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Véritables intentions

Sorti le 03/09/2008, compilé dans le Volume 9

Histoire :

La tension n’est pas retombée au sein du petit regroupement composé d’Opitz, Théophile, Berg et d’un scientifique quelconque. La phrase commencée par Théophile et achevée par Opitz a mis tout le monde, mise à part eux deux, terriblement mal à l’aise ; le conjointement des pensées de ces deux individus étant aussi pessimiste qu’inquiétant. Cependant, après un silence interminable, Théophile finit par reprendre la parole, soulageant presque par cet acte les deux autres.

(Théophile) : Vous avez absolument raison, Monsieur Opitz. Ceci dit, si on arrête ici ce raisonnement, ce n’est guère plus qu’un nouveau voile de bonne conscience. Si certes l’avidité des scientifiques tient de la nature même de l’homme, il leur revient à eux, plus particulièrement encore, car ils ont certainement reçu une bonne éducation, d’être aptes à délimiter l’utile et l’écueil.

Le scientifique, qui s’était senti soulagé, repart dans un nouveau frisson, les yeux écarquillés. Opitz, quant à lui, semble apprécier de voir Théophile enfoncer encore plus le clou.

(Théophile) : En outre, en tant qu’hommes de raison, c’est leur devoir et leur aspiration théorique que de garder en sécurité les connaissances qui doivent l’être, afin de ne pas se porter préjudice à eux-mêmes. Ils sont donc entièrement responsables des fautes intellectuelles qu’ils commettent, si tant est qu’on admet le concept du libre arbitre… mais ce n’est pas là le débat.

La main valide de Théophile produit un léger mouvement qui le sort du stoïcisme qu’il affichait jusqu’alors et il plisse les paupières, coupant ainsi le contact optique qui le reliait à Opitz d’une manière presque hypnotique.

(Théophile) : Cette dualité du scientifique, ces deux tendances qui le tiraillent, il me semble que le professeur Choron l’a une fois nommée « la schizophrénie du chercheur ».

Le scientifique aux cheveux frisés avale à sec et entrouvre légèrement les lèvres, tremblant, osant à peine émettre une ultime interrogation.

(Scientifique) : Mais… mais alors… vous ne disiez pas que la conduite de Vladimir Morlan était critiquable ?

Théophile se contente de calmement hocher la tête.

(Théophile) : Pas exactement. Je pense que lorsqu’on outrepasse les bornes de la raison et du jugement pour se consacrer à ses recherches, il faut au moins en être conscient, pour pouvoir d’une part l’assumer sans complexe et ne pas lutter contre soi-même, et d’autre part pour ne pas être surpris de devenir la pire des ordures aux yeux de l’opinion public.

Il laisse passer un nouveau petit silence pour reprendre calmement son souffle, sachant pertinemment que personne ne viendra lui contester la parole tant qu’il n’aura pas fini son raisonnement.

(Théophile) : En l’occurrence, c’est un fait que Morlan optera systématiquement pour l’éthique lorsque le doute le prendra, contrairement à moi. C’est plutôt sage de sa part, mais il n’empêche que cela lui fait perdre son temps et son efficacité. D’où ma remarque quant à la vanité de s’occuper plus avant du cas de Morlan.

(Opitz) : Et c’est pour cette raison que la conversation se clôt sur ce point. Nul doute que Morlan dispose d’un esprit brillant, mais pour toutes les raisons évoquées, et tant d’autres, il ne peut prétendre aux titres ronflants qui lui ont été bien souvent abusivement attribués. Inutile d’en faire tout un plat.

Opitz jette un regard en biais à l’intention du scientifique, puis du général Berg. Les deux savent très bien alors que la prochaine phrase va leur être destinée.

(Opitz) : Laissez nous.

Cet ordre absolument sans appel semble totalement indiscutable et les deux spectateurs se retirent immédiatement sans opposer la moindre résistance verbale. Le général retourne vers ses hommes en beuglant des ordres tandis que le scientifique frisé disparaît dans la foule d’ingénieurs courant de droite à gauche. Un silence pesant tombe alors entre Opitz et Théophile, tandis que le chef du CRTN observe brièvement le corps fragile du jeune homme.

(Opitz) : Je sais ce que votre père a fait pour vous…

(Théophile) : Vraiment ?

Théophile emploi un air faussement étonné, sa voix ne trahissant aucune surprise, ce qui semble amuser Opitz.

(Opitz) : Je dois avouer que le résultat est absolument remarquable. Sauf pour ce qui est du corps. Mais est ce réellement important ?

(Théophile) : Cette question appelle-t-elle nécessairement une réponse ?

(Opitz) : Je pense qu’elle est implicite.

Opitz laisse s’écouler un léger temps de flottement, se détachant de la table de briefing pour étirer brièvement les muscles de son dos.

(Opitz) : Qu’êtes vous venu chercher ici, Théophile ? Je doute que l’U.E ait réellement assez d’implications avec le CREAE pour justifier la présence de son plus grand scientifique sur place. Votre père aurait pu faire le déplacement.

(Théophile) : Il l’a fait. Mais je tenais à vous rencontrer.

Opitz ne semble qu’à moitié surpris. Il se contente d’un geste pour inciter Théophile à faire sa demande.

(Théophile) : Je souhaiterais que vous m’obteniez un entretien avec Phrysin Atropos.

(Opitz) : Que voulez-vous à mon archéologue officiel ?

(Théophile) : J’ai appris quelques vagues nouvelles au propos des dernières ruines qu’il a découvertes et des théories qu’il a pu en tirer… et j’aimerai lui confronter certaines de mes propres hypothèses.

Opitz semble soudainement intrigué par ce que lui dit son interlocuteur. Son intérêt renouvelé se traduit par une lueur brillante au fond de son regard d’un noir d’ébène.

(Opitz) : Qu’avez-vous découvert, Von Schuld ?

(Théophile) : C’est confidentiel.

Un léger tic nerveux se fait voir au coin des lèvres d’Opitz qui fronce légèrement les sourcils, piqué au vif par le détachement et l’absence de crainte que ressent Théophile face à lui. Le chef du CRTN se baisse légèrement pour se mettre au niveau de son interlocuteur et lui parle tout bas, afin que seul lui puisse entendre.

(Opitz) : Je suis au courant des activités de votre père… je sais ce que l’U.E trame avec l’armée des steppes depuis quelques temps.

(Théophile) : Sont ce des menaces ?

Opitz sert les dents en affichant un rictus jaune face au détachement dont fait preuve Théophile. Il pousse un profond soupir et se redresse, glissant calmement ses mains dans ses poches.

(Opitz) : Phrysin risque d’être très occupé ces prochains temps. Mais je m’arrangerai pour que vous puissiez le rencontrer le plus rapidement possible.

Théophile se contente d’hocher la tête en guise de remerciement. Opitz se détache alors complètement de lui et se dirige dans la direction opposé, comme attiré par une toute autre affaire. Il se contente de lever la main pour le saluer et sans se retourner vers lui, il lâche une dernière phrase.

(Opitz) : C’est simplement pour m’avoir désobéit que Morlan est à présent au chômage.

Théophile affiche un léger sourire traduisant la pleine satisfaction qu’il a eût de pouvoir rencontrer et discourir avec le chef du CRTN, tout en obtenant sans mal tout ce qu’il attendait de lui…


Le Niela survole les quartiers surpeuplés d’Eidolon en vrombissant bruyamment, son ombre couvrant les habitations au gré de son rapprochement du sol. L’atterrissage est immédiat. Les réacteurs principaux pivotent vers le bas, secouant brusquement l’ensemble de l’appareil. Oy, toujours fixée à la queue de l’aérocargo, a énormément de mal à stabiliser son maintien tant et si bien qu’au bout de plusieurs secousses importantes, elle finit par se détacher d’elle-même avant de subir trop de dégâts. Son œil électronique fait un rapide scan de l’environnement puis les vérins de ses puissantes pattes se détachent de la carlingue, laissant le corps mécanique chuter lourdement en contrebas. Dans un bruit fracassant, Oy atterrit au sol, arrachant la moitié d’une façade au passage. Elle a cependant mal calculé son coup : le Niela se pose une ou deux rues plus loin, sur une aire d’atterrissage circulaire ouverte sur le ciel. A l’intérieur de la cabine du véhicule, Eliza pousse un soupir en lâchant les manettes de contrôle, visiblement rassurée d’avoir réussit à poser l’appareil sans encombres. Vladimir décroche son holster de sécurité et pose délicatement sa main sur l’épaule de sa fiancée.

(Vladimir) : Merci d’être venue.

(Samantha) : Je ne t’aurai pas demandé ton avis de toute manière.

Le sourire que Samantha lui offre est sincère mais pourtant empli d’inquiétude. Vladimir tente d’ignorer ce qu’il y lit et se lève, laissant Samantha se remettre de ses émotions de pilote. Il quitte le cockpit d’un pas rapide afin de pénétrer dans la salle principale où Engal dort profondément. Vladimir s’approche de lui et décroche son holster délicatement afin de ne pas lui faire mal, ses côtes étant en bien mauvais état. Malgré la délicatesse dont fait preuve le professeur, Engal se réveille avec une grimace de douleur.

(Vladimir) : On est arrivé… est-ce que ça va aller ?

Engal hoche la tête en se relevant, légèrement titubant mais plutôt en bonne forme étant donné ce qu’il a vécu quelques heures auparavant.


(Engal) : Un bon p’tit somme et je me sens à nouveau d’aplomb.

(Vladimir) : N’en fais pas trop, tout de même.

Eliza les rejoint à son tour, enfilant son veston d’un geste rapide et précis. Vladimir se saisit du même petit boîtier qu’avait précédemment sorti Opitz dans la tente de briefing et tape sur quelques touches avant d’en consulter le petit écran. Samantha se tourne vers lui en s’étirant légèrement.

(Samantha) : Tu as pu trianguler sa position maintenant qu’on est plus proches ?

(Vladimir) : Oui… mais je ne comprends pas…

Eliza comprend tout de suite que quelque chose inquiète Vladimir, à l’intonation de sa voix. Elle fronce les sourcils, visiblement inquiète, attendant qu’il parle de lui-même.

(Vladimir) : Il est au CREAE…

Chapitre 73 Chapitre 75

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