Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 77

.:: Chapitre 77 ::.
Le flambeur

Sorti le 24/09/2008, compilé dans le Volume 9

Histoire :

Dans la salle des otages, Sayam se balance tranquillement sur le rebord d’une chaise, un doigt plaqué sur les lèvres d’un air à la fois pensif et innocent. Ses yeux sont braqués sur le mur où est affichée une publicité pour une compagnie vantant les bienfaits de devenir un Master. Elle hausse les sourcils en pouffant de rire et se laisse retomber dans sa chaise, les bras ballants.

(Sayam) : ‘Comprends pas.

Almee la contemple d’un air amusé. Le jeune homme est assit sur un bureau à quelques mètres d’elle, dans le mur qui fait l’angle avec la jonction donnant sur le couloir principal.


(Almee) : Y a rien à comprendre là dedans.

Des gémissements proviennent de certains otages mais Almee essaye de ne plus y faire attention. Raven, tranquillement installé dans un confortable fauteuil face à la table centrale, le coude appuyé sur celle-ci afin de permettre à sa tête masquée de reposer sur sa main, est plongé dans la lecture d’un magazine quelconque. Malgré le fait qu’aucune expression ne soit visible chez lui, son attitude laisse à penser qu’il est dans un état d’ennui avancé. Almee se laisse lui-même aller à un bâillement qui fait sourire Sayam. Mais soudain, la jeune fille se redresse en fronçant les sourcils, son regard se montrant tout à coup bien plus froid et resserré, presque sauvage. Raven et Almee devinent immédiatement que quelque chose d’anormal est en train de se passer et on tous les deux le même réflexe. Ils se lèvent d’un geste rapide et portent la main à la garde de leurs katanas.


(Almee) : Que se passe-t-il Sayam ?

Mais la jeune femme ne répond pas, semblant étrangement captivée par le clapotement émit par un robinet mal refermé, mis à disposition des employés pour se laver les mains. L’évier bouché a accumulé une certaine quantité d’eau et est prêt à déborder. Raven relâche la garde de son arme en poussant un soupir de lassitude.

(Raven) : Evite de nous alarmer pour si peu, d’accord ?

(Sayam) : Chut.

Raven est surpris de se voir intimer un ordre aussi direct de la part de la jeune femme et croise les bras sur son torse, dans une attitude presque vexée. Sayam approche à petits pas du robinet, comme un prédateur avance lentement contre le vent pour attaquer sa proie. Une fois au niveau de l’évier, elle penche sa tête au dessus et y contemple son reflet avec un regard sombre et inquiétant. Une goutte perle à l’embouchure du robinet et Sayam l’observe d’un œil avisé, patient. Puis soudain, sans prévenir, sa main vient violemment heurter le mur, juste au dessus de l’évier, provoquant un fracas surprenant dans toute la pièce, tant et si bien que certains otages ne peuvent refreiner un cri d’effroi. Sous l’effet du choc, plusieurs gouttes tombent d’un seul coup depuis le robinet et rencontrent la surface de l’eau, provoquant divers ondes circulaires que Sayam observe d’un air intrigué. Finalement elle plonge son doigt au centre de l’un d’eux et redresse la tête, comme si elle entendait une voix lui parler. Elle retire alors violemment son doigt et calfeutre sa main contre son torse, son regard reprenant une attitude plus candide, exprimant pour le coup de la peur. Almee s’approche d’un pas inquiet, toujours sur ses gardes. Sayam se retourne vers lui et laisse tomber sa tête contre son torse, ce qui fait immédiatement rougir le réploïde.

(Sayam) : Plusieurs personnes sont proches et je sens qu’elles sont dangereuses…

(Almee) : Tu es sûre ?

Sayam hoche lentement la tête en se calfeutrant encore plus contre Almee. Raven penche légèrement la tête sur le côté, visiblement surpris.

(Raven) : Comment le sais tu ?

(Sayam) : Le robinet me l’a dit…

Plusieurs étages au-dessus, dans une autre annexe du CREAE, l’unité de Davien progresse lentement, s’assurant au fur et à mesure de son avancée qu’elle empreinte bien les couloirs indiqués en gras sur un plan tenu par l’un des agents anonymes du groupe d’intervention.

(Davien) : On n’a pas vraiment eu le temps de s’assurer de tous les angles morts des caméras de sécurité… j’espère que l’itinéraire qu’on s’est tracé ne va pas nous jouer des tours.

Zerkim, qui avance juste derrière lui, pousse un soupir témoignant l’état de stress dans lequel il se trouve.

(Zerkim) : De toutes manières on arrive bientôt à l’embranchement où on se sépare.

(Davien) : C’est exact. Je vais partir d’un côté avec deux recrues pour me diriger vers le bunker où ils gardent les otages. Pendant ce temps, toi, Eliza, et le dernier membre de l’unité, vous allez vous diriger vers la section Est afin de déterminer l’endroit où ils maintiennent Nysen en otage. Il y a une ancienne salle de contrôle là-bas.

Eliza, qui ouvre la marche, se retourne vers Davien dans un mouvement brusque qui les amène presque à se rentrer dedans. D’un geste laconique, Davien éloigne le canon de l’arme de sa collègue, qu’elle lui pointe maladroitement droit entre les deux yeux.

(Eliza) : Mais tu es sûr qu’ils ne retiennent pas le professeur Nysen avec les autres ?

(Davien) : C’est quasiment une certitude. Il est leur plus précieux atout, ils doivent l’avoir mis à part.

L’unité reprend lentement son avancée le temps de bifurquer dans un autre couloir où ils s’empressent tous de se plaquer contre le mur de gauche afin de bénéficier de l’angle mort de la caméra de surveillance qui contrôle les lieux. Eliza écarquille alors les yeux lorsqu’elle constate la présence d’un nouveau rat à quelques mètres d’eux, qui trotte de manière guillerette et insouciante.


(Eliza) : Mais c’est une invasion ici ma parole…

Dans une salle de stockage du CRTN, Friedrich Nysen est assit face à une table d’acier, les mains plaquées conte celle-ci et maintenues par des bracelets d’acier directement soudés sur la surface métallique, lui enserrant les poignets. Il essaye de bouger un peu les bras dans des gestes secs et saccadés, mais n’y parvient même pas. Une lampe de bureau est braquée dans sa direction afin de l’éclairer, mais le reste de la pièce est plongée dans la pénombre. La lumière se reflète dans les verres de ses lunettes, et dessinent de nombreuses ombres sur ses traits émaciés, accentuant encore plus son apparence cadavérique et desséchée.

(Nysen) : Je ne pourrai pas avoir un verre d’eau, au moins ?

(Voix) : Non.

Face à lui se tient un homme de l’Ordo Arakis. Les jambes croisées reposant sur la table d’une manière désinvolte, la pénombre ambiante ne masque pourtant pas ses traits clairs et fins. Les cheveux roux en bataille retenus au dessus de son front par une paire de lunettes de soleil, Willem contemple de ses yeux verts et perçants le précieux otage dont il assure la garde. Son costume, toujours aussi débraillé, alourdi par de nombreuses chaînettes et pendentifs, lui donne une véritable apparence d’escroc, d’autant plus qu’il tient entre ses mains un jeu de cartes qu’il s’amuse à battre de toutes les manières possibles, les faisant passer de l’une à l’autre, tourner entre ses doigts, rebondir sur ses mains, etc.

(Nysen) : Vous serez bien avancé si je venais à mourir de soif.

(Willem) : Effectivement.

Retenant son jeu de carte en une seule main, il dresse l’index de l’autre d’un air assuré comme pour souligner une certaine intelligence dans les propos de Nysen. Cependant l’éclat de son regard montre bien l’ironie avec laquelle il s’apprête à parler. La comprenant immédiatement, Nysen détourne son regard d’un air lassé.

(Willem) : Car cela voudrait dire que cela fait au moins quarante huit heures que nous occupons vos locaux, ce qui est, il est vrai, le temps nécessaire à votre corps pour se déshydrater, monsieur Nysen. Un chercheur comme vous devrait le savoir.

(Nysen) : Tout ceci est ridicule.

Une carte lui atterrit droit sur le front avant de retomber sur la table. Nysen tourne un regard sombre vers Willem qui semble visiblement amusé.

(Willem) : Non, c’est faux. C’est mérité.

(Nysen) : Je ne vois pas ce que j’ai pu faire pour attirer ainsi le courroux de votre chef… ce… Van Reinhardt !!

Visiblement énervé, mais ne pouvant se mouvoir à sa guise, Nysen se contente de gigoter en tout sens sur son siège, manquant de peu de tomber à la renverse. Il fronce les sourcils de colère, ce qui lui donne encore plus l’apparence d’un zombie.

(Willem) : Vous vous êtes associé à de mauvaises personnes, voilà tout. Agent infiltré au compte du CRTN ? Il fallait vous attendre à certaines retombées négatives.

(Nysen) : Ca n’a rien à voir !! C’est de l’ordre du confidentiel, de toute manière. Le CREAE est réellement à moi !!

Willem descend brusquement ses jambes de la table et les pieds avant de sa chaise retombent au sol en un claquement distinctif. Ses coudes rencontrent la surface métallique et il se penche légèrement en avant, dans la lumière de la lampe, un éclat fou illuminant ses yeux d’un vert émeraude magnifique. Nysen reste bouché bée, limite hypnotisé. Willem reprend le battement frénétique de ses cartes entre ses mains.

(Willem) : Vous êtes joueur, Nysen ?

(Nysen) : Pas… pas plus qu’un autre…

(Willem) : Si nous faisons une partie, les cartes que je vous distribuerai seront à vous, n’est ce pas ? Mais le jeu est en ma possession : que vous gagniez ou que vous perdiez, je récupérerai toutes les cartes à la fin.

Nysen fronce une nouvelle fois les sourcils, mais ce n’est plus la colère qui se lit sur son visage, mais une sorte d’apathie inquiète, comme s’il commençait à voir clair dans les intentions de l’Ordo Arakis.

(Nysen) : Où voulez vous en venir ?

(Willem) : Si on considère le CREAE comme mon jeu de cartes, alors moi, son possesseur… je suis Opitz… et je vous distribue les cartes.

Nysen entrouvre la bouche pour protester mais un mouvement vif de son interlocuteur le cloue sur place. Un couteau émerge de l’ombre en un éclair de lumière, comme sorti de nulle part, et se plante directement entre l’index et le pouce de Nysen, réussissant à percer l’acier qui compose la table. Le professeur pousse un cri d’effroi face à l’irruption inattendue de cette lame projetée par Willem dont il n’a quasiment pas saisi le mouvement. Au bout de la lame du couteau, reposant à moitié contre la table et à moitié entre les doigts de Nysen, il y a une carte : celle du Joker. 

(Willem) : Et voilà ce que Rufus Van Reinhardt est venu récupérer.

Chapitre 76 Chapitre 78

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