Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 48

.:: Chapitre 48 ::.
La famille Van Reinhardt

Sorti le 13/02/2008, compilé dans le Volume 6

Histoire :

Un des brigadiers s’avance au devant du groupe et défonce la porte du manoir d’un coup de pied bien placé. Celle-ci n’oppose pas une très grande résistance étant donné qu’elle est à la limite du pourri. Telziel s’avance et jette un coup d’œil à l’intérieur. Il fait assez sombre, de plus ou moins larges rails de lumière traversant la structure par divers trous de la cloison ou du toit. Une tonne de poussière flotte dans l’air et la plupart des meubles sont camouflés sont des draps ou des tentures. Davien s’avance à son tour, bientôt suivit de Notgiel et Eliza.

(Davien) : Telziel, prenez Notgiel avec vous et faites le tour de la bâtisse pour voir s’il n’y a pas d’autres entrées ou des pièces dérobées. Vous autres, séparez vous en deux unités. La première montera la garde et la seconde visitera le rez-de-chaussée. Eliza et moi allons inspecter les étages.

Le sourcil de Telziel se redresse en un soubresaut d’étonnement, légèrement piqué par la jalousie, mais il laisse de côté ce sentiment en voyant le comportement d’Eliza, complètement détachée de la situation et fascinée par l’environnement. L’inspecteur finit par hocher la tête et se détourne de son supérieur, prenant le pas des arrières, suivit de près par Telziel qui tient nerveusement son arme contre lui.

(Notgiel) : Pourquoi nous séparer ?

(Telziel) : C’est vrai que l’intérêt est moindre en ces circonstances, mais j’ai l’impression que Miller ne veut pas s’attarder ici.

(Notgiel) : Je le comprends…

La voix tremblante de Notgiel fait sourire son supérieur qui arrive enfin à l’arrière de l’énorme bâtisse. Le vent est plus fort ici car il s’engouffre dans un large canyon creusé sur le bord du bâtiment, à quelques mètres à peine de ce qu’il reste des jardins. La terre desséchée semble étrangement modelé au fond, ce qui laisse pensée que de l’eau s’y est écoulé à une certaine époque. La boue sèche s’est d’ailleurs accrochée à un moulin à eau complètement décrépi et à moitié brisé, en camouflant la moitié sous une épaisse couche de terre.   

(Notgiel) : Y avait une rivière ici ?

(Telziel) : Artificielle, m’est avis… la famille Van Reinhardt vivait à l’écart de la population, et ne devait pas manquer d’argent. Quand ils sont morts, les gens d’Organo ont dû détourner la rivière, ou l’assécher. Va savoir. Ca n’aurait plus servi à rien…

Alors que Telziel débite ces phrases en observant la roue en décrépitude, l’attention de Notgiel se détache, au point où il s’en détourne de son collègue pour approcher le mur de la bâtisse. L’inspecteur se retourne vers son subordonné, légèrement vexé du désintérêt dont il semble faire preuve.

(Telziel) : Tu pourrais au moins m’écouter quand je te parle !

(Notgiel) : Venez plutôt voir ça, chef.

Telziel rejoint alors son acolyte qui s’est arrêté devant le mur décrépi de la maison, en caressant étrangement la surface. Lorsqu’il arrive à son niveau, il constate la présence de nombreux impacts de balles dans le mur, et de sang séché ayant éclaboussé la paroi en plusieurs endroits alentours.

(Telziel) : Bon sang… mais qu’est ce qui s’est passé ici ?

Le vent soufflant silencieusement, légèrement sifflant de par son passage dans le canyon, amène soudainement aux oreilles des compères un son insolite. Un tintement de clochette suivit d’un léger ricanement amusé. Les deux se retournent soudainement dos à dos, regardant de chaque côté tout en gardant leurs armes au poing.

(Notgiel) : Il y a quelque chose là-bas.

Telziel se retourne pour voir la direction que fixe Notgiel et se rend compte qu’il concentre sa vision au-delà du canyon de la rivière, dans les hautes herbes jaunâtres et folles qui étaient autrefois des champs de blé. Il ne voit rien, si ce n’est l’ondulation de cette flore sous l’effet du vent.

(Notgiel) : J’ai vu bouger quelque chose là-dedans. Une autre bestiole peut-être ?

(Telziel) : Les bêtes des montagnes ne rigolent pas… on va voir.

(Notgiel) : On prévient pas Miller ?

Mais Telziel fait fi de cette dernière remarque, commençant déjà à descendre le bord de l’ancienne rivière en faisant attention à ne pas glisser sur la terre sèche et meuble qui en compose les parois et le fond. Notgiel hausse les épaules et emboîte le pas de son supérieur.

A l’intérieur de la bâtisse en ruines, Davien et Eliza monte doucement les marches menant au dernier étage, le moindre pas qu’ils font produisant des craquements très peu rassurants tout autour d’eux. L’arme au poing, Davien arrive le premier sur le pallier de l’étage, qui part de chaque côté en deux longs couloirs bardés de portes.

(Davien) : Prenez à droite, je vais à gauche.

Eliza se contente d’hocher la tête, dépassant son supérieur pour passer sur sa droite et se diriger dans la direction qu’il lui a indiqué. Davien part de son côté et ouvre la première porte qui pivote sur ses gons sans opposer d’autres résistances qu’un sinistre grincement. C’est dans une ancienne chambre qu’il arrive. Le lit est découvert, les draps sont défaits. C’est probablement la chambre principale des maîtres de maison, le luxe qui la pare étant encore visible malgré les années d’abandon. L’attention de Davien est immédiatement attirée par les bordures d’aciers du lit où des restes de cordes pourries sont encore attachés.

(Davien) : Quelqu’un a été ligoté ici…

D’un geste vif, l’inspecteur en chef soulève le drap et le rabat au fond du lit, dévoilant une large tâche d’une couleur marron blanchâtre qu’il reconnait immédiatement.

(Davien) : Du sang séché, hein… ça ne me dit rien de bon.

Au sol, tout un tas de documents et de vieux papiers sont éparpillés. Davien se baisse pour les regarder de plus près sans pour autant les toucher, ayant peur de les abîmer. Sur l’un d’entre eux est écrit « Rapport de fonds au CRTN d’Hydrapole».

(Davien) : Le père Van Reinhardt était trésorier ? Qu’est ce qu… ?!

Sous le document apparaît une feuille de papier jaunie sur laquelle est couchée une écriture méticuleuse, italique, mais néanmoins assez nerveuse. Davien se saisit du document et se rend compte qu’il s’agit en réalité d’une photocopie et non d’un original manuscrit. Ses yeux parcourent le papier et il bredouille sa lecture dans un marmonnement nerveux.

(Davien) : « Monsieur le directeur…. En dépit de nos récents désaccords, j’ai effectué les prestations que vous m’aviez indiquées auprès de vos agents inflitrés au CREAE et livré les divers crédits de vos départements au service de votre projet annexe. Le détournement de fond reste cependant un acte que je ne supporte que très mal et la protection de ma famille me semble à présent compromise. Malgré vos interdictions formelles de mouvement, j’ai donc pris l’initiative d’envoyer mon héritier en dehors de la république d’Hydrapole… »

L’attention de Davien est alors attirée par un autre élément et son regard se soulève de la feuille pour se poser sur un cadre brisé qui repose sur la table de chevets recouverte de poussière. On y voit un homme richement vêtu et portant une magnifique moustache aristocrate aux côtés d’une magnifique femme à la chevelure noire parée d’une longue robe de la même teinte. Entre eux se tient un enfant qui ne sourit pas, le regard dans le vide, des cheveux grisonnants en guise de coiffe, ses deux mains calmement jointes. On dirait qu’il est en dehors de la photo, en dehors du contexte, qu’il ne fait pas partie de la famille.

(Davien) : Est-ce-toi… Rufus Van Reinhardt ? 

Davien se redresse pour observer la photo de plus près et se rend compte que sous le cadre, une autre photo est glissée. Il la retire alors et la contemple entre ses mains. Le garçonnet aux cheveux blancs est assit sur le gazon de la propriété, aux côtés de l’ancienne balançoire dont il ne reste plus rien. La tête à moitié enfoncée entre les genoux, il ne semble pas remarquer qu’il a été photographié. Le plus surprenant restant la présence d’un autre personnage sur la photo. Un autre petit garçon, assit sur la balançoire, portant une chevelure noire et des vêtements bien plus riches que l’autre. Lui semble bien conscient que la photo est prise car il sourit de toutes ses dents.

(Davien) : Qui est ce gosse et…

Les yeux de l’inspecteur en chef s’écarquillent alors qu’il remarque un détail troublant sur le premier cadre. La poussière qui le recouvre a nettement disparu en plusieurs points au niveau du cadre, comme-ci des doigts l’avaient effleuré très récemment.

(Davien) : On n’est pas les seuls à être venus ici dernièrement.

Davien se redresse alors et se dirige vers la sortie de la pièce, arme à la main, pour rejoindre Eliza le plus rapidement possible. L’inquiétude qui se lit comme une ombre sur son visage n’a rien de rassurante par rapport à la situation.

Mais Eliza n’a pas besoin d’indices pour suspecter la présence d’un autre individu dans le manoir, car elle tient en joue un jeune garçon aux cheveux blancs hirsutes qui la regarde d’un air affolé depuis le fond de la salle de bain où elle l’a découvert. Un katana est accroché à sa ceinture, longeant sa jambe jusqu’à effleurer le sol. Ce garçon, un bouquin entre les mains, les redressent doucement pour montrer qu’il n’a pas d’intentions hostiles malgré l’arme qu’il porte. Son comportement calme et pacifique ne semble pas rassurer la brigadière.

(Eliza) : Qui es-tu ? Comment tu t’appelle ?

(Almee) : Almee… Almee Natar…

(Eliza) : Et qu’est ce que tu fous là ?

(Almee) : Je n’en sais trop rien…

A l’extérieur, Telziel et Notgiel arrivent au milieu du champ, légèrement essoufflé par la traversée de ce dernier dont les herbes folles ne rendent pas la progression des plus aisés.

(Telziel) : C’est ça que tu as vu bouger ? C’est rien de bien hostile.

Face à eux se tient un sinistre épouvantail qui s’agite mollement sur son piquet au gré du vent. Il dégage une répugnante odeur de moisissure et de fientes d’oiseau, signe que son utilité a légèrement décliné au fil du temps.

(Notgiel) : J’ai réellement vu bouger quelque chose… bien plus vivement que ça.

(Voix) : En effet, bwéhéhéhé !!

Notgiel et Telziel se retournent vers l’épouvantail tout en s’en éloignant de quelques pas à reculons. En effet, un homme se tient devant cette dépouille ruinée par le temps. De longs cheveux gris, parfaitement lisses, s’écoulent de son visage maigre et creusé en une véritable cascade parfaitement découpée, laissant son front dégagé sur toute sa hauteur au milieu duquel est tatoué un as de pique. Il a les yeux complètement blancs, ses pupilles se résumant à un léger point noir perdu au milieu, ce qui accentue son expression cruelle et folle qui se traduit en un large rictus serpentin laissant apparaître la plupart de ses dents parfaitement blanche. Son habillement n’est pas des plus banals. Vif et coloré, son bustier semble singer les motifs de l’arlequin tandis que son pantalon de cuir gainé de plusieurs ceintures laisse apparaître une certaine musculature. Au bout de ses bras aux manches bouffantes recouvertes de froufrous, ses mains sont également gantée de cuir, et dans la droite il tient l’objet qui inquiète le plus les deux brigadiers : une immense faux de couleur bleutée parée de plusieurs pierres précieuses et dont la lame semble aussi tranchante qu’elle est imposante.

(Sphynx) : Je suis Sphynx, pour vous servir…

Au même moment, une explosion retentit du côté du manoir d’où s’échappe soudainement une immense colonne de fumée. Telziel tourne la tête dans cette direction, visiblement inquiet mais la lame de la faux se place sous son cou comme si elle venait d’être portée par le vent.

(Sphynx) : A moins que ce ne soit ta tête que je veuille te servir. Bwahahaha !!

Chapitre 47 Chapitre 49

- Haut de la Page -

Valid XHTML 1.0 Strict