Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 7

.:: Chapitre 7 ::.
Engal Cipheri

Sorti le 21/03/2007, compilé dans le Volume 1

Histoire :

     Dans un bureau méticuleusement rangé et aux stores baissés, Vladimir est assis sur une chaise confortable, en face d’Erkham qui frappe furieusement des deux poings sur son bureau. Le gros barbu en complet olive apparaît à présent haletant et suant à grosses gouttes. Almee, qui a reçu un T-shirt blanc et un veston de traque gris de la part de son créateur, sifflote calmement, les mains plongées dans ses poches, se tenant fièrement derrière le siège où est assis Vladimir. Les deux opèrent le même regard scrutant en direction d’Erkham, attendant sa réaction qu’ils imaginent déjà tempétueuse.

(Erkham) : Morlan, vous êtes complètement malade ou quoi ??!! Réveiller ce réploïde sans même me consulter… SANS AVOIR D’AUTORISATION ?!! Mais vous voulez la mort de mon département ou quoi ?!!

      Almee lève tranquillement le doigt, en sifflant entre ses dents, regardant Erkham d’un air dédaigneux.

(Almee) : C’est Almee mon nom.

      Vladimir ramène l’attention sur lui, coupant court au petit jeu d’Almee.

(Vladimir) : Je n’avais pas de temps à perdre… et d’ailleurs vous m’en faites perdre en ce moment même ! Si vous voulez que notre équipe de travail puisse réussir le projet que lui a proposé Monsieur Opitz, le seul moyen est de nous débrouiller du mieux que nous pouvons.

      Erkham devient rouge comme une tomate tant il enrage mais tente malgré tout de maintenir son calme au plus haut point tolérable. Son complet couleur olive trempé de sueur semble le serrer deux fois plus qu’à l’accoutumée.

(Erkham) : Mais pas en allant à l’encontre de la politique du CRTN ! Je ne veux pas voir disparaître le laboratoire 51, ni le département scientifique, simplement parce que vous avez des rêves de promotion.

     Vladimir semble s’énerver un peu face aux accusations de son supérieur hiérarchique. C’est à son tour de taper du poing sur la table.

(Vladimir) : Qu’on soit clair, ma position au sein de cette entreprise me convient parfaitement. Tout ce que je désire, c’est que Monsieur Opitz accorde plus de crédit à notre département de recherche, afin que nous diversifiions notre équipement et notre production et que nous puissions à l’avenir assurer librement n’importe lequel de nos désirs créatifs.

     Erkham pousse un soupir face à la conviction affichée par son interlocuteur, et se laisse retomber au fond de son fauteuil.

(Erkham) : Vladimir, je joue ma place si je réponds positivement à vos demandes.

(Vladimir) : Moi aussi, Monsieur… mais cette fois, c’est le moment de prendre des risques et d’aller de l’avant. Car si pour moi seule l’avancée technologique de mon lieu de travail et de mes possibilités m’importe, pour vous ça sentira la très grosse promotion.

     Erkham arrête soudain de protester, bloque son mouvement et semble réfléchir un instant, arrêtant même de respirer.

(Erkham) : Ah… ah oui ?

     Sentant qu’il tient peut-être là une piste d’influence, Vladimir se penche en avant, prenant un air plus sournois, se mettant à parler de manière plus discrète, presque en murmurant.

(Vladimir) : Mais oui. Personne ne se rendra compte de la différence et ne verra que vous avez falsifié ces papiers pour moi… et ce sera une réussite complète. De chef de département, vous allez passer à l’échelon supérieur, c’est certain.

     Erkham tente de dissimuler un sourire naissant derrière sa grosse barbe noire, mais Vladimir n’est pas dupe. Il semble qu’il ait percé son supérieur à jour.

(Erkham) : Je… je ne sais pas… je… j’ai des doutes…

(Vladimir) : Monsieur Erkham… le plus important, c’est que Monsieur Opitz ait entière satisfaction.

     Erkham baisse la tête, regarde la paperasse sur son bureau d’un air encore hésitant, puis redresse subitement son visage vers Vladimir.

(Erkham) : Vous direz que vous n’avez pas quitté le labo pendant le temps de votre absence. Je m’arrangerai pour qu’il n’y ait aucune visite d’inspection durant ce laps de temps. Mais vous allez me promettre de vous manier le train.

     Un sourire triomphal se dessine sur le visage de Vladimir qui se retient pour ne pas sauter de joie. Derrière le fauteuil, Almee affiche une mine réjouie, lui aussi.

(Vladimir) : Je vous le promets.

     Erkham pousse un long soupir avant d’ouvrir le tiroir de son bureau et d’en sortir plusieurs papiers et un dossier.

(Erkham) : Il va me falloir un jour ou deux pour préparer ces papiers et les faire passer pour authentiques sans qu’ils ne soient connus par l’administration. Je fais déjà l’autorisation de sortie du réploïde…

     Le réploïde en question pousse un soupir de lassitude.

(Almee) : C’est Almee…

(Erkham) : Almee, oui… bien sûr, je ne la fais pas valider par le conseil de sécurité, mais ça ne posera pas de problème pour les inspections de contrôle extérieures… vous n’aurez qu’à dire que c’est votre fils.

     À cette idée, Vladimir et Almee ont le même réflexe étrange : afficher un sourire surpris qui leur donne un air un peu idiot. Erkham griffonne rapidement sur un papier l’autorisation de sortie d’Almee, la tamponne vivement et la tend à Vladimir qui s’en saisit avant de la plier délicatement et de la ranger dans son portefeuille. Le scientifique se lève alors et tend la main à Erkham qui la serre vigoureusement.

(Erkham) : Je vous ferai parvenir le reste des papiers par courrier directement au laboratoire. Par pitié Vladimir… soyez discret et rapide.

(Vladimir) : Je le serai.

     Vladimir se dirige alors vers la porte du bureau d’Erkham, se retourne une dernière fois pour le saluer brièvement de la main et sort, Almee lui emboîtant le pas. La porte se referme, et Erkham s’effondre au fond de son fauteuil, les yeux dans le vague. Il pousse un puissant soupir puis se penche finalement sur son bureau et commence à écrire les papiers de Vladimir.

     Retour à Eidolon, dans le quartier très fermé des puritains magiciens : White Scar. Ce quartier surprotégé par les mages les plus puissants et les plus fous de tout Eidolon est un repaire synonyme de sécurité pour tous les repris de justice qui trempent dans les commerces magiques illégaux. C’est dans cette zone, où aucun technopartisan n’irait risquer sa vie, qu’une micro société ayant son gouvernement propre, indépendant de celui d’Eidolon, a décidé de s’instaurer. Les autorités n’ont pas le droit de pénétrer ces lieux et depuis peu, le secteur a reçu l’appellation habituelle de « zone de non-droit ».
     C’est dans ce quartier en plein essor, gagnant chaque jour en puissance, qu’un petit clan de magiciens essaye de faire changer les choses à Eidolon, pour qu’enfin seule la magie ait son mot à dire dans la cité unitaire.
     Dans leur QG, un sous-sol ressemblant à un musée exposant les artefacts magiques les plus biscornus au monde, les quelque membres de cette société utopiste se sont réunis autour de leur leader, un homme charismatique qui siège sur un trône de manière nonchalante. Il a des cheveux bruns, mi-longs, coiffés en bataille, et des yeux d’un vert émeraude auxquels rien ne semble pouvoir échapper. Il porte une veste légère de couleur brunâtre au-dessus d’un haut de corps noir et moulant. En guise de pantalon, il dispose d’un jean délavé et usé, bardé de ceintures et de sacoches lui donnant un air d’aventurier. Une large épée, rangée dans son étui, est appuyée sur le bord de son siège monarchique… du reste, son regard manifeste une détermination sans faille.
     L’un des hommes autour de lui, un garçon pâle plutôt chétif avec un chapeau pointu vissé sur la tête, un grelot brinquebalant au bout, se retourne vers cet homme assis sur le trône, qui se pose comme étant le chef du groupuscule. Le jeune homme affiche une expression de surprise mêlée d’effroi. Apparemment, son chef vient de dire quelque chose de choquant.

(Magicien) : Hey, Engal… t’es sérieux pour ce coup?

     Le type sur le trône regarde son homme de main d’un regard incrédule, comme s’il venait de dire une insanité.

(Engal) : Tu doutes de moi, Halton ?

(Halton) : Jamais, mais cette fois ça va très loin.

     Le dénommé Engal se redresse de son siège, saisit son épée pour la retirer de son fourreau et la dresse droit devant lui. La pointe de la lame s’arrête à quelques centimètres d’une photo découpée semble-t-il dans un magazine et plantée sur une colonne de bois au centre de la salle.

(Engal) : Ce type représente à lui seul tout ce que nous haïssons. Alors on va montrer l’exemple. Je veux le capturer, et s’il ne veut pas se montrer coopératif… nous le tuerons.

     Halton et les autres tournent leurs visages vers la photo plantée sur la colonne… une photo de Vladimir Morlan.

(Halton) : Ce mec… il vit à Hydrapole. En quoi ça frappera les technopartisans d’Eidolon ?

     Engal se jette dans son trône en riant gaiement, repose son épée sur le côté et reprend son allure désinvolte, un rictus de mépris s’imprimant sur son visage.

(Engal) : Allez, allez… ne me fais pas rire, tu n’es pas si naïf ? Ces pourritures qui grouillent dans les quartiers technologiques, et dans cette abomination de CREAE, divinisent cet enfoiré de Vladimir Morlan ! La moitié des prouesses qu’ils font avec leur saloperie de technologie vient de la répercussion qu’a sur eux les travaux de cet homme. Si on le supprime, on balancera un grand choc dans les instances politiques technologiques… à tous les coups, l’ADT ouvrira les yeux et verra qu’elle est moins forte que nous.

     Il jette un regard sur l’ensemble des hommes qui sont pendus à ses lèvres et boivent ses paroles comme de l’eau. Il pousse un soupir en secouant la tête.

(Engal) : Vous ne vous rendez pas compte que l’on peut changer l’avenir par un simple acte de terreur… assez discuté du pourquoi et du comment, vous me suivez, et c’est tout.

     Tous les hommes présents se redressent vivement et se tiennent bien droit. D’un mouvement commun, ils se tapent un grand coup du poing contre la poitrine.

(Tous) : Oui !

     Engal se lève de son trône et récupère son épée qu’il range dans son fourreau d’un geste large et d’une grande souplesse, après quoi il descend les quelques marches qui le séparent de ses hommes et s’arrête à leur niveau.

(Engal) : Nous allons nous séparer en plusieurs duos pour maximiser nos chances de trouver notre proie. Ne tentez rien de stupide non plus, n’est-ce pas ? La route jusqu’à Hydrapole va être longue, alors préparez-vous à Eidolon avant de partir, mais ne vous faites pas repérer… ces abrutis de la Brigade Inquisitoriale ont un œil sur nous depuis un moment, j’ai pas envie que la main s’y ajoute.

     Il jette alors un regard circulaire à ses hommes qui le dévisagent un peu, comme s’ils attendaient quelque chose de particulier.

(Engal) : Heu… vous vous bougez, ou quoi ?

     Et à cette demande un peu exaspérée, tous se mettent en marche, se bousculant et maugréant pour quitter le sous-sol les uns après les autres. Plus maigrelet et fragile que le reste de la bande, Halton se retrouve à la traîne. Avant qu’il n’ait eu le temps de quitter la pièce, Engal le saisit par l’épaule, le retournant vers lui. 

(Engal) : Toi, tu viens avec moi.

     Halton écarquille les yeux, visiblement surpris.

(Halton) : Heu… pourquoi moi en particulier ?

     Engal jette un coup d’œil en direction de la sortie, semblant vérifier que tous les autres ont bien quitté la salle.

(Engal) : Parce que je sais pertinemment que parmi tous ces gars, pas un seul ne quittera Eidolon ce soir. Ce sont des nuls et des froussards, je le sais très bien. Mais toi… je sens du potentiel en toi. Et surtout de l’honnêteté.

     Engal se redresse de tout son long avant de fixer l’étui de son épée aux ceintures prévus à cet effet dans le bas de son dos.

(Engal) : Alors, qu’en dis-tu ? On va se farcir Morlan ensemble ?

     Halton rougit un instant face à ce qu’il vient d’entendre, puis d’un mouvement mêlant le geste à la parole, il bondit en brandissant le poing, visiblement euphorique.

(Halton) : Oui !!

Chapitre 6 Chapitre 8

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