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Le baiser

Sorti le 04/03/2009, compilé dans le Volume 11

Histoire :

Une lumière balaie l’ombre, faisant apparaître dans son faisceau les épaisses particules de poussière en suspension. Samantha porte sa main à sa bouche et essaye tant bien que mal de retenir un éternuement qui résonne sourdement comme un son de charleston. Vladimir lui tapote l’épaule, comme pour lui dire « à tes souhaits ». Elle lui affiche un sourire gêné qu’il ne peut remarquer dans la pénombre. Au-dessus d’eux, tout tremble à nouveau sous les sons étouffés d’une explosion.

(Vladimir) : Je me demande ce qui se passe depuis cinq minutes…

(Samantha) : Je crains que cela ne signifie qu’on se rapproche.

Vladimir se contente d’hocher doucement la tête. Ils portent tous les deux les combinaisons noires que Vladimir avait emmené dans sa mallette, mais ils ont réenfilés leurs vêtements par-dessus, ce qui fait qu’on ne distingue cet équipement qu’au niveau de leurs mains et de leurs cous.

(Vladimir) : C’est sans doute dangereux, en effet… c’est pour ça que je ne voulais pas que tu viennes…

Samantha pousse un soupir d’agacement mais Vladimir ne le note pas. Une nouvelle détonation retentie, à la fois lointaine et horriblement proche. Les murs tremblent légèrement, et des gravas se décrochent par endroit du plafond, tombant au sol en  une pluie émiettée de plâtre moisi et de poussière. Vladimir fronce les sourcils et fixe droit devant lui, tentant de percer les ténèbres…

(Vladimir) : Almee… dans quel pétrin t’es tu fourré ?

Dans la salle des otages, Raven est anxieux. Bien que cela ne puisse se voir sous sa combinaison cybernétique, ses gestes secs et ses va et vient son évocateur d’une certaine forme de stress. Almee est assit sur une table, les bras croisés, le regard fixe. Il n’est pas moins nerveux, mais c’est sa manière à lui de le démontrer. Seule Sayam semble totalement détachée de la situation, agitant gaiement ses chaînes pour en apprécier le tintement. Les murs vibrent au son d’une nouvelle explosion provenant de l’extérieur. Une légère vague de soubresaut anime les otages, qui croient voir leur vie s’achever à chaque nouveau bruit suspect.

(Almee) : Mais qu’est ce qui se passe là-dehors.

(Raven) : Je ne sais pas… je n’arrive pas à joindre…

La sonnerie de son comtalk le coupe soudainement, comme pour se moquer de lui. Il le décroche vivement et le porte à son oreille.

(Raven) : Cendar ? Ca fait au moins cinq minutes que j’essaye de te joindre !! Qu’est ce qui se passe ?

(Cendar) : Difficile à dire… d’après moi, y a comme un malaise. Les militaires se sont mis à nous attaquer d’un seul coup.

Le visage de Raven se tourne vers les otages. Ceux-ci, les yeux bandés, ne peuvent s’en rendre compte, mais pas Almee, dont le cœur se serre soudainement dans la crainte de les voir se faire exécuter.

(Raven) : Est-ce que je dois… ?

(Cendar) : Pas la peine. Le boss aura tout réglé dans le quart d’heure à venir. Laisse les otages à la surveillance d’Almee et Sayam et va aider Vulcan et Sphinx dehors. Empêchez l’ADT et l’ADM de pénétrer dans le bâtiment !

Raven se racle la gorge, visiblement hésitant. Il n’a pas l’air de se sentir très chaud à l’idée de laisser son jeune élève et sa petite copine seuls derrière lui. Non pas qu’il ne leur fasse pas confiance… mais il redoute leur jeunesse et leur impulsivité.

(Raven) : Blackheart ne peut pas y aller ?

(Cendar) : T’es fou ou quoi ? On veut les contenir, pas les massacrer dans leur intégralité.

(Raven) : Ok, j’arrive.

Raven coupe la communication et range son comtalk dans l’étui dont il l’a précédemment tiré. Il tourne sa tête vers Almee qui se contente d’hocher la sienne, comme pour lui faire comprendre, sans avoir besoin de mots, qu’il peut lui faire confiance. Raven pousse un léger soupir en voyant l’inquiétude poindre derrière l’expression faussement assurée du jeune réploïde.

(Raven) : Soyez prudents.

(Almee) : Toi aussi.

Sans ajouter un mot, Raven quitte la salle à la vitesse de l’éclair, le bruit de ses pas, flottant littéralement au-dessus du sol de par la vitesse de ses déplacements, disparaît presque dans l’instant. Almee tourne la tête vers Sayam, semblant chercher du réconfort. Mais celle-ci lui tourne le dos, fixant une petite porte de service à l’arrière de la salle, complètement renfoncée dans une alcôve si délabrée qu’Almee ne l’avait même pas remarquée jusque là. La jeune femme semble trembler légèrement, et ne pas prêter la moindre attention à son ami, ni aux otages. Almee est incapable de savoir si cela fait longtemps que Sayam se tient dans cette position, guettant cette porte comme une bête curieuse. Une sueur froide parcourt l’échine d’Almee, l’image de la jeune-femme lui rappelant celle d’un prédateur à l’affut.

(Sayam) : Qui… vient ?

Schaetz n’est pas sûr d’avoir pleinement conscience et d’accepter l’existence de ce qui se tient à une dizaine de mètres de lui, avançant avec vitesse tel un flot inaltérable et démoniaque, occupant tout l’espace, du sol au plafond, d’un mur à l’autre. Une ombre intense, indicible, bardée de centaines de tentacules s’agitant vers l’avant de manière sporadique et incontrôlée, avance vers lui par à-coups dans un bourdonnement sourd, à la fois lointain mais incroyablement présent. La chose semble absorber la lumière dans son avancée, tant et si bien qu’il est quasiment impossible de distinguer une quelconque forme dans le noir total qui compose l’espace dans lequel elle se meut. Le brigadier est soudain pris d’une violente nausée et d’une migraine atroce. Il secoue vivement la tête pour ne pas se laisser aller.

(Schaetz) : Quel genre de monstre est-ce là ? Comment pourrai-je ne serait-ce que… ralentir ce machin ?

Mais ses gestes semblent se faire tous seuls, au-delà de sa conscience et de son regard qui reste fixé sur cette ombre impénétrable et effrayante, comme s’il avait depuis le départ prévu un plan, peu importe ce qui se trouverait face à lui. L’ombre n’est plus aussi loin à présent, Schaetz presse donc le pas et s’éloigne quelque peu, ne s’attendant pas à devoir affronter une chose aussi rapide malgré sa densité et sa taille. D’un geste vif, il retire des espèces de rondelles d’aciers de sa ceinture d’accessoires. Ces engins dénués de tous motifs, sont recouverts d’un petit cadran digital rectangulaire et munis d’une sorte de ventouse à l’arrière. Il ne dispose que de quatre d’entre eux et s’applique à les fixer sur chacun des murs latéraux, deux à la base du sol, les deux autres le plus haut possible. La sueur lui perle du front, il sait que chaque seconde compte, et le bourdonnement horrible qui lui bat les tempes et accélère son rythme cardiaque se rapproche un peu plus à chaque instant. Il retire alors une sorte de petit boîtier d’un holster situé à l’arrière de sa ceinture et le passe entre ses mains, relevant la tête vers son sombre et mystérieux adversaire. Une douleur le presse soudainement, sans qu’il comprenne réellement d’où elle vient. Il porte alors un regard tremblant face à lui, pour voir l’une des membranes noires émergeant plus avant de la masse, comme une lance acérée qui s’achève dans son épaule droite, la traversant de part en part. Tout autour, son uniforme s’imbibe de sang et la tête lui tourne deux fois plus.

(Schaetz) : M… merde…

Almee s’approche à pas lents de Sayam, comme s’il craignait de la perturber ou de l’effrayer dans sa fixation inexplicable. Il lui saisit doucement une épaule, dans l’espoir de la retourner vers lui, de la détacher de cette position, mais il n’y parvient pas, même en forçant légèrement. Sayam donne un léger coup d’épaule pour déloger la main d’Almee, qui ne s’y oppose pas, rougissement légèrement de ce rejet.


(Sayam) : C’est ce que l’eau m’avait dit… les personnes dangereuses arrivent…

(Almee) : Dangereuses ? Comment ça ?

Sayam se retourne alors d’un coup vers lui, les larmes aux yeux, et le serre vivement dans ses bras, logeant sa tête dans le creux de son cou. Almee reste complètement interdit, les mains fixes, droit devant lui, hésitant à les enserrer autour de la jeune femme pour la consoler. Finalement, il les dépose sur son dos et la serre doucement, sentant ses larmes s’écouler dans la peau de son cou.

(Sayam) : Je les laisserai pas te prendre !!

(Almee) : Qui… ? Qui vient me prendre ?

Sayam se détache alors doucement d’Almee, la tête basse, encore secouée de sanglots. Elle ne relève pas son visage vers Almee mais sa voix se fait plus ferme et dure.

(Sayam) : J’y vais seule. Tu reste là pour garder ces gens. Ne me suis pas. Promets le moi.

(Almee) : Mais je…

(Sayam) : PROMETS LE !!

Sous la force inattendue de ce hurlement, plusieurs otages baissent la tête en tremblant, tout en poussant un léger cri de panique encore plus marqué qu’à l’audition des précédentes explosions. Almee reste interdit, le visage blême, les yeux écarquillés. Sayam attend un instant, légèrement tremblante, et redresse finalement son fin visage vers lui. Ses grands yeux d’un gris-vert magnifique sont embués de larmes qui ne font que renforcer leur éclat hypnotique. Almee ne trouve rien à dire. Ni la force d’accepter de promettre, et encore moins la force de le refuser.

(Sayam) : Promets le moi…

Sa voix est à présent douce et réconfortante. Elle saisit le visage d’Almee entre ses mains et rapproche doucement le sien, comme si elle voulait que seul lui puisse entendre ce qu’elle va lui dire. Elle se hisse sur la pointe des pieds pour bien pouvoir lui faire face. Leurs nez se touchent quasiment.

(Sayam) : Promets moi de ne pas me suivre.

Almee ferme les yeux. Il essaye de se concentrer, de ne pas se laisser influencer par la manipulation délicate et adorable qu’exerce Sayam sur lui… mais il ne trouve plus en lui la force de lui refuser sa demande.

(Almee) : Je… je… je te le promets.

Au moment où il s’apprête à rouvrir les yeux, il sent une chaleur inexplicable envahir tout son être. Une sorte de magnificence de l’instant, sans réel questionnement possible, sans réelle explication à fournir. Les avant-bras de Sayam ont glissé derrière sa nuque et cette chaleur l’a subitement envahi ; une chaleur en total contraste avec cette soudaine fraîcheur qui s’est déposée contre ses lèvres. Il n’a pas besoin de rouvrir ses yeux pour le comprendre, c’est implicite. C’est inattendu, mais implicite. Il n’est pas capable de se concentrer suffisamment pour noter avec exactitude combien de temps cet instant, à la fois magique et terrifiant, peut bien durer. L’espace d’un instant, il oublie tout : son frère, sa vengeance, la prise d’otage, les choix qu’il a pu faire par le passé… Rien d’autre n’existe qu’elle et lui, à cet instant précis. Tout s’efface au moment où la douceur fraîche et délicate se décolle de ses lèvres, semblant arracher dans ce mouvement un morceau de son âme. Almee reste figé, interdit, complètement absorbé dans une sorte d’onirisme qu’il croit à mille lieux de la réalité. Mais lorsqu’il rouvre les yeux, doucement, la légère coloration sur les joues de Sayam est comme un témoignage indiscutable que ce qui vient de se passer était bel et bien réel. Elle s’éloigne de lui à reculons, les yeux bas, semblant vouloir éviter de croiser son regard.

(Sayam) : Tiens ta promesse…

Sayam se retourne et se dirige vers l’alcôve en ruines, au fond de la salle. Elle ouvre la porte sans mal, celle-ci pivotant sur ses gonds dans un abominable crissement de vieillesse. Tandis que Sayam disparaît derrière cette porte, et alors que son cœur est encore à moitié figé par l’expérience inoubliable qu’il vient de vivre, Almee se rend compte avec effroi qu’il regrette amèrement ce qu’il vient de promettre…

Chapitre 92 Chapitre 94

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