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.:: Chapitre 57 ::.
Miracle

Sorti le 27/04/2008, compilé dans le Volume 7

Histoire :

A ce qu’il semble, Maximillien a bien grandit, et doit avoir atteint la vingtaine. Il se tient sur le porche d’un grand bâtiment sobre et monotone, fringuant dans sa tenue officielle de cadet de la Brigade Inquisitoriale. Dans sa main gauche, il tient le parchemin officiel de son diplôme d’inspecteur de la Brigade, dans la droite une coupe de champagne à moitié vide. Son regard se perd sur l’horizon, plongeant dans le soleil couchant qui ronge les toits les plus élevés d’Eidolon. Derrière lui, la porte s’ouvre, laissant apparaître Zerkim, lui aussi portant l’uniforme officiel et son diplôme entre les mains. Il a l’air bien plus guilleret, et ses joues empourprées montrent qu’il a bien fêté sa nomination. Il s’arrête au côté de Telziel et le saisit par l’épaule comme un vieux camarade.

(Zerkim) : Et voilà, on a réussit ! Dès la semaine prochaine je vais faire partie de la toute nouvelle Brigade Inquisitoriale d’Adra’Haar, tandis que tu iras remplir des missions dans celle d’Eidolon. Après toutes ces années, on va partir chacun de notre côté. Pas trop triste ?

Telziel tourne un visage légèrement souriant vers son ami.

(Telziel) : Nan, je vais enfin être débarrassé de toi !

Ils trinquent gaiement et vident leurs coupes de champagne d’une traite. Zerkim se laisse tomber au sol, se servant des marches du perron comme d’un siège providentiel.

(Zerkim) : Mine de rien, ça va me faire de la peine de plus te voir tous les jours…

(Telziel) : Tu dis ça parce que tu es saoul.

(Zerkim) : Crétin, bien sûr que non !!

Telziel s’assoit aux côtés de Zerkim, posant sa coupe de champagne à même le sol, tout comme son diplôme.

(Telziel) : J’ai une dette envers toi…

(Zerkim) : Laisse tomber, ça fait plus de cinq ans que tout ceci s’est passé.

(Telziel) : Je suis sérieux… si tu n’avais pas été là… si ton maître n’avait pas été là… mon père serait mort malheureux, sans avoir l’impression de s’être battu jusqu’au bout. Tous les deux, vous lui avez apporté la force d’affronter sa fin dignement, et pour ça je me sens redevable vis-à-vis de toi.

Zerkim secoue la tête de droite à gauche en signe de renoncement et hausse les épaules.

(Zerkim) : D’accord, d’accord, je te demanderais de l’aide si un jour je me sens dépassé par une enquête. Mais crois moi, ton père n’avait pas besoin d’affronter la vérité pour mourir dignement. C’était un homme noble par nature.

(Telziel) : Oui, c’est vrai… je partage sa vision des choses, il me l’a transmise.

Le nouvel inspecteur regarde ses mains en laissant apparaître un léger sourire sur son visage, visiblement fier de ce qu’il a accompli jusqu’à présent.

(Telziel) : Il s’est sacrifié pour sauver la vie de l’un de ses hommes. Il n’y avait pas acte plus noble en soi… je crois que je comprends très bien ce qui a pu lui traverser l’esprit lorsqu’il s’est placé entre son ami et le sorcier.

Zerkim tourne un regard intéressé vers Telziel, le laissant finir sa confession.

(Telziel) : Je sais que je ne pourrais jamais vivre une vie entière dans la Brigade sans voir certains de mes hommes y passer… mais je ferai tout pour l’empêcher. Absolument tout. S’il venait à arriver quelque chose à l’un de mes alliés par ma faute, que ce soit directement ou indirectement, je crois que je ne m’en remettrai pas. Comme mon père… Je préférai prendre les coups à leur place plutôt que de les voir mourir.

Zerkim sourit en hochant la tête, tendant sa main vers Telziel, comme pour l’inciter à la lui serrer.

(Zerkim) : Ok, si tu es prêt à le promettre, en souvenir de Frank, et parce que ce soir est important, moi j’en fais également la promesse.

Telziel serre la main de son ami en affichant un sourire satisfait.

(Telziel) : Oui… j’en fais la promesse. 

[Fin du Flashback]

Des larmes amères s’écoulent des yeux de Telziel qui, physiquement harassé, n’est même plus en mesure de se relever pour aider aux recherches des corps de ses alliés. Le visage souriant et aux yeux cernés de Zerkim lui apparaît en mémoire, rendant encore plus forte sa peine.

(Telziel) : T’es le seul à avoir tenu cette promesse, au final, vieux frère…

Ecartant quelques décombres, Notgiel met à jour un corps calciné appartenant à l’un des brigadiers que Vulcan avait éliminé bien avant de faire sauter tout le manoir. Le jeune lieutenant ne se sent pas la force de retirer le corps déformé à lui tout seul, et préfère le laisser là pour l’instant, s’éloignant de lui le teint blême, comme s’il était sur le point de vomir.
Eliza ne retient plus ses larmes, errant sur les décombres comme une âme en peine, complètement perdue. Elle ne cherche même plus les corps, elle semble divaguer au gré de ses pas hasardeux sur les éboulis de roche, slalomant entre les petits foyers d’incendie restant.
Ses yeux ne se portent même plus sur les décombres, elle semble avoir abandonné tout espoir de retrouver quelqu’un vivant.
Mais soudain, une sorte de lueur bleutée très faible, émanant d’entre les interstices de plaques de roche entrecroisées, attire son attention. Ses yeux s’écarquillent, comme si la folle joie d’un espoir renaissant venait de les illuminer. Elle court maladroitement dans la direction de cette lumière inhabituelle et soulève avec difficulté les gravas qui la recouvrent.


(Eliza) : NOTGIEL !! VIENS M’AIDER !

N’attendant pas d’avoir plus d’explications, ce-dernier accourt aussi vite que possible aux-côtés de la jeune femme, et avec toutes les forces qu’il lui reste, il l’aide à soulever les débris. A mesure qu’ils retirent les monceaux de pierre et de bois, la lueur provenant d’en dessous se fait de plus en plus forte. Soudainement, il se retrouve nez à nez avec une véritable plaque de glace, translucide et magnifique. Au travers de celle-ci, ils aperçoivent le visage inanimé, mais en parfait état, de Davien. L’espoir renaît dans leur regard et ils redoublent d’effort pour déloger ce qui semble être un véritable cocon de glace.
La lueur bleutée qui en émane est due aux reflets du soleil couchant sur la surface parfaitement lisse et brillante de cette construction glacée. Elle attire le regard de Telziel, qui aussitôt prend une toute autre expression. Affichant une expression de douleur intolérable, il se redresse sur ses jambes en poussant un gémissement de souffrance, et part d’un pas faible mais décidé, en direction de la lumière et de ses deux amis qui la mettent à jour.


(Telziel) : Ze… Zerkim… Davien…

Eliza le voit arriver en écarquillant les yeux.

(Eliza) : Max, reste assit, tu es trop faible !!

Elle n’a pas le temps de se redresser qu’il est déjà à leurs côtés, n’écoutant pas un traître mot des recommandations qu’elle lui donne. Il se met immédiatement à retirer des gravas à toute allure, faisant preuve d’une résistance incroyable à ses blessures. Eliza et Notgiel échangent un regard surpris, puis reprennent à leur tour le déterrement du cocon de glace. Bien vite, celui-ci est presque entièrement délogé. A l’intérieur, visiblement inanimés, se trouve Davien, Diablotin et Zerkim. Ce-dernier a les yeux grands ouverts, comme s’il était encore prit dans le maintien de son incantation.

(Eliza) : Sont ils entièrement congelés ?

(Notgiel) : Je ne sais pas trop… on dirait que l’intérieur est creux.

Soudain, les yeux de Zerkim se tournent vers eux, comme s’il venait de se réveilleur d’une léthargie tétanisante. Notgiel pousse un cri de surprise en tombant en arrière sur les fesses alors que le mage affiche un léger sourire. Eliza et Telziel éclate d’un rire mêlant joie et surprise. Les larmes continuent à couler, mais elles ne sont plus du tout de la même nature qu’avant face à ce véritable miracle.
Les mains de Zerkim se joigne en tremblant et la pellicule de glace commence à se fissurer, lentement d’abord, puis de plus en plus vite. Elle éclate finalement en une centaine de morceaux à moitié fondu qui se déversent sur les ruines comme une petite rivière glacée. Les trois corps qu’elle contenait apparaissent alors au grand jour, expirant des volutes de fumée qui témoignent du grand froid qu’il devait y avoir à l’intérieur de cette coquille gelée. Eliza se jette dans les bras de Zerkim, ne lui laissant même pas le temps de se remettre. Telziel se laisse alors choir au sol, aux côtés de Notgiel, se laissant à nouveau aller à sa fatigue.


(Telziel) : Ah espèce de malade… comment as-tu pu avoir une idée pareille ?

(Zerkim) : C’était ça ou mourir carbonisé. J’ai préféré m’offrir des sports d’hiver avancés.

Davien entrouvre les yeux, recouvrant peu à peu ses esprits. Il se redresse, en se tenant les tempes, le froid lui ayant fait de nombreuses gelures un peu partout sur le visage et les mains.

(Davien) : Ouah… manquer de mourir de froid au beau milieu d’un incendie… j’aurais vraiment tout vu.

Il tourne la tête vers Zerkim et la secoue légèrement en signe de gratitude.

(Davien) : C’était la meilleure chose à faire… au moins on est toujours vivant.

Diablotin se redresse à son tour, visiblement peu souffrant d’avoir été plongé au beau milieu d’un maelstrom de magie glaciale.

(Diablotin) : Oui, mais il s’en est fallu d’un poil. La vague de flammes était sur nous au moment où le cocon s’est refermé. A une seconde près nous étions tous morts… c’est un véritable miracle.

(Telziel) : Miracle ou pas… c’est un véritable soulagement…

Devant l’expression complètement dépassée de son fiancé, Eliza s’assoit à côté de lui et le serre dans ses bras pour le rassurer. L’inspecteur est encore tout tremblant, à la fois de joie et de peur. Au milieu des débris du manoir des Van Reinhardt, tous les brigadiers remercient le ciel d’être encore en vie…

Chapitre 56 Chapitre 58

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