Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 80

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Le commanditaire

Sorti le 22/10/2008, compilé dans le Volume 9

Histoire :

Le brigadier fermant la marche du groupe de Davien s’arrête tout à coup et se retourne dans un mouvement vif, pointant son arme vers l’immensité vide du couloir qu’il vient de traverser. Le reste du groupe s’arrête à son tour et, suivant le mouvement, se place dans la même position.

(Davien) : Embert, que se passe-t-il ?

(Embert) : J’ai… j’ai cru entendre quelque chose. Une sorte de bruit sourd qui venait de derrière.

Davien lui fait signe de maintenir sa position et se redresse en rangeant son arme sur le côté. Il s’avance jusqu’à passer devant Embert et tend l’oreille. Il ne semble rien entendre. Au moment où il abaisse sa main, prêt à se retourner vers ses équipiers, un son lourd provient du fond du couloir et résonne de manière inquiétante jusqu’à eux. Les deux brigadiers se redressent, l’air apeuré et pointent leurs armes en direction du bruit. Davien lève la main pour les calmer.


(Davien) : Restez calmes. Daron, essaie de contacter l’unité alpha pour voir où ils en sont. Embert, viens avec moi… on va essayer de déterminer l’origine du bruit.

(Daron) : Ce n’est pas des plus prudent…

(Davien) : Je sais, mais je préfère être sûr.

Daron acquiesce et pose un genou au sol avant de tirer une petite radio de son paquetage de ceinture tandis que Davien et Embert commencent à s’avancer pour une nouvelle fois dans le couloir qu’ils viennent de traverser. Au bout de quelques mètres, le bruit sourd se fait à nouveau entendre. Davien redresse la tête, bien vite suivi dans ce mouvement par son équipier.

(Embert) : Ca… ça vient d’au-dessus ?

(Davien) : Des conduites d’aération… on dirait bien.

Davien lance un regard dubitatif en direction du plafond tandis que le bruit se précise, plus fin et étrange qu’auparavant, semblant se rapprocher petit à petit.

(Embert) : Fais moi la courte’, je vais jeter un œil.

(Davien) : On ne peut pas prendre de risques inconsidérés…

Embert lui lance un regard ironique et hausse les épaules. Sans même attendre de réponse de son supérieur, il lui saisit les épaules. Presque par automatisme, Davien se baisse et joint ses mains pour en faire un trépied sur lequel Embert se hisse sans difficulté. Faisant preuve d’une grande vigueur physique, Davien soulève son équipier comme s’il ne pesait rien, lui permettant ainsi d’accéder à une trappe débouchant sur les conduites d’aération. Embert, se saisissant de la lampe torche accrochée à sa ceinture, soulève la plaque et oriente le faisceau lumineux en direction de l’origine du bruit. Il écarquille alors les yeux en poussant un cri d’horreur qui surprend tellement Davien que ce-dernier fait un pas en arrière et tombe au sol, entraînant le brigadier dans sa chute. Mais Embert ne tombe pas seul. Son cri d’effroi est à présent accompagné de hurlements de douleurs tandis que des dizaines de rats tombent avec lui depuis la bouche d’aération, une bonne partie s’accrochant à sa tête et camouflant son visage dont il n’est plus possible de distinguer le moindre trait sous les épaisses fourrures marrons et noirs. Davien affiche une expression de terreur et recule en arrière alors qu’il est encore à moitié assis sur le sol. Les cris d’Embert ne sont à présent plus que d’affreux gargouillis tandis que des volutes ensanglantées jaillissent ça et là de son visage recouvert de vermine. Davien a un haut le cœur et se redresse en se tenant au mur, ne sachant pas comment venir en aide au malheureux.


(Davien) : Bordel de merde, mais c’est quoi ce délire ?!

Tandis que le corps d’Embert s’immobilise dans un mouvement équivoque, Davien comprend que son équipier est mort de ses blessures sans même qu’il ait pu réagir. Une sensation étrange le parcourt alors et il baisse un regard hagard sur ses jambes où plusieurs rats aux yeux rouge sont en train de grimper, les recouvrant totalement.

(Davien) : Non de… saloperies !!

Avec de grands mouvements brusques d’une violence extrême, cognant ses jambes contre le mur, Davien parvient à déloger les voraces rongeurs qui, loin de se démotiver, se réunissent en une cohorte toujours plus impressionnante, la marée grouillante ne s’étant pas altérée, continuant à chuter du plafond en une véritable cascade. Le corps d’Embert a déjà disparu sous la masse de poils d’où émerges de petits cris aigus et stridents. Davien détourne le regard et commence à courir en direction de Daron.


(Davien) : Ca n’a aucun sens !!  DARON !! ON FICHE LE CAMP !!

Mais sa course folle se stoppe très rapidement en un mouvement paniqué face au spectacle infâme qui se présente sous ses yeux : Daron, agitant ses bras de manière paniquée, des orifices rouge à la place des yeux, lutte comme une poupée désarticulée face à cinq énorme corbeaux d’un noir de geai qui, croassant de toutes leurs forces, lui lacèrent les bras et le visage de leurs becs et de leurs griffes. Davien intervient promptement, délogeant une série d’impressionnants coups de pied en direction des volatiles. Il n’en manque qu’un seul, mettant tous les autres au tapis avec une ardeur inouïe. Daron s’effondre alors au sol dans un hurlement de douleur. Davien tente de le retenir dans sa chute, mais le temps de l’accompagner au sol, il n’a plus qu’un cadavre entre les bras. Le corbeau encore en vie s’enfuit dans des cris lugubres, disparaissant au coin du couloir. Davien n’a pas le temps de s’apitoyer sur son équipier que la marrée de rats est déjà autour de lui, grouillante.

(Davien) : Ca suffit…

Une expression enragée imprimée sur le visage, Davien s’accroupit au sol et ferme les yeux. D’un geste vif et fort, il plaque ses deux poings l’un contre l’autre ce qui produit un claquement impressionnant parvenant même à couvrir les cris envahissant des rongeurs. Le brigadier se concentre un instant et semble tout à coup relâcher toutes son énergie en poussant un cri effrayant.

(Davien) : PENG JIN !!

Une vague d’énergie invisible semble émaner de son corps, se répandant de manière sphérique tout autour de lui, soulevant la masse de rongeurs et la repoussant en arrière comme une grosse vague. Les rats volent en tout sens, nombreux sont ceux à mourir sous la dureté du choc. Sur près de dix mètres, les rongeurs sont repoussés, entassés, s’écrasant les uns les autres. Une fois cette vague arrivée à son terme, Davien se redresse promptement en poussant un soupir, le corps recouvert de douleur.

(Voix) : Impressionnant. C’est du kaïdechi si je ne m’abuse ?

Davien écarquille les yeux. Il n’a entendu arriver personne. Pourtant, derrière lui se tient un homme grand et maigre au regard rouge enflammé. Son teint pâle contraste avec l’épaisseur et la longueur de ses cheveux bouclés à la couleur d’ébène. Une fine barbe encadrant sa bouche se termine en un bouc pointu qui accentue l’aspect émacié de son visage creusé et fin. Torse nu, il présente une certaine musculature, très noueuse, enserrée dans une longue veste de traque. Alucar ressemble à un danseur de flamenco qui se serait déguisé en trappeur. Davien tente de se retourner vers lui pour se mettre en position de défense mais il se rend alors compte qu’une vive douleur lui lacère le flanc droit.

(Alucar) : C’était déjà terminé avant même que tu ne te rendes compte de ma présence.

Davien baisse son regard vers l’origine de la douleur pour constater qu’un poignard de chasse, servant normalement à dépecer les bêtes, est profondément enfoncé dans son flanc. Davien entrouvre la bouche, mais en guise de mot, c’est un filet de sang qui s’échappe. Ses yeux roulent sur ses paupières et il s’effondre aux pieds de son éphémère adversaire. Les rats s’agglutinent autour des deux adversaires, respectant un cercle très précis, comme ci une barrière invisible les empêchait d’avancer. Alucar tourne son regard vers ses animaux.

(Alucar) : Ce n’était même pas loin d’être amusant… Mangez-le.

Du côté de l’unité alpha, quasiment à l’autre bout du bâtiment, l’ambiance est des plus pesantes. Eliza éloigne de son oreille la radio qu’elle venait d’y porter. Zerkim lui lance un regard inquiet, attendant qu’elle lui explique ce qu’il se passe.

(Eliza) : Ca a coupé…

Elle contemple d’un air inquiet et dubitatif la radio qu’elle tient encore entre ses mains. Zerkim pousse un soupir en se frottant le crâne.

(Zerkim) : Ce n’est probablement rien.

Eliza acquiesce. Rien ne lui permet de penser qu’il se soit passé quelque chose de grave et elle sait qu’elle ne peut compromettre la mission pour s’en assurer. Elle se redresse, suivie dans son mouvement par ses deux équipiers et le trio reprend sa progression au travers des couloirs jusqu’à déboucher sur une zone plus large, plongée dans la pénombre. Immédiatement, un son se fait entendre : la voix d’un homme, provenant d’un bureau adjacent, étouffée par l’épaisseur du mur, mais clairement audible. Eliza fait signe à ses équipiers de se taire et de se coller au mur d’où provient le son. Tous s’exécutent et la jeune femme porte son oreille contre le papier peint afin de pouvoir capter la conversation.

A l’intérieur du bureau, Rufus est face à son ordinateur portable, ouvert à l’intérieur de la mallette qui repose sur la table. Un regard de glace n’exprimant aucune émotion traduit l’expression du chef de l’Ordo Arakis face à l’homme avec lequel il est en train d’entretenir une conversation visiophonique. Sur l’écran de l’ordinateur apparaît effectivement un homme chauve au visage légèrement ridé et à l’air un peu bouffi. Ses yeux noirs et larges surplombés par des sourcils épais et broussailleux de la même teinte se plissent en une expression de colère qui ne parvient pas à déloger la peur que semble lui inspirer son interlocuteur. Richement vêtu d’un magnifique costar, l’homme chauve semble quelque peu mécontent de ce dont il discute en ce moment.

(Rufus) : Mais, mon cher Windermal, n’oubliez pas que vous m’avez donné carte blanche dans le traitement des opérations.

Eliza écarquille les yeux en se retournant vers Zerkim qui n’a pas l’air de comprendre son air surpris. L’autre brigadier, lui, semble être aussi étonné qu’Eliza. Cette-dernière se retourne vers lui.

(Eliza) : Shaetz, « Windermal »… c’est pas le nom du responsable de l’ADT ?

Le dénommé Schaetz, un homme au physique assez carré, aux cheveux déjà grisonnant et à l’air dur, se contente d’hocher la tête en affichant une expression difficile à cerner. Eliza n’y prête pas plus attention et se concentre à nouveau sur l’écoute de la conversation, une nouvelle voix –sûrement celle du fameux Windermal- se faisant entendre.


(Windermal) : Avouez tout de même que la discrétion que vous m’aviez promise et la rapidité d’action de l’opération ont de quoi m’inquiéter !! C’est un bordel formidable là-dedans. Je voulais que l’ADT prenne les devants de manière spontanée, en répondant à la crise… mais vous mettez les pieds en plein dedans en accréditant votre action sous notre bannière.

Un sourire laconique apparaît sur le visage pâle de Rufus qui semble apprécier la situation.

(Rufus) : J’ai horreur du mensonge. De plus vous ne m’avez donné aucune directive précise lors de nos différentes entrevues visiophoniques. Lorsque vous engagez des agents externes pour des missions aussi périlleuses que celle-ci, vous devez vous montrer aussi ferme que clair. Il est tout à fait normal que je prenne les devants : je ne peux pas risquer la vie de mes hommes et accuser le coup au nom de l’Ordo. N’oubliez pas que c’est vous le commanditaire.

(Windermal) : D’accord, d’accord. Vous avez raison Van Reinhardt. Mais moi je me retrouve avec tout le sénat sur le dos. C’est une guerre que vous voulez déclencher ?

(Rufus) : Voilà une excellente excuse que vous pourrez sortir, Alec. N’est ce pas ? Prétextez donc que l’Ordo Arakis en veut à votre ministère et lui attribue des méfaits… mentir, c’est votre spécialité non ?

Windermal, visiblement gêné, se gratte la gorge en toussotant, lance un regard anxieux de chaque côté et se penche un peu plus sur l’écran.


(Windermal) : Vous plaisantez ? Vous savez ce que j’encours ? Si ça se trouve cet appareil est déjà sur écoute. Cet enfoiré de William Wellington et ses chiens de l’ADM ont juré ma perte. D’autant plus que vos actes sont en totale contradiction avec les gens que vous prenez en otage. Vous saviez très bien que vos motifs apparaîtraient stupides.

(Rufus) : Le but pour moi n’était pas d’apparaître crédible, mais de faire le plus de bruit possible afin d’attirer ici celui que je voulais y voir.

(Windermal) : Opitz, c’est ça ? C’est pour ça que vous ne libérez pas Nysen ? Aucune information n’a filtré à l’international et le CRTN a pourtant débarqué ici avec ses gros sabots… ça a plutôt l’air d’être cet Opitz qui vous recherche, à vrai dire !

Ce que vient de dire Windermal parvient à faire naître une légère expression de doute sur le visage de Rufus qui garde le silence une petite seconde avant de reprendre la conversation.


(Rufus) : Ce ne sont pas vos affaires. Les termes de notre contrat étaient clairs : je prends en otage le CREAE pour offrir une mise en avant d’une intervention musclée de l’ADT… intervention mise en scène, bien entendu. En échange, vous m’avez versé 500 000 crédits d’acompte et j’en attends 1 000 000 d’autres une fois la mission bouclée. Par-dessus cela, j’ai l’autorisation de voler un objet bien précis au CREAE.

(Windermal) : Et je me demande bien ce que c’est… en tout cas, je vous interdis de faire du mal à Nysen, compris ?

Rufus hausse les sourcils d’un air ironique en poussant un soupir mêlé d’un effrayant ricanement.


(Rufus) : Nysen… ah oui… sa survie n’était pas établie dans notre contrat.

Windermal exulte alors, laissant apparaître sur son visage et dans sa voix toute la panique qu’il tentait tant bien que mal de contenir jusqu’à présent.

(Windermal) : Van Reinhardt !!! Je vous interdis d’attenter à sa vie ! Nysen est pour nous une priorité !! Si vous le tuer, je vous jure que…

Le regard de Rufus se montre encore plus glacial et détaché qu’à l’accoutumée tandis qu’il se baisse brusquement vers la caméra visiophonique, laissant apparaître une expression d’une fermeté terrifiante qui cloue le bec à Windermal.

(Rufus) : La survie de Nysen dépendra entièrement de sa capacité à collaborer… et à renier celui grâce à qui il est là aujourd’hui.

Il n’en faut pas plus à Eliza pour se redresser tout en se saisissant de son arme, un air décidé imprimé sur le visage. Elle a du mal à camoufler l’adrénaline qui lui parcourt le sang.

(Eliza) : On capture Rufus Van Reinhardt et on met fin à tout ceci.

Mais un cliquetis équivoque l’arrête immédiatement tandis qu’elle allait se diriger vers la porte. Son regard, horrifié, se retourne vers Schaetz qui pointe son arme vers elle et Zerkim.

(Schaetz) : Si tout ceci est pour le bien de l’ADT… alors je ne peux pas vous laisser faire.

Chapitre 79 Chapitre 81

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