qu’il serait sans doute mort s’il n’avait pas eu la présence d’esprit de la porter, Vladimir semble perdre pied.

(Vladimir) : Tu… tu as essayé de me tuer…

Almee a un mouvement de recul, comme si cette accusation lui explosait au visage en une vérité à laquelle il n’aurait jamais pu prêter foi quelques minutes auparavant. Il sait que Morlan a raison, et un sentiment de honte intense lui ravage les entrailles. Mais il voit le corps de Sayam étendu au sol, et ce regard que lui porte Vladimir… le même regard que son père. Et la haine l’emporte une nouvelle fois.

(Almee) : Et alors ? Pourquoi pas ?

(Vladimir) : Mais… tu te rends compte de ce que tu dis ?

(Almee) : … oui… mais ce ne sont que des mots. Les actes comptent plus !!

Almee se jette une nouvelle fois en direction de Vladimir, qui cette fois se tient sur ses gardes. La lame lui passe sur le ventre et rebondit sur la combinaison, entraînant une éruption d’étincelles en la frôlant sur près de dix centimètres. Cette fois le tranchant de la lame laisse une trace bien visible sur le revêtement noir, ce qu’Almee ne tarde pas à constater.

(Almee) : Cette combinaison va finir par lâcher.

Il redresse sa lame, calée sous le bras de Vladimir, comme s’il avait l’intention de lui trancher le bras en passant sous l’aisselle, mais à son grand étonnement, Morlan resserre ce bras contre son torse, coinçant net la lame par ce mouvement. Almee redresse la tête pour voir que Vladimir l’observe avec colère.

(Vladimir) : Si tu ne veux pas reprendre tes esprits, je vais t’y forcer.

Le scientifique redresse son genou qui percute immédiatement Almee en plein dans le ventre. Samantha, spectatrice abasourdie de cet affrontement aussi fou qu’incompréhensible, ne peut que se contenter d’écarter les bras de dépit et d’angoisse.

(Samantha) : Arrêtez tous les deux ! Vous êtes devenus fous ?

Sous l’effet du choc, Almee lâche son katana et est propulsé en arrière. Il retombe sur ses pieds en se tenant le ventre. Il a visiblement senti le coup passer, mais pas autant qu’il l’aurait pensé.

(Almee) : J’ai pas entendu ce sifflement…

(Vladimir) : Quoi ?

(Almee) : Ton armure débile… elle émet un sifflement lorsque tu renforce ses capacités. Mais ton coup de genou… pas de sifflement. Ce n’était qu’un coup normal.

Vladimir hausse les épaules et agrippe le katana qu’il a toujours coincé entre son bras et son torse. Il le contemple d’un air détaché, le retournant sous toutes les coutures. Il affiche alors un sourire désincarné et reporte son attention sur Almee.

(Vladimir) : Ce katana… c’est moi qui te l’ai offert.

(Almee) : Oui… ET APRES ?!!

La rage d’Almee éclate une nouvelle fois sur ses traits. Il se cambre littéralement en avant, rejetant ses bras par derrière son corps, donnant ainsi une posture encore plus puissante à son cri déchaîné et haineux.

(Almee) : Qu’est ce que ça change ?! C’est toujours le corps de celle que j’aime qui se trouve étendu là… et tout son sang est répandu sur tes mains…

Sans qu’il s’en rende réellement compte, Almee se met à trembler et à verser des larmes incontrôlables en même temps qu’il prononce ces paroles.

(Almee) : J’avais confiance en toi…

Vladimir baisse le regard, honteux à son tour. Il laisse tomber le katana au sol, comme si celui-ci était un serpent venimeux qui allait le mordre. Il ne sait pas ce qu’il doit faire. Il fait un pas hésitant vers Almee et s’arrête, tentant de chercher du secours du côté de Samantha, mais celle-ci ne regarde pas en sa direction, complètement abasourdie par ce qui se passe, hantée par le sentiment d'en être la cause directe.

(Almee) : Pourquoi… pourquoi a-t-il fallu que tu viennes ?

(Vladimir) : Parce que… tu étais en danger… et…

(Almee) : Mais je ne suis pas en danger…

(Vladimir) : Et c’est sensé m’empêcher de m’inquiéter? … Almee… tu es comme mon fils et…

Malgré le fait que Vladimir ait lâché ces paroles sur un ton tout à fait normal, comme si elles coulaient de source, Almee est comme piqué au vif. Des images se succèdent dans sa tête à une allure phénoménale et angoissante : le visage de son père, ce regard dégoûtant, lâche, qui l’a hanté toute sa vie… cette image du père se superpose au visage détaché et souriant d’un Vladimir surnommé « prof », un bon ami, quelqu’un de confiance, qui l’a aidé et pour qui il a du respect… quelqu’un qu’il n’a jamais considéré autrement, et certainement pas comme un père. L’estomac d’Almee se noue, quelque chose cloche. Il ne sait pas pourquoi, mais il se remet à penser à Elven… sa colère gronde, un sentiment battant plus du côté de sa batterie que de son cœur. Puis ses souvenirs se focalisent sur une personne à laquelle il n’aurait jamais pensé se souvenir en de telles circonstances : Opitz.

(Almee) : *Qu… qu’est ce qui m’arrive ?*

[Flashback]

(Opitz) : Je t’ai retiré de l’autorité de Vladimir Morlan. Sais-tu pourquoi j’ai fais ça ?

Almee hoche la tête de gauche à droite en signe de négation. Opitz plonge alors la main dans la poche gauche de sa longue veste, qui touche presque le sol, et en retire une carte magnétique qu’il tend au réploïde.

(Opitz) : Je vais te le dire alors : parce que personne ne doit se retrouver sous l’autorité de quoique ce soit… pas même du destin... et encore moins d’un scientifique qui se croit supérieur à la nature.

[Fin du Flashback]

Le visage d’Almee se contracte et se redresse soudainement en direction de Vladimir, une haine indicible au fond du regard, les yeux encore remplis de larmes qui n’ont plus lieu de couler en une telle fureur.

(Almee) : MENTEUR !!

Vladimir a un mouvement de recul face à ce hurlement qui lui hérisse les poils sur tout le corps. Almee a vraiment un air bestial, et l’espace d’un moment, le scientifique se demande si le bug ne fait pas son grand retour. Quelle qu’en soit la raison, il faut voir la vérité en face : Almee laisse libre court à une colère dont les fondements sont trop complexes pour être compris sur l’instant. Il fonce sur Vladimir comme une bête furieuse, une expression terrifiante imprimée sur le visage.

(Almee) : TU N’ES PAS MON PERE !! JE N'AI PAS DE PERE !!

Chapitre 94 Chapitre 96

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