Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 61

.:: Chapitre 61 ::.
Coma

Sorti le 21/05/2008, compilé dans le Volume 7

Histoire :

Davien traverse d’un pas rapide les différents couloirs du QG de la Brigade Inquisitoriale d’Eidolon, ouvrant les portes à la volée, sans accorder le moindre regard aux autres agents qui le dévisagent d’un air ahuri d’incompréhension. La destination de Davien lui apparaît bientôt : le bureau de l’inspecteur en chef sur lequel est encore à peine visible les lettres peintes « Trevor Todd ». Davien s’arrête devant cet ultime obstacle, le visage pâle mais l’air sévère, avant de finalement frapper à plusieurs reprises. Immédiatement, il est invité à rentrer.
A l’intérieur, Todd est assit à son bureau, triturant sa grosse moustache entre ses doigts, le visage légèrement rouge, une tasse pleine de whisky posée à ses côtés.


(Todd) : Vous en voulez ?

Davien refuse d’un geste de la main avant de s’asseoir en face de son supérieur. Les nombreux bandages et gelures que porte encore l’inspecteur sont autant de témoins de la difficile bataille qu’il a menée.

(Todd) : Ils vous ont déjà laissé sortir ?

(Davien) : Ils ne voulaient pas, mais j’ai su me montrer persuasif.

(Todd) : Eliza n’est pas revenue avec vous ?

(Davien) : Elle a préféré rester là-bas pour veiller sur eux.

L’inspecteur en chef hoche la tête en maugréant quelques mots, puis il se saisit de sa tasse et en avale une lampée avant de la reposer à sa place. Il croise ses bras sur son torse. L’expression qu’il affiche, mêlant colère et inquiétude, est partagée par son subalterne qui n’ose trop rien dire.

(Todd) : Qu’en est-il finalement ?

(Davien) : Ce poison est une belle saloperie… il réagit différemment selon le groupe sanguin de son hôte mais le mène toujours indirectement à la mort s’il n’est pas soigné rapidement. On a eu énormément de chance qu’on nous retrouve aussi vite…

Todd n’ose rien ajouter pour avoir des détails, incitant son interlocuteur à poursuivre par son silence.

(Davien) : Telziel se remet, petit à petit… il est très réceptif au traitement… mais Notgiel… n’a pas autant de chance pour l’instant.

L’énorme point de Todd s’abat sur le bureau, renversant la tasse de whisky sur une pile de dossier sans que cela ne l’inquiète outre mesure. Ses mains tremblent de rage.

(Todd) : Bon sang ! Je ne veux pas perdre un brigadier de plus dans cette affaire !! J’ai déjà anéanti la vie d’un trop grand nombre de familles aujourd’hui.

(Davien) : Notgiel reste dans le coma pour l’instant. Le traitement permet de le maintenir en vie, mais les antidotes à disposition des médecins ne parviennent pas à éliminer le poison. Le groupe sanguin de ce pauvre vieux est trop compatible avec cette saleté.

(Todd) : Il n’y a rien à faire ?

(Davien) : Le seul moyen serait d’avoir un échantillon pur de ce poison. Apparemment c’est une recette artisanale concoctée par ce psychopathe lui-même… alors ça me paraît difficile.

Todd se redresse face à l’abattement de son subordonné et fait le tour de son bureau pour se poser face à lui, déposant sa grosse main sur son épaule, comme pour le soutenir. Le visage fatigué de Davien se redresse pour faire face à celui de son chef.

(Davien) : Je ne suis pas un bon inspecteur, monsieur. Je critiquais Telziel sur ses méthodes mais mon équipe a subi des dégâts désastreux sur une simple mission d’investigation… Se reposer entièrement sur la justice pour faire régner la loi… ça ne fonctionne pas.

(Todd) : Ne dites pas des choses pareilles, Miller, vous êtes un excellent élément. Personne n’est en mesure de se frotter à l’Ordo Arakis sans en subir les conséquences.

Davien baisse la tête et pousse un soupir fatigué.

(Davien) : Je les ai sous-estimé… j’ai refusé de croire à l’existence de ce groupuscule… j’ai été imprudent et incrédule… je… je voudrais démissionner, mon lieutenant.

La main de Todd se retire, légèrement crispée, pour aller se fourrer dans la poche droite du long manteau de l’inspecteur en chef qui semble tout à coup bouillir de colère. Un court silence se fait dans la pièce avant que Todd ne le rompe par une voix forte et rauque, qui cloue Davien sur sa chaise.

(Todd) : Demande refusée, inspecteur Miller. Vous allez tout de suite arrêter ce jeu stupide de déprimé qui ne vous va absolument pas ! Vous avez vu votre cursus ? Parfait. Vous avez connu un échec ? C’est la loi des choses. On ne peut pas toujours gagner. J’avais un vieil ami, Frank Telziel, le père de Maximillien, qui m’avait fait le même coup un jour. Je lui en ai tellement fait baver par la suite qu’il m’a supplié de le laisser reprendre son poste : j’espère que vous ne voulez pas vivre la même chose ?

(Davien) : Mais…

(Todd) : La ferme ! Je n’ai pas fini. Vous allez reprendre votre enquête là où vous l’avez laissée, avec Eliza. J’ai fait une demande de dérogation à la Brigade d’Adra’Haar pour que Zerkim puisse rester travailler avec vous durant cette affaire en tant que remplaçant de Maximillien, le temps qu’il se remette. Tous les trois, vous allez mettre l’organisation à jour et nous la traduiront en justice, comme elle le mérite. Par la même occasion, nous serons peut-être en mesure de sauver Notgiel…

Davien ne trouve rien à répondre et reste coi, ses propres convictions s’opposant à ses peurs face au monstre que représente à présent l’Ordo Arakis dans son esprit. Il revoit en mémoire l’immense silhouette de Vulcan et la simplicité avec laquelle il a fait voler tout un domaine en éclats. Il repense à tous ces brigadiers morts, et l’ampleur de la tâche lui semble vraiment trop grande pour ses simples épaules.

(Davien) : Vous pensez vraiment qu’à nous trois nous pourrons mettre à nu l’organisation ?

(Todd) : Comment ça, « à vous trois » ?

L’expression de Davien est frappée par un éclat de surprise et il redresse soudainement la tête, intrigué par ce que vient de lui dire Todd.

(Todd) : Vous comprenez ce que je dis ? Si je refuse votre démission, c’est simplement parce que vous prenez du galon, mon cher. Vous et Maximillien devenez, à partir de ce jour, Inspecteurs Supérieurs. J’ai également décidé de créer une nouvelle branche d’intervention pour la Brigade Inquisitoriale : la BAC (Brigade Anti Criminalité) qui sera spécialisée dans les interventions et investigations en opposition à des cartels criminels reconnus, comme l’Ordo Arakis.

Davien reste bouche bée devant une telle nouvelle et Todd semble savourer l’instant, triturant son épaisse moustache d’un doigt habile et nerveux.

(Todd) : Vous comprenez ce que ça veut dire ? Vous avez à présent à votre disposition des effectifs ouverts. Vous n’avez de comptes à rendre qu’à moi. Vous gérerez vos missions et votre personnel selon vos besoins. Je vous donne les pleins pouvoirs pour mettre à bas les organisations criminelles… et je vous ordonne de faire de l’Ordo Arakis votre cible prioritaire.

Le regard de Davien semble soudainement s’enflammer face à ces nouvelles dispositions et un énorme désir de vengeance remonte de son estomac, lui nouant la gorge, tandis que lui vient en pensée le visage de Notgiel et de tous les brigadiers morts. Les moyens mis en œuvre pour arrêter l’Ordo Arakis lui semblent soudainement nettement supérieurs et la tâche moins irréalisable. Il se relève de sa chaise et salut son supérieur d’un geste officiel et précis.

(Davien) : À vos ordres, chef.   

Eliza, assise au chevet de Telziel, lui tient délicatement la main. Celui-ci la regarde d’un air fatigué, les yeux mi-clos, le visage pâle et recouvert de sueur. Il respire avec difficulté, mais semble aller un peu mieux.

(Telziel) : Tu as peur ?

(Eliza) : Bien sûr, quelle question !!

Telziel tourne la tête pour faire face au plafond. Un sourire triste se dessine sur ses traits.

(Telziel) : Notgiel… m’a sauvé la vie… tu le sais, ça ?

Eliza hoche tristement la tête en resserrant ses doigts fins sur la main de son fiancé, qui tremble légèrement.

(Telziel) : Alors… pourquoi… pourquoi je ne peux pas sauver la sienne ?

Des larmes amères et légères, à demi-dissimulées par la sueur, s’écoulent des yeux tremblants de l’inspecteur qui remue de rage et de peine.

(Telziel) : C’est trop dur… de se battre pour ce monde…

A quelques dizaines de mètres de là, dans une chambre privée de lumière, Notgiel, complètement inconscient, branché à divers appareils complexes émettant des bruits stridents et réguliers, respire lentement, avec difficulté. Les yeux clos, il a l’air paisible, attendant son salut. Dans l’encadrement de la porte, entrouverte sur le couloir, Zerkim observe le corps maintenu artificiellement en vie, le regard soucieux.

(Zerkim) : C’est une course pour la vie… contre la montre… tout ce que tu préfères.

Emergeant d’entre ses pieds pour voir l’intérieur de la pièce, Diablotin pousse un grognement d’exaspération face à la mélancolie de son partenaire.


(Diablotin) : Vous le sauverez, ce garçon !

(Zerkim) : Ce garçon peut être… mais ce monde, nous ne le sauverons jamais…

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