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Chaos

Sorti le 11/02/2009, compilé dans le Volume 11

Histoire :

Luna voit l’expression préoccupée de Rufus, une expression qu’elle ne lui connaît pas, ou tout au moins pas de manière aussi expressive. Elle croit même lire une forme d’angoisse dans ses traits, et toute son assurance affichée semble disparaître à ce simple éclat dans le regard de son chef. Un tremblement lui parcourt l’échine, qui ne passe pas inaperçu aux yeux de Rufus. Le chef de l’Ordo se tourne vers elle, semblant attendre sa question.

(Luna) : Willem… Est… Est-ce qu’il va mourir ?

Rufus pousse un léger ricannement qui traduirait plutôt d’une moquerie envers cette question mal tournée que pour la réponse inattendue qui va suivre.


(Rufus) : Non. Mais nous, peut être.

(Luna) : Comment ça ?

Rufus n’aime pas voir une expression comme la peur imprimée sur le visage de ses hommes, et se détourne donc d’un geste vif pour refaire face à la porte blindée. D’un geste rapide, et sans même jeter un œil sur le papier qu’il tient entre ses mains, il commence à pianoter le code d’accès à cette zone que lui a fournit Nysen, et qu’il a déjà retenu de mémoire. Il sent cependant l’appréhension de Luna grandir dans son dos, et alors que les lumières du corridor commencent à vaciller, preuve que Willem ne contrôle plus du tout son avancée, il ferme les yeux et daigne apporter une ultime réponse claire.

(Rufus) : Ce qui est enfoui en Willem, au plus profond de ses gènes, est un pouvoir obscur hérité après des siècles de latence. C’est un phénomène extrêmement rare dont ne dispose qu’une poignée d’individus sur terre. Alucar est également l’un d’entre eux… sauf que lui, il maîtrise ses pouvoirs.

(Luna) : Willem n’a pas le contrôle ?

(Rufus) : Peut être que ce pouvoir n’était pas arrivé à maturité chez lui… qu’il ne se serait éveiller naturellement que dans deux ou trois générations. Ce que ce groupe de recherche illégal à mis au point pour tenter d’extraire la « magie » d’un corps afin de l’étudier et de se l’approprier… a eu des conséquences plus profondes. Non. Willem n’a aucun contrôle. Je lui avais pourtant dit de ne jamais avaler ces pilules.

Rufus finit de taper la séquence codée et la porte-sas s’ouvre immédiatement devant lui. La pénombre qui compose la salle qui lui fait face est immédiatement effacée par l’alimentation automatique de divers spots lumineux. La pièce est assez étroite, bardée de tous côtés d’appareils électriques divers et d’ordinateurs de maintenance. Face à lui, au bout d’une allée grillagée qui semble surplomber un immense générateur telle une passerelle d’accès, se trouve le terminal de sécurité principal, grâce auquel il va pouvoir pirater le système de protection du Hammer. Rufus s’avance dans la salle, Luna sur ses talons. Il se fige alors, et déclare, sans se retourner vers elle :

(Rufus) : Monte la garde devant cette salle.

(Luna) : Mais… si… si Willem…

Rufus se tend alors tout à coup, lui coupant la parole par ce simple geste de léger courroux. Luna baisse la tête, légèrement honteuse. Il s’écoule alors un léger temps de flottement puis Rufus s’avance plus avant dans la salle, sans ajouter un mot, et la porte blindée se referme automatique derrière lui, au nez de Luna. La jeune femme se retourne vers le corridor en tremblant légèrement d’une inexplicable et incontrôlable frayeur. Au dessus d’elle, les lumières vacillent de plus en plus et elle se rend compte, imperceptiblement, que Rufus vient de perdre le contrôle de la situation…

Eliza sent la présence sombre et effrayante s’infiltrer derrière elle et la talonner de près. Elle n’a pas la force morale, ni le courage de se retourner pour faire face à l’ombre rampante qui s’est lancée à sa poursuite. Formée de centaines de filaments acérés s’entrelaçant les uns les autres comme autant de tentacules folles à la progression enflammée, l’ombre massive s’écoulant de –ou composant- Willem s’agglutine dans le couloir et se déverse comme un liquide obscur qui recouvre tout. La matière disparaît sous le flot noir et les lumières s’éteignent au fur et à mesure de cette avancée brutale, à moins qu’elles ne soient plutôt avalées par les insondables ténèbres qui composent cette masse. Eliza ne se retourne pas. Elle suit inconsciemment la piste de Zerkim, comme si celui-ci avait laissé une trace imperceptible de son passage derrière lui, dans l’unique but de permettre à la jeune femme de le rejoindre sans mal. Son épaule blessée lui fait horriblement mal, mais elle serre les dents, surpassant la douleur, pour continuer à courir, persuadée que le moindre arrêt signifierait la mort. La masse noire est rapide, mais la lumière semble tout de même la ralentir. Elle doit à chaque fois se densifier, s’enrouler sur elle-même, se masser et concentrer son pouvoir obscur, pour avaler les lueurs et pouvoir continuer d’avancer. Même si elle agit avec la vitesse et la précision d’un animal sauvage poursuivant sa proie, ces multiples et quasi imperceptibles arrêts permettent à Eliza de prendre une très bonne avance et de se mettre hors de danger, du moins temporairement. La jeune femme se rend alors compte qu’elle est en train de hurler de peur depuis un sacré moment déjà, et qu’elle n’en avait même pas conscience, tout son esprit étant concentré sur la fuite et rien que la fuite. Elle tourne à un angle du couloir et c’est le choc. Elle s’effondre au sol d’un air abasourdi, la tête langoureuse. Face à elle se tient Schaetz qui se masse vivement la tempe. Ils se sont percutés en pleine tête. Le brigadier affiche un air désolé et tend sa main pour aider Eliza à se redresser. La jeune femme est en sueur, une expression paniquée sur le visage, de multiples blessures partout sur le corps. Schaetz a un mouvement de panique rien qu’à la voir dans cet état.

(Eliza) : Où est Zerkim ? Tu l’as perdu ?

(Schaetz) : Non, il a continué seul. Il m’a demandé de t’attendre… au cas où tu aurais besoin d’aide.

Eliza hoche la tête en reprenant son souffle. Elle ne se rend pas compte qu’elle vient de laisser éclater un léger ricanement hautain tout à fait incontrôlable.

(Eliza) : Pour être honnête, je ne pense pas que tu puisses m’être d’une grande aide contre ce qui me poursuit. D’ailleurs on devrait tout de suite se casser d’ici si on ne veut pas finir en morceaux.

Ayant lâché ses mots, elle contourne Schaetz sans lui prêter plus d’attention, encore rageuse contre lui pour sa récente trahison, et se met immédiatement à courir. Au bout de cinq mètres, elle s’arrête soudainement, se rendant compte que le brigadier ne l’a pas suivi dans son mouvement de fuite. Elle se retourne alors vers lui, une note de reproche dans la voix. Elle constate alors une expression inattendue sur le visage de Schaetz : la détermination.

(Eliza) : Qu’est ce que tu fais ? Viens ! Tu crois que je rigole ?

(Schaetz) : Je te demanderai pas de me pardonner pour ce que j’ai fais tout à l’heure…

(Eliza) : Laissons ça pour le moment, ne reste pas là !

Schaetz secoue la tête en signe de négation, et se détourne d’Eliza pour faire face au couloir face à lui, où un grondement sourd commence à naître. La lumière baisse à vue d’œil. Quelque chose de malsain et de massif approche.

(Schaetz) : Je vais tenter de te faire gagner du temps. Rattrape Rufus et fais tout ce que tu peux pour arranger le désastre dont je suis responsable.

Eliza se montre tout à coup nettement plus paniquée et sans raison particulière, les larmes lui montent aux yeux. Schaetz ne se retourne même pas vers elle.

(Eliza) : Nan, attends, ARRETTE !!

Mais Schaetz, les poings serrés, la tête droite, est déjà parti, contournant l’angle par lequel Eliza vient d’arriver. Elle n’entend aucune réponse, seulement le bruit de ses pas s’éloignant et ce grondement sourd, annonciateur de malheur, qui lui se rapproche. Elle l’appelle encore une fois, comme un dernier espoir, et ses jambes se remettent immédiatement en marche d’elles-mêmes. Elle recommence à courir sur la piste de Zerkim, l’expression déterminée de Schaetz gravée dans sa mémoire comme une projection holographique.


Zerkim débouche, haletant, dans la dernière portion du corridor. Les lumières vacillent, clignotent, donnant l’air d’être prêtes à exploser d’un moment à l’autre. Le mage se demande ce qui se passe, ne comprenant rien à cette situation chaotique. Soudain, une sorte d’alarme sourde retentie. Les lumières de l’étage virent au rouge et des lampes de sécurité se mettent à clignoter, projetant des lumières jaunes autour de leur axe pivotant. On se croirait dans une discothèque de mauvais goût.

(Alarme) : Attention, attention, téléchargement des clés de sécurité « Prométhée » en cours. Je répète : téléchargement des clés de sécurité « Prométhée » en cours.

(Zerkim) : Merde, il y est déjà.

Zerkim presse le pas, pénétrant la dernière portion de corridor. Il distingue la porte blindée, mais ne voit pas Luna, tapie dans l’ombre, qui attend patiemment son approche, dissimulée derrière l’angle d’élargissement du couloir. Alors que Zerkim passe à son niveau, elle déchaîne ses deux hachoirs simultanément en poussant un hurlement enragé. La lumière vacillante semble avoir quelque peu troublée sa vision, laissant à Zerkim le réflexe de se laisser glisser au sol et de passer à raz des armes blanches de sa charmante adversaire, y laissant quelques cheveux au passage. Luna ne lui laisse pas le temps de se redresser et se jette sur lui, ses deux lames tournant autour de ses poignets avec une vélocité et une précision incroyable.

(Zerkim) : A… attends !!

Le mage a juste le temps de rouler sur le côté pour éviter de voir sa tête lacérée comme une courge. Les lames se plantent dans le sol, à quelques centimètres de lui, explosant littéralement le marbre qui le compose. Zerkim écarquille les yeux face à la force surprenante et insoupçonnée de la jeune femme, qui lui adresse un sourire charmant en réponse à son étonnement.

(Luna) : Luna Griffor, garde du corps de Rufus Van Reinhardt, et membre de l’Ordo Arakis, enchantée.

Zerkim affiche un sourire gêné face au décalé de la situation et hoche poliment la tête, s’attendant à la voir se décrocher de ses épaules d’un instant à l’autre. Un léger moment de silence s’abat entre eux, uniquement perturbé par l’alarme qui se contente à présent de beugler un son strident en lieu et place de son message de sécurité.

(Luna) : Qu’est ce que t’attends pour te présenter ?

(Zerkim) : Ca t’intéresse vraiment ?

(Luna) : Est-ce que je te le demanderai, sinon ?

Zerkim se redresse sur son séant en affichant une expression de soudaine incompréhension et d’ambiguïté. Il a envie de sourire, mais se dit que ce serait sûrement déplacé.

(Zerkim) : Heu… Zerkim… Zerkim le XVIème… inspecteur supérieur de la Brigade Inquisitoriale d’Adra’Haar, actuellement en soutien à Eidolon… enchanté ?

Zerkim pousse alors un cri d’effroi en esquivant un nouveau coup de hachoir qui lui passe au raz du nez. Il se laisse tomber en arrière et se redresse habilement d’un léger bond qui le met hors de portée de la jeune femme. Il lui lance un regard d’incompréhension.

(Zerkim) : Tu me demande mon nom… et après tu essaye de me tuer ?

(Luna) : Le fait que tu sois ma prochaine victime ne fait pas de toi un être dont je me désintéresse.

Luna lui fait alors un clin d’œil charmant qui le laisse tout simplement pantois.

(Zerkim) : *Je rêve ou bien elle me drague ?*

A l’extérieur du CREAE, les soldats de l’ADT et de l’ADM sont toujours en faction, mais le stress semble grandir sur leur visage à mesure que le manque de nouvelles provenant de l’intérieur se fait long sur la durée. Berg se tient sur le côté droit de la tente du QG et se passe un mouchoir sur la tempe, semblant chercher une quelconque solution à ce marasme qui semble ne pas en avoir, véritable sac de nœuds tout à fait indémêlable. Un soldat plutôt costaud passe devant lui sans même que le général n’y prête une quelconque attention. Le gros –et grand- soldat, se dirige vers l’arrière de la tente, sans doute pour se laisser aller à une besoin tout naturel.

(Voix) : Psst !

Le soldat se fige, semblant chercher d’où peut provenir cette interpellation. Sa tête se tourne de droite à gauche avant de se fixer vers un véhicule garé de travers un peu en retrait, au large coffre ouvert, sans doute une réserve de munitions de fortune. Il se dirige vers l’origine du bruit et contourne le véhicule. Il n’a même pas le temps de se rendre compte de ce qui lui arrive qu’un poing ganté surpuissant vient le percuter avec une violence inouïe en pleine face. Le soldat s’effondre sur le coup, complètement assommé, aux pieds d’Engal. Ce-dernier secoue sa main avec agitation, il s’est visiblement fait mal en frappant. Il jette des petits coups d’œil inquiets de droite à gauche, espérant ne pas s’être fait repérer par le bruit qu’il vient de causer. Il se saisit du soldat inconscient par les épaules et le jette à l’intérieur du large coffre, avant de le pénétrer à son tour et d’en refermer les portes. Il en ressort quelques minutes plus tard, affublé du costume militaire –trop large- du soldat qu’il a envoyé ad patres.

(Engal) : *Ces fringues sont trop grandes… et elles schlinguent. Bon, au moins j’ai pu garder mes vêtements en dessous.*

Il se fige alors en écarquillant les yeux.

(Engal) : *Oh bordel, c’est la fournaise là-dessous, du coup.*

Il s’éloigne d’un pas claudiquant, le soldat ne faisant visiblement pas la même pointure que lui, et repasse devant Berg, qui cette fois semble plus attentif à ce qui l’entoure. Il dévisage vaguement Engal et hausse les épaules avant de finalement l’intercepter.

(Berg) : Où allez-vous, soldat ?

(Engal) : Euh… je… euh… vais réparer… heu… la machine à cafetière ?

Berg écarquille les yeux devant cette réponse. Engal sue à grosses gouttes et tente de mimer –de travers- un salut militaire pour pouvoir prendre la poudre d’escampette. Berg se contente de pousser un léger ricanement et le laisse filer d’un geste leste de la main. Engal ne se fait pas prier et déguerpit le plus vite possible, sans pour autant donner l’impression de fuir.


(Berg) : On enrôle vraiment n’importe quel tordu de nos jours.

Soudain, un hurlement se fait ressentir un peu plus à l’ouest et tous les militaires sont à l’affut. Le calme de l’attente laisse tout à coup place à un mouvement de panique inattendu. Quelqu’un semble appeler à l’aide, et c’est apparemment un militaire. Berg se dirige d’un pas rapide vers l’origine des cris et se retrouve face à un véritable cercle de militaires entourant une chose qu’il ne peut voir d’ici. Il entend juste murmurer de vagues imprécations, un tumulte langagiers sans queue ni tête, émanant de dizaines de bouches à la fois.

(Soldat) : Sa tête a explosé d’un seul coup.

Au dessus du camp, sur le toit d’un bâtiment évacué en raison des circonstances, les tuiles s’enfoncent sous le poids d’un organisme mécanique meurtrier qui vient de signer son entrée dans l’arène. Le canon à ions d’Oy se braque alors sur une autre cible et un sifflement strident se met à retentir… bientôt suivit de nouveaux hurlements.

Chapitre 90 Chapitre 92

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