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Trahison et bouleversements

Sorti le 29/10/2008, compilé dans le Volume 9

Histoire :


Eliza redresse ses deux mains devant elle, autant comme un geste de bouclier que comme une tentative d’apaiser la tension de Schaetz. Ce-dernier, son arme toujours braqué sur ses deux acolytes, affiche une expression qui ne laisse plus place au doute, malgré un léger éclair de gène visible dans ses yeux gris.

(Eliza) : Schaetz… tu as fais un choix en intégrant la Brigade, celui de respecter un vœu de neutralité face au conflit techno-magique… on a tous fait ce vœu. Bien sûr nos opinions politiques sont ce qu’elles sont, mais le but de la Brigade est justement de les supplanter pour aller vers une justice commune, égalitaire, faisant fi d’une quelconque appartenance ethnique ou communautaire.

Schaetz fronce les sourcils en redressant son arme vers elle d’une manière plus menaçante, lui adjoignant par ce seul geste l’ordre de se taire.

(Schaetz) : Ta gueule, Iverarcane ! Pas la peine de me réciter le code. La situation je la connais, et je sais très bien ce que je fais.

Zerkim fronce les sourcils, sans pour autant faire le moindre geste. Il est resté stoïque face à la menace représentée par son ancien allié, n’a pas esquissé le moindre geste, mais son expression s’est fermée de plus en plus au fur et à mesure que la tension est montée. Soudain, quelque chose change dans l’air, comme s’il était parcouru par des petits cristaux de glace. La main de Zerkim se redresse alors, concentrant une boule de givre tourbillonnante qui se déverse en direction de Schaetz.

(Zerkim) : Goldreka !

(Schaetz) : Sale enfoiré de mage !!

Le givre commence à enserrer le canon de l’arme de Schaetz qui fait un brusque mouvement circulaire pour se déloger du rayon réfrigérant. La glace se solidifie soudainement le long de cet axe, recouvrant près de deux mètres de couloir et une partie du mur. Cependant, le traître s’est suffisamment éloigné pour ne pas souffrir plus que de quelques gelures. Sans aucune somation, il fait feu en direction de Zerkim, qui a tout juste le temps de redresser un mur de glace devant lui dans lequel les balles se figent.

(Schaetz) : Tu comprends maintenant pourquoi il est important que l’ADT prenne les devants ? De telles abominations ne devraient pas exister… ce n’est pas concevable !

(Eliza) : Mais qu’est ce qui te prend ? Tu es devenu fou ou quoi ?

Derrière son mur de glace, Zerkim affiche une expression blasée en levant les yeux au ciel. Ce n’est apparemment pas la première fois qu’il entend un tel discours.

(Zerkim) : Comment un type pareil a-t-il pu intégrer la Brigade ? Et surtout le BAC ?

Zerkim plaque sa main, encore bleutée des émanations glaciales qu’elle a émise, contre la paroi interne de son paravent glacé et y insuffle une nouvelle onde de magie polaire qui la fait frémir comme une vague sous grand vent.

(Zerkim) : Goldreka’Naar !

Une dizaine de pics de glace acérés apparaissent de l’autre côté de la paroi, pointant ostensiblement en direction de Schaetz dans une poussée inaltérable des plus menaçantes. Soudain, deux d’entre eux se décrochent et filent vers le Brigadier comme des carreaux d’arbalète. Schaetz ne se démonte pas et les aligne au vol de deux tirs bien ajusté qui les fait voler en éclat. Les débris cotonneux s’abattent sur lui en une fine couche de poudreuse et de l’arrière du mur de glace, la voix de Zerkim lui parvient.

(Zerkim) : J’ai encore huit de ces pics à te balancer à la tronche, Schaetz… et tu ne pourras pas tous les avoir. Je peux en faire pousser à volonté.

(Eliza) : Pose ton arme Schaetz, et tu auras peut être des circonstances atténuantes devant la cour martiale.

Mais la conversation s’arrête subitement quant un double canon de fusil Ferguson modifié vient se coller contre la base du crâne de Zerkim, soulevant sa chevelure brune d’une manière presque perverse. Au bout de l’arme se tient Rufus, une expression neutre imprimée sur le visage. Eliza porte ses mains à sa bouche et trébuche en arrière, se retrouvant aculée contre le mur. Zerkim, quant à lui, ne fait plus le moindre geste.

(Rufus) : Décolle ta main de cette paroi.

Zerkim s’exécute sans opposer la moindre résistance. Il n’a pas eu besoin de se retourner pour savoir qui se tenait derrière lui, et il sait très bien qu’il se fera tuer s’il n’obéit pas à ses ordres. Schaetz se redresse et approche d’un pas peu assuré, contournant le mur tout en pointant son arme sur Eliza, afin d’être sûr que la jeune femme ne sera pas tentée d’agir de manière héroïque (et suicidaire). Tandis qu’il contourne la barrière glacée, il lance un regard en direction de Rufus qui ne lui prête aucune attention.


(Rufus) : « Groupe d’intervention » ? La discrétion n’est pas vraiment votre fort… et la loyauté non plus.

Schaetz baisse soudainement les yeux, comme si le fait que l’accusation vienne de Rufus lui donnait soudainement un crédit nettement plus accablant. Eliza lance un regard furieux en direction de son ancien compagnon d’armes.

(Eliza) : Tu me déçois horriblement.

(Schaetz) : Tu n’y comprends rien, ma pauvre Iverarcane… si j’ai demandé à faire partie de ce groupe d’intervention, c’est simplement parce qu’à la base je pensais que c’était un coup monté de l’ADM pour décrédibiliser l’ADT. Pour moi, mettre un terme à cette mascarade avait un but à ce moment là… mais maintenant que je sais la vérité…

Rufus pousse un ricanement froid et détaché en posant enfin ses yeux sur le traître de la Brigade.

(Rufus) : Pas forcément une vérité fondamentale, mais je ne peux refuser une aide si… généreuse.

Schaetz lui lance un regard troublé prouvant qu’il n’a pas tout comprit à ce qui venait de se dire. Eliza baisse la tête, dépitée devant l’échec total de sa mission. Elle ne voit vraiment aucun moyen de se tirer de ce mauvais pas. Schaetz redresse finalement la tête en transfigurant une espèce d’expression fière.

(Schaetz) : Ne vous y trompez pas, Van Reinhardt : je n’octroie aucun sursis à l’Ordo Arakis. Vous êtes simplement du bon côté… pour cette fois. Mais la prochaine…

(Rufus) : « La prochaine » ? Parce que vous croyez que vous aurez une nouvelle occasion d’intervenir auprès de moi ou de mes hommes ? Vous venez de trahir vos compagnons, c’est la prison qui vous attend.

Schaetz reste abasourdi devant ce que vient de lui dire Rufus, figé sur place par l’intonation froide et inquiétante de sa voix. Il lance un regard paniqué à l’intention d’Eliza et de Zerkim, avant de reposer ses yeux sur le visage de Rufus.

(Schaetz) : Co… comment ça ? Vous allez… les laisser en vie ?

(Rufus) : Et pourquoi pas ? Après tout ils ne représentent aucun danger pour moi… je trouve même cela amusant. Mais ça vous conviendra, je pense, tant que l’ADT y gagne. Windermal vous tirera peut être de ce faux pas.

Lâchant ces mots comme un point final à toute conversation, Rufus abaisse lentement le canon de son fusil et agrippe les mains de Zerkim. Il se saisit de la paire de menottes accrochée à la ceinture du mage et les lui passe au poignet. Il relâche finalement la pression sur lui, tout en continuant à le cibler de son arme menaçante.


(Rufus) : Vous étiez à la recherche de Nysen, n’est ce pas ? Ca tombe bien, nous partions justement l’interroger.

(Eliza) : « Nous » ?

Comme pour répondre à l’interrogation d’Eliza, des bruits de pas se font entendre dans le couloir adjacent. A l’angle communiquant, Myla fait son apparition, toujours magnifique dans sa grande robe noire au corsage travaillé mettant en valeur la finesse de sa taille de guêpe. Mais elle n’est pas seule, une autre jeune femme l’accompagne. De taille moyenne, la silhouette maigre, cette nouvelle venue est engoncée dans une tenue traditionnelle chinoise très échancrée retenue fermée au niveau du bassin par deux barrettes de bambous noir. Un réseau complexe de fleurs et de ronces brodés parcourt l’ensemble du côté droit de cette robe de soie blanche qui lui remonte jusqu’à la gorge, laissant uniquement pointer son menton pâle comme la lune. Un regard farouche teinté d’une couleur verte illumine un visage clair et beau au dessus duquel se dresse une chevelure longue et rousse dont une partie est enserrée de chaque côté de son crâne dans deux pièces de tissus brodé portant des symboles étranges et magnifiques. A sa taille est fixée une ceinture noire qui jure par sa couleur sombre avec le reste de la gamme qui habille cette jeune femme. A ce ceinturon est accroché trois étranges fourreaux, courts et larges, dont dépasses des manches droits, enserrés dans des bandages ocre et usés. Ses bras nus sont posés contre ses hanches, et elle avance juste derrière Myla, semblant l’escorter.

(Rufus) : Myla, oui… et Luna, qui lui sert de garde du corps le temps de cette opération.

Aucune des deux ne dit mot, se contentant de contempler le groupe avec un regard emplit d’ironie et de moquerie. Eliza baisse la tête une nouvelle fois, les larmes aux yeux. Zerkim non plus ne trouve rien à dire. Les mains entravées, il ne peut pas se risquer à lancer le moindre sort.

(Schaetz) : Ne me faites pas de coup fourré parce qu…

Le comtalk de Rufus laisse éclater sa sonnerie qui coupe la parole au traître. Le chef de l’Ordo Arakis le décroche et le porte à son oreille d’un geste vif et précis.

(Rufus) : Alucar ?

Alucar se tient appuyé contre le mur encore recouvert des tâches de sang issues du carnage perpétré par ses corbeaux. Le comtalk callé contre son oreille, il affiche un sourire calme et serein en contemplant le couteau rouge de sang qu’il tient dans son autre main.

(Alucar) : Trois des cibles sont éliminées, je me mets immédiatement en chasse des trois autres.

(Rufus) : C’est inutile, nous les tenons.

Le sourire d’Alucar disparaît, comme s’il était déçu de ne pouvoir poursuivre sa traque meurtrière. Il pousse un léger soupir et ferme les paupières avant de reprendre la conversation.

(Alucar) : Je vois. Dans ce cas je reprends mon poste de surveillance.

(Rufus) : Entendu.

La conversation est coupée. Alucar détache son dos du mur et glisse son comtalk sous sa veste de traque. Soudain, il entend une série de couinements stridents provenir de l’amas de rats auquel il avait offert Davien en pâture. D’un geste vif, le regard sombre, il se retourne immédiatement vers l’origine de ces cris et affiche alors une expression surprise. Face à lui se tient Davien, une main plaquée contre son flanc mutilé, un filet de sang coulant encore au coin de sa bouche. Le teint pâle, il n’en reste pas moins encore fringuant pour une personne qui était laissée pour morte deux minutes auparavant. Tout autour de lui, les rats sont éparpillés de manière circulaire, morts pour la plupart, écrasés les uns sur les autres. La masse de survivants grouille sans oser retourner à l’attaque, poussant des petits cris distinctifs. Davien retire sa main de son flanc, duquel il ne s’écoule mystérieusement plus une goutte de sang, et il la pointe en direction de son adversaire.

(Davien) : Hey… ne m’enterre pas trop vite.

Chapitre 80 Chapitre 82

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