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Morphéoscope

Sorti le 09/05/2008, compilé dans le Volume 7

Histoire :

La partie de la ville que traverse à présent Mortis est un véritable réseau de petites ruelles entrecroisées, de bâtiments ouverts et éventrés joints entre eux par diverses passerelles qui culminent sur plusieurs niveaux et semblent tenir en place en défiant les lois de l’apesanteur. Tous les habitants, très pauvrement vêtus, semblent connaître ce véritable labyrinthe comme leur poche, et c’est également le cas de l’assassin, qui s’y faufile en tout sens, semblant être certain de la direction à prendre. Au bout d’un moment, il débouche dans une ruelle humide et sale au bout de laquelle se tient une grande maison de bois dont la moitié semble avoir été prise par un incendie. A la place des murs manquants, des toiles et des tentures ont été disposées de manière intelligente afin de protéger l’intérieur des intempéries. Sans même frapper, Mortis pénètre dans le bâtiment.
La poussière qui s’élève au moindre de ses gestes est évocatrice de l’activité qui règne à l’intérieur : tout est d’un calme alarmant, et les quelques modestes meubles qui constituent l’unique pièce centrale de la maison (l’ensemble des murs intérieurs ayant été abattus) ne peuvent attester qu’une personne vive réellement dans ce taudis. C’est pourtant le cas.
Assit devant une bibliothèque très généreusement fournie en vieux bouquins tous plus épais les uns que les autres, un homme d’un certain âge, néanmoins encore bien proportionné et à l’air vif, contemple l’arrivé de l’assassin, assit dans un vieux fauteuil rouge à moitié en lambeaux. Il porte des lunettes en demi-lune sur le nez et sa calvitie très avancée laisse uniquement retomber de fins cheveux grisonnant autour de son visage carré, rude et marqué par les rides. Mortis s’approche sans ajouter un mot. Le vieil homme sourit en refermant le livre qu’il était en train de bouquiner.


(Vieil homme) : Ah, Mortis… je ne t’attendais pas si tôt.

(Mortis) : Je ne suis pas venu pour ce que tu pense, Laï.

(Laï) : Ah, bien… je vais encore pouvoir vivre quelques temps, n’est ce pas ?

Le vieil homme se redresse sans difficulté, attestant ainsi une vigueur physique encore assurée, s’approche de l’assassin et le serre vigoureusement dans ses bras. Mortis ne se dérobe pas à cette étreinte, même s’il n’y participe pas plus que ça.

(Laï) : Comment se porte mon meilleur élève ?

(Mortis) : J’ai déjà connu mieux… et toi ?

(Laï) : Oh tu sais… maintenant que ce sale Seraïen de Narame centralise les guildes d’assassin dans un seul et unique clan, même mes élèves les plus jeunes sont partis à Adra’Haar pour suivre l’enseignement de ce jeunot plutôt que le mien.

(Mortis) : Ils ne savent pas ce qu’ils perdent.

Mortis se laisse tomber sur une vieille banquette qui soulève un nuage de poussière incroyable, masquant presque entièrement sa silhouette.


(Laï) : Je préfère que tu sois au courant, mais j’ai engagé des assassins pour ta tête.

(Mortis) : Je sais, je sais… j’en ai tué un la semaine passée.

(Laï) : Ah… bah… il en reste toujours d’autres.

Un léger temps s’écoule sans que le maître et l’élève n’ajoute un seul mot, et c’est finalement l’aîné qui rompt le silence.

(Laï) : Tu as l’air mal en point, Mortis… que t’arrive-t-il ?

(Mortis) : Je n’ai pas dormi depuis… je ne sais plus. Beaucoup trop.

Laï a un mouvement de recul et son expression affiche un léger dégoût à l’idée qui lui travers la tête.

(Laï) : Tu as utilisé le tarot ?

Mortis tourne la tête de droite à gauche pour répondre par la négative. Il hausse ensuite les épaules.


(Mortis) : Même pas.

(Laï) : Tant mieux. Jamais tu n’aurais dû entrer en possession de cet objet maudit. Ces sales racailles que tu fréquentais pendant un temps…

(Mortis) : Ne parlons plus de ça. Ca n’a rien à voir avec mes anciens compagnons. J’ai tué un vieux mage, l’autre soir. Je crois qu’il m’a lancé une malédiction… il s’appelait Ograp, ça te dit quelque chose ?

(Laï) : Moui… c’était un vieux fou, pas un mage. Impossible qu’il ait pu te maudire.

Mortis pousse un soupir d’impatience et fait un geste de dédain à l’égard de son maître qui va se rasseoir dans son fauteuil rouge, le faisant bruyamment craquer sous son poids.

(Mortis) : C’est peut être ce qu’il m’a dit qui m’a perturbé, je n’en sais rien… il y avait quelque chose d’anormal dans son regard… il était vide, et pourtant plein… comme remplit de spectres.

(Laï) : Ah… ceux qui ont le malheur de développer des pouvoirs psychiques inattendus sont parfois confrontés à des visions horribles. Ton Ograp a dû ramener un morceau d’horreur de son voyage dans le futur. Ca se témoigne souvent de manière physique.

(Mortis) : L’apocalypse, ça te dit quelque chose ?

Laï se redresse doucement en affichant un sourire en coin, comme pour marquer la bêtise de la question qui vient de lui poser l’assassin. Il se dirige d’un pas claudiquant vers la bibliothèque, y cherche un ouvrage pendant quelques temps qu’il finit par extraire (non sans mal, vu l’épaisseur du volume).

(Laï) : « Contes et Légendes de Kiren. »

Mortis, qui avait témoigné un vif intérêt jusqu’à présent, pousse un soupir de détachement et se laisse retomber au fond du fauteuil qui soulève une nouvelle volute de poussière.

(Laï) : C’est toi qui est venu sur le sujet, ne t’en plains pas. L’Apocalypse c’est, d’après cet ouvrage, un évènement catastrophique c’étant déroulé il y a environ neuf cent ans, et qui aurait été à l’origine de la création du monde de Kiren tel que nous le connaissons : l’âge d’or de la magie, l’éveil de la technologie, l’essor des nouvelles sociétés. Paraît-il que de nombreux autres types de civilisation et de cultures existaient avant la nôtre… et d’un coup, pouf ! Plus rien. Le monde entier rasé par un fléau horrible, ne laissant aucune trace. Pas même des ruines.

(Mortis) : C’est des idioties : comment notre race aurait pu survivre ? Sérieusement, Laï, je te causais de quelque chose de sérieux. Si je veux lire des stupidités pareilles, j’ai pas besoin de venir te voir, il suffit que je m’achète la revue du CREPO…

Le vieux maître referme son bouquin d’un air vexé, le range dans sa bibliothèque et se retourne vers son interlocuteur en affichant un visage dur, croisant ses bras sur son poitrail robuste.


(Laï) : Tu me pose une question, j’y réponds. Après, tu en fais ce que tu veux.

(Mortis) : Laissons ça de côté, j’en peux plus… tu sais pourquoi je suis là.

Laï hausse les sourcils et décroises ses bras, saisissant une sacoche accrochée à sa ceinture de laquelle il extrait une épaisse clé de bronze.

(Laï) : De combien d’argent tu dispose ?

(Mortis) : Pas d’assez pour me payer un modèle fiable.

(Laï) : Tu connais les risques ?

(Mortis) : J’ai besoin de dormir.

(Laï) : Alors suis moi…

Le vieil homme contourne sa bibliothèque d’un pas vif et précis, bientôt suivit de Mortis qui a, semble-t-il, bien plus de difficultés à se mouvoir, sa fatigue commençant à se faire ressentir de manière physique. Derrière la bibliothèque, dans un recoin obscur de la pièce, se trouve une petite porte lourdement métallisée. Laï enfonce sa clé dans la serrure et fait basculer la porte sur ses gonds, produisant un bruit strident. Sans ajouter un mot, le duo pénètre dans cette nouvelle pièce, uniquement éclairée par une lampe à pétrole en fin de vie. Il y a plus de toiles d’araignée que de bibelots, mais Laï sait instinctivement où se diriger. Il s’avance vers un énorme coffre en acier, pose sa main dessus d’un geste affectueux avant de tendre l’autre vers Mortis.

(Laï) : Ne tergiversons pas en négociations. Donne-moi toute ta bourse et je te refile mon plus vieux modèle.

Mortis ne cherche même pas à discuter, obéissant immédiatement à la proposition de son maître. Il décroche sa bourse de cuir de sa ceinture et la dépose dans la main de Laï, produisant un cliquetis monétaire qui semble ravir le vieil homme. D’un geste vigoureux, ce-dernier soulève le couvercle du coffre. Mortis n’a même pas le temps de regarder à l’intérieur que Laï en a déjà extrait un objet et refermé le couvercle dans un claquement sonore. Entre les mains du vieil homme se trouve un étrange appareil en bois, rempli de rouages compliqués qui peuvent se distinguer en arrière d’un cadran aux multiples aiguilles et barbouillés de signes compliqués, pour la plupart incompréhensibles, ressemblant fort à des dessins anciens.

(Laï) : Ce morphéoscope est plus vieux que moi. Sois prudent en l’utilisant, ne fais pas la moindre erreur de paramétrage si tu ne veux pas dormir pour toujours.

Mortis se saisit de l’appareil et le regarde attentivement. Une lueur de bonheur se lirait presque dans ses gestes, même si son inexpressif masque blanc ne témoigne rien de visible.

(Laï) : N’oublie pas que la possession d’un tel appareil est reconnu comme étant un crime mortel. Alors sois sûr de bien être caché quand tu l’utilise.

(Mortis) : Ne t’inquiète pas.

Quelques instants plus tard, l’assassin sort de la maison de bois, son maître l’ayant accompagné jusqu’au pas de la porte.

(Laï) : Je doute que nous ayons le temps de boire un thé la prochaine fois que nous nous reverrons.

(Mortis) : Je prie pour que ce jour n’arrive pas, maître…

En un éclair, et malgré sa condition physique altérée, Mortis disparaît en un éclair, bondissant de balcons en balcons pour atteindre les toits de cette partie isolée de la ville.

(Laï) : Oui… moi aussi… 

Chapitre 58 Chapitre 60

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