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Malédiction

Sorti le 17/04/2008, compilé dans le Volume 7

Histoire :

Le jeune Telziel est assit sur le dos d’un Woompa qui traverse le désert, les remparts d’Adra’Haar n’étant plus qu’un lointain point brillant à l’horizon. Un Woompa est un animal bipède graisseux recouvert d’une épaisse couche de laine anti-chaleur. Son odeur nauséabonde est le seul inconvénient face à ses multiples qualités de montures spécialisée dans la traversée des terrains sablonneux et à la chaleur étouffante. A ses côtés se tient Zerkim le XVIème, chevauchant un autre Woompa, tandis que Frank ouvre la marche, lui aussi monté sur l’un de ces bêtes du désert. Le soleil de plomb ne semble pas perturber les cavaliers, qui se sont bien équipés. Maximillien tourne la tête vers le jeune homme qui les accompagne.

(Maximillien) : C’est quand même dingue cette histoire : les mages de la Tour d’Adra’Haar n’ont pas le droit de porter leur véritable nom ?

(Zerkim) : Comme je vous l’ai dis, le nom d’un sorcier fait partie de son pouvoir, de son essence magique. Les arcanes que l’on nous enseigne à la Tour sont des secrets générationnels… si notre nom refait surface, nous nous condamnons nous-mêmes à l’exil pour que personne ne puisse découvrir nos secrets.

(Maximillien) : Donc Zerkim n’est pas ton véritable nom ?

Zerkim secoue la tête pour répondre par la négative, laissant un temps s’écouler après que Frank ait éructé une vilaine quinte de toux inquiétante et grasse.

(Zerkim) : Je ne connais pas mon véritable nom, et dieu m’en préserve d’ailleurs. Nous sommes nommés selon notre lignée. La lignée des Zerkim est l’une des plus prestigieuses d’Adra’Haar.

Frank prend alors la parole, sans se retourner pour autant, prouvant qu’il n’a pas perdu une miette de la conversation même s’il semblait ne pas y prêter attention.

(Frank) : C’est une chance que tu sache ou ton maître s’est caché…

(Zerkim) : Oui… mais le temps que nous allons perdre à nous y rendre risque de jouer contre vous.

Frank hoche péniblement la tête tandis que Maximillien se laisse aller à une mine triste et inquiète. Le visage de son père ne reflète plus du tout la force et la beauté de ses jeunes années : il a maintenant l’air d’un septuagénaire mal en point, profondément ridé et fatigué. Sa barbe est à présent complètement blanche, et son regard a perdu toute son énergie et sa vivacité d’autre fois.
Après plusieurs heures de marche au travers du désert, le trio de voyageurs arrive devant un énorme bloc de roche rouge et poli par les tempêtes de sable, à moitié englouti sous une énorme dune. Des gravures mystiques recouvrent certaines parties de la roche, rappelant celles de la Tour au sorcier. L’entrée d’une grotte est visible à la jonction entre le début de la dune et l’endroit où la roche émerge du sable.
Zerkim n’ajoute pas un mot, et invite ses compagnons à le suivre à l’intérieur. La grotte n’est pas aménagée, elle est pleine de sable, légèrement étroite, inconfortable, mais une lueur brille au fond, faisant danser sur les murs des ombres fantasmagorique. Les trois voyageurs descendent de leurs montures, mais Maximillien doit maintenir son père qui a du mal à se déplacer seul, fatigué du voyage. Ils progressent jusqu’au fond de la grotte, une légère cavité étroite de la roche s’écartant sur une salle plus large, très largement éclairé par des torches. Le mobilier ici est le strict minimum pour la survie d’un ermite : un lit posé à même le sol, une vieille table de bois, quelques livres poussiéreux déposés ça et là, un réchaud fumant où boue de l’eau. Zerkim fait un signe étrange des mains et s’incline vers l’avant. Un homme chauve emmitouflé dans une cape verdâtre et pelée, légèrement miteuse, est assit dos à eux, à l’autre bout de la salle.


(Ermite) : Gamin ! Qu’es tu venu encore faire ici ? Je t’ai dis que je ne pouvais plus rien t’enseigner à présent.

(Zerkim) : Veuillez m’excuser, maître, mais un homme aurait besoin de vos services.

Le vieil homme se redresse sans un bruit et se retourne vers les nouveaux arrivants. Son visage est légèrement ridé, et une longue barbe blanche, fine et soyeuse, visiblement entretenue, tombe jusqu’à son ventre. Son crâne est complètement chauve, seul un symbole étrange est tatoué au milieu de son front. Ses grands yeux gris se posent directement sur Frank, toujours soutenu par Maximillien.

(Ermite) : Je vois. Fais le approcher, enfant !

Maximillien comprend que c’est à lui que le sorcier s’est adressé et avance vers ce-dernier avec son père. Frank trouve la force de redresser la tête vers le mage qui agite devant ses yeux une main aux ongles incroyablement crochus mais d’un blanc magnifique.

(Ermite) : Puissante malédiction, jeune homme… vous voilà mal agencé.

(Frank) : Que pouvez vous faire ?

(Ermite) : C’est un maléfice extrêmement puissant et dangereux. Il s’agit du sortilège de « premier de lignée ». Tous les individus mâles de votre famille, y comprit vous, qui auront le malheur de naître en tant qu’ainé verront leur vie défiler plus vite qu’un soleil couchant…

Frank hésite un instant, tentant de remettre ses souvenirs en ordre. Soudain, il écarquille les yeux, semblant faire le rapprochement avec une de ses expériences vécue.


(Ermite) : Je vois que le souvenir de ce qui s’est passé vous revient.

(Frank) : Peut-être…

(Ermite) : Je peux vous sauver… mais…

Frank fait un signe pour arrêter la parole de Zerkim le XVème, puis se retourne vers Maximillien à qui il adresse un sourire plein de vie, malgré l’état misérable dans lequel il se trouve.

(Frank) : Max, rejoins Zerkim et reste avec lui… ce mage et moi devons parler d’hommes à hommes.

(Maximillien) : Mais…

(Frank) : Ne discute pas s’il te plaît.

Sous le ton impérieux qu’à prit son père, Maximillien ne trouve rien à riposter, et il se retourne et dirige vers Zerkim en maugréant des protestations incompréhensibles dignes d’un garçon de son âge. Frank se redresse vers le mage et lui affiche un sourire faux qui témoigne toute l’inquiétude et la crainte qui le traversent.
A la nuit tombée, Maximillien est assit à l’extérieur de la grotte, contemplant le ciel étoilé. La légère lueur parvenant de la caverne brille comme un soleil dans cet océan de noirceur. La chaleur du désert a laissé place à une fraîcheur inattendue et le jeune homme s’apprête à retourner dans la grotte quand son père le rejoint d’un pas faible et se laisse tomber à ses côtés, l’air épuisé, recouvert de sueur.


(Maximillien) : Ca y est, vous avez fini vos cachoteries ?

Frank ne répond rien d’abord, se contentant d’observer le ciel qui se reflète dans ses yeux secs et fatigués. Son teint paraît encore plus gris, ses rides plus profondes, il a à présent réellement l’air d’un vieillard en fin de vie. En le voyant comme ça, Maximillien semble s’en vouloir de s’être emporté, et affiche un sourire désolé.

(Frank) : Max, il faut que je te parle de quelque chose…

(Maximillien) : Quoi ?

(Frank) : J’ai énormément d’amour pour ta sœur et toi. Vous avez de la valeur à mes yeux, plus que tout au monde… pourtant… j’ai choisis de faire un métier risqué, qui pouvait vous priver de père du jour au lendemain. Et j’avoue que je n’ai jamais fais preuve de prudence dans mes enquêtes… je n’ai jamais hésité à risquer ma vie. Et tu sais pourquoi ?

Maximillien semble hésiter, touché et légèrement troublé par les propos de son père, qui semble se confesser à lui. Il hausse les épaules en un geste interrogatif, ne trouvant pas la force de répondre.


(Frank) : Parce que j’ai le goût de la justice. J’estime que nous vivons dans un monde qui est beau, qui est bon… et même s’il a ses défauts, il mérite qu’on se batte pour lui, que l’on donne toute notre force à préserver la paix qui est censée y régner. Et ce n’est pas tout. Je suis le chef d’une équipe, j’ai la responsabilité de veiller sur mes hommes, mes collègues. Je dois risquer ma vie pour les protéger. Et c’est ce que j’ai fais.

(Maximillien) : Comment ça ?

Frank hésite à répondre d’abord, détournant les yeux du regard de son fils qui cherche inlassablement à le voir de face.

(Frank) : Ma dernière mission… nous avons pourchassé un mage dissident qui était responsable d’une série de meurtres. Il a lancé un sort en direction de l’un de mes collègues. Je n’ai pas réfléchi… je me suis interposé.

Maximillien ouvre grand les yeux, stupéfait, comprenant immédiatement ce que son père est en train de lui dire. Lui ôtant les mots de la bouche, sans doute pour le préserver d’avoir à les prononcer, Frank reprend.

(Frank) : Oui… c’est bien ce sort qui est à l’origine de ma malédiction, et qui fait que toute ma famille sera maudite à jamais. Parce que j’ai refusé qu’un de mes amis soit blessé… j’ai tout sacrifié… je n’ai pas réfléchis Max… je te demande pardon…

Des larmes amères coulent des yeux de Maximillien qui se laisse aller à son malheur, tentant toutefois de le dissimuler derrière un sourire tremblant, mimant difficilement une expression de bonheur et de fierté. Sa voix tremble et il a du mal à prononcer ses mots tant sa gorge se noue.

(Maximillien) : Je… tu… tu es… un héros… papa…

Frank n’ajoute rien, se contentant de se redresser sur son séant, malgré la difficulté que ce mouvement représente pour lui, et serre son fils dans ses bras, aussi fort qu’il le peut.

Le lendemain matin, Maximillien se réveille avec douleur sur la couchette qu’il a installée à l’intérieur de la grotte. Son visage est recouvert des preuves de sa difficulté à trouver le sommeil, et ses yeux se mettent immédiatement à la recherche de son père qu’il ne trouve nulle part dans la grotte. Il se redresse immédiatement sur ses jambes, l’air paniqué, et court vers l’ermite qu’il saisit par l’épaule pour le retourner vers lui d’un geste furieux et paniqué.

(Maximillien) : OU EST MON PERE ?!!

(Ermite) : Ton père est parti très tôt ce matin… il a choisit de ne pas attendre la mort. Il a choisit d’aller vers elle. Il est parti à pied, sans rien d’autre sur lui que ses vêtements. Il est parti dans le désert, là où ses pas le mèneront… jusqu’à la fin.

Des torrents de larmes jaillissent des yeux de Maximillien qui tombe à genou sans toutefois lâcher l’étoffe verdâtre du vieux sorcier. Zerkim s’est redressé, réveillé par le bruit, et comprenant ce qui s’est passé, ne peut s’empêcher de verser des larmes lui aussi.

(Maximillien) : Pourquoi… pour…pourquoi… ? Vous deviez… le sauver…

Le visage impassible du vieil ermite laisse planer une vague impression de tristesse mêlée de pitié.

(Ermite) : J’aurais pu le sauver… s’il avait connu le nom du sorcier qui l’a maudit.

(Maximillien) : Il est… mort… mort à cause… d’un nom ?

(Ermite) : Il a été brave jusqu’à la fin.

Maximillien lâche alors le vieil homme et s’effondre au sol, plié sous le coup de la douleur, ne pouvant refreiner ni ses larmes, ni ses hurlements de peine. Au milieu du désert de Khemri, ses plaintes éclatent, survolant les steppes et les dunes, semblant résonner jusqu’à atteindre le corps inanimé et desséché de Frank, qui gît au milieu de l’inconnu…

Chapitre 55 Chapitre 57

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