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Grabuge

Sorti le 28/03/2007, compilé dans le Volume 1

Histoire :

     Engal et Halton se dirigent d’un pas rapide vers une auberge-restaurant typique d’Eidolon, croisant toutes sortes d’énergumènes louches qui parviennent à les faire passer inaperçus au sein de ce flot étrange, typique de la population des quartiers pauvres d’Eidolon. Halton croise nerveusement les bras, semblant un peu stressé. Il maugrée dans sa barbe, comme s’il récitait une leçon. Engal tend l’oreille et se rend compte que son acolyte est en train de se répéter tout bas des formules de sortilèges. Remarquant l’état de stress du jeune homme, et son apparente volonté de bien faire, Engal tourne sa tête vers lui et lui offre un sourire rassurant.

(Engal) : T’as les pétoches, gamin ?

     Halton rougit, mais ne semble pas avoir envie de mentir. Il hoche honteusement la tête.

(Halton) : Un peu, j’ai jamais fait ce genre de truc… à la base si je suis venu dans ton groupe, c’était pour frimer un peu.

     Engal éclate de rire et tapote son compagnon dans le dos.

(Engal) : Tu vaux mieux que ça, fais-moi confiance… sinon tu ne serais plus dans mon groupe depuis longtemps. Tu vas faire de grandes choses, tu verras… tu vas contribuer à rendre bien meilleure la vie des mages de cette cité !

     Halton semble se rasséréner quelque peu, affichant un sourire émerveillé.

(Halton) : Tu… tu crois ?

(Engal) : Je le crois pas… j’en suis sûr !

     Toute l’inquiétude disparaît alors du visage d’Halton et un léger sourire déterminé commence à s’y dessiner. En quelques mots, Engal a réussi à lui donner confiance en lui et en sa mission, prouvant ainsi ses capacités de meneur. Mais soudain, l’envie semble lui venir de dédramatiser la situation. Affichant une expression légèrement boudeuse, il croise les bras en fronçant les sourcils.

(Engal) : Puis de toute façon, il faut croire que notre groupe ne se résume finalement qu’à nous deux.

     Halton perd quelque peu son sourire et tourne la tête vers Engal qui le regarde à son tour avant d’éclater de rire.

(Engal) : C’est plutôt génial en fait, il ne reste que les éléments qui valaient vraiment le coup.

(Halton) : Je vois pas pourquoi je vaudrais mieux que les autres.

     Engal hausse les épaules, comme pour dire qu’il ne sait pas pourquoi lui non plus.

(Engal) : Les autres… ils étaient certainement venus pour frimer, eux aussi. Mais jamais ils ne l’auraient avoué, pas comme toi. Ils vont aller se cacher pendant quelques temps et ils reviendront la bouche en cœur en prétextant qu’ils n’ont pas su trouver Morlan. Toi, je sais que tu serais allé jusqu’au bout, même si ça te fout les jetons.

     Halton reste interdit face à ce qu’est en train de lui dire Engal. Il ne semble pas ressentir de certitudes par rapport à la conduite qu’il aurait pu adopter face à la mission s’il s’était retrouvé seul… mais il sent qu’Engal a raison. Il bombe fièrement le torse.

(Halton) : Tu as raison, Engal. Je le dis sans me vanter, mais j’y serais allé, même seul et mort de trouille. Parce que je crois en notre cause !

     Engal affiche un sourire triste, comme s’il se remémorait quelque chose. Il reste silencieux pendant plusieurs secondes avant de finalement reprendre la parole.

(Engal) : J’ai repris le flambeau de mon père à sa mort, mais malheureusement celui-ci a démantelé son clan, comme s’il refusait de me voir le reprendre.

     Halton affiche une mine surprise face à cette révélation.

(Halton) : Mais ton père était le fondateur de White Scar, non ?

(Engal) : Oui, et c’est pour ça que j’attire tous ces parasites en quête de renommée sous ma bannière, mais aucun mage sérieux ne semble vouloir me rejoindre… sans doute parce que mon père n’a pas officialisé ma succession face à eux. Je crois qu’ils se méfient et me prennent pour un incapable.

     Halton, de plus en plus ébahi face à ce discours, affiche une expression courroucée, ne comprenant pas qu’on puisse se défier de son chef et ami.

(Halton) : C’est que ce sont des idiots ! Même si ton père n’a pas officialisé ta succession, je sais qu’elle te revient. Même si je suis loin d’être un mage de talent, je t’aiderai à leur prouver qu’ils ont tort de ne pas t’accorder la confiance qui te revient.

     Engal arrête de marcher en entendant ces paroles et se retourne vers Halton pour lui offrir un sourire sincère et touché.

(Engal) : J’ai bien l’impression, au contraire, qu’un mage de premier ordre a enfin rejoint mes rangs.

     À ces mots, Halton ne se sent plus de joie. À présent empli de confiance et de bonne humeur, il marche fièrement aux côtés de son compagnon, fendant la foule, un sourire rayonnant imprimé sur le visage.
Au bout de quelques minutes, le duo arrive finalement devant l’auberge-restaurant.

(Engal) : Je connais bien le patron… il nous a préparé des vivres. On est dans une zone mixte ici, alors sois prudent.

     Les deux hommes pénètrent dans l’auberge. À l’intérieur de celle-ci, Telziel et Eliza sont en train de boire tranquillement un verre. Il y a quelques feuilles et calepins griffonnés sur la table qui indiquent qu’ils ne sont pas uniquement là pour la détente mais qu’ils sont également en train de travailler sur leur enquête. L’inspecteur Telziel regarde sa montre et lève un sourcil d’un air fatigué.

(Telziel) : On a encore quelques heures avant que notre train ne parte pour Hydrapole.

(Eliza) : Largement suffisant pour se prendre encore un peu plus la tête sur ce qu’on sait déjà.

     Telziel lui offre un sourire charmant.

(Telziel) : T’es délicieuse quand tu es cynique comme ça.

     À une table voisine, un quatuor d’hommes habillés comme des commerciaux discute et rigole bruyamment. L’un d’eux, le parfait jeune cadre dynamique, la raie bien brossée et les cheveux lisses, portant un costume trois pièces de couleur bleue, raconte ses exploits à ses collègues.

(Homme) : Et là, cette pauvre andouille de secrétaire me demande si les papiers pour le service GD sont bien partis. Je lui réponds que oui, ça l’a fait courir pendant deux-trois heures avant qu’elle ne se rende compte que je les avais en fait déposés sur son bureau.

     Les trois autres éclatent de rire. L’un d’eux frappe celui qui a parlé dans le dos.

(Homme 2) : Ah mon vieux Richard, tu les fais toutes tourner en bourrique.

     Accoudé au bar non loin de là, un homme en costume bleu marine un peu défroqué, la chemise hors du pantalon et le blouson défait, observe les quatre hommes attablés. Il a des cheveux roux en bataille, tirés vers l’arrière, ainsi qu’une petite queue de cheval nouée au dessous. Il possède un visage fin et des yeux couleur émeraude qui fixent sans vaciller ces hommes d’affaires bruyants. Sous les bordures extérieures de chacun de ses yeux, il y a de petits tatouages tribaux à trois branches, très simples et très beaux, faisant magnifiquement ressortir ses yeux. D’un geste sec, il vide un verre de whisky et le laisse retomber sur le comptoir.

     Au même moment, Engal et Halton avancent dans le restaurant et s’approchent du comptoir après avoir esquivé le regard du vigile en affichant une mine détachée. Le patron vient directement les accueillir, jetant un coup d’œil de gauche à droite avant de les accoster.

(Engal) : Tu as ma commande ?

(Patron) : Je te l’amène, deux minutes…

     Alors que le patron s’éloigne vers les cuisines, la porte du restaurant s’ouvre une nouvelle fois et une jeune femme magnifique aux cheveux longs et bruns, habillée dans une robe légère couleur crème écrue, fait son entrée. Les manches de sa robe sont taillées normalement, mais apparaissent bien trop longues pour elle, ce qui fait qu’on ne distingue pas ses mains. De plus, ces manches semblent s’élargir au niveau des poignets, comme si un objet s’y trouvait caché et alourdissait le tissu. Cette jeune femme n’est autre que Sayam. Le rouquin au bar affiche un sourire en la voyant arriver. Le vigile lui jette un coup d’œil rapide, mais ne voit aucune raison de l’ennuyer.
     Sans prononcer le moindre mot, la jeune femme se dirige machinalement vers la table où le quatuor d’hommes d’affaires bruyants est en train de dîner. Elle s’arrête à côté du dénommé Richard et attend quelques secondes jusqu’à ce qu’il remarque sa présence, ce qui ne tarde pas à arriver. Il lève les yeux vers Sayam et affiche son plus beau sourire.


(Richard) : Je peux vous aider, ma jolie ?

(Sayam) : Richard Burks ?

     L’homme observe attentivement Sayam et semble remarquer la froideur de son regard et l’expression mécanique de son visage. Ce faciès à la fois si beau et si effrayant le fait tressaillir. Il constate également qu’elle a les cheveux et le visage trempés, comme si elle venait de prendre une douche toute habillée. Il hésite à répondre à la question de la jeune femme, ses amis détournant eux aussi le regard, visiblement effrayés par Sayam malgré son apparente beauté. Finalement, il se décide à apporter une réponse honnête à la question qui lui a été posée.

(Richard) : Oui… oui, c’est bien moi.

     Dans un bruit tonitruant, les manches de Sayam éclatent, libérant les chaînes qui y étaient dissimulées, enroulées autour de ses poignets. La moitié de la table éclate sous le choc, et l’un des hommes est éjecté au sol tandis qu’une des chaînes s’enroule autour du cou de Richard et lui brise bruyamment la nuque, sans autre forme de procès.
     Ce qui vient de se passer déclenche un mouvement de panique et attire bien évidemment l’attention de tout le monde. Telziel s’est redressé et a repoussé Eliza hors de portée de cette nouvelle arrivante déchaînée.
     Le vigile est prêt à dégainer son arme, mais son mouvement est rapidement arrêté. Deux poignards viennent se planter directement dans sa chair. L’un transperce son cœur, et l’autre est planté entre ses deux yeux. Son sang gicle contre la porte et il s’effondre lourdement au sol, tandis que le rouquin, toujours accoudé au bar, baisse le bras, satisfait de son lancer de couteaux.
     Engal fait passer Halton par-dessus le bar pour le mettre en sécurité et s’y réfugie lui aussi à sa suite.


(Halton) : Bon sang, c’est quoi ce bordel ?

(Engal) : J’aimerais bien le savoir. Mais autant que possible, évitons de nous en mêler.

     Engal regarde de droite à gauche d’un air paniqué, semblant chercher quelque chose des yeux. Il se retourne finalement vers Halton qui apparaît haletant, les larmes aux yeux.
   
(Engal) : Ces gars sont des malades ! Il faut qu’on trouve un moyen de se casser d’ici sans être mêlé au combat. Ce n’est pas le moment de se faire filer par la Brigade Inquisitoriale.

(Halton) : Toi… toi aussi, tu as peur ?

     Engal pousse un ricanement sombre face à cette question.

(Engal) : Pas le moins du monde. J’ai qu’une envie, c’est de sortir de derrière ce bar et de leur flanquer une bonne rouste… mais ça c’est un aller simple pour le fichage à la Brigade. Je suis pas du genre discret quand je me bats, tu vois ?

     Les clients innocents se terrent dans les coins ou essayent de prendre la fuite par la porte de derrière. Telziel dégaine son arme et vise Sayam dans le dos. Au moment où il va faire feu, un poignard vient se planter dans son épaule. L’inspecteur pousse un cri de surprise et se laisse glisser au sol, renversant la table pour se mettre à couvert. Eliza recule d’un bond face à ce mouvement et trébuche contre le pied d’une chaise, tombant lourdement sur les fesses.

(Eliza) : Maximilien !!

(Telziel) : Ça va, ça va ! C’est superficiel. Va te mettre à l’abri !

     Telziel, ayant parfaitement repéré d’où venait le couteau qui s’est planté dans son épaule, serre les dents avant de retirer la lame de sa chair. Une fois ceci fait, il jette un œil par-dessus son couvert pour tenter de trouver un moyen de se rapprocher de sa cible sans risquer de se faire une nouvelle fois épingler. Le rouquin est toujours calmement assis au bar, accoudé, observant la scène de chaos du restaurant comme s’il s’agissait d’un réjouissant spectacle. Telziel profite d’un instant où le tireur regarde ailleurs pour se précipiter hors de sa cachette et se jeter, à son tour, derrière le comptoir. Le rouquin se retourne vers l’endroit où Telziel vient de se cacher et, fronçant les sourcils, s’en approche prudemment pour tenter de le débusquer.
     De son côté, Sayam a déroulé sa chaîne du corps brisé de Richard. Celui-ci s’écrase misérablement par terre, sa tête décrivant un angle improbable avec le reste de son corps. Eliza, loin d’avoir écouté les recommandations de son ami, se relève et se jette furieusement sur Sayam afin de l’immobiliser. Malheureusement pour elle, la fille aux chaînes, plus agile, la fait passer par-dessus son épaule, et l’envoie valdinguer contre le mur adjacent. Eliza s’effondre au sol mais se relève immédiatement, quelque peu sonnée, avant de se saisir d’une chaise comme d’une arme de fortune face à son adversaire. Sayam la scrute d’un regard neutre, observant son attitude combative avec un air détaché.
     D’un geste brusque, elle fait tournoyer sa chaîne, l’envoyant à la manière d’un fouet en direction d’Eliza qui se sert alors de son arme de fortune comme d’un bouclier. La chaise est pulvérisée en morceaux qui s’envolent au travers de la pièce et Eliza, déstabilisée, pivote sur un pied et se retrouve dos à son adversaire.
Elle n’a même pas le temps de se retourner qu’une chaîne s’enroule autour de son cou. Sayam tire sur celle-ci pour mettre Eliza face à elle et la plaque au sol d’un coup de pied rageur. Férocement, elle se met à appliquer une forte tension sur sa chaîne afin d’étrangler sa proie.
     Eliza écarquille les yeux en voyant le visage de cette furie… mais elle n’a pas le temps d’y penser, car elle sent son souffle se couper sous la pression des maillons qui lui compriment de plus en plus la gorge. Son teint passe déjà au rouge cramoisi et ses mains s’agitent sporadiquement, tentant de saisir le bras de Sayam pour la repousser.
     Au même instant, Le rouquin arrive devant le comptoir où s’est réfugié Telziel, faisant tournoyer deux couteaux entre ses doigts.


(Rouquin) : Hey, t’as pas l’intention de m’échapper quand même ?

Chapitre 7 Chapitre 9

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