Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 83

.:: Chapitre 83 ::.
Interrogatoire

Sorti le 19/11/2008, compilé dans le Volume 10

Histoire :

Nysen a le regard braqué sur les yeux de Myla. Celle-ci n’esquisse pas le moindre mouvement, ni le moindre clignement d’yeux. Le scientifique ne peut plus bouger, ni même penser. Il a le seul sentiment d’être engoncé dans une épaisse masse liquide le contraignant à l’immobilité jusqu’à l’étouffement. Soudain, cette pression se relâche brutalement et Nysen pousse un brusque souffle de soulagement. Le cœur haletant, il retrouve enfin sa mobilité, mais constate que quelque chose d’étrange a changé dans l’atmosphère. Rien ne se passe, aucun son ne provient de nulle part. Le scientifique tourne la tête de droite à gauche, les autres intervenants semblant étrangement se tenir à l’écart dans un calme impassible. Même Schaetz a arrêté de gigoter, toujours tenu en position d’échec par Luna. Le regard de Nysen se calle sur celui de cet allié providentiel, lui imposant d’agir avec une insistance expressive.

(Nysen) : Pitié, vous êtes mon seul espoir.

(Schaetz) : Oui. Vous avez raison.

Le visage toujours impassible, Schaetz se redresse brusquement, repoussant le hachoir de Luna d’un mouvement brusque du coude. Il achève son mouvement par un violent et imprévisible coup de poing qui envoie voler la jeune femme deux mètres plus loin. Schaetz porte ensuite la main à son ceinturon et retire deux revolvers de ses holsters latéraux. Willem est déjà debout et se jette à son encontre, mais le brigadier l’a vu venir et décharge sur lui une puissante rafale qui lui déchire tout le torse. Dans une gerbe de sang impressionnante, le rouquin retombe lamentablement contre une table et meurt sans demander son reste. Luna s’est redressée immédiatement, faisant tournoyer son hachoir de manière habile. D’un pas sur le côté, Schaetz évite une grave blessure et profite de l’ouverture que lui offre son nouvel adversaire pour lui braquer son revolver sur la tempe. Sans faire preuve de la moindre hésitation, il ouvre le feu. La moitié du visage de Luna est emporté par ce tir puissant et sans pitié, son corps s’effondrant au sol dans des volutes ensanglantées. Ne perdant pas une seule seconde, Schaetz pivote sur lui-même et braque Rufus. Tout s’est passé tellement vite que ce-dernier a à peine eu le temps de se redresser et de saisir son fusil de chasse. Schaetz se jette sur le côté, et esquive une salve de tir qui fait exploser la chaise située derrière lui. Achevant son mouvement par une gracieuse roulade, il se camoufle juste derrière Myla. Par réflexe, Rufus ouvre le feu sur sa cible première et déverse un torrent de plomb sur la jeune femme qui décolle de sa chaise sous le choc et s’écrase quelques mètres plus loin, le corps en charpie. Profitant de l’effroi de Rufus face à cette bourde Schaetz se redresse immédiatement et vide ses deux chargeurs droits sur le chef de l’Ordo Arakis, transperçant son corps désarticulé en de multiples points. Rufus s’effondre, le regard hagard, un filet de sang s’écoulant de sa bouche.
Schaetz hoche la tête d’un air satisfait et rengaine ses deux revolvers dans leurs étuis, finissant de se redresser pour se retourner vers Nysen qui, ébahit, n’en croit pas ses yeux et ne peut s’empêcher de sourire frénétiquement en hochant la tête.

(Nysen) : Vous… vous êtes un héros !!

(Schaetz) : Peut être bien professeur : vous aviez foi en moi, et j’y ai puisé ma force. Mais peu importe à présent, il faut agir vite : ils n’étaient pas seuls. Que sont-ils venus chercher ? Que vous voulaient-ils ?

(Nysen) : Oui, oui, oui !! Vous avez raison. Ils en avaient moi… et après Mr Opitz, vous savez… parce qu’il m’avait confié le CREAE. Tout ça, ça les a mis très en colère, je crois.

Schaetz fronce les sourcils et croise les bras sur son poitrail, son insigne de brigadier brillant d’une lueur surnaturelle.

(Nysen) : Oh !! Heureusement que vous êtes arrivé… heureusement, oui !! Sans vous, je n’aurai pas eu la force mentale de résister à leur interrogatoire bien longtemps.

(Schaetz) : Je m’en doute… mais quel est le rapport avec Opitz, qu’est ce que cache le CREAE ?

Nysen regarde de droite à gauche, contemplant les cadavres des membres de l’Ordo, comme pour s’assurer encore une fois qu’ils sont bien morts et qu’ils ne vont pas entendre ce qu’il s’apprête à dire.

(Nysen) : C’est confidentiel, bien sûr… enfin, je vous fais confiance, à vous. Le CREAE n’est qu’une couverture. Mr Opitz s’en est servi depuis des années pour stocker le Hammer Prométhée à l’abri des regards indiscrets. Il a impulsé des fonds dans ce bâtiment pour que nous travaillions tous à l’amélioration constante de cette arme formidable. Une telle technologie mon dieu !! Et… et… nous, nous avons fait croire que nous faisions des recherches pour Eidolon, bien entendu. Oh… ces gens de l’Ordo Arakis… je suis sûr que c’est Prométhée qu’ils veulent !!

(Schaetz) : Mais ils ne l’auront pas… il doit être sacrément protégé.

Nysen semble tout à coup rayonner d’une fierté qui déforme ses traits et le rend encore plus effrayant qu’à l’habituelle.

(Nysen) : HAHAHAHA !! Ca oui, je suis le seul à connaître les codes de sécurité.

(Schaetz) : Ils vont pirater le système… ça leur prendra beaucoup de temps, c’est pour ça qu’ils voulaient obtenir directement les codes de votre bouche. Mais ils arriveront à contourner la sécurité, malgré ça.

L’euphorie de Nysen disparaît de son visage. Il sait que Schaetz a raison et fronce les sourcils en portant son regard sur ses poignets soudés à la table, l’immobilisant complètement. Le brigadier reprend d’une voix claire et forte, reportant l’attention du scientifique sur lui.

(Schaetz) : Pour ce que j’en sais, ce type de système de sécurité a une fonction double : vos codes autorisent l’accès mais peuvent également le fermer totalement, afin que même le piratage soit impossible.

(Nysen) : C’est… c’est vrai. Mes codes peuvent bloquer le système. Plus personne ne serait en mesure d’y accéder sans reformater complètement l’unité centrale, ce qui prendrait plusieurs jours… ça risque d’handicaper le CREAE, mais c’est le seul moyen de les empêcher d’atteindre Prométhée. Vous avez raison. Malheureusement, regardez moi… je suis complètement coincé à cette table et il vous faudrait du matériel sidérurgique pour me détacher de là.

Schaetz hocha la tête pour confirmer les dires de son interlocuteur, après quoi il contourne tranquillement la table pour venir se poster à côté de lui. Il pose alors une feuille de papier blanc devant Nysen et lui pose un stylo entre les doigts. Le scientifique ne sait pas d’où il vient de sortir ce matériel mais il comprend parfaitement où le brigadier veut en venir.

(Nysen) : Oui… je vais vous écrire les codes de sécurité, et vous allez vous charger de verrouiller le système ! Un homme de votre envergure ne devrait avoir aucun mal à le faire.

(Schaetz) : C’est exactement ce à quoi je pensais.

(Nysen) : C’est un verrou crypté en cinq codes.

Nysen griffonne sur la feuille, d’une écriture appliquée, cinq séries de douze chiffres chacun, qui semblent lui venir spontanément, preuve qu’il les connait à la perfection. Une fois qu’il a terminé, Schaetz se saisit du papier et le parcourt du regard en hochant la tête d’un air consciencieux.

(Nysen) : Malheureusement, ce n’est pas aussi simple… avoir les codes ne suffit pas… car on ne peut les composer qu’à partir d’un clavier virtuel intégré à l’ordinateur central et auquel on n’accède que par l’entrée de deux clés de combinaison aléatoire. L’ordinateur génère de nouvelles clés chaque jour et on ne peut les télécharger que sur la carte mère. Elle se trouve dans la salle d’électronique B-14 du bâtiment ouest. Il suffit de s’y connecter et de télécharger les clés.

(Schaetz) : Eh bien on peut dire que c’est un système de sécurité des plus poussés.

Schaetz se trouve assit en face de Nysen, là où se trouvait précédemment Myla. Le scientifique lui lance un regard ébahi : il ne l’a pas vu faire le moindre mouvement, et il se trouvait pourtant juste à côté de lui une seconde auparavant.

(Nysen) : Qu… comment est ce qu… ?

Des ombres se mettent à se mouvoir autour de Nysen, ondulant comme des liquides ténébreux. Le scientifique est terrifié et il ne comprend plus rien. Cette pénombre semble grandir, se modeler, prendre forme, se redressant de chaque côté de sa chaise. Son regard est braqué dans celui de Schaetz, il ne peut plus l’en détacher, l’impression d’étouffement qu’il avait déjà ressentie face à Myla renaît alors. Il ne peut les voir réellement, mais il sent les deux formes brumeuses tapissées d’ombres se redresser sur sa droite et sur sa gauche, le dominant d’une hauteur écrasante. Nysen est parcouru de tremblements, les larmes aux yeux, il ne peut plus opérer le moindre mouvement ni même parler. Face à lui, les traits de Schaetz se déforment de plus en plus, comme un mirage se dissipant en plein désert, pour prendre progressivement la forme de ceux de Myla. Nysen veut hurler de terreur, mais il n’en a ni les moyens, ni même le temps : deux pics d’ombre jaillissent des masses brumeuses qui se sont élevés sur ses côtés et lui traversent la tête de part en part avant de se retirer aussi vite qu’elles  l’ont pénétrées. Aucune trace de blessure n’est visible, mais les yeux de Nysen se révulsent et sa bascule en arrière, contemplant dans un dernier mouvement oculaire le décor ambiant reprendre ses véritables traits : tous les membres de l’Ordo Arakis en vie, Schaetz à genoux, menotté, la tête basse, et Rufus tenant entre ses mains le papier sur lequel sont inscrits les codes de sécurité.

(Rufus) : Merci de votre collaboration, Nysen.

Du fond de la salle, Eliza s’agite sur sa chaise en voyant l’état dans lequel se trouve Nysen, l’homme qu’elle était sensée protéger. Elle attire l’attention de Rufus par ses mouvements désordonnés.

(Eliza) : Hey, qu’est ce que vous lui avez fait ?!!
 
(Rufus) : Myla lui a fait une petite « visite privée ».

Myla se redresse de sa chaise calmement avant de se diriger vers Rufus à côté duquel elle s’arrête, croisant les bras dans son dos, le regard bas, l’air un peu faible.

(Myla) : Son cerveau est mort.

(Rufus) : Parfait… ce n’est donc plus qu’une loque inutile. Willem !

Rufus claque des doigts à l’intention de son homme de main tout en lui indiquant par ce mouvement le corps inanimé de Nysen. D’un mouvement rapide, le rouquin est déjà derrière le scientifique et un bruit sec et aigu résonne dans la pièce. Dans un silence presque désarmant, la gorge de Nysen se fend de part en part, déversant un épais flot de sang sur la table d’acier et tout autour de la chaise. Schaetz pousse un hurlement de terreur mêlé de haine, mais Luna le maintient fermement au sol, rapprochant encore plus sa lame de sa gorge. Willem range délicatement le couteau qu’il vient d’utiliser pour assassiner Nysen sous son veston. Son mouvement a été si prévis et rapide que la lame n’a même pas eu le temps d’être souillée de sang. Eliza reste bouche bée face à cette mise à mort sans états d’âmes, sans la moindre once d’hésitation. Zerkim n’est pas moins choqué, mais c’est la colère qui semble l’emporter chez lui.

(Zerkim) : Comment… Comment avez-vous pu… ?

(Rufus) : A votre avis ? Avec précision, efficacité et sans détours. En gros, avec toutes les qualités qui vous ont manqué pour réussir votre mission.

Rufus pose sa main sur le front à présent pâle et froid de Nysen, il se dégage une grande noblesse dans ce mouvement pourtant horrible.

(Rufus) : Voilà ce qu’on appelle un échec complet…

Rufus redresse ensuite son autre main, dans laquelle il tient toujours la feuille sur laquelle sont indiqués les codes de sécurité que lui avait noté Nysen, alors sous l’emprise du pouvoir de Myla.

(Rufus) : … et ce qu’on nomme une réussite totale.

Chapitre 82 Chapitre 84

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