Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 70

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Le départ

Sorti le 09/08/2008, compilé dans le Volume 8

Histoire :

Le regard de Brad s’assombrit tandis que sa tête se penche vers la carcasse enfumée d’Oy, encore parcourue d’arcs électriques. Le regard dans le vague, l’homme à la chevelure d’ébène sert les points, écumant d’une rage silencieuse. Pecha, se tenant derrière lui, contemple également le massacre, les lèvres pincées, n’osant rien dire. Finalement, c’est le chef du duo qui vient rompre ce silence de mort.

(Brad) : Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ?

Comprenant que la question ne s’adresse pas directement à lui, mais est plus posée dans le vide, Pecha se contente de fermer les yeux et d’hausser les épaules, n’ajoutant pas le moindre mot à la conversation.

(Brad) : Cette machine est invincible… invincible… alors comment est ce possible ?

Un courant d’air traverse la ruelle en ruines, les quelques brasiers encore brûlant projetant de légères cendres à son passage. Alors que Brad s’apprête à hurler de rage, ne pouvant plus contenir plus longtemps sa colère, la machinerie d’Oy est secouée d’un soubresaut. Pecha écarquille les yeux, posant immédiatement sa main sur l’épaule de son supérieur, afin de le faire reculer.

(Pecha) : Elle a bougé.

(Brad) : Quoi ?

L’œil d’Oy s’ouvre péniblement sur le monde, dans un effort qui ne semble pas être celui d’un robot. Quelque chose s’anime en elle, un programme de secours se met en marche, elle ne maîtrise rien. De multiples données s’affiche sur son écran interne, et bien vite ces défilements se mettent à ressembler à une averse inaltérable de chiffres et de lettres. De l’extérieur, les choses semblent aussi en mouvement. Des divers trous fumants qui transpercent la coque d’Oy, ainsi qu’au bout des moignons mécaniques de ses membres tranchés, se mettent à s’agiter des sortes de petits bouts d’acier, minuscules et acérés.

(Brad) : Des nanomachines ?

Ces éléments semblent se scinder, se multiplier, se cumuler les uns aux autres, reconstituant peu à peu les dommages causés à la mécanique. Les câbles remuent tels des serpents, reprenant leurs positions d’origine, comme animés d’une volonté propre, se soudant entre eux, bientôt recouvert par une couche métallique neuve qui se déploie dans un cliquetis harmonieux, à la manière d’une série de chute de dominos. Bien vite, Oy est entièrement réparée, comme neuve, sous les yeux ébahis de Brad et de Pecha.

(Brad) : Incroyable…

(Pecha) : Ca ne nous dit toujours pas qui l’a mis dans cet état.

(Brad) : Ca, c’est bien le cadet de mes soucis.

Arrachant le pan de mur contre lequel elle repose, Oy se redresse sur ses pattes d’acier d’un geste lent et lourd, comme si elle semblait « sonnée » par la récente bataille à laquelle elle a participé. Son museau se braque immédiatement dans la direction qu’a prise Engal pour s’en aller.

(Oy) : Mise en marche du système d’analyse magique.

Un fin capteur en forme de lame noire parcourt par deux fois, de haut en bas, puis de bas en haut, l’œil d’Oy, scannant toute la ruelle pour faire apparaître des traces de magie en suspension dans l’air, représentées par des tâches de couleur blanche sur son écran de contrôle. Les résidus magiques d’Engal forment une véritable piste pour le repérer et suivre sa trace. Immédiatement, Oy se cambre et part d’un bond rapide et violent sur la piste du mage, ne perdant pas un seul instant. Brad et Pecha ont à peine le temps de s’écarter, manquant de peu de se faire écraser au passage du robot qui ne leur prête pas la moindre attention.

(Pecha) : Où va cette stupide machine ?

(Brad) : On va pas tarder à le savoir.

D’un pas rapide, Brad prend la même route que vient d’emprunter Oy, laissant Pecha pousser un soupir derrière lui. Ce-dernier se décide finalement à suivre son chef, une expression de lassitude imprimée sur le visage.

Boitillant, se tenant les côtes d’une main, et la mallette noire de l’autre, Engal atteint finalement la plateforme circulaire sur laquelle est posé un transport aérien de taille standard, la rampe de rabattement ouverte sur le côté droit. Sur la coque métallique est imprimé en toute lettre le nom du véhicule : le Niela. Engal soulève les sourcils à la lecture de ce nom, comme s’il lui disait quelque chose, puis hausse finalement les épaules, ne trouvant plus la force mentale nécessaire pour y réfléchir. A peine le mage a-t-il posé le pied sur la plateforme que Vladimir descend de la rampe, visiblement inquiet. Il accourt auprès du mage qui lui tend sa mallette d’une main tremblante.

(Engal) : Chose promise, chose due.

Vladimir réceptionne la mallette plus par reflexe, et n’a pas le temps de réagir qu’Engal s’effondre de tout son long droit sur lui. Le professeur récupère son ami de justesse, manquant de suivre son mouvement et de chuter avec lui.

(Vladimir) : Engal !!

Quelques minutes plus tard, le mage rouvre les yeux. Il est installé à l’intérieur de l’appareil, et croise le regard de Samantha qui est en train de nouer autour de sa taille des bandages très serrés.

(Samantha) : Trois côtes fêlées et une autre cassée… il va falloir arrêter de faire du zèle, Engal.

Le mage pousse un ricanement et laisse retomber sa tête en arrière, complètement exténué. Vladimir est installé juste derrière lui, lui lançant un regard à moitié inquiet, à moitié furieux.

(Engal) : Quoi ? Je suis revenu en vie non ?

Vladimir pousse un profond soupir en plaquant ses doigts contre ses yeux, comme pour montrer une certaine fatigue à l’idée de discuter avec son ami.

(Vladimir) : Tu peux penser que ce que tu fais est juste… mais tu ne peux pas toujours avoir raison. Les choses sont comme elles sont, Engal. Tu as raison de te battre pour défendre tes opinions et tenter de changer le monde, mais tu dois aussi parfois apprendre à accepter les choses et à ne pas tout risquer simplement parce que tu pense que ce que tu fais es juste !

Engal ferme les yeux, laissant la remarque de Vladimir faire son effet dans son esprit. Bien qu’il sache que le professeur n’a pas totalement tort, il ne peut s’empêcher de tiquer et ressent bien l’envie de lui répondre, juste pour le plaisir de lui répondre. Seulement, le professeur le devance au moment où il allait commencer sa litanie.

(Vladimir) : Je me suis fais énormément de soucis pour toi. Je suis parti parce que je respectais ton choix, tes convictions… mais les choses ne sont pas toujours aussi simples : ça a faillit te coûter la vie et qu’est ce qui serait resté, si tu étais mort ? Seulement des regrets ! Alors la prochaine fois, fais moi plaisir, et essaye de faire preuve d’un peu plus d’ouverture d’esprit et de patience. Ca nous évitera à avoir à te soigner une Xième fois.

Engal tend son doigt vers son interlocuteur, tentant de dissimuler un sourire d’acceptation.

(Engal) : T’as de la chance que j’sois pas en état de venir te botter le cul.

(Vladimir) : Tu as surtout de la chance d’être en vie.

Le professeur se relève de sa chaise en même temps que Samantha, qui conclut les soins d’Engal par un magnifique nœud serré lui faisant serrer les dents.

(Engal) : Je crois que t’as raison… mais cette expérience m’a permit d’y voir plus clair…

Engal laisse sa phrase en suspend, le regard perdu dans le vide, comme s’il repensait à l’affrontement qu’il vient de vivre et à certaines choses qui l’ont perturbé durant celui-ci.

(Engal) : Un robot peut-il avoir une âme ?

Vladimir écarquille les yeux à l’audition de ce que vient de lui demander son interlocuteur, et laisse s’écouler un certain temps avant de répondre.

(Vladimir) : Comment ça ?

(Engal) : Non… rien… laisse tomber.

Ne laissant même pas le temps à Vladimir de protester et de chercher d’avantage d’informations, Engal se contente de fermer les yeux et de laisser retomber sa tête sur le côté, faisant ainsi comprendre au professeur qu’il ne mènera pas la conversation plus loin. Vladimir pousse un soupir d’incompréhension et se dirige vers le cockpit en compagnie de Samantha.

(Samantha) : Allez, on y va.

De l’extérieur, les réacteurs du Niela commencent à vrombir avec intensité et toute la machinerie se met en marche, un vrombissement parcourant la coque au même de l’allumage. Très vite, les pieds de l’appareil se détachent du sol tandis que celui-ci amorce un décollage à la verticale, à l’aide de réacteur secondaire placés judicieusement sous ses ailes courtes. Alors que l’engin se trouve à plus de cinq mètres du sol, Oy apparaît subrepticement au dessus du muret d’enceinte de la piste de décollage circulaire. Ni Vladimir, ni Samantha ne remarquent sa présence. Au moment où le Niela s’apprête à partir en trombe, Oy se projette avec toute la force de ses pattes mécaniques en sa direction et parvient de justesse à se planter sur l’arrière de la carlingue de l’appareil, telle une grosse tique discrète sur la queue d’un volatile.
Observant la scène d’un œil étonné, Brad, qui vient d’arriver, le souffle haletant, ne peut que voir sa machine s’envoler vers d’autres cieux, véritable passager clandestin d’un appareil dont il ne connaît ni les occupants, ni la destination.


(Brad) : Mais qu’est ce que c’est que ce bordel ?

Pecha arrive derrière lui en courant, visiblement lassé de cette mini course poursuite.

(Pecha) : Hein ?! Elle s’est envolée ?

(Brad) : Je crois que quelque chose risque de clocher dans nos plans…

Chapitre 69 Chapitre 71

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