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Sorti le 08/10/2008, compilé dans le Volume 9

Histoire :

Vladimir et Samantha sont assis sur la bordure d’une fontaine aux gravures extravagantes représentant une épique bataille contre un dragon. La statue centrale crachant des gerbes d’eau de tous côtés est également un élément sculptural reprenant ce thème. Partout où le professeur porte son regard sur la petite place qui l’entoure, il est surpris par l’iconographie lourde, la surenchère de détails absurdes et l’atmosphère conviviale et ancienne qui règne. Amusé, il passe un doigt sur les reliures de la fontaine et le porte sous ses yeux, s’attendant presque à y trouver un gros tas de poussière. Samantha semble tout aussi dépaysée que son fiancé, et tourne vers lui un regard empli de magie.

(Samantha) : Cet endroit est surprenant.

(Vladimir) : C’est tellement différent d’Hydrapole… Dire que le CREAE est à deux rues de là… on dirait vraiment que deux mondes totalement différents fusionnent sans pour autant parvenir à se côtoyer.

Le visage de Vladimir se retourne vers la silhouette d’Engal, qui revient vers le couple depuis une ruelle adjacente, un paquet brun dont s’échappe un peu de fumée callé sous le bras. Vladimir se redresse pour lui faire face, bientôt suivi de Samantha. Engal tend le sachet fumant au professeur.

(Engal) : Des patates douces ?

Le visage de Vladimir traduit son incompréhension face à ce que lui présente son allié. Il porte un regard discret à l’intérieur du paquet pour voir des sortes de pommes de terres fumantes encore entourée de leur peau qui aurait été carbonisée.

(Vladimir) : Qu’est ce que c’est que ça ?

(Engal) : De bonnes patates douces comme on en trouve qu’à White Scar. Cuites au sort de flammes. Y a que l’intérieur qui se mange hein. Faut retirer la peau.

Si Vladimir se montre hésitant, Samantha, amusée, n’hésite pas une seule seconde à saisir le bord du paquet et à en extraire une patate fumante encore recouverte de cendres. Devant l’inactivité du professeur, Engal hausse les épaules et se saisit à son tour d’une patate.

(Vladimir) : Tu as pu obtenir des informations sur la situation du CREAE ?

(Engal) : Moui. Ce n’est pas une manifestation de mages en furie, comme tu l’avais supposé.

Le ton ironique et moqueur sur lequel il vient de prononcer cette phrase fait hausser les sourcils à Vladimir. D’un geste sec et précis, Engal fait sauter la croute entourant sa patate, laissant apparaître une texture interne d’un jaune crème voluptueux dont se dégage une odeur à faire saliver les plus fins gourmets. De son côté, Samantha s’échine tant bien que mal à défaire sa patate de sa peau. Tout en portant un regard amusé aux manipulations hasardeuses de la jeune femme, Engal croque un bout de son propre met et reprend les explications tout en mastiquant.

(Engal) : Mmmh… alors c’est une prise d’otages en fait.

(Vladimir) : Une prise d’otages ?!! Mais que vient faire Almee là dedans ?

Engal se contente d’hausser les épaules pour toute réponse, et malgré l’air paniqué de Vladimir, il ne montre pas de signes d’affectation particuliers. D’un geste rapide et précis, il casse la croute de la patate de Samantha, qui allait justement abandonner la manœuvre. Celle-ci le remercie d’un sourire et commence à déguster son casse-croute.

(Engal) : Impossible de rentrer en tout cas… mais t’es sûr que ton Almee est là-dedans ? Parce que d’après ce que je sais, seul le personnel est retenu prisonnier… alors sauf si ce gamin fait partie de l’équipe du CREAE, ça veut dire qu’il est pas du côté des gentils si tu vois ce que je veux dire ?

Vladimir devient blême face à la dernière remarque d’Engal et comme pour s’assurer que tout ceci est bien vrai, il ressort le détecteur de la poche de sa veste et y jette un regard rapide avant de pousser un soupir.

(Vladimir) : Il y est, ça ne fait aucun doute… il faut absolument que je le sorte de là.

Engal enfourne gloutonnement les trois quart restants de sa patate chaude dans sa bouche, mastique deux trois coups et avale le tout avec une grimace de douleur, après quoi il pousse à son tour un soupir, mais qui semble nettement plus soulagé que celui de son acolyte.

(Engal) : Pas possible d’entrer je te dis. L’ADT et l’ADM sont sur place et veillent au grain.

(Vladimir) : Oui… mais peut être que les anciens réseaux souterrains sont toujours reliés aux bunkers du CREAE…

Le mage affiche une expression déconcertée tout en se retenant de rire, observant l’expression radieuse d’une Samantha qui vient de découvrir que les patates douces sont vraiment une spécialité délicieuse.

(Engal) : De quoi tu me parle encore ?

(Vladimir) : Dites, il n’y a que moi qui me sente un peu impliqué ?

Face à l’intonation légèrement piquée de colère de Vladimir, Engal reprend son sérieux et Samantha lui lance un regard tinté de surprise mais aussi d’un peu de colère. Cependant elle ne dit mot, reprenant sa dégustation, avec nettement moins de plaisir qu’avant néanmoins. Vladimir se rend compte de son emportement et plaque sa main sur son front en plissant les paupières.

(Vladimir) : Excusez-moi… c’est seulement que je ne comprends rien à tout ça…

(Engal) : Ce n’est rien. Et pour ces souterrains ?

(Vladimir) : Mon grand père a travaillé pour le CREAE au moment de la fondation de la compagnie. Mais c’était un bâtiment fondé sous la ville pour ne pas présenter un symbole technologique fort face aux mages. A l’époque, l’équilibre d’Eidolon était une véritable recherche d’harmonie… aujourd’hui c’est oublié. Toujours est il qu’avec le soutien d’Hydrapole au court des vingt dernières années, l’ADT a obtenu assez de financements pour fonder un nouveau bâtiment plus grand… et bien sûr plus tape à l’œil, cette fois.

Engal se contente de pousser un ricanement en s’empiffrant d’une nouvelle patate douce dont il a fait sauter la peau d’une simple pichenette.

(Vladimir) : Le bâtiment souterrain sert à présent de bunker au CREAE. Mais des réseaux souterrains y sont sans doute encore connectés, comme les anciennes entrées de service des employés de surface… on peut toujours essayer.

(Engal) : Ok, allons y.

A l’intérieur du CREAE, l’équipe d’intervention du BAC arrive dans une cage d’escaliers. Davien lève la main pour faire signe à ses compagnons de marquer l’arrêt et il porte un regard rapide au cadran qui orne son poignet et sur lequel est représentée une cartographie des lieux.

(Davien) : Bien, c’est ici que nous cessons de progresser en groupe de six. Unité alpha, vous prenez la sortie de droite et continuez à progresser à cet étage jusqu’à mettre la main sur Nysen, ou au moins le localiser. Unité béta, vous me suivez. On va descendre vers les bunkers où sont regroupés les otages.

Zerkim et Eliza, suivis d’un autre brigadier, passent sur le côté droit de Davien qui les arrête brusquement d’un geste précipité.

(Davien) : Soyez extrêmement prudents, je ne plaisante pas…

Zerkim tourne un regard grave vers son supérieur et se contente de lui offrir un sourire qui ressemble plus à un adieu qu’à autre chose. Néanmoins il hoche la tête. Eliza pousse un soupir et acquiesce à son tour.

(Eliza) : Il en va de même pour vous.

(Davien) : Je ferai tout pour. Nous sommes clairement en infériorité numérique et je ne peux pas vraiment dire que nous faisons le poids face à eux… alors gardez à l’esprit les mots « discrétion » et « sécurité », d’accord ?

Eliza hoche la tête et tourne le regard immédiatement pour se diriger vers la sortie de la cage d’escalier, Zerkim et le troisième membre de l’équipe sur les talons. Personne ne remarque le rat qui les observe d’en haut, perché sur un tuyau de canalisation.
Dans une autre pièce du CREAE, plongée dans une sorte de demi-pénombre, Alucar, de dos, replisse sa longue veste de traque d’un geste ferme. Une belle chevelure bouclée d’un noir de geai lui retombe dans le dos, s’arrêtant sous ses épaules. Ses mains gantées de cuir se croisent sous ses bras et il pousse un léger ricanement.


(Alucar) : « Discrétion » et « Sécurité » ? Hahaha ! Pour ce qui est de la discrétion, c’est raté… et je vais me faire une joie d’anéantir le deuxième de ces mots d’ordre.

Vladimir, Engal et Samantha arrivent devant une petite bâtisse coincée entre deux grandes maisons à moitié délabrées. La hauteur du minuscule bâtiment ne dépasse pas deux mètres vingt et il faut se baisser pour pouvoir emprunter la petite porte d’acier qui occupe quasiment tout l’espace frontal.

(Vladimir) : Bingo, en voilà une !

Engal affiche une expression surprise face à cette révélation inattendue.

(Engal) : Quoi ? C’est pas des chiottes publiques ?

Samantha ne peut refreiner un rire clair et même Vladimir sourit face à cette remarque visiblement émise pour détendre un peu l’atmosphère. Le professeur donne un coup amical dans le dos du mage et celui-ci réagit par une expression de douleur et un petit cri de surprise qui inquiètent immédiatement Vladimir. Tout de suite, l’ambiance retombe, Samantha se retournant également vers Engal avec un visage inquiet.

(Vladimir) : Je t’ai fais mal ?

(Engal) : Ce n’est rien, ne t’en fais pas.

Vladimir fronce les sourcils et attend un instant avant de finalement se détourner d’Engal en poussant un soupir. Il s’avance vers la porte, place sa main sur la poignée et s’arrête tout à coup dans son geste.

(Vladimir) : Ah les salauds… il y a une protection anti-mages !

(Engal) : Qu’est ce que c’est encore que ce gadget ? Son nom me plaît pas.

Vladimir se retourne vers Engal en pointant son doigt en l’air d’un geste impérieux, tout en ignorant l’expression suspicieuse qu’affiche Samantha.

(Vladimir) : Sans doute à l’époque de l’ancien CREAE, l’ADT avait muni ces portes dérobées de systèmes de sécurité empêchant l’intrusion des mages dans le complexe… ils devaient craindre d’être la cible de représailles, j’imagine.

(Engal) : Quoi ? Mais qu’est ce qui va se passer si j’entre là dedans ?

Vladimir s’interpose immédiatement entre la porte et Engal, écartant les bras de chaque côté pour faire barrage de son corps.

(Vladimir) : Tu n’y pense pas ?!! Une décharge de vingt mille volts, voilà ce qui t’attend !!

(Engal) : V… vingt mille ?

(Vladimir) : Oui… il vaut mieux que tu n’entre pas…

Vladimir hoche la tête et se détourne d’Engal avant de vivement saisir la poignée de la porte que Samantha vient de crocheter, d’ouvrir celle-ci et de s’y engouffrer rapidement, entrainant la jeune femme dans son sillage. Engal se précipite derrière lui mais la porte se referme devant son visage effrayé et surpris dans un claquement sonore.

(Engal) : Hey !! Attendez !! Me laissez pas !

Engal frappe du poing contre la porte et serre les dents. Un léger moment de flottement se passe où il semble se calmer, puis il explose d’un seul coup, tambourinant contre la porte avec rage.

(Engal) : VLADIMIR !! SAMANTHA !!! Partez pas sans moi !! On va trouver une autre entrée sans truc anti-mages !! HEY !! JE VEUX VOUS AIDER !!!

De l’autre côté de la porte, Vladimir se tient tête baissée, visiblement gêné et triste de cette abrupte séparation. Samantha le prend par le cou et pose son front contre le sien.

(Samantha) : Depuis quand ça existe les protections anti-mages ?

(Vladimir) : C’est trop dangereux… il est gravement blessé depuis son combat à Hydrapole… on ne peut pas le laisser nous escorter.

Samantha se contente d’acquiescer et le duo commence à descendre l’immense et étroit escalier qui plonge dans les profondeurs obscures de l’ancien bâtiment souterrain. Derrière eux résonnent encore les coups de poings martelés contre la porte d’acier…

Chapitre 77 Chapitre 79

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