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Le secret des Iverarcane

Sorti le 14/01/2009, compilé dans le Volume 10

Histoire :

Son fusil reposant toujours tranquillement sur son épaule, Rufus stoppe sa course, bientôt suivi de Luna, bien plus essoufflée que lui. Le duo faisant face à un élargissement impressionnant du couloir dont les cursives épurées se confondent à présent en un maelström de tuyauterie, de câblages et d’appareils aux fonctions inconnues. Au centre de cet incroyable complexe de technologie se trouve une unique porte dont la banalité structurelle jure littéralement avec le reste du décor ambiant. Rufus s’en approche et s’arrête devant, semblant la contempler avec une suffisance marquée. Il pousse finalement un soupir qui rompt le silence tamisé de cet espace jusqu’alors uniquement perturbé par le ronronnement continuel de quelques machineries murales.

(Rufus) : Nous y sommes.

Eliza, le souffle court, reste interdite face à la révélation que vient de lui faire Diablotin. Un silence s’est instauré dans la pièce depuis celle-ci. C’est finalement Willem qui le rompt d’un ricanement effronté qui lui est propre, reportant la totale attention de ses adversaires sur lui. Les bras croisés, un sourire nonchalant imprimé sur le visage, le rouquin contemple la situation avec une certaine ironie.

(Willem) : Et alors ? Ca vous avance à quoi de le savoir ? Est-ce que ça va vous sauver la vie ?

(Diablotin) : Peut-être bien.

Willem éclate alors de rire tout en décroisant les bras, faisant apparaître des poignards fins et aiguisés entre ses phalanges.

(Willem) : Je ne crois pas.

(Diablotin) : En réalité tu es un mage d’une piètre qualité… tes pouvoirs sont si ténus que je ne les avais pas senti. Un mage de vent… c’est comme ça que tes lancés gagnent en puissance.

Willem tire alors la langue tout en dressant le majeur de sa main droite, faisant tournoyer l’une de ses lames autour afin de ne pas la perdre. Immédiatement, il reprend sa garde, n’ayant visiblement pas l’intention de perdre du temps en papotages inutiles.

(Willem) : Du blabla, je te dis. On s’en fout.

Les couteaux de Willem décollent en trombe de ses mains, fondant directement sur Diablotin qui, cette fois-ci, semble apte à pouvoir suivre leurs mouvements. Levant sa main devant lui, il plisse les paupières de ses grands yeux et prononce d’une voix calme :

(Diablotin) : Wiantu Mederaz !!

Une bourrasque d’air jaillit alors de la paume de sa main dressée et disperse les poignards sur les côtés, les envoyant se planter dans le sol aux alentours. Les couteaux pris dans le siphon venteux de cette parade magique sont littéralement renvoyés vers Willem qui, surpris, ne parvient pas à les éviter correctement. L’un d’entre eux se plante dans sa cuisse et l’autre dans son épaule. Le rouquin pousse un cri de surprise plus que de douleur, la puissance dégagée par la mini tornade de Diablotin n’ayant pas été suffisante pour planter les lames assez profondément afin que les blessures infligées soient sérieuses.

(Willem) : Bordel !! Comment c’est possible ?!!
*Ca ne venait pas de son contre-sort débile. J’ai senti ma magie de vent se dissiper au moment du lancé, comme si… elle était aspirée. Qu’est ce que ça veut dire ?*

Le regard émeraude de Willem, renforcé dans son intensité par la lueur de fureur qui y brille, se place alors comme par instinct en direction d’Eliza, comme s’il avait senti que le trouble venait de ce côté. En effet, Eliza se tient face à lui, campée sur ses jambes, les bras dressés droits devant elle, ses mains jointes en une étrange position, laissant ses index et ses majeurs se croiser, les autres doigts repliés sur le côté des paumes… ces paumes où apparaissent à présent en surbrillance, comme gravés à même la peau en lettres de feu, deux symboles étranges, composés de cercles et de barres s’entravant les uns les autres, brillants d’une étrange lueur rougeâtre. Willem pousse un ricannement où s’entrecroise dégoût et mépris.

(Willem) : Pfff. Une scelleuse.

(Eliza) : Je m’appelle Iverarcane… tu comprends ce que ça signifie.   

(Willem) : Et les pires de tous en prime.

Eliza, gardant les mains jointes vers Willem, ne semble pas en mesure de faire le moindre mouvement, son corps parcouru de tremblements et recouvert de sueur indiquant que l’emploi de cette technique héréditaire lui coûte énormément d’énergie.

(Willem) : Je croyais que les sceaux avaient été interdits.

(Eliza) : Oh… tu ne vas pas me faire croire que l’illégalité de mes actions te trouble alors que tu as assassiné de sang froid un homme sous nos yeux.

Willem hausse les épaules.

(Willem) : Vous subirez le même sort. Ca fait des générations que les scelleurs ne pratiquent plus. Même les Iverarcane. L’art ancestral de cette famille s’est perdu au fil des années… si j’étais un mage un brin plus puissant, ton intervention n’aurait eu aucun intérêt.

(Eliza) : Ca veut plutôt dire que ce n’est pas de chance pour toi. 

(Willem) : Pff… Hahahaha !!

Willem se cambre de rire face à l’expression ferme et assurée d’Eliza, se jouant complètement de sa situation pourtant difficile dans laquelle il se trouve à présent. D’un seul coup, son rire s’arrête et il se redresse, tenant entre ses doigts de nouveaux poignards.

(Willem) : Héhéhé. Ce n’est pas le vent qui rend mes couteaux mortels, petite salope. BOUFFE CA !!!

Avec toute la force dont il dispose, Willem projette ses lames en direction d’Eliza, qui écarquille les yeux de panique pour toute réaction, figée qu’elle est dans sa position incongrue semblant être nécessaire pour contenir la magie de son adversaire. Elle se contente alors de fermer les yeux comme toute protection et s’attend à mourir d’un instant à l’autre. Heureusement, Diablotin intervient en usant de la même magie venteuse que précédemment, éparpillant cette fois-ci les lames sur le côté, hors de la trajectoire d’Eliza. Cependant, le familier écarquille les yeux en voyant Willem se positionner à cet endroit précis, comme s’il avait deviné à l’avance le coup qui allait se jouer. Le rouquin, un sourire sadique imprimé sur le visage, la langue toujours dehors, récupère l’une de ses lames en déroute au vol et la retourne en direction de Diablotin d’un magnifique mouvement circulaire prouvant sa grande habileté.

(Willem) : Moi plus j’ai d’entraves, plus je m’éclate !!!

Diablotin, encore emporté dans le mouvement de son dernier sort, n’est pas en mesure d’esquiver la lame à une si courte portée. Elle fonce droit vers sa tête, ce qui équivaudrait à une blessure mortelle… même s’il sait qu’il ne mourra pas, il sera téléporté dans son monde d’origine sans espoir de pouvoir revenir au secours d’Eliza. Sa disparition entrainerait l’échec total de la mission, et la mort de son alliée. Tandis que ces pensées lui traversent l’esprit, la lame est prête à pénétrer sa chaire.

(Eliza) : RENVOI !!

Une petite incantation venteuse jaillit alors des sceaux marqués sur les paumes des mains d’Eliza, postée à un mètre à peine du familier. La puissance du sort est réellement faible, mais suffisante pour dévier la trajectoire du poignard de quelques centimètres et permettre à Diablotin d’esquiver l’attaque. Willem tourne alors la tête vers Eliza, affichant une mine étonnée. La jeune femme plonge son regard dans celui de son adversaire, soutenant son air provoquant.

(Eliza) : Visiblement, tu ne connais pas réellement les pouvoirs des scelleurs. Une magie absorbée peut être relancée, même si je n’ai absolument aucune connaissance en matière de sorts.

(Willem) : Tss… les Templiers n’en ont pas liquidé assez.

Récupérant une lame reposant au sol, juste à côté de lui, Willem décide de mettre à profit le peu de distance qui le sépare d’Eliza pour se débarrasser d’elle une bonne fois pour toute. D’un geste rapide et précis, il se redresse, tendant son bras armé d’un poignard pour aller planter ce-dernier directement dans la gorge de la jeune femme. Alors que la lame s’apprête à ôter la vie à Eliza, qui n’a même pas encore réellement réalisé le mouvement de son adversaire, Diablotin a déjà réagit. Les yeux emplis de colère et de lassitude, il plaque ses mains chargées de magie directement au contact de Willem, au creux de son ventre.

(Diablotin) : MAINTENANT CA SUFFIT !! URZAJ’BANNETH !!

Willem n’a même pas le temps de sentir la moindre brûlure que l’impressionnante colonne de flammes l’envoi voler à l’autre bout de la pièce, l’écrasant littéralement contre le mur opposé. Le souffle de l’explosion a été tel qu’Eliza a été plaquée elle aussi contre le mur, ses mains disjointes par la force des choses ont vu disparaître les sceaux. Willem pousse un hurlement de douleur. Le ventre grièvement brûlé, il se roule au sol pour éteindre les flammes qui brûlent ses vêtements. Si Diablotin avait frappé dans l’optique de tuer, il reste ébahi par les capacités de survie de son adversaire.

(Willem) : Raaargh… Bordel…. !!

Diablotin se retourne pour Eliza, comme pour la remercier du regard et la féliciter de son intervention dans le combat.

(Diablotin) : Merci… ton intervention a eût un impact plus psychologique qu’autre chose… après ça, il a prit de tels risques que le toucher a été un véritable jeu d’enfant. Mais trêve de bavardages, il faut que tu rattrape Zerkim… et Rufus… si tu veux mettre ton plan à exécution.

Willem, tremblant de douleur, prend appui sur son coude droit pour se redresser légèrement et soulève avec difficulté son visage pour faire face à ses deux ennemis.

(Willem) : Ru… Rufus… ? Ha… hahaha… qu’est ce qu… vous… vous imaginez… bande… bande de cons… ? Vous… vous… avez aucune… aucune chance… rah… ha… ha… vous… n’obtiendrez rien… rien de… de lui… ha…

Eliza lance un regard empli de dégoût et de colère envers Willem qui, s’il n’est véritablement plus que l’ombre de lui-même, reste toujours aussi arrogant et détestable qu’auparavant. Comme pour l’achever psychologiquement, Eliza se dresse face à lui et sort de sa poche arrière le petit calepin manuscrit qu’elle a récupéré au manoir Van Reinhardt. Elle n’a pas besoin de faire le moindre commentaire supplémentaire, la seule vue de ce journal semblant évoquer directement à Willem une catastrophe allant au-delà de ce que la jeune femme pouvait imaginer comme impact.

(Willem) : Non… non… arrête… sale… sale garce…

A ces mots, Eliza semble confortée dans son plan et plus décidée que jamais. Ignorant la douleur qui lui lacère l’épaule, elle se détourne de Willem d’un air dédaigneux pour se diriger, enfin, vers la sortie de la pièce. Derrière elle, voué à l’impuissance, le rouquin continue à hurler.

(Willem) : RAAAAAAAH !!! ARRETE !!! 

Eliza se retourne vers Diablotin, qui affiche une expression de pitié face aux jérémiades endolories de Willem.

(Eliza) : Surveille le. On ne sait jamais.

Diablotin hoche calmement la tête, avant de focaliser à nouveau son attention sur Willem qui rampe à présent littéralement au sol à la suite d’Eliza, faisant fi par ces mouvements de la gravité pourtant très handicapante de ses blessures, une expression enragée imprimée sur le visage.

(Willem) : Je… je t’interdis… BOUGE PAS !! Aaaargh !! … Ru… Rufus… n’a pas… à… à vivre… une quelconque forme d’échec... Je… ne… le… permettrai… pas…

Diablotin observe alors une lueur malsaine dans le regard de Willem, entre la résignation et la haine pure et simple, une lueur de désenchanté, le regard d’un homme qui n’a plus rien à perdre, prêt à se sacrifier pour la cause qu’il croit juste. Un frisson lui parcourt le corps face à cette vision, et il ne remarque pas immédiatement que Willem a extrait quelque chose de la poche intérieure de son veston à moitié carbonisée.

(Diablotin) : Hey !

Diablotin n’a pas le temps d’intervenir que Willem ingère d’un geste rapide la petite chose qu’il vient de chercher dans sa veste. Il a à peine le temps d’entrevoir la forme sphérique de l’objet, et sa couleur d’un noir d’ébène : on croirait une petite bille noire de deux centimètres de diamètre. Presque immédiatement, l’air se met à trembler, semblant se condenser comme sous haute température autour du corps tremblotant du rouquin. C’est quasiment imperceptible, mais la lumière de la salle vacille de plus en plus, décroît progressivement dans le coin où se trouve le corps allongé de Willem. Un bruit sourd en émerge. Non, ce n’est pas la lumière qui baisse… c’est l’obscurité qui augmente. Diablotin, qui semble comprendre ce qui est en train de se tramer, lâche à l’intention d’Eliza, sans se retourner vers elle, le regard figé sur le corps de Willem, qui s’assombrit à son tour de plus en plus, s’effaçant dans l’épaisseur progressive de l’obscurité :

(Diablotin) : Eliza… Cours. Cours le plus vite possible.

Prêt à franchir la porte, la main sur la poignée, Rufus se fige soudainement, comme s’il sentait quelque chose d’anormal dans l’air ambiant. Son regard s’arrête droit devant lui et il tourne finalement la tête en arrière, contemplant le couloir dont il vient de sortir. Luna a un mouvement d’effroi en lisant sur le visage de son chef une expression qu’elle ne lui avait encore jamais vue alors : celle de la peine.


(Rufus) : Willem…

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