Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 9

.:: Chapitre 9 ::.
Contre offensive

Sorti le 04/04/2007, compilé dans le Volume 1

Histoire :

     Le rouquin se baisse au-dessus du comptoir et constate avec étonnement que Telziel ne s’y trouve plus. L’inspecteur se redresse alors de derrière le bar, cinq mètres plus loin et pointe son arme vers son agresseur d’un air triomphant et, à vrai dire, un poil moqueur.

(Telziel) : Bouge pas ! J’ai les doigts sensibles.

     Mais il bouge. Il lance un couteau à une vitesse fulgurante en direction de Telziel, qui, déstabilisé, n’a pas le temps de tirer. Le poignard percute le pistolet de l’inspecteur dont l’axe est dévié. Le tir part alors vers Sayam qui est toujours en train d’étrangler Eliza. Par miracle, la balle percute la chaîne qui relie les deux femmes, et Sayam, surprise, tombe en arrière sous le choc. Eliza arrive alors à se déloger de l’étreinte mortelle des maillons d’acier et se met à tousser violemment, rampant au sol pour se mettre hors de portée de la furie qui lui sert d’adversaire.
     De son côté, Engal a atteint ce qu’il cherchait depuis que la rixe a débuté : les plombs. Il abaisse le levier et la salle entière est plongée dans l’obscurité. Un grommèlement distinctif se fait entendre du côté de Telziel qui venait juste de remettre en joue son adversaire. La voix du rouquin raisonne dans la pièce.


(Rouquin) : Sayam, mission accomplie : on se barre.

     Un bruit de porte qui claque résonne alors à l’arrière du restaurant, laissant pénétrer un rail de lumière troublé par une ombre furtive avant de disparaître.

(Telziel) : Nan, pas un geste !! Rallumez les lumières, bon sang !!

     Presque à contrecœur, Engal s’exécute, car il sait qu’il sera sans doute difficile de trouver rapidement la sortie dans le noir, avec tout ce bazar, sans risquer de se retrouver nez à nez avec un brigadier. Alors qu’il remet la manette en place, il a juste le temps d’entrapercevoir Sayam sortir par la porte principale. Telziel tourne la tête vers lui, affichant une expression surprise. Il pointe ensuite son doigt dans sa direction en fronçant les sourcils.

(Telziel) : Minute, je te connais toi…

     Engal, légèrement paniqué, force Halton à se relever et ils s’enfuient tous les deux par le chemin qu’a emprunté Sayam quelques secondes auparavant.

(Engal) : Bon sang, c’est pile ce que je voulais éviter !!

(Telziel) : Restez ici ! Bande de petits…

     Il ravale de lui-même ses insultes en posant le regard sur Eliza qui tousse toujours bruyamment, expulsant un peu de sang de sa gorge abimée. Écarquillant les yeux à cette vision, il se jette à ses côtés pour voir si elle va bien. La jeune femme lève le pouce en souriant maladroitement. Sa gorge est devenue violette et apparaît tuméfiée. Telziel la serre contre lui avec force, visiblement heureux que ses blessures ne soient pas plus graves.

(Eliza) : Teuheu ! Teuh… ça va aller… Teuheu !

(Telziel) : Reste tranquille, on va appeler des secours. 

     Telziel agrippe son comtalk et pianote fébrilement un numéro d’appel dessus. La personne au bout du fil décroche immédiatement.

(Telziel) : Allo, Notgiel ? Envoie immédiatement deux ambulances à l’Auberge du Grand Angle. Il y a plusieurs blessés, et des morts. Une fois que ce sera fait, tu envoies la patrouille la plus proche à la poursuite des fugitifs qui viennent d’en sortir. Une fille avec des chaînes et deux magiciens louches. Ils sont armés, alors que les hommes soient prudents.

     Dans la ruelle adjacente à l’auberge, Sayam fuit à toute allure, talonnée de près par Engal et Halton, qui soufflent comme des bœufs, ayant du mal à suivre le rythme. Sayam est d’une vélocité surprenante.

(Engal) : Hey! Hey la fille! Attends!!

     Sans se retourner, Sayam bondit dans une bouche d’égout ouverte au bout d’une impasse et disparaît dans les ténèbres souterraines. Halton arrive le premier, se penche au-dessus du trou et porte immédiatement sa main contre son nez avant de reculer de deux pas.

(Halton) : Pouah, quelle horreur ! Comment a-t-elle pu rentrer là dedans ?

     À l’autre bout de la rue, trois hommes armés de la Brigade Inquisitoriale débarquent en pointant immédiatement leurs fusils sur Engal et son compagnon d’infortune.

(Brigadier) : Pas un geste !

(Engal) : Je sais pas comment elle a fait, mais tu vas le découvrir !!

     Ignorant le visage incrédule de son compagnon, Engal le saisit par la nuque d’un geste vigoureux et le pousse dans la bouche d’égout. Halton pousse un cri qui se termine par une éclaboussure d’eau. Engal saute alors à son tour dans le gouffre au moment où les brigadiers arrivent à son niveau.

(Brigadier) : On les poursuit. Allez, allez !

     Dans les égouts, à quelques galeries de là, Mortis erre, une lanterne dans sa main droite éclairant son chemin comme il peut. Les murs sont recouverts de moisissure dans laquelle des vers s’agitent par centaines. Il sort un plan usé et corné à l’extrême de sa poche et l’examine à la lueur du feu.

(Mortis) : Mince… j’ai perdu ma cible dans ces galeries… et je trouve plus la sortie.

     Il se redresse et tourne la tête de gauche à droite, comme s’il cherchait un indice au travers des ténèbres.

(Mortis) : Quelle idée a-t-il eu aussi d’aller se nicher dans ces vieux égouts désaffectés ? À sa place, j’aurais préféré me faire assassiner plutôt que de descendre ici.

     Un bruit retentit et lui fait redresser la tête. Son masque blanc luit à la lueur blafarde de sa lanterne. Il regarde de droite à gauche pour voir d’où proviennent ces clameurs, se demandant sans doute s’il ne s’agit pas de la cible qu’il doit abattre. Malheureusement, il ne peut que constater l’arrivée rapide d’Halton et d’Engal, qui se dirigent vers lui comme des papillons de nuit attiré par une lumière. Mortis ne peut s’empêcher de faire un mouvement de recul, visiblement perplexe.

(Mortis) : C’est quoi ce bazar ? Vous êtes qui, vous ?

(Engal) : Peu importe, on a la Brigade au derche alors fonce.

     Il suffit à Mortis d’entendre le mot « Brigade » pour comprendre qu’il vaut mieux ne pas trop traîner dans les parages. D’un geste rapide, il se joint tout naturellement au groupe formé par Engal et Halton. Il prend directement la tête du trio et éclaire tant bien que mal le chemin de sa lanterne tout en courant aussi vite qu’il le peut.

(Mortis) : C’est fréquent chez vous d’emprunter ces galeries puantes ? Vous avez peut-être croisé… un ami… que je cherche ?

(Halton) : Désolé, mais on n’est pas rentré ici de gaieté de cœur.

(Engal) : Et toi, tu n’as pas croisé une fille bizarre avec des chaînes ?

     Mortis ne répond rien pendant quelques instants. Son masque camouflant toute expression, il est difficile de déterminer quel genre d’expression il peut être en train de faire en dessous, mais Engal se doute qu’elle doit être des plus incrédules.

(Mortis) : Je vais me contenter de répondre « non ».

(Engal) : Ça me va.

     Au bout de quelques galeries nauséabondes, ils se retrouvent malheureusement dans un cul-de-sac. Une lueur apparaît juste au-dessus d’eux : une bouche d’égout ouverte. Malheureusement, il n’y a pas la moindre échelle pour y accéder. Mortis se retourne vers ses deux compagnons d’infortune, se demandant bien pourquoi il se retrouve impliqué dans cette poursuite.

(Mortis) : Mais qu’est-ce qui se passe, bon sang ?

(Engal) : Trop long à expliquer. Faut qu’on sorte d’ici avant qu’ils n’arrivent.

(Halton) : Trop tard…

     Effectivement, à la sortie de l’impasse, les trois hommes de la Brigade Inquisitoriale viennent de faire leur arrivée, haletant. Ils pointent des faisceaux de lampes torches vers leurs adversaires afin de mieux distinguer leurs traits.

(Brigadier) : Ne bougez plus.

(Mortis) : On aurait du mal à faire autrement.

     Le brigadier semble être surpris à la vue de ce personnage étrange, arrivé soudainement dans le groupe en fuite.

(Brigadier) : Qui êtes-vous, vous ? Je ne vous ai pas vu au début de la poursuite !

     Mortis dépose calmement sa lanterne au sol et s’avance de quelques pas vers les soldats en levant les bras en l’air dans un mouvement pacifique.
   
(Mortis) : C’est parce que je n’y étais pas. Je ne suis qu’un humble chasseur de grenouilles et ces hommes m’ont pris en otage…

     Engal frappe du pied au sol, envoyant des éclaboussures d’eau tout autour de lui, après quoi il pointe furieusement Mortis du doigt.

(Engal) : Quoi ? Espèce de menteur !

     Mortis se retourne vers celui qui vient de l’accuser et hausse dédaigneusement les épaules.

(Mortis) : Et quand bien même ? Je n’ai rien à voir avec vous.

(Brigadier) : Ça, vous le justifierez quand on vous aura emmené au QG.

     Mortis tourne alors son masque vers le brigadier, et une expression de profonde déception se lit au travers du mouvement de chute produit par ses épaules lorsqu’il rabaisse les bras le long de son corps. Finalement, il bondit à nouveau du côté d’Halton et d’Engal. Ce dernier lance un regard dubitatif à l’assassin.

(Engal) : Mais t’es une vraie girouette, toi.

(Mortis) : Je tente de survivre.

     Les brigadiers s’avancent un peu plus dans l’impasse, pointant leurs armes sur leurs cibles.

(Brigadier) : Allez, maintenant arrête de nous faire perdre notre temps. Agenouillez-vous et mettez vos mains derrière la tête.

     Engal serre le pommeau de son épée, tremblant d’hésitation, ne sachant pas déterminer quelle est la meilleure conduite à adopter. Halton constate l’hésitation de son ami, et choisit de décider à sa place ce qu’il convient de faire. Pris d’une bouffée de courage, il entend les paroles d’encouragement d’Engal raisonner dans sa tête alors qu’il se jette en avant, se plaçant en rempart entre les brigadiers et ses deux alliés.

(Halton) : Vous ne nous aurez jamais vivants !!

(Engal) : Halton ?! Qu’est-ce que tu…

     Mais Halton n’écoute déjà plus ce qui l’entoure. Il tend une petite sphère argentée devant lui et plisse rapidement les yeux en marmonnant une incantation.

(Halton) : Urzaj’banneth…

(Engal) : HALTON, NE FAIS PAS ÇA !!!

     Mais il est trop tard. Devant l’imminence d’un danger de nature inconnue, les hommes entraînés de la Brigade Inquisitoriale n’hésitent jamais. Ils ouvrent tous les trois le feu sur Halton qui, criblé de balles, tombe adossé contre le mur de l’impasse, un épais filet de sang s’écoulant de sa bouche. Les yeux écarquillés, ne semblant pas comprendre ce qui vient de se passer, il laisse tomber dans l’eau trouble de l’égout la petite sphère argentée qu’il tenait entre ses doigts. Il glisse alors le long du mur, le recouvrant de sang, jusqu’à toucher le sol, s’immergeant à moitié dans l’eau.
Mortis tourne vivement la tête vers le trio qui vient de faire feu sur le jeune magicien tandis qu’Engal tombe à genoux à côté de son ami, les yeux emplis de larmes. En lui, quelque chose vient de se briser.


(Engal) : NOOOOOOOOOOOOOOOOON !!

Chapitre 8 Chapitre 10

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