Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 92

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Quiproquo sanglant

Sorti le 18/02/2009, compilé dans le Volume 11

Histoire :


Berg reste complètement abasourdi lorsque, dans un son plat et bref, la tête d’un soldat explose, à quelques pas de lui, le recouvrant d’une bonne partie de son contenu. Tous les militaires autour de lui sont aux abois, hurlent des ordres et des questionnements à tout va, courent dans tous les sens à la recherche du responsable, ou au mieux d’un abri. Berg reste stoïque, l’air détaché, comme si la situation ne pouvait de toute manière pas empirer. Étrangement, c’est plus le son suivant qui attire finalement son attention : un son qu’il connaît bien, qui n’a rien de surnaturel… celui d’un coup de feu. Les yeux du général s’écarquillent alors qu’il se met à tourner follement la tête en tous sens à la recherche de l’origine de ces tirs. Il voit alors, à une vingtaine de mètres, des armes tournées vers la façade du CREAE, le canon encore fumant…

(Berg) : Quelle bande de…

Comme par mimétisme, la quasi-totalité des soldats se retourne subitement, et dans un mouvement de panique, se met à faire feu sur le bâtiment. Berg hurle de cesser le feu, mais sa voix ne peut se faire entendre au milieu des détonations. Il capte quelques cris de soldats parvenant à couvrir le tumulte.


(Soldat) : Dégommez les, butez l’Ordo !! Ils ont un sniper !!!

(Berg) : C’est moi qui donne les ordres ici !! Cessez le feu bande d’abrutis !!

Mais même les soldats de l’ADM se mettent à attaquer les potentielles zones de tirs couverts que présente le CREAE, embrigadés comme par hypnose dans ce soudain relâchement de violence, réponse à une tension qui n’a cessé d'être croissante durant ces dernières heures et qui vient de s’achever dans la répugnance de crânes volant en éclats. De rapides incantations fusent en tous sens et des boules de feu, des arcs électriques et autres manifestations magiques se combinent aux tirs nourris de l’ADT, criblant le bâtiment de multiples impacts.

(Berg) : Ils vont exécuter les otages !! CESSEZ LE FEU !! Merde !!

Deux nouvelles têtes explosent parmi les soldats. Les corps s’effondrent au milieu de la masse qui fuit le périmètre comme un banc de poissons paniqué, se repositionnant à des couverts inutiles, pour recommencer leur mitraillage. Berg abandonne tout espoir de se faire entendre de ses troupes de manière conventionnelle. Personne ne se rend compte que le danger réel est loti, bien à l’abri dans leurs dos, et ne se prive pas du carnage offert : Oy se déchaîne, multipliant les tirs et appliquant avec une sinistre maestria l’équation macabre : un tir = un mort.
Engal a immédiatement replacé sur ses oreilles l’appareil étrange que lui avait refilé Vladimir à Hydrapole, se félicitant de ne pas s’en être débarrassé. Il lève la tête avec inquiétude, sondant les toits pour tenter de repérer la machine de mort malgré son agaçante invisibilité.
 

Au troisième étage du CREAE, Cendar s’est réfugié contre le mur attenant à la fenêtre d’où il tenait en joug les forces de l’ordre jusqu’à présent, par simple mesure de sécurité. Il ne comprend pas ce qui se passe exactement, mais il est clair que ces-dernières ont décidé de passer à l’offensive… d’une manière certes complètement désordonnée, mais bien réelle. Une volée de balles fuse au travers de la fenêtre déjà criblée d’impacts, la faisant cette fois-ci voler en éclats. Le tireur d’élite de l’Ordo, affichant un calme en contraste total avec la situation, se saisit de son comtalk d’une main sûre et le plaque contre sa joue.

Rufus a levé une oreille surprise en entendant les tirs provenant de l’extérieur, incapable de réellement évaluer leur nature. Il se saisit d’une clé de téléchargement connectée à l’ordinateur qui lui fait face et glisse celle-ci dans sa poche. L’alarme qui s’est mise en place au moment du début du téléchargement des clés aléatoires se remet à parler de sa voix robotique et stridente.

(Alarme) : Clés de sécurité à présent téléchargées. Tout le personnel de sécurité doit se rendre au niveau B-5 autour du pont d’accès. Je répète…

Mais la voix n’a pas le temps de répéter quoique ce soit. Visiblement agacé, Rufus explose l’écran d’un tir de fusil bien placé. Il a perdu un peu de son calme à l’audition des coups de feu, et son inquiétude s’est confirmée lorsque son comtalk s’est mis à sonner : aucune voix électronique ne doit interférer avec cet appel. L’alarme s’estompe dans un grésillement glougloutant absolument pitoyable.

(Rufus) : Cendar ? Qu’est ce que c’est que ce foutoir ?

(Cendar) : Aucune idée, boss. L’ADT  a pété les plombs, et l’ADM a suivit. Ils canardent la façade comme si ça allait résoudre tous les problèmes. Feu constant… je ne peux même plus évaluer la situation.

Rufus affiche une mine surprise à l’audition de ces mots et une lueur sombre se met à briller au fond de son regard.

(Rufus) : Windermal essaierait-il de me doubler ? Aurait-il pu nous trahir ?

(Cendar) : Je n’en sais rien, boss… il aurait fallu qu’il soit au courant pour la mort de Nysen, mais je ne vois pas comment.

Rufus fronce soudainement les sourcils tandis que sa haine sort d’entre ses lèvres en un fin soupir glacial qui, malgré la distance les séparant, donne la chair de poule à Cendar.

(Rufus) : Opitz…

(Cendar) : Vous pensez que… ?

(Rufus) : C’est fort probable, même si je n’en suis pas sûr.

(Cendar) : Est-ce que je dois donner l’ordre de tuer les otages ?

Rufus pousse un ricannement de désintérêt en haussant les épaules d’un air dédaigneux.


(Rufus) : Humpf… Des bureaucrates, des secrétaires et des scientifiques. Ils ont déjà eu assez peur aujourd’hui sans qu’on ait encore besoin d’endeuiller leurs familles. Dépêche plutôt la « force de frappe », histoire de punir un peu ces vaillants soldats de l’ADT… je vais apprendre à Windermal ce qu'il en coûte d'essayer de m'avoir en traître. Ils n’auront qu’à les occuper pendant une dizaine de minutes. Prométhée sera entre nos mains d’ici là.    

N’écoutant même pas la réponse de son interlocuteur, Rufus referme le clapet de son comtalk d’un geste vif et le fourre dans la poche de son pantalon. Il se saisit alors de son fusil et actionne l’interrupteur de sortie de la salle. Le sas s’ouvre à la volée et c’est Zerkim qui vole à ses pieds, un filet de sang s’écoulant de son front. Le mage ne semble même pas remarquer l’arrivée du chef de l’Ordo, car il se redresse immédiatement, une boule de feu entre les mains, et se lance en direction d’une Luna riant aux éclats. Rufus, un regard glacial et détaché pour cet affrontement, redresse son fusil de chasse, prêt à tirer entre les deux épaules du mage. Luna se rend compte du geste assassin de son chef et redresse sa main vers lui, comme pour l’arrêter à distance.

(Luna) : Laissez moi encore en profiter un peu !!

Rufus, désintéressé, hausse les épaules en rabaissant son arme. Zerkim se rend enfin compte de sa présence et jette vers lui un coup d’œil inquiet. Il ne s’est même pas aperçu qu’il vient de frôler la mort.

(Zerkim) : Hey vous !! Van Reinhardt, ne bougez plus !

Zerkim se retourne vers lui en pivotant d’un pas peu sûr, prêt à lancer sa boule de feu dans sa direction, mais il n’a pas le temps de retrouver son équilibre que Luna l’a déjà agrippé par le col et rejeté au sol, lançant un de ses hachoirs en direction de sa tête dans ce même mouvement. Zerkim a juste le temps de voir le hachoir se planter à quelques centimètres à peine de son oreille. Heureusement pour lui, Luna n’a pas eu le temps de réellement viser.

(Rufus) : Si tu tiens à gérer ce cas, libre à toi… mais prends garde quand Willem arrivera.

Rufus s’éloigne dans le couloir par lequel il est arrivé, franchissant le corridor d’un pas sûr et serein. Zerkim, tétanisé au sol par le détachement et la froideur de Rufus, ne peut se montrer que subjugué, tout comme Luna. Avant de s’engager plus avant et de quitter l’embouchure élargie de cette portion du bâtiment, Rufus lâche une dernière phrase, sans se retourner ni s’arrêter.

(Rufus) : Si tu es toujours en vie dans dix minutes, applique le plan de fuite. La mission est terminée.

(Luna) : Bien.

Elle hoche la tête d’un air sûr avant de retourner son attention sur Zerkim. Ce-dernier tourne son visage vers elle et plonge son regard dans le sien, où il a l’impression de lire tout sauf des envies de meurtres. Il y voit une certaine forme de douceur et d’empathie… presque de la compassion. Il ne s’en rend pas compte, mais il ne peut s’empêcher de sourire, légèrement rougissant. Luna lui rend son sourire, son visage cristallin apparaissant tout à fait adorable vu sous ce jour. Immédiatement après, la jeune-femme déchaîne son hachoir restant en direction de son adversaire, et Zerkim impulse sa magie dans sa main, comme par automatisme. Les deux se lancent l’un sur l’autre en hurlant, le même sourire paradoxal imprimé sur le visage.

Rufus avance d’un pas sûr le long du grand couloir d’accès, à présent baigné dans une sorte de lueur rougeâtre diffuse. Le bruit des rafales de tirs à l’extérieur continue, confortant le chef de l’Ordo dans ses opinions sur la situation. Dans un camp comme dans l’autre, personne ne se rend compte que les armes se sont pointées sur les mauvaises personnes. Personne sauf…

(Rufus) : Opitz…

Une expression haineuse se lisant dans ses yeux bleus et froids, Rufus se saisit à nouveau de son comtalk pour le porter à son oreille. Son interlocuteur ne tarde pas à répondre.

(Rufus) : Scott ? Je serai là d’ici trois minutes. Prépare le programme… j’ai les clés de sécurité.

Le comtalk se referme et regagne la poche d’où il vient de sortir. Rufus passe devant le croisement par lequel il est arrivé précédemment depuis la salle d’interrogatoire. Ses pas ne le mènent plus dans cette direction à présent… il se dirige vers la salle de contrôle où l’attend Scott… et l’accès à Prométhée. Quasiment au même moment, Eliza débouche du couloir perpendiculaire, le souffle court, un point de côté lui ravageant les côtes. Elle sert les dents, les yeux plissés et la tête basse. Au moment où elle redresse la tête, elle voit Rufus, quinze mètres plus loin, s’engager dans le couloir à droite.

(Eliza) : *Il a déjà les clés… comme l’alarme l’avait dit. Je suis prise de vitesse, mais c’est une chance de tomber sur lui. Je dois agir maintenant.*

Alors qu’elle avance, un violent bruit d’explosion retentit et un tremblement secoue toute le bâtiment. Une sorte d’onde puissante remue le sol comme une vague, manquant de peu de la faire chuter en avant.

(Eliza) : Qu’est ce qu… ?

A l’extérieur, un tank de l’ADT vient d’exploser dans une tonitruante déflagration qui a secoué tout le quartier. Des shrapnels de sa carcasse sont enfoncés dans le sol et les murs (et aussi dans quelques soldats), une trentaine de mètres à la ronde. Des corps carbonisés gisent tout autour du point d’impact. A une dizaine de mètres de là, face à l’épave fumante, Vulcan se tient bien droit, l’air fier, un nouveau gadget encore fumant accroché à son bras. En lieu et place du cracheur de flammes qu’il arborait lors de sa mission de destruction au manoir Van Reinhardt, il a à présent une sorte de machinerie complexe se terminant en canon ouvert, à la gueule béante, bardée latéralement d’une rangée de cinq pistons mécaniques renforçant son apparence de distributeur de mort. Gravé sur la coque, « My soul for God ». Le même genre de symboles cabalistiques que sur le lance flamme bardent les flancs de l’arme à l’inquiétante protubérance. Un son de concentration se fait entendre, puis les cinq pistons se relâchent violemment, provoquant une détonation à tout rompre. Une sorte de projectile sphérique lumineux, entouré d’arcs électriques, jaillit de l’arme avec une puissance inouïe et va s’abattre sur une rangée de soldats encore étourdis par l’explosion précédente. Ils n’ont même pas le temps de réagir que leurs corps volent littéralement en éclats sous le souffle destructeur de cet engin apocalyptique, la terre tremblant sous une nouvelle vague d’effroi.

(Vulcan) : Confessez vos pêchés dès à présent, car c’est le dernier repos qui vous attend.

Pour toute réponse, les soldats qui ont prit conscience de l’intervention directe de la « force de frappe » de l’Ordo Arakis tournent les canons de leurs fusils d’assaut vers le colosse, prêts à le cribler de balles. Vulcan écarte les bras d’un air résigné et noble, comme s’il acceptait son destin mortel face à un peloton d’exécution. Mais lorsque les soldats pressent sur la détente, rien ne se passe. Ils se regardent tous d’un air incongru, continuant à marteler la détente, vérifiant la sécurité, secouant la crosse dans des gestes désordonnés et paniqués. La voix de Vulcan leur parvient, grave et solennelle.

(Vulcan) : C’est la volonté de Dieu !!

(Voix) : En réalité, les munitions qu’il tire concentrent un flux électromagnétique qui enraye les armes automatiques… mais ça lui fait plaisir de se prendre pour un saint.

Les soldats n’ont même pas le temps de se retourner vers l’origine de cette voix que leurs bras se détachent de leurs corps dans d’impressionnantes giclées de sang, et force émanations d’hurlements de douleur. Sphinx se tient de l’autre côté, campé sur ses jambes, sa faux étendue sur toute sa longueur, rouge des blessures mortelles qu’elle vient d’infliger.

(Sphinx) : Bwéhéhéhé !! Ce son est si doux à mes oreilles.

Les soldats s’effondrent alors soudainement, pâles comme la mort, éructant de la bave moussante et toussant, crachant du sang à grande volée. Ils meurent bien vite dans des râles d’agonie pervers.

(Sphinx) : C’est la nouvelle fragrance que dégage ma chère Charade qui vous met dans de tels états ? Bwahahaha !! J’appelle ça « Parfum de carnage », un poison à effet immédiat. Héhéhé !

Les deux acolytes de l’Ordo s’élancent alors dans les troupes désordonnés et désorganisés de l’ADT et de l’ADM, perpétrant un massacre sans nom à une vitesse et puissance telles qu’elles ne semblent pas pouvoir se voir opposer de résistance. Au-dessus du combat, Oy continue ses tirs de précision, sa froide cadence de machine semblant être le seul élément encore moralement acceptable au milieu de toute cette folie. Engal s’est jeté derrière des caisses remplies de paperasses dès la première salve tirée par Vulcan. Le cœur battant, les yeux écarquillés, il ne comprend plus rien au chaos général qui règne ici ni à ce qui a pu mener à une telle folie.
De son côté, Berg ne sait plus comment contenir la situation. Il lance des ordres à tout va qui tombent dans des oreilles sourdes et paniquées. Dans sa mémoire résonne la dernière phrase que lui a lancé Opitz avant de le laisser sur place : « Si vous tenez à la vie, vous devriez partir d’ici. »

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