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Le rêve insolent I : Déchaînée

Sorti le 11/03/2009, compilé dans le Volume 11

Histoire :

Le regard de Vladimir se fige soudainement. Samantha s’immobilise à son tour, voyant son compagnon en faire de même, à quelques mètres devant. L’ombre furtive que le professeur a cru voir s’est immédiatement transformée en une forme concrète qui n’a essayé ni de le surprendre, ni de se cacher à sa vue. Sayam se tient droite devant lui, coupant directement sa trajectoire vers le fond de la pièce.

(Vladimir) : Toi… je t’ai déjà vu à Idlow. Tu… tu fais partie de l’Ordo Arakis n’est ce pas ?

Samantha fait un pas en arrière en constatant la présence de la jeune femme qui les observe avec un air détaché. Elle ne se concentre pas assez sur elle pour en être sûre, mais elle croit percevoir une lueur de haine dans le regard de celle-ci.

(Sayam) : Partez maintenant. Je ne vous laisserai pas le reprendre.

Soudain, Vladimir s’agite, comprenant qu’elle parle d’Almee. Il s’avance d’un pas vers elle mais s’arrête de suite en voyant le tic farouche qu’a opéré le visage de Sayam, suivant le mouvement de son pied avant de se reporter sur ses yeux, comme pour lui faire implicitement comprendre de ne pas avancer d’un centimètre de plus.

(Samantha) : Il serait plus prudent de…

Mais Morlan braque sa main en arrière, pour lui intimer l’ordre de se taire. Il garde son regard fixé sur Sayam, comme pour appuyer sa propre position. La jeune femme n’a pas l’air d’apprécier cette attitude, car son masque semi-inexpressif se rompt, laissant apparaître une claire émotion de colère.

(Sayam) : Je vous ai dis de partir.

(Vladimir) : Tu parlais d’Almee c’est ça ?

Un claquement métallique surgit soudainement et Vladimir est projeté au sol, le visage tourné sur le côté. Les yeux de Samantha s’écarquillent en voyant la large balafre ensanglantée qui mutile la joue gauche de son fiancé. Elle se précipite vers lui pour l’aider à se redresser mais il est déjà en train de se relever, un genou encore au sol. Face à Sayam, il a l’air d’un chevalier prêt à se faire adouber. Aucun d’eux n’a pu voir la chaîne frapper Vladimir, tant son mouvement a été rapide, mais la présence de sang sur quelques maillons ne fait aucun doute. Samantha est prise d’un frisson d’angoisse et de colère.

(Sayam) : C’était mon premier et dernier avertissement.

(Vladimir) : Je… je dois récupérer Almee…

(Sayam) : Le seul devoir d’un être vivant est de mourir. Tout le reste n’est qu’une question de choix, pas de devoir.

Morlan affiche un sourire légèrement méprisant face à cette philosophie déplacée et plutôt mal choisie. Il se redresse alors totalement, frottant sa blessure de sa manche pour en évacuer le sang.


(Vladimir) : Dans ce cas, je fais le choix de récupérer Almee.

(Sayam) : Mauvais choix.

Vladimir n’a même pas le temps de réagir qu’une chaîne s’est enroulée autour de son bras. Sayam la saisit à pleine main et le projette violemment dans les décombres sur sa droite. Samantha pousse un cri de surprise et tourne un visage enragé vers Sayam, se jetant sur elle sans même réfléchir à ce qu’elle fait. Posant sur elle un œil assassin, transperçant l’écran de ses cheveux rabattus sur son visage, Sayam balance sa deuxième chaîne à son encontre. Celle-ci se love autour de la jambe de sa victime et la renverse immédiatement sur le dos. Sayam place alors son pied sur la chaîne et fait pression d’un geste sec, pour casser le membre de son adversaire. Mais étrangement, rien ne se passe.

(Sayam) : Qu’est ce qu… ?

Samantha pousse un soupir de soulagement en se délogeant de la chaîne d’un geste rapide et précis de la cuisse. Vladimir se redresse dans un nuage de poussière. Il a l’air étourdi mais pas grièvement blessé. Il tend son bras devant lui et en déroule à son tour la chaîne qui s’y trouve attachée. Il plie ensuite ses doigts plusieurs fois, comme pour vérifier que son bras fonctionne toujours parfaitement.

(Vladimir) : Je crois que ça prouve l’efficacité de ces combinaisons.

(Sayam) : Ca ne vous sauvera pas.

Morlan fronce les sourcils en direction de Sayam, visiblement échauffé par la situation qui s’est désespérément complexifiée pendant ces cinq dernières minutes.

(Vladimir) : De quel droit retenez vous Almee ?

L’expression de Sayam fluctue alors étrangement, de la colère elle passe à la surprise, et presque immédiatement à un visage jovial et détaché, qui n’a plus rien à voir avec le monstre qui vient de les attaquer et qui les aurait brisés en miettes s’ils n’avaient pas disposé d’une protection efficace.

(Sayam) : Mais Almee est libre. On ne le retient pas… il est de notre côté.

(Vladimir) : Je… je ne peux pas croire ça. Oui, tu mens !!

Samantha est presque surprise de voir Vladimir jaillir des décombres et foncer sur Sayam dans une réelle furie. Un sifflement étrange semble jaillir de son bras, comme une cocotte sous pression, et lorsque son poing s’abat en direction de Sayam, il paraît aussi dur que l’acier. La jeune femme fait un pas de côté, évitant de justesse l’assaut. Le coup de Vladimir s’achève dans un débris (autrefois un morceau de plafond) qu’il fait littéralement voler en éclats sous le choc. Le regard que lui porte Sayam est à nouveau froid et plein de haine.

(Sayam) : Vous n’étiez pas si fort, à Idlow, lorsque j’avais mes chaînes autour de votre cou et que vous éructiez comme un cheval crevé.

(Vladimir) : Espèce de…

Vladimir redresse son poing vers le haut dans un geyser de poussière et de débris. Samantha en vient presque à avoir peur de son comportement enragé, à mille lieux de l’homme calme et attentionné qu’il est habituellement. Elle croit voir se refléter sur lui l’image d’Engal, prêt à combattre jusqu’à la mort juste par plaisir et défi, et un frisson lui parcourt l’échine à cette idée. Vladimir n’a cependant pas le temps de prouver l’efficacité de sa combinaison. A peine s’est il redressé que Sayam a fait claquer sa chaîne, le bousculant brutalement en arrière. Un nouveau sifflement de pression se fait entendre, calant ses jambes avec force dans le sol pour l’empêcher de chuter et lui permettre de conserver son équilibre. Mais Sayam a profité de ce moment pour enrouler sa chaîne autour de son poing en un impressionnant maillage d’acier. Elle le projette alors violemment dans le visage de Vladimir. Au même moment, une nouvelle explosion retentit à l’extérieur, mais sous la violence du choc, elle apparaît toute proche aux oreilles de Samantha… Vladimir, malgré sa combinaison, fait un vol plané de cinq mètres et atterrit sur une vieille table en bois qui éclate littéralement sous son poids. Sayam tourne alors un regard haineux vers lui, libérant sa chaîne de son poing et la faisant tournoyer autour d’elle comme une experte du fouet.

(Sayam) : Almee m’a parlé de vous…

Un courant d’air traverse les cinq mètres qui les sépare, se soldant par un bruit de claquement impressionnant et un cri de douleur de la part de Morlan. Samantha sent les larmes lui venir aux yeux.

(Sayam) : Il m’a dit que c’était vous qui aviez fait de lui un réploïde…

Nouveau claquement, nouveau cri… Immédiatement suivit d’une nouvelle salve, encore plus forte cette fois. Vladimir ne semble même pas être en mesure de se relever. Les doigts de Samantha se resserrent et ses poings se mettent à trembler, d’épaisses larmes s’écoulant sur son visage.

(Sayam) : C’est à cause de vous qu’il souffre autant…

La chaîne s’abat une nouvelle fois, mais Vladimir ne crie plus. Samantha redoute qu’il soit tombé dans l’inconscience. Ou pire. La haine déchire ses traits, elle tremble de tous ses membres. Sayam se rapproche de sa victime, afin que ses prochains coups soient encore plus dévastateurs.

(Sayam) : Vous avez ruiné sa vie… à jamais !

Les deux chaînes frappent cette fois-ci, dans un double claquement qui retentit dans le large espace de la pièce, plongée dans la pénombre. Samantha se redresse et se saisit de quelque chose sous son veston. Son visage n’exprime plus rien d’autre qu’un mélange effrayant de terreur et de colère. Sayam fait tournoyer sa chaîne pour une nouvelle salve, mais s’étant rapprochée, elle peut à présent voir le corps de Vladimir. Deux balafres se sont ajoutées sur son visage et saignent abondamment, le forçant à tenir un œil clôt. Ses vêtements sont déchirés, et sa combinaison elle-même semble entamée. Néanmoins, ce qui choque le plus Sayam, ce qui bloque son mouvement et anéantit soudainement sa rage, c’est l’expression désespérée de Vladimir. Ce n’est pas une expression de souffrance, ni de peur. Sayam se demande même sur l’instant s’il a ressentit le moindre de ses coups de chaîne. Cette expression est incompréhensible, c’est celle du déchirement. Le regard de Vladimir est braqué vers le haut, comme s’il regardait plus loin que cette pièce, que cette situation. Ses yeux sont secs, mais même des larmes n’accentueraient pas d’avantage cette impression de profonde tristesse qu’il dégage. Sa bouche s’entrouvre finalement et sa voix rompue achève d’anéantir Sayam, lui faisant perdre toute combativité.

(Vladimir) : Est-ce que… c’est lui… qui t’a parlé de moi… ainsi ?

Sayam ne sait que dire, les bras ballants, l’air hagard, elle contemple cette image qu’elle ne comprend pas et son esprit est trop désolé pour pouvoir se poser la moindre question. Elle semble rejoindre Vladimir loin de cet endroit, et même le bruit lointain des tirs et des explosions, des cris et de la panique ne peuvent venir perturber cet instant précis, où l’amour de deux êtres différents pour une tierce personne se rencontrent, se confrontent, et s’annihilent mutuellement. La rupture est si nette que Sayam n’entend même pas le hurlement enragé, désespéré et terrifiant qui arrive sur son côté. Lancée comme un animal en furie, Samantha fonce sur Sayam, son électro-dague entre les mains. Sayam entend un vague « ne le touche pas » puis immédiatement après, sans attendre, sans comprendre, il n’y a plus que la douleur. L’électro-dague se plante dans le côté droit du bassin de Sayam. Par la force améliorée de la combinaison, la lame a traversé l’os et y est restée figée, déversant en continue dans le corps de la jeune femme une décharge électrique intense qui la fige sur place, contracte l’ensemble de ses muscles et la fait s’effondrer au sol sans qu’elle n’ait même plus la force de hurler. Samantha relâche la garde de sa lame en poussant un nouvel hurlement de rage et de panique puis tombe à genoux en pleurant, terrorisée par ce qui vient de se passer et jusqu’où sa peur a pu la mener. Vladimir se redresse aussi vite qu’il peut malgré la douleur qui lui parcourt le corps, essayant d’évacuer les pensées sombres qui lui occupent l’esprit afin de se concentrer sur l’essentiel.

(Samantha) : Je suis désolée… je suis désolée…

Vladimir passe devant elle sans rien trouver à lui répondre pour la réconforter. Il voit le corps parsemer de spasmes de Sayam, dont les doigts raides se sont recroquevillés sur quelques prises invisibles. Immédiatement, il retire l’électro-dague du corps de la jeune femme, devant user de la force de sa combinaison pour parvenir à déloger la lame. Il est rassuré de voir que malgré son aspect impressionnant et la quantité de sang qui se répand, souillant toute la robe écrue de Sayam, la blessure n’est en rien mortelle. Mais un nouveau bruit attire son attention, imperceptible, à quelques mètres au dessus de lui. Un bruit de pas écrasant les gravillons qui recouvrent le sol et qui semblent s’être stoppés nets dans un mouvement effrayé ou surpris. Vladimir lève la tête d’un air résolu, comme s’il savait à l’avance ce qu’il allait voir face à lui. Il n’est donc même pas surpris de voir Almee surplomber la scène, les yeux écarquillés et le teint pâle, une quantité impressionnante de sueur recouvrant son visage et ses poils se redressant en une chair de poule bien compréhensible. Vladimir baisse les yeux. Il constate qu’il est agenouillé aux côtés de Sayam, inconsciente et blessée, le poignard encore recouvert de sang entre les mains. Il comprend alors soudainement ce qui se passe dans l’esprit du réploïde et redresse le visage avec une expression désespérée, prêt à se défendre face à toute accusation. Mais il ne trouve pas de mots face à ce qu’il rencontre devant lui et l’effroi que fait naître cette vision dans son esprit : Almee le foudroie d’un regard empli de haine, son katana à la main, pointant cette arme mortelle directement vers lui.

Chapitre 93 Chapitre 95

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