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Sur la route du manoir

Sorti le 06/02/2008, compilé dans le Volume 6

Histoire :

Un paysage montagneux et rocailleux parsemés de quelques zones herbeuses constitue la quasi-totalité du Sud de la République d’Hydrapole. Des routes sinueuses dans les montagnes arides servent de frontières avec les pays du Sud. Malgré l’apparente pseudo-ouverture aux étrangers, le pays n’a guère investit dans les infrastructures nécessaires à rendre son hospitalité accueillante.  C’est dans le cahot de la route que Telziel se dit qu’il aurait mieux valut qu’il ne prenne pas cette tasse de café, car son contenu vient de se rependre en bonne partie sur sa veste en cuir. Il pousse un juron étouffé tandis que le fourgon blindé de la Brigade qui lui a été alloué grimpe les sinueuses pentes des monts Sanien. Face à Telziel, Davien se tient adossé à la taule froide, son regard perdu dans une sorte de contemplation malsaine des genoux de son rival. Telziel y devine presque l’envie de les lui briser.

(Telziel) : Quelque chose qui ne va pas, Miller ?

Un sourire se dessine sur le visage de l’inspecteur supérieur qui redresse son regard sévère mais pourtant imperturbable pour croiser celui de Telziel.

(Davien) : Qu’est ce que vous cherchez à prouver, Telziel ?

(Telziel) : Qu’est ce que vous cherchez à cacher, Miller ?

Pour la première fois, Davien affiche une expression surprise tandis que Telziel tend son café à Notgiel, qui est assit à sa droite.

(Davien) : Allez au bout de votre pensée…

(Telziel) : Vous avez tout fait pour faire planter cette enquête. Pendant un temps, j’ai même cru que vous étiez de mèche avec l’Ordo tant votre comportement était insupportable.

Davien pousse un ricanement moqueur et objecte un geste de désintéressement face à la conversation.

(Davien) : Ah bon dieu, qu’est ce qu’il ne faut pas entendre… Max’, vous auriez dû arrêter de mater les téléfilms policier quand on vous a remit votre plaque : on dirait que les intrigues toutes faites et faciles sont votre crédo.

(Telziel) : Des conclusions hâtives, peut être ? Qu’est ce qui me pousserait à vous faire confiance ?

Davien prend soudainement un air plus dur et ses poings se serrent. Notgiel juge alors bon de s’éclipser pour aller voir si le pilote n’a pas besoin de quelqu’un pour lui tenir compagnie et chemin faisant, il trébuche dans les jambes d’un brigadier et s’étale de tout son long au milieu des bancs latéraux. Malgré la pitrerie involontaire de Notgiel qui a au moins le mérite de faire sourire Eliza, l’ambiance électrique entre Telziel et Davien n’a pas diminuée. C’est à peine s’ils remarquent l’incident.

(Davien) : C’est l’hôpital qui se fout de la charité… réfléchissez un peu, Telziel… depuis que nous nous sommes rencontrés, vous ne faites que me reprocher d’appliquer à la lettre notre code de conduite et d’agissements, choses dont vous ne devez même pas avoir connaissance, j’imagine.

(Telziel) : Les bons préceptes du bon flic, on me les a fait apprendre par cœur à l’académie et je n’ai jamais résolu une enquête grâce à eux.

(Davien) : C’est bien ce qui nous différencie.

Telziel veut se redresser mais Eliza le retient d’une main ferme qui le replonge au fond de son fauteuil. Involontairement, le ton de la conversation est monté et tous les regards se sont tournés vers l’affrontement verbal entre les deux supérieurs hiérarchiques qui supervisent l’opération.

(Telziel) : Vos préceptes de bonne conduite ont failli foutre cette affaire en l’air !

(Davien) : Bordel, mais quelle affaire Telziel ? QUELLE AFFAIRE ? Vos théories sont cousues de fil blanc, vos preuves ne servant que de gros scotch pour faire tenir le tout en un état à peu près crédible. Mais quand vous aurez attrapé celui que vous pensez être à la tête de l’Ordo Arakis, ce Rufus Van Reinhardt, il ne lui suffira pas plus que d’un soufflet de gamin pour vous foutre tout ça par terre.

(Telziel) : Je vois… vous êtes du genre à vous engluer dans les procédures, c’est ça ?

(Davien) : Peut être que mes méthodes prennent du temps, mais quand je coffre quelqu’un, il reste au moins au frais.

Eliza se redresse alors entre les deux, leur lançant un regard dur à chacun, comme pour se mettre en position d’arbitre impartial. Si ce mouvement semble surprendre les deux adversaires, il soulage surtout l’ensemble des spectateurs.

(Eliza) : Ca suffit, vous deux… vous avez tous les deux une vision très différente de la justice et de la manière de la mettre en pratique, mais ce n’est pas une raison pour vous sauter à la gorge !

Elle se tourne tout d’abord vers Davien.

(Eliza) : Davien, vous êtes le responsable hiérarchique de cette équipe, ce qui veut dire que l’inspecteur en chef Todd place en vous une confiance toujours aussi importante : votre place n’a pas été remise en question et votre autorité n’a pas à être contesté. Cela veut également dire que vous devez assumer la réussite de cette mission, que vous croyiez en son bon sens ou non.

Elle se tourne ensuite vers Telziel.

(Eliza) : Maximilien, qu’as-tu à prouver ? Todd t’a à nouveau accordé sa confiance. Tu te ronge le frein parce qu’il a placé Davien en tant que supérieur hiérarchique de notre équipe ? Ca m’a aussi choqué et surprise au début, mais j’ai compris par la suite que Todd ne l’avait pas fait par méchanceté ou pour prouver à l’un ou à l’autre qu’il valait plus ou moins…

Elle laisse planer un silence durant lequel Telziel et Davien se penche en avant pour entendre la fin de son plaidoyer, subjugués par sa manière de les remettre tous deux en place sans pour autant se montrer agressive.

(Eliza) : …c’est simplement parce qu’il s’est dit que vos méthodes, aussi opposées soient elles, étaient faites pour aller de pair. Il ne veut pas vous mettre en conflit : il veut que vous travailliez ensemble. 

L’intérieur du fourgon se retrouve alors plongé dans un silence uniquement perturbé par le bruit des moteurs et des cahots de la route. Les regards de Telziel et de Davien se croisent une nouvelle fois, se soutiennent presque férocement, puis se séparent en même temps, comme s’ils avaient décidés l’un l’autre de jeter l’éponge en même temps. Plus personne ne dit quoique ce soit pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce que le silence soit brisé par l’arrêt des moteurs et que la voix grave et caverneuse du conducteur ne se fasse entendre.

(Conducteur) : ‘N’est arrivé les gars !!

La porte arrière du fourgon s’ouvre alors, laissant descendre cinq brigadiers armés d’auto-guns, bientôt suivit par Eliza, Notgiel, Davien puis enfin Telziel, qui referme la porte du fourgon d’un geste vif, lui faisant signe d’aller se replacer en contrebas au cas où une fuite serrait nécessaire. Dans un silence professionnel, Davien fait signe à ses troupes d’avancer discrètement jusqu’à contourner un talus herbeux qui leur dissimule encore l’immense manoir en ruine des Van Reinhardt. A une centaine de mètre face à eux, l’énorme bâtisse, qui tient plus de la forteresse que de la maison de campagne, surplombe un piton rocheux et n’est accessible que par une étroite route qui longe la falaise. Les hauts murs de pierre richement décorés de statues et de vitraux donnent une impression noble et riche à l’édifice, presque religieuse, malgré l’état avancé de délabrement qui se ressent au niveau de la toiture et de l’odeur de moisissure se dégageant des charpentes et autres pièces de bois qui encadrent la demeure, comme les granges. De plus, les mauvaises herbes ont poussés en masse, montant jusqu’à la taille des brigadiers qui s’avancent d’un pas lent vers la bâtisse, prêts à répondre sur le champ à toute tentative d’embuscade.
Un silence de mort règne sur le plateau, uniquement perturbé par le bruit grinçant d’une chaîne de balançoire pendant misérablement au gré d’un vent fort. A l’arrière de la demeure se dessine des champs non-entretenus qui ont poussés en tout sens, envahis par la mauvaise herbe et la vermine. Un vrai décor de désolation.


(Notgiel) : Je doute qu’il y ait jamais eu de vie dans le coin.

Telziel tourne la tête vers son adjoint qui l’a rejoint à pas rapide, apparemment stressé, pointant vers le sol son cryo-gun modifié dont il ne se sépare jamais en mission.

(Telziel) : Je peux te prouver le contraire. Les archives sont strictes : toute la famille Van Reinhardt repose au cimetière d’Organo, la ville la plus proche.

(Notgiel) : Toute ? Non. Le fils Van Reinhardt, ce Rufus… il est bien en vie non ?

(Telziel) : Bah… va te fier à des détecteurs optiques qui ont de l’âge. Mais c’est une piste à suivre.

Davien fait signe au groupe de s’arrêter : les fourrés viennent de bouger. Une tension qui n’était alors que légère se fait de plus en plus palpable et même Eliza se laisse aller à la peur face à l’atmosphère délicatement glauque de l’environnement. Les buissons s’écartent et une sorte de bête noire s’enfuit en courant vers les rochers, disparaissant en deux temps trois mouvements par-dessus la corniche. Notgiel pousse un soupir de soulagement.

(Telziel) : Hey on n’est pas encore arrivé dans le manoir que tu fais déjà dans ton froc ?

(Notgiel) : Vous me ferez pas croire que je suis le seul à stresser !

Davien se retourne alors vers lui en lui faisant un clin d’œil narquois qui le change de son habituel visage immuable.

(Davien) : Le manoir n’a jamais été repris malgré le nombre de bandits qui fréquentent ces routes.

(Notgiel) : Ah… ah oui ? C’est plutôt bon pour nous, ça, non ?

(Davien) : Va savoir ! Peut être qu’ils ont eu peur des fantômes !

Telziel et Eliza éclatent de rire en voyant Notgiel pâlir. Le groupe commence à se détendre en arrivant devant la bâtisse : aucune manifestation, ils semblent donc seuls. Ils ne savent pas qu’ils sont à ce moment même observé au travers de jumelles longues portées les surplombant depuis la corniche où la bête noire s’était sauvée et où à présent son cadavre gît, coupé en deux. Les lunettes se baissent, laissant voir des yeux fins et cruels plissés en une expression de rage ou d’extase, complètement indéfinissable. Entre eux, au milieu du front, est tatoué un as de pique.

(Sphinx) : Bwéhéhé… Ils sont arrivés avant nous, Vulcan…

Un pas lourd se fait entendre et une immense ombre se soulève derrière le regard de Sphinx.

(Vulcan) : Tu parle d’une chance !

Chapitre 46 Chapitre 48

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