Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 87

.:: Chapitre 87 ::.
Poker

Sorti le 01/01/2009, compilé dans le Volume 10

Histoire :

Zerkim et Schaetz progressent avec adresse et vivacité dans le dédale de couloirs qui compose le CREAE. Le mage mène le groupe, prend à droite, à gauche, ignore des portes et des intersections, semblant se diriger avec l’exactitude d’un chien pisteur. Derrière lui, Schaetz, qui n’a toujours pas osé desserrer les lèvres depuis qu’il a rattrapé son collègue, affiche une expression témoignant de son étonnement face à la précision géographique dont fait preuve ce-dernier. N’y tenant plus, il laisse finalement échapper quelques mots.

(Schaetz) : Comment es-tu sûr de la direction à prendre pour poursuivre cet enfoiré ?

Zerkim semble ne rien vouloir répondre à la base, se murant dans un silence face auquel Schaetz sent sa faute redoubler d’intensité. Finalement, d’un ton froid et sec qui n’est pas celui qu’on lui connaît habituellement, Zerkim répond, sans même se retourner.

(Zerkim) : Pendant l’interrogatoire, j’ai « marqué » tous les membres de l’Ordo présent. Il s’agit de relâcher des émanations magiques quasiment imperceptibles qui vont se fixer sur les personnes alentours. Comme c’est ma propre essence, je peux la suivre distinctement.

(Schaetz) : Tu as pensé à faire ça dans un moment pareil, alors que tout indiquait que nous ne sortirions jamais vivants de là-bas ? Je dois dire que…

(Zerkim) : Arrête, s’il te plaît. Je ne veux pas entendre ça.

Zerkim plisse les paupières, l’air attristé. Visiblement, il vient de ressentir quelque chose d’émanent, quelque part, perdu dans l’atmosphère étouffante et glaciale du bâtiment : une agonie, un dernier souffle… ailleurs. Le mage sert les dents en fermant les yeux, continuant malgré tout de suivre la trace magique laissée par Rufus et Luna, se forçant à ignorer l’horrible vérité qui vient de s’imposer à son esprit.

(Zerkim) : Davien…

La masse sombre et granuleuse de Dergaboz fouette l’air, tranchant quelques cheveux roux de Willem au passage. Ce-dernier, accroupit, vient d’éviter de justesse de se faire trancher la tête d’un revers totalement imprévisible. Diablotin ne lui laisse par le moindre répit, enchaînant une habile rotation du manche de son arme pour l’abattre verticalement en direction du rouquin. Willem esquive l’assaut d’une roulade en arrière, laissant l’épée rocailleuse exploser le sol en une multitude de gravats. Le souffle court, il en profite pour projeter à une vitesse ahurissante une série de quatre cartes, sorties d’on ne sait où, en direction de son adversaire. Diablotin redresse Dergaboz pour s’en servir comme un bouclier et les cartes s’y enfoncent sur quasiment toute leur longueur. Eliza, qui guette la moindre occasion de quitter la salle, écarquille les yeux en voyant les cartes s’engouffrer dans la roche comme dans du beurre. Diablotin lui aussi semble fort surpris de cet assaut et il retire de ses deux doigts l’une des cartes pour en étudier globalement la structure. Alors qu’il s’attend à la trouver en métal rigide, ses yeux s’ouvrent encore plus lorsqu’il se rend compte, en la pliant entre ses doigts, que c’est une carte tout à fait banale.

(Diablotin) : Tu dois avoir une force prodigieuse pour parvenir à… oh non, même comme ça c’est impossible.

(Willem) : Je ne suis pas fort du tout.

Eliza a très vite compris que cette petite discussion entamée par Diablotin n’a pour but que de lui permettre de quitter la salle pour aller rejoindre Zerkim. Aussi, elle ne perd pas un instant et se dirige à pas de course vers la sortie. Elle stoppe alors immédiatement sa course, plus encore par instinct que par réflexe, lorsqu’une rangée de cinq couteaux, aussi fins qu’aiguisés, vient se planter dans le mur, à quelques centimètres d’elle à peine. C’est certain : si elle ne s’était pas arrêtée, elle était morte. Son regard se tourne vers Willem qui, sans même s’être retournée vers elle, a projeté ses armes blanches dans son dos sans aucune difficulté de visée.

(Willem) : Tout est dans l’habileté, la manipulation et la technique.

Alors qu’il lâche ses mots face à un Diablotin dont le cœur a faillit s’arrêter au moment où Eliza a esquivé l’attaque de justesse, Willem se laisse tomber en arrière pour prendre appui avec force sur ses mains, projetant ainsi avec une puissance inouïe son pied en direction de Dergaboz. Diablotin bloque le coup avec fermeté, faisant preuve d’une ténacité physique qu’on ne lui soupçonnait pas. Cependant, l’attaque de Willem n’était pas destinée à désarmer son adversaire : la croûte rocailleuse de Dergaboz se fissure en trois points, laissant apparaître les cartes de Willem qui était restée plantée de l’autre côté. Par la précision et la force de son coup de pied, le rouquin a impulsé une nouvelle projection dans ses cartes, qui cette fois-ci traversent la pierre pour venir frapper son porteur directement.

(Diablotin) : ALTAN’ARAK !

Hurlant son incantation, Diablotin fait jaillir une petite densité de flammes bleutées tout autour de son corps, brûlant sur le champ les cartes qui allaient se planter dans son épiderme. Reprenant son souffle, les flammes se dissipant presque immédiatement, le familier reporte alors son attention sur son adversaire, qui a déjà disparu pour s’en prendre à Eliza, la jeune femme ayant fait preuve d’une nouvelle intention de quitter la salle.

(Diablotin) : Et merde !!

Eliza voit arriver vers elle Willem, mais plutôt que de tenter de fuir le plus vite possible, elle se saisit de l’un des couteaux enfoncé dans le mur et retourne cette arme contre son lanceur. Avec une précision étonnante, elle lance le poignard en direction de son assaillant. Un sourire tranquille et effronté imprimé sur le visage, Willem se saisit de l’arme au vol dans un geste à la rapidité surréaliste. Entre son index et son majeur, il a coincé la lame à deux centimètres à peine de la garde, rompant sans aucun souci sa force de projection. Tournant immédiatement sur lui-même pour gagner en puissance de jet, il refait face à Eliza pour lui renvoyer ce même poignard à la vitesse de l’éclair. Le jet est si puissant qu’Eliza sent la douleur la traverser avant même d’avoir imprimé visuellement la fin du mouvement de son adversaire. Son regard se pose alors sur son épaule ensanglantée dans laquelle s’est figée la lame jusqu’à la garde, enfonçant avec elle la chemise jusqu’à l’os. Une douleur terrible la submerge alors, le couteau ne s’étant pas contenté de lui couper la chair, lui a également brisé la clavicule sans aucun souci.

(Eliza) : Aaaaaargh !!

(Diablotin) : ELIZA !! URZAJ’BANNETH !!

Une colonne de flammes rougeoyantes arrive alors à une vitesse fulgurante dans le dos de Willem, prenant la forme d’un tube brûlant d’environ un mètre de diamètre. Tout en tirant la langue d’une manière grossière, Willem esquive l’assaut en faisant un impressionnant bond, tendant ses jambes quasiment à l’horizontal pour éviter toute brûlure. La colonne de feu passe sous lui à quelques centimètres à peine, mais il ne rechute pas, ayant planté deux couteaux dans l’épais plafond et s’y agrippant avec force. Une fois la vague passée, le rouquin se sent tiré d’affaire et ne voit pas venir Diablotin, Dergaboz droit devant lui. L’énorme épée s’apprêtant à le trancher en deux, Willem est contraint d’abandonner l’une de ses prises pour esquiver l’attaque, mais plutôt que de la lâcher tout simplement, il la tire avec lui, la détachant du plafond en une projection poussiéreuse. La lame noire lui effleure le flanc, le tranchant tout de même légèrement. Ne se décontenançant pas face à cette blessure minimale, Willem se sert de l’inertie de son corps pour gagner en puissance sur son prochain tir : le couteau qui lui avait servit de maintien est projeté directement sur Diablotin qui se retrouve alors en position inconfortable. Toujours en l’air, il est complètement incapable d’esquiver. Il ramène Dergaboz tout contre lui en priant qu’elle parvienne à contenir la puissance de tir de son adversaire. Le couteau se plante dans la lame noire et celle-ci tient le coup, plus grâce à la garde trop large du poignard que par sa consistance pourtant extraordinaire. Cependant, Willem n’en a pas fini : il anticipe le mouvement de retrait de Diablotin et voyant dépasser le manche de son couteau de la surface irisée de Dergaboz, il y calle un violent coup de pied qui fait voler en éclat la lame magique déjà fragilisée par les impacts des cartes. Les yeux écarquillés, Diablotin arrive au sol, les débris de Dergaboz éparpillés tout autour de lui.

(Diablotin) : Je… je n’arrive pas à y croire…

Willem lâche son second maintien pour atterrir gracieusement, juste en face d’un Diablotin atterré par la perte de son arme magique, aussi puissante que rare. Ce n’est pas tant la disparition de Dergaboz qui le laisse pantois que la facilité déconcertante avec laquelle Willem a réussit à s’en débarrasser.

(Diablotin) : Tu avais prévu ton coup à partir du moment même où tu as lancé tes cartes.

(Willem) : Oh… je vois que tu as réussis à voir clair dans mon jeu. Je n’aime pas ça. Même si tu as raison. J’ai rapidement observé et analysé ton sabre magique. Il m’a impressionné, je l’admets. Il était globalement indestructible étant donné sa composition et sa nature chimérique… pourtant, comme cela arrive souvent, la perfection avait des failles.

(Diablotin) : Dergaboz est une épée composite de plusieurs rocs d’Albaz qui ont été scellés entre eux par de la magie magmatique… Les points d’ancrages entre ces rocs sont pourtant minuscules et imperceptibles… comment as-tu pu les dénicher aussi rapidement ? Comment as-tu pu y loger tes cartes avec une telle précision ?

Willem tire une nouvelle fois la langue de manière grossière en affichant un sourire carnacier, ses grands yeux verts lui donnant pour l’occasion un air particulièrement fou.

(Willem) : Poker.

Diablotin affiche une mine étonnée face à ce mot lâché comme une vérité générale source de toutes les explications de la savante analyse combative de son employeur. Finalement, le rouquin hausse les épaules et tend sa main droite juste devant lui. Il la secoue à deux ou trois reprises et y fait apparaître sept cartes, sorties de nulle part, comme par enchantement.

(Diablotin) : C’est sensé être moi, le magicien…

(Willem) : Tu ne crois pas si bien dire.

Diablotin plisse alors soudainement les yeux, comme-ci son adversaire venait de lui ouvrir une porte qui lui permettait de voir plus clair dans son jeu. Ce qu’il y découvre semble le surprendre au plus haut point, comme si une vérité, pourtant grossièrement dissimulée, lui apparaissait enfin dans toute sa clarté.
Eliza, de son côté, le couteau toujours planté dans l’épaule, serre les dents pour ne pas succomber à la douleur qui lui traverse tout le corps et parvient même, grâce à une force de volonté impressionnante, à la surpasser pour reprendre sa marche vers la sortie. Le regard de Willem se braque alors sur elle en une expression mêlant de la lassitude et de l’impatience.


(Diablotin) : Eliza. Arrête. Ne bouge plus.

Eliza stoppe sa marche et tourne un visage surpris et choqué vers Diablotin, comme si elle l’accusait d’avoir retourné vers elle l’attention de leur adversaire.


(Eliza) : Qu… quoi ?

Diablotin reporte alors son attention sur Willem, qui en a fait de même de son côté. Le familier pousse un profond soupir, comme s’il allait lui en coûter de dire ce qu’il s’apprête à annoncer.


(Diablotin) : Ce type… c’est un mage.

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