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Coup fatal

Sorti le 17/12/2008, compilé dans le Volume 10

Histoire :

L’atmosphère commence à se faire lourde dans le couloir. Davien regarde de droite à gauche, il a l’impression que les murs se referment sur lui. En face, à quelques mètres seulement, Alucar règne, la tête basse et les bras ballants, sur une montagne de cadavres de rat ensanglantés. Une odeur de mort crasseuse règne dans l’air confiné de ce réduit. Davien sent la tête lui tourner et ressent de plus en plus une certaine tension, presque palpable, se créer autour d’Alucar. Davien lui lance un regard détaché, réalisant soudainement que, pris par la tournure fantastique des évènements, Alucar ne prend même pas la peine de se tenir en garde, complètement indifférent à la présence de son adversaire.

(Davien) : Mauvais calcul, le corbeau.

L’hésitation ne fait pas partie des attributions de l’inspecteur : il charge Alucar sans aucune forme de sommation et lui plaque un coup de poing direct dans le visage. Alucar, visiblement surpris, est projeté en arrière, comme s’il n’avait pas prévu que son adversaire pourrait l’attaquer pendant qu’il préparait son fameux « pouvoir ultime ». Davien ne prend pas non plus la peine de charger ses attaques en aura, préférant l’économiser, Alucar faisant soudainement preuve d’une mollesse et d’un manque de réactivité assez surprenant de sa part. Davien ne se laisse néanmoins pas décontenancer et poursuit son enchaînement, espérant bien le conclure cette fois-ci par la mise à mort définitive de son étrange adversaire. Ainsi, Alucar réceptionne une véritable pluie de coups de pied et de poing, tombant très vite au sol sans espoir de pouvoir se redresser. L’inspecteur ne lui laisse absolument aucun répit, le matraquant de coups puissants où se lirait presque une forme de désespoir. Il achève sa fureur, essoufflé, dans un ultime coup de poing légèrement chargé d’aura, en plein ventre d’Alucar. Ce-dernier, pourtant plié en deux sous le choc, ne pousse pas le moindre cri de douleur. Pendant un instant, Davien reste prostré dans cette position, son poing à moitié enfoncé dans l’abdomen musclé de son adversaire, à bout de souffle, attendant encore un instant pour vérifier la mort de ce dernier.


(Alucar) : C… c’est… c’est inutile…

Pourtant, la difficulté avec laquelle il prononce ces paroles tend à prouver que les coups de l’inspecteur ont bien porté leurs fruits. La souffrance parcourt l’ensemble du corps d’Alucar, tuméfié et sanguinolent, mais il refuse de mourir voir même de témoigner de la souffrance. Pire encore, Davien est interloqué lorsqu’il sent cette atmosphère lourde, cet air chargé d’une perversion intangible, se déverser à flot du corps de son adversaire, comme ci celui-ci refluait une odeur nauséabonde ou de mauvaises vibrations.

(Davien) : Depuis que tu fais « ça »… tu ne peux plus bouger.

(Alucar) : C’est vrai.

Et soudain, Davien sent quelque chose gigoter contre sa jambe. Immédiatement, il détourne la tête pour porter son regard vers l’origine de ce contact, et voit l’un des cadavres de rat remuer légèrement. L’animal mort semble alors plutôt plongé dans un profond sommeil, sa gueule entrouverte remuant pathétiquement, comme si son esprit était embué dans un quelconque songe. Davien n’est pas tellement surpris par ce spectacle : son attaque n’était pas spécifiquement ciblée pour éliminer les rats dans leur intégralité et il est possible que certains y aient survécu et soient juste assommés. Cependant, l’impression désagréable prend une force encore plus incisive, qui le force à plisser ses paupières, comme si une douleur lui ravageait soudainement le crâne. Ce sont à présent des ondulations rêches et désagréables qui s’agitent sur la paume de sa main, toujours enfoncée dans le ventre d’Alucar. Il reporte ses yeux sur ce point d’impact pour constater la présence de trois gros rats autour de sa main, recouvrant les abdominaux d’Alucar. Ils ont la même lueur rougeâtre et malsaine au fond de leurs yeux que tous les autres. Le poing de Davien a disparu sous leur masse, et il le retire vivement en poussant un petit cri dégoûté, constatant au passage l’expression effrayante d’Alucar : une sorte de jubilation, de contentement malsain, ne présageant rien de bon.

(Davien) : D’où sortent-ils ceux là ?!!

(Alucar) : D’où ? Eh bien…

Davien ne peut refreiner un haut le cœur lorsqu’Alucar s’enfonce entièrement la main dans la bouche, n’arrivant pas à croire que celui-ci puisse faire un tel mouvement sans se déboîter la mâchoire. Il enfonce ensuite sa main à une profondeur absolument inhumaine : non, sa physionomie ne peut pas être celle d’un homme normale, n’importe qui mourrait sur le champ s’il s’infligeait un tel traitement. Horrifié par l’activité terrifiante d’Alucar, Davien ne peut s’empêcher de détourner le regard, mais il se force, au bout d’un moment, à reporter son attention de ce côté. Alucar a retiré sa main, et entre ses doigts crispés et gluants il tient un rat lui-même recouvert de viscosités. La bête, jusqu’alors immobile, ouvre des yeux rouges et se met à gigoter lentement en poussant des petits cris stridents.

(Davien) : Non… non… je ne peux pas y croire.

Alucar se redresse sur son séant, lâchant le nouvel arrivant à terre, ainsi que les trois autres qui descendent instinctivement de son ventre. L’un d’eux grimpe habilement sur la jambe de son maître avant de se poser assit sur son genou replié, prenant ainsi une attitude malicieuse.

(Alucar) : Chacun d’eux est moi et je suis chacun d’eux. Tu peux me frapper avec toute la hargne du monde, ils seront là pour prendre les coups à ma place. Et à l’inverse…

L’aura infernale, puisqu’elle ne peut plus dès lors être traitée autrement par Davien, tant elle est pernicieuse et perceptible, qui se dégage d’Alucar s’étend d’une manière encore plus forte lorsqu’il écarte les bras en poussant un cri de soulagement, comme s’il avait concentré cette énergie en lui pour pouvoir la relâcher tout d’un coup. Presque immédiatement, des couinements proviennent de tous les coins du couloir. Même les rats les plus atrocement mutilés commencent à gigoter, certains traînant derrière eux leurs entrailles à vif. Une marée d’yeux rouge s’allume dans cet espace confiné sous le regard horrifié de Davien, qui voit revenir à la vie toute cette vermine, revigorée par ce « fluide » provenant d’Alucar.

(Davien) : Comment est-ce possible… ?

(Alucar) : La réponse est dans mon dos.

Davien sert les poings devant l’air condescendant qu’a prit Alucar dans sa réponse, comme s’il s’agissait d’une évidence même. La terreur laisse place à la frustration et à la colère dans le cœur de l’inspecteur.

(Davien) : FOUTAISES !!

Le poing concentré d’aura, complètement aveuglé par sa rage et son sentiment d’impuissance, Davien charge Alucar. Ce-dernier, cependant, ne semble pas s’attendre à un assaut frontal aussi direct, pensant avoir tellement traumatisé son adversaire que ce-dernier n’aurait plus la force de réagir.

(Davien) : PENGJIN ZU !!!

Des deux poings joints, Davien balance un coup d’une violence inouïe dans l’air, à un mètre à peine d’Alucar. La puissance de cette vague d’énergie est telle qu’il est contraint de se camper sur ses deux jambes, afin de ne pas être éjecté en arrière. Les rats situés dans le sillon de l’attaque sont projetés en tout sens, et cela même si l’assaut ne les ciblait pas en particulier. C’est un véritable tumulte de cris stridents et de couinements qui accompagne cette ultime vague d’aura à laquelle fait face Alucar, les yeux écarquillés. Elle le frappe alors de plein fouet, le projetant dans un choc terrifiant contre le mur, auquel il reste collé, le visage bloqué dans son expression première. L’énergie accumulée contre ce corps, ne pouvant traverser l’épaisseur du mur, éclate alors avec la violence d’une petite grenade, propulsant cette fois Davien en arrière, sur près de trois mètres. Ce-dernier met un instant à se redresser, complètement hagard, les yeux plissés pour résister aux picotements de la poussière issue du plâtre brisé. Estomaqué par la puissance enragée de sa propre attaque, Davien ne peut réprimer une expression de dégoût en en contemplant le résultat : à moitié enfoncé dans le trou que l’impact a creusé dans le mur, la moitié du ventre et le bras droit arrachés, Alucar gît misérablement, ses longs cheveux noirs frisés recouvrant son visage dont s’écoule néanmoins jusqu’au sol une véritable rigole de sang. Tout le côté droit du mur semble avoir été éclaboussé d’un jet de peinture écarlate. Ca et là gisent des cadavres de rats brisés, certains en morceaux. Le silence qui règne à présent signifie à lui seul, avec intensité, toute l’étendue de ce carnage. Mais surtout, et c’est ce qui soulage véritablement Davien, cette ténébreuse impression, lourde et sinistre, qui flottait dans l’air, a enfin disparue, emportée avec Alucar dans son dernier souffle.
Davien sent alors une douleur provenir de son flanc blessé par la toute première attaque d’Alucar. Il baisse des yeux fatigués vers l’origine de cette souffrance pour constater qu’un peu de sang frais a tinté sa chemise à cet endroit précis.


(Davien) : *J’ai dépensé trop d’aura… je ne peux plus couvrir efficacement cette blessure… mieux vaut ne pas traîner. Libérer les otages, et vite me faire soigner…*

Davien s’éloigne alors de quelques pas, chancelant, le corps fatigué à un point extrême qu’il n’avait jamais connu jusqu’alors. Il a été poussé dans ses derniers retranchements.

(Davien) : *J’ai donné tout ce que j’avais… mieux vaut ne pas tomber sur un autre type comme lui…*

Alors qu’il se sent enfin suffisamment loin pour pouvoir se dire, sans avoir l’impression de se mentir à lui-même, que tout ceci est derrière lui, un désagréable sentiment vient lui caresser l’échine, une tension encore vague à cause de l’éloignement. Davien ferme calmement les yeux, comme s’il se doutait parfaitement, bien qu’il ne puisse y croire, de ce qui est en train de se dérouler derrière lui. Il ne se retourne pas, reste figé sur place, la tension palpable reprenant une force encore plus impétueuse que la première fois qu’elle avait émergée : le sinistre aura de son adversaire prétendument vaincu se répand aux alentours avec une vivacité exacerbée.
S’il se contentait simplement de jeter un regard par-dessus son épaule, Davien verrait alors ce qui se trame dans son dos : toujours calfeutré dans son trou mural, le corps d’Alucar est parcouru de spasmes. Le trou sanglant et cramoisi qui qualifie à présent la partie droite de son ventre et le moignon qu’il lui reste de son bras, vacille étrangement, comme remués par des milliers de nerfs hyperactifs. Soudain, ces parties charnelles semblent changer de formes, noircir, s’allonger et se nervurer, pour prendre véritablement la forme de plumes noires à leurs extrémités. Moitié chair-moitié plumes, ces excroissances improbables s’étendent sur toutes les zones blessées, reprenant d’un côté la forme imprécise d’un bras, de l’autre la partie manquante du ventre. Le temps semble se figer, l’espace d’un instant puis Alucar redresse la tête d’un seul coup dans un souffle bruyant et rauque, comme s’il venait de refaire surface après un long moment d’apnée. D’un geste sec et précis, il se détache du mur, projetant par ce mouvement de nouvelles volutes d’âcre poussière dans l’air. Immédiatement, son bras gauche, encore valide, caresse affectueusement l’étendue de plumes noires qui recouvrent son corps mutilé puis les balaye d’un large mouvement circulaire. Les plumes noires se dispersent en l’air tout autour de lui, flottant mollement en une tempête funeste. Sous les plumes, sont corps s’est reconstitué : son ventre est complet, son bras est réapparu. Il n’y a là aucune trace de jonction, de cicatrices, rien.
Davien tremble, figé, dos à cette improbable vérité à laquelle il ne peut se résoudre à faire face. Si même la mort n’a plus de prise, alors que peut-il encore faire ? Il sert les poings de dépit et affiche un sourire résigné, calme, tandis qu’un souffle froid passe dans sa nuque et qu’une douleur ravageuse, glacée, traverse sa chair pour pénétrer son cœur. Il n’a pas besoin de rouvrir les yeux et de le constater par lui-même. Il laisse cela à ceux qui ne peuvent le concevoir. Il n’a pas besoin de voir la lame claire enfoncée dans son torse. Il n’a pas besoin de voir la teinte rouge qu’est en train de prendre sa chemise tout autour de cet étrange appendice. Il n’a pas besoin de voir la main d’Alucar au bout de la lame. Il n’a pas besoin de voir son regard vide et mort dans lequel il n’a jamais constaté aucun reflet.
Seuls lui viennent quelques mots, insignifiants, mais qui lui semblent pourtant capitaux en l’instant.


(Davien) : C’est fini.

Et Alucar de lui répondre.

(Alucar) : Oui.

Chapitre 85 Chapitre 87

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