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Sans âme et sans pitié

Sorti le 30/07/2008, compilé dans le Volume 8

Histoire :

[Flashback]

Une cellule noire, aucune lumière, des sons jaillissant de toutes parts, des cliquetis, des bruits de bulles refluant vers la surface, un léger sifflement imperceptible. L’œil de la machine s’ouvre. Sa vision est trouble, parcourue de milliers de données. Oy se trouve dans un bassin, au beau milieu d’un laboratoire peu éclairé, dont la majeure partie du mobilier est constituée d’appareils complexes à l’utilité méconnue. Le liquide qui entoure la machine est épais, huileux, et semble être en ébullition. Le vocodeur d’Oy s’active de lui-même pour la première fois, laissant émettre une voix étrangement féminine, pleine de vie.


(Oy) : Où… où suis-je ?

De l’autre côté de la vitre du bassin se tient une magnifique jeune femme aux cheveux longs, bouclés et marrons. Sa taille svelte, enroulée dans une blouse blanche de scientifique, subit un mouvement pour se retourner vers le bassin, dévoilant ainsi le doux visage qui surplombe l’ensemble de ce corps. De grands yeux verts, dissimulés derrière de fines lunettes rectangulaires, transcendent la finesse cristalline de ses traits.

(Oy) : Etes vous… un ange ?

La jeune femme éclate d’un rire clair avant de finalement sourire pour se baisser au niveau de la machine. Oy est, à cette époque, bien plus « légère » qu’elle l’est actuellement : son lourd blindage est absent, elle a une taille plus raisonnable, aucune arme n’est rattaché à son organisme.

(Yunda) : Je me nomme Yunda… je suis… ta mère.

(Oy) : Ma… mère ?

De nouvelles données apparaissent de partout sur l’écran de vision d’Oy, la machinerie subit de légers soubresauts, comme si elle luttait contre elle-même, le bassin de bulles rentre dans une ébullition encore plus forte. Puis soudain, tout se calme.

(Oy) : Est-ce que je te ressemble, maman ? Suis-je aussi belle que toi ?

Yunda affiche un léger sourire sur son visage et pose sa main sur la vitre du bassin, laissant une empreinte de buée en la décollant, quelques secondes après. La vision d’Oy se brouille, elle croit voir en cette empreinte l’apparence de sa propre main. Sa patte mécanique se dresse vers l’avant, mais retombe lourdement, comme privée d’énergie.

(Yunda) : Tu le seras bientôt…

(Voix) : Ca, il n’en est pas question !!

Yunda se redresse à l’audition de cette voix masculine qui vient de surgir dans son dos. Elle se retourne pour faire face un homme grisonnant, légèrement ventru, enserré dans une tenue chic, un cigare fumant entre les lèvres. Derrière lui se tient un jeune homme en costar, les cheveux finement plaqués sur le crâne par une quantité impressionnante de laque.

(Yunda) : Monsieur Arion ? Qu’est ce qu…

(Arion) : Qu’est ce que ceci, mademoiselle Oy ? Croyez vous que je vous paye pour jouer à la poupée avec mes appareils ?

Yunda baisse la tête, l’air dépitée.

(Yunda) : Je sais très bien ce que vous pensez, monsieur Arion… mais je suis à deux doigts de parvenir à faire la plus grande découverte de l’histoire de la rob…

(Arion) : DES CLOUS ! Je vous ai donné énormément d’argent pour que vous conceviez le programme de cette arme ultime… et qu’est ce que je vois en face de moi ? Une boîte de conserve qui vous appelle « maman » ? C’est ridicule !

Des larmes se mettent à couler des yeux de Yunda lorsqu’elle remarque que l’homme en costar qui accompagne Arion vient de sortir un revolver de sous son veston.

(Arion) : Nous sommes l’une des plus grandes entreprise de robotique paramilitaire qui soit… nous ne pouvons nous permettre de perdre autant d’argent pour les stupides rêves d’une stagiaire échevelée. Vous nous avez déçus une fois de trop, Yunda.

Yunda serre les poings en baissant la tête, les yeux enflammés par une expression de rage. Son corps est parcouru de tremblements. Elle est à deux doigts de se jeter sur Arion et de lui tordre le cou.

(Yunda) : Vous allez tout perdre, Arion… faites de cet engin une arme de mort, allez y. La vie que j’ai insufflée en elle entrera en contradiction avec vos programmes de destruction et vous n’aurez jamais aucun contrôle. Oy-01 sera toujours libre !

Arion fait un signe de tête à l’intention de son bras droit.

(Arion) : J’en ai assez entendu. Cette machine ne doit pas avoir d’âme : c’est un programme sans pitié qu’il lui faut. Allez-y, monsieur Halos.

Sans aucune hésitation de la part de ce subordonné, le revolver se redresse et se braque directement sur Yunda. La jeune scientifique n’a que le temps de relever la tête pour faire face à son destin. Une détonation terrifiante résonne dans tout le laboratoire, bientôt suivie du plus pesant des silences. A l’intérieur de son bassin, Oy contemple toujours la trace de l’empreinte de sa mère, mais quelque chose se met à couler dessus, quelque chose de rouge, de liquide, qui l’efface.

(Oy) : Maman ?

[Fin du flashback]

Engal voit arriver sur lui la masse pesante de la carlingue blindée d’Oy. Les lames d’acier géantes qui sortent de ses pattes sont prêtes à le mettre en pièces de manière définitive. L’œil d’Oy s’affole, son image se trouble : le visage d’Engal se déforme en des grésillements étranges pour finalement prendre les traits de celui d’Arion, ne serait ce que quelques secondes.

(Oy) : LAISSE MOI VIVRE !!!

(Engal) : Qu’est ce qu… ?!

Alors que les lames d’Oy sont sur le point de s’abattre sur Engal, un flash de lumière intercepte son mouvement. La carlingue d’Oy passe par-dessus le mage, et s’écrase trois mètres derrière lui. Les deux pattes avant de la machine, tranchées nettes, retombent de chaque côtés, l’une se plantant dans le sol, l’autre disparaissant dans le brasier qui se consume toujours. L’ange aveugle, Haamiah Camaël, a fait son office. De toute sa hauteur, elle surplombe Engal tel un bouclier fantomatique, son épée dressée droit devant elle, défiant le vide. Le mage pousse un soupir de soulagement.

(Engal) : Une seconde de plus et c’était fini…

Engal se redresse avec difficulté sur ses jambes, prenant appui sur ses genoux pour reprendre son souffle. Il se retourne ensuite vers la carcasse d’Oy, parcourue de légers arcs électriques et de petits soubresauts pathétiques.

(Engal) : Qu’est ce qu’a dit cet engin ? Je n’en reviens pas… la perversion de ses concepteurs va au-delà de l’imaginable.

Engal pousse un long soupir, et regarde dans le vague, comme s’il avait un léger moment d’hésitation. Il réentend le « je veux vivre » d’Oy, son intonation, la façon dont ce cri a été prononcé… l’impression que sa voix était devenue étrangement féminine. Il secoue la tête pour évacuer ces pensées, et se contente de dresser la main droit vers sa cible.

(Engal) : Il faut en finir. Haamiah Camaël !!

(Haamiah Camaël) : Oui.

L’ange se retourne à son tour vers la carcasse remuante d’Oy et dresse son épée vers elle. Un léger instant de flottement, et l’ange se déplace à une vitesse incroyable, son arme s’abattant droit sur Oy, prête à la trancher en deux sur toute sa longueur. L’œil d’Oy s’entrouvre, les données de son mode de vision s’écartent pour laisser apparaître le doux visage de Yunda, masqué derrière une empreinte de main, entourée de buée.

(Oy) : Je dois vivre…

L’espèce de museau d’Oy s’entrouvre pour laisser apparaître son canon à ion. Ce dernier sort soudainement vers l’avant et se plante dans le sol. Un sifflement strident, qui échappe complètement à Engal, étant donné les écouteurs qui l’en protège, se répand dans toute la rue. Au moment où l’épée de l’ange s’apprête à frapper Oy, le sol éclate en un véritable cratère sous le choc produit par les ultrasons continus. L’épée est déviée de sa trajectoire et le robot est éjecté contre un mur. Engal, surpris, voit la carcasse métallique retomber lourdement au sol dans un bruit bref, emportant la moitié du mur avec elle dans sa chute. L’œil d’Oy capte encore une image distordue de son adversaire, qui la contemple à quelques mètres, mais ce n’est plus le visage d’Arion qui déforme ses traits. Elle ne voit plus qu’Engal. Puis soudain, tout se brouille et finit par virer au noir. L’œil d’Oy se referme….

(Engal) : J’hallucine.

Soudain, le corps du mage est parcouru de convulsions. Il tombe à nouveau à genoux, se yeux se révulsent. Il pousse un râle gras et inquiétant. L’image d’Haamiah Camaël se trouble, la lumière qu’elle dégage se ternit. Soudainement, son corps se fissure et elle se décompose bien vite en milliers de petits morceaux de cristal lumineux, qui retombent au sol comme une pluie de miroir brisé. Le râle d’Engal s’arrête, ses tremblements aussi. Il n’a plus assez d’énergie magique pour maintenir la présence de l’ange dans ce monde. Il halète vivement, visiblement à bout de souffle. Puis c’est au tour de sa tête de faire des siennes. Visiblement pris d’une vive douleur, le mage plaque ses mains sur ses tempes et hurle sa souffrance en un long cri désespéré. Quand enfin la douleur se calme, Engal est au sol, à demi assommé. De ses narines et de ses oreilles s’écoulent de fins liserés de sang.

(Engal) : Ce sort… me coûte… beaucoup… trop…

Engal redresse la tête avec douleur pour regarder droit devant lui. Il affiche un sourire en voyant la mallette de Vladimir posée contre le mur, épargnée par le combat terrible qui vient d’avoir lieu.

(Engal) : Han… c’t’une chance ça… ou pas ?

Le mage pousse un profond soupir et se met à bouger légèrement, passant ses bras sous son corps pour commencer à se relever. Le moindre mouvement provoque en lui une vague de douleur qui se traduit de manière claire par l’expression de son visage.

(Engal) : Ca va me forcer… à me relever…

Chapitre 68 Chapitre 70

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