Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 66

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Indésirable rencontre

Sorti le 15/07/2008, compilé dans le Volume 8

Histoire :

Vladimir, une mallette gainée d’acier à la main, traverse une petite ruelle étroite et humide, suivit par Engal qui semble avancer à contre cœur, les mains dans les poches. Des poubelles renversées et des flaques d’eau semblent constituer l’ensemble du décor de ces bas fonds de la cité technologique. Le mage inspire un grand coup et pousse un soupir de lassitude.

(Engal) : Ca pue.

(Vladimir) : Je sais bien, mais les robots d’hygiène ne passent pas dans les quartiers qui refusent de payer la taxe sur les ordures ménagères.

Engal hausse un sourcil et pousse un ricanement évocateur de son mépris pour ce mode de vie urbain et automatisé.

(Engal) : Dis plutôt les quartiers qui ne peuvent pas la payer.

Vladimir continue à avancer sans rien répondre, mais son expression désarmée montre qu’il sait très bien qu’Engal a raison. Le mage s’en rend bien compte et il semble savourer cette victoire miniature sur le professeur.

(Engal) : Où est ta femme ?

(Vladimir) : Samantha m’a laissé le soin de préparer des affaires qui nous seront peut être utiles et elle est allée préparer le vaisseau de son père. Mais elle n’est pas encore ma femme.

(Engal) : Ben t’attends quoi ? D’être mort avant d’avoir pu l’épouser ?

Vladimir ne répond rien à nouveau, continuant à avancer, visiblement stressé de se retrouver à découvert après plusieurs jours de planque. Il est à l’affut du moindre signe avant-coureur d’une intervention de la Ligue Noire.

(Vladimir) : Le hangar n’est plus très loin.

(Engal) : Dis moi… tu compte faire quoi une fois que tu auras récupéré ton gamin-robot ?

(Vladimir) : Je t’ai fais une promesse il me semble. Je vais tout faire pour t’aider à arranger la situation à Eidolon… le conflit techno-magique ne se résoudra pas à coups d’exécutions d’otages, crois moi. Il faut que l’on parvienne à réconcilier l’ADT et l’ADM, et ça c’est pas gagné. J’espère que ma notoriété pourra faire poids.

Engal se racle la gorge pour masquer le ricanement qu’il vient de pousser involontairement et qui a fait tiquer Vladimir. Le professeur s’arrête pour la première fois et se retourne vers son allié, le regardant de haut en bas d’un air dubitatif.

(Vladimir) : Quoi ?

(Engal) : Rien. Tu es quelqu’un d’assez connu, c’est vrai, peut être même de brillant… je ne t’imaginais juste pas aussi candide.

Devant l’expression muette et surprise de son interlocuteur, Engal décide d’enfoncer le clou.

(Engal) : Le conflit entre l’ADT et l’ADM est aussi vieux que le principe fondateur d’Eidolon. On ne sauvera pas mes amis, ni même personne, en voulant lier ces deux là par de fausses réconciliations. Il y a trop en jeu pour ça…

Vladimir reste quelque peu interdit face à ce pessimisme fondé qu’il n’avait pas voulu prendre en compte jusqu’à présent. Engal laisse planer un léger blanc avant de reprendre.

(Engal) : Et puis qui te dit que je veux d’un quelconque union ? Je suis un mage, ne l’oublie pas.

(Vladimir) : Si personne ne fait d’effort, ça n’avancera pas.

Engal hausse les épaules, tentant de se montrer calme mais a du mal à réfréner l’emportement qu’il commence à ressentir en lui.

(Engal) : Des « efforts », hein ? Les mages vivent dans une misère affolante à Eidolon. Ok, il y en a qui tirent leur épingle du jeu, mais comparé au niveau de vie des techno-partisans, ça donne juste envie de chialer, ok ? Y a aucun équilibre à la base, personne ne voudrait d’un quelconque union.

(Vladimir) : Pourtant toi et moi, on arrive à s’entendre.

C’est au tour d’Engal de se retrouver plongé dans le silence. Il rougit un peu mais ne le laisse pas transparaître, gardant toujours son expression dure et solide.

(Engal) : Mouai, on va dire ça. Mais crois pas qu’on pourra servir d’exemple hein… Tout le monde croit que je ramène un otage, pas un allié.

Soudain, un bruit de poubelle qui se renverse, des pas paniqués qui se précipitent en une course folle, une respiration haletante mêlée de petits cris de panique. Engal et Vladimir se retournent tous deux vers l’origine de ces sons, et à l’angle de la ruelle, un homme d’une quarantaine d’année, l’air complètement paniqué, déboule droit vers le duo.

(Homme) : AIDEZ MOI !! IL ARRIVE !!

Instinctivement, Engal porte sa main à la poignée de son épée et se met en position de combat, tandis que Vladimir a un mouvement de recul, visiblement surpris de la tournure des évènements. Un léger sifflement surplombe la scène, et alors que l’homme paniqué arrive à environ six mètres du duo, sa tête éclate en un geyser écarlate.

(Engal) : Parfait, j’avais hâte de pouvoir utiliser mon épée maintenant qu’elle est réparée.

Vladimir écarquille les yeux devant le contraste horrible entre ce que vient de dire son allié et la chute du cadavre démuni de boîte crânienne, sa mâchoire inférieure pendouillant encore misérablement après un résidu de visage. Le professeur a un haut le cœur face à ce spectacle terrifiant.

(Vladimir) : Merde !!

(Engal) : Reprends tes esprits, je sens que je vais avoir besoin de tes connaissances là…

En effet, une masse énorme et invisible s’abat à quelques mètres du cadavre autour duquel se répand déjà une immense flaque de sang, soulevant une trombe d’eau sous son poids. Soudain, des gerbes d’eau apparaissent de toute part, comme soulevée sous la cadence d’un pas quadrupède et mécanique, à l’audition du bruit de piston émit par ce mouvement. La chose se dirige droit vers Vladimir et Engal.

(Vladimir) : C’est un camouflage optique.

(Engal) : Euh… traduction ?

(Vladimir) : Tu ne peux pas le voir, cherche pas à comprendre !! C’est le tueur dont les infos n’arrêtaient pas de parler depuis quelques jours.

Engal affiche un sourire en coin, mais les tremblements qui le parcourent témoignent de son manque d’assurance face à une chose capable de provoquer de tels massacres.

(Engal) : Un « tueur » ? Tu parle… c’est une saloperie de machine, oui.

Il pousse un nouveau soupir alors que la cadence des pas continue à se rapprocher, perçant des trous dans le sol comme si des piquets de plomb s’y étaient plantés, arrachant des pans de murs sur son passage tout en soulevant un nuage de poussière opaque.

(Vladimir) : Je crois que nous sommes maudits…

(Engal) : T’as deviné ça tout seul ?

Vladimir remonte sa mallette contre son torse et la calle sous son bras, se servant de sa main libre pour ouvrir d’un geste sec une petite zipette qui fermait un compartiment en tissus. Il y plonge sa main gantée pour en extraire quatre petits bouts de métal gainés de fibres noirs. Il en tend deux à Engal.

(Vladimir) : J’ai bien fais d’être prudent. Mets ça dans tes oreilles.

Engal s’exécute machinalement, ne cherchant pas à protester étant donné la situation. Au moment où il introduit ces espèces de boule-quiès modifiées dans ses oreilles, il perçoit un léger sifflement, puis plus rien. Il entend pourtant tout distinctement : les pas de la machine qui se rapproche de plus en plus, les bruits d’éclaboussures, son cœur qui bat la chamade, le bruit que fait Vladimir en reposant sa mallette au sol…

(Engal) : Et c’est quoi ces bidules?

(Vladimir) : De simples écouteurs de walkman que j’ai modifié en les gainant d’une fibre qui arrête toute forme de vibrations à base d’ultrasons. J’avais compris en regardant les infos… étant donné la nature des crimes… que le tueur était muni d’un canon à ions… arme sur laquelle je regrette d’avoir travaillé à une époque.

Alors que Morlan lâche ces mots, le bruit de pas mécanique s’arrête. Oy vient de se rendre compte que son canon à ions est sans effet sur ces proies. Ses capteurs se callent directement sur Engal et Vladimir, recherchant une quelconque anomalie. Soudain, son œil se fixe droit sur le professeur dans une sorte de fascination inimaginable pour une IA, l’encerclant de voyants jaunes lumineux et clignotants, des données s’affichant tout autour, accompagnées de sigles et d’algorithmes incompréhensibles.

(Oy) : Cible prioritaire détectée. Professeur Vladimir Morlan.

Engal se retourne vers Vladimir, l’air incrédule. Le professeur est abasourdi par ce qu’il vient d’entendre : son nom jaillir de cette machine, et surtout cette appellation de « cible prioritaire ».


(Engal) : La Ligue Noire ?

(Vladimir) : Non… Je ne sais pas quelle est cette chose…

Alors qu’il lâche ces mots, il est violemment propulsé contre le mur par une force invisible parcourue d’arcs électriques. Complètement acculé, mais pourtant dénué de blessures, Vladimir a néanmoins du mal à respirer tant la pression qui le maintient est forte. Ses pieds, soulevés du sol à près d’un mètre de hauteur, s’agitent de manière paniquée. Soudain, un grand choc électrique s’abat sur la carlingue d’Oy, se perpétrant jusque dans sa patte qui relâche Vladimir dans un soubresaut, le laissant tomber au sol, toussotant. Sur le côté de la créature de métal, Engal se tient encore dans la position générée par le coup qu’il vient de donner. Il tient son épée de ses deux mains, callée dans un renfoncement de la coque invisible de son adversaire, et celle-ci est parcourue d’arcs électriques semblant provenir des bras du mage.

(Engal) : Sharoz’leona ! La foudre blanche !!

Un torrent de foudre se déchaîne dans la continuité de l’épée d’Engal, propulsant la masse d’Oy près de cinq mètres plus loin dans un bruit tonitruant. La machine se redresse immédiatement d’un geste rapide, parcourue d’arcs électriques, commençant peu à peu à apparaître aux yeux de ses proies combatives : son camouflage optique a été endommagé par l’attaque d’Engal.

(Engal) : Toi, t’as mal choisi ton moment, espèce de saloperie !

Chapitre 65 Chapitre 67

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