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L'ange aveugle

Sorti le 23/07/2008, compilé dans le Volume 8

Histoire :

Engal affiche un sourire narquois face à la masse imposante de la machine qui s’échappe des flammes d’un geste vif, soutenu par un claquement de pistons surchauffés. De sa main libre, il s’assure que les écouteurs étranges que lui a donnés Vladimir sont bien enfoncés dans ses oreilles et il se met en position de combat, accueillant comme il se doit le premier assaut de la machine de mort, qui se jette sur lui de toutes ses forces, sans doute dans le but de l’écraser. D’un habile pas sur le côté, Engal parvient à esquiver de justesse l’énorme patte d’Oy, qui réagit immédiatement en laissant apparaître une quantité incroyable de petites lames le long de celle-ci. Dans un cliquetis mécanique, les petites lames sont projetées directement sur le flanc du mage qui ne peut rien faire pour esquiver convenablement. Une des lames se plante dans son bras, une autre dans sa cuisse.

(Engal) : Urgh… merde…

Sous l’effet de la douleur, Engal laisse tomber un genou à terre, voyant seulement une ombre se soulever au-dessus de lui : l’autre patte d’Oy est dressée, prête à le réduire en purée. Le mage serre les dents et plaque ses deux mains au sol, juste derrière lui. Elles sont déjà crépitantes d’une énergie rougeâtre.

(Engal) : Mishveri, les flammes explosives !!

Une explosion jaillit de chacune de ses mains, le propulsant violemment vers l’avant juste au moment où la patte d’Oy réduit le sol en poussière. Telle une véritable fusée humaine, Engal passe sous le corps de son adversaire, s’échappe d’entre ses pattes arrière et atterrit violemment contre le mur de la ruelle, à deux doigts du grand brasier provoqué par Vladimir, qui commence peu à peu à s’éteindre.

(Engal) : Aïe… faut que j’arrête ce genre de conneries, ou je vais finir par me tuer moi-même.

Oy ne perd pas un instant, ses capteurs se replaçant directement sur sa cible, qui s’est propulsée dans son dos. D’un salto d’une souplesse incroyable - étant donné sa masse – Oy se retrouve en un instant face à Engal qui se redresse à peine, tenant entre ses doigts ensanglantées les petites lames qui l’ont blessé. Les railguns d’Oy se mettent à vrombir et Engal brandit immédiatement sa main devant lui comme un rempart de fortune, lâchant les lames dans ce mouvement. Ses lèvres s’écartent pour prononcer quelque chose, mais le son est étouffé sous les détonations assourdissantes des deux railguns latéraux qui se mettent à déverser sur leur cible un véritable torrent de plomb. Là où se tenait Engal ne reste bientôt plus qu’un gigantesque nuage de poussière. Au bout de quelques secondes, les railguns font taire leurs canons et l’œil d’Oy s’active afin de déterminer si sa cible est bel et bien détruite. Ce qui jaillit du nuage de fumée à tôt fait de lui donner la réponse : Engal, juché sur Er’Lysan, fonce droit sur Oy qui ne peut réagir à temps. Dans un hurlement strident, la bête ailée défonce la carlingue de la machine de ses deux énormes pattes griffues, l’envoyant voler cinq mètres plus loin malgré son poids énorme.

(Engal) : Ne perdons pas une seule seconde ! Tu sais ce que tu as à faire !!

Le monstre d’Engal, semblant comprendre les paroles de son maître, fonce droit sur la carcasse métallique qui bat pathétiquement des pattes pour tenter de se redresser. Battant fort de ses puissantes ailes, Er’Lysan se stabilise au-dessus d’Oy avant d’ouvrir une gueule béante dans un grognement effrayant. Une sorte de tourbillon de flammes semble émerger de la gorge illuminée de la créature et en un raclement rauque, un terrible jet de flammes jaillit de sa bouche, inondant directement Oy de haut en bas. Bientôt, Engal est incapable de distinguer la masse d’Oy sous le torrent aveuglant qui jaillit de la bouche de sa créature. Tapie sous les flammes, Oy semble avoir du mal à stabiliser son corps à cause de la chaleur terrifiante qui l’assaille : l’alliage qui la compose commence à fondre. Une sorte de cri rauque jaillit du vocodeur de la bête mécanique qui se propulse violemment vers le haut de toute la force de ses pattes. Sa masse brûlante percute Er’Lysan directement sous la mâchoire, le retournant en l’air et désarçonnant Engal qui tombe droit dans les flammes que son invocation a crachée.

(Engal) : *Cette fois c’est foutu…*

Ne lui laissant même pas libre court de ses pensées, Oy intercepte la chute du mage d’un puissant revers de sa patte, lui meurtrissant tout le côté droit du corps. Par ce geste violent, elle éloigne néanmoins Engal des flammes et le mage atterrit avec fracas contre le mur, retombant lourdement au sol, face contre terre. Oy retombe au sol à quelques mètres de son adversaire, son œil luisant d’un éclat malsain. Son vocodeur se met en marche, laissant jaillir sa voix sombre et caverneuse.

(Oy) : Je veux te tuer moi-même.

Engal redresse la tête, surpris par les paroles qui viennent de jaillir de la machine. Il ne l’avait pas pensé capable d’une véritable communication, et ne connaissait pas cet aspect de la robotique.

(Engal) : Tu n’es qu’une boîte de conserve dénuée de pensée. Tu dis « vouloir », mais tout est déjà prévu dans ton programme, ou je ne sais quoi… bien sûr que tu veux me tuer. Mais ce n’est pas un véritable choix.

Engal se redresse dans une expression de douleur, se tenant les cotes d’une main et se maintenant debout grâce à sa lame, dont il se serre comme d’un appui.

(Engal) : Ces abrutis qui t’ont construit… te donner le pouvoir de prononcer des paroles aussi vides de sens… c’est d’un ridicule.

Cependant, Engal semble surpris de l’impact que ses paroles ont sur la machine de mort qui lui fait face. Celle-ci se cambre lentement, inclinant ce qui lui sert de tête vers le bas, tremblant légèrement, comme-ci elle essayait de mimer une expression de fureur.

(Engal) : Qu’est ce qu… ?

Soudain, dans un bruit de claquement, Oy se projette droit sur Engal, laissant apparaître d’énormes lames au bout de ses pattes avant, prêtes à le trancher en deux.

(Oy) : JE CHOISIS !!!

Le mage écarquille les yeux. Juste au moment où Oy va arriver à son contact, le hurlement d’Er’Lysan retentit, et la bête ailée fond sur la droite, renversant à nouveau le robot. Cependant, cette fois Oy  se laisse rouler sur quelques tonneaux avant de se stabiliser en plantant ses pattes latérales dans le sol. Ces-dernières s’enfoncent littéralement dans les dalles qui composent la ruelle sous l’impact du choc et le railgun latéral de Oy se braque droit sur Er’Lysan qui fond toujours sur elle, poursuivant son mouvement. Engal voit très bien ce qui va se passer, et refuse de sacrifier son invocation.

(Engal) : DÉSINVOCATION !!

Tendant la main vers sa monture, il la fait disparaître dans un nuage de poussière rougeâtre qui est immédiatement transpercé par les tirs du railgun.

(Engal) : Pfyuu… c’était juste.

Oy cesse le feu, comprenant immédiatement qu’elle tire dans le vide. Toutes ses pattes retouchent le sol en un bref et lourd impact. Son œil se retourne une nouvelle fois vers Engal qui halète et tremble de fatigue.


(Engal) : Je n’ai plus le choix… je vais devoir recourir à cette incantation interdite…

Le mage joint ses deux mains l’une contre l’autre et y laisse éclater une sorte d’énergie blanche et crépitante.

(Engal) : Désolé… père…

Engal écarte les deux mains, laissant apparaître une sorte de lien blanc, lumineux et épais, entre elles. Cette bande blanche et opaque brûle d’une sorte de feu magique interne.

(Engal) : Je t’invoque… Haamiah Camaël !!

Engal s’accroupit. La bande blanche qu’il maintenait en l’air semblant à présent s’ouvrir entre ses mains comme une immense fenêtre sur un univers blanc et brûlant. Il en jaillit une si puissante lumière que l’œil d’Oy n’est plus capable de capter quoi que ce soit face à lui. Ce passage lumineux quitte alors le contrôle d’Engal, s’ouvrant de lui-même vers le haut et sur les côtés, prenant peu à peu la forme d’une immense porte se terminant en une voute supérieure de forme conique. Un chant enchanteur en jaillit presque imperceptiblement, la voix magnifique et douce d’une femme. Soudain, une ombre apparaît dans l’encadrement de cette porte spatiale, une épée franchit le mur de lumière, la pureté de sa sculpture étincelant les murs de la ruelle de milliers de reflets lumineux. Puis c’est au tour du bras tenant cette lame de franchir l’écran de magie blanche, bientôt suivit par le reste du corps. Face à Oy, devant la porte, se tient à présent une immense créature lumineuse aux traits féminins. Un vague tissu impalpable enroule son corps svelte et haut de trois mètres, s’achevant en un bandeau plus foncé qui lui cache les yeux. Alors qu’elle quitte sa dimension, les cheveux de la créature prennent une teinte de plus en plus noire, jusqu’à finir en une couleur ébène qui contraste complètement avec le reste de son corps. Enfin, deux immenses ailes majestueuses se déplient dans son dos, couvrant toute la largeur de la ruelle. Le sourire froid qu’affiche la créature finit de rendre l’atmosphère de la scène complètement surréaliste. La porte se referme alors sur elle-même comme un sas, faisant disparaître la lueur blanche aveuglante qui inondait les lieux. Les mains d’Engal se resserrent l’une contre l’autre et le mage tombe à genoux, les yeux écarquillés et cernés, le corps tremblant de toute part. Un violent spasme étreint son corps et il ne peut refréner un vomissement soudain.

(Engal) : Argh… ce sort… me coûte trop… fais vite.

L’ange aveugle hoche calmement la tête, l’air imperturbable, et pointe son épée en direction d’Oy. La machine semble frémir de la tension palpable qui charge tout l’air de cette ruelle. Les deux railguns d’Oy se mettent à faire feu sans attendre, inondant le corps parfait et immense de cette créature céleste. Mais c’est peine perdue : les balles pénètrent le corps de l’invocation comme dans de l’eau, sa peau subissant de légères ondulations au niveau des impacts. Cependant, les tirs ne ressortent pas, comme s’ils étaient piégés ailleurs, nulle part. Une voix enchanteresse et féminine jaillit du vide, l’ange n’entrouvrant même pas les lèvres pour les prononcer, complètement imperturbable.

(Haamiah Camaël) : Je juge les crimes.

Un flash lumineux retentit dans toute la ruelle. Le déplacement instantané de l’ange n’a même pas fait vrombir l’air. Son bras armé en position d’attaque, elle se tient à présent sur le côté droit d’Oy, dont le corps subit des pulsations incontrôlables. Les deux railguns de la machine de guerre se décrochent de leurs silos, littéralement tranchés à leur base avec une déconcertante facilité. Engal affiche un sourire confiant face à la puissance de son incantation, malgré la fatigue intense qui l’étreint, et Oy semble comprendre que toute sa force ne suffira pas face à l’ange. Le vocodeur du robot se met en marche et sa voix inquiétante en jaillit, plus sombre que jamais.

(Oy) : Tu es fort, homme… mais tu oublie une chose : pour me débarrasser de ta magie, je n’ai qu’à te tuer. 

Engal écarquille les yeux une nouvelle fois à l’audition des paroles d’Oy, à la fois pour leur perspicacité, mais également pour les mots choisis, leur intonation, qui n’ont rien de mécanique ou de programmé.

(Oy) : Or, tu ne m’as pas l’air très en forme pour te défendre.

Achevant ces mots, Oy se propulse droit sur Engal qui ne peut que constater l’arrivée imminente de la machine dans sa direction, même si derrière elle se dresse l’être ailé, dont l’épée tournoie déjà en l’air…

Chapitre 67 Chapitre 69

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