Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 35

.:: Chapitre 35 ::.
Apocalypse?

Sorti le 31/10/2007, compilé dans le Volume 4

Histoire :

Mortis atterrit sur le toit d’un immeuble délabré, projetant autour de lui des déjections d’eau provenant de la pluie tombant drue. Un éclair éclate au dessus de lui tandis qu’il s’accroupit au sol, collant son masque contre le toit ruisselant d’eau. Il tourne la tête, plaque son oreille par terre et se concentre.

(Voix) : Ca vient… ça arrive…

Mortis se redresse et secoue la tête pour faire s’écouler l’eau qui est restée coincée dans les replis de sa capuche. Il se saisit de sa lance et se redresse, approchant d’un grand dôme de verre qui surplombe la salle se situant sous ses pieds.

(Mortis) : Il est ici…

A l’intérieur, un homme âgé, encapuchonné dans une étole verte, grelotte nerveusement, replié contre une colonne à moitié effondrée. Il n’y a presque aucune lumière dans la pièce, seulement une faible lueur provenant de quelques bougies qui ont été déposées dans quelques recoins. Des décombres s’empilent aux quatre coins de la pièce et un panneau brinquebalant au bout de chaînes indique qu’une entreprise de démolition va bientôt raser ce bâtiment. 
Le vieillard hoche fébrilement la tête en marmonnant des choses incompréhensibles et tient ses maigres genoux, couverts de bleus, repliés contre sa poitrine.
Mortis donne un léger coup de pied dans la vitre qui compose le dôme et celui-ci éclate alors en milliers de morceaux qui se répandent dans la grande salle insalubre. Le vieillard pousse un léger cri de surprise, mais ne relève même pas la tête, contemplant les débris de verre tombés au sol, accompagnés dans leur chute par la pluie qui a à présent le moyen de pénétrer dans la salle. Mortis bondit depuis le toit dans la pièce et atterrit lestement au milieu des morceaux de verre. Il se dirige sans un mot vers le vieillard et s’arrête une fois qu’il est hors d’atteinte de la pluie.


(Mortis) : Ah… enfin au sec.

L’homme masqué s’ébroue alors vivement tandis que le vieil homme relève la tête vers lui, jette un œil sur la lance qu’il porte, puis affiche un sourire édenté qui déchire son visage ridé et maladif.

(Vieillard) : T’es en retard, Sendhremezael…

Malgré le camouflage émotionnel que compose son masque, Mortis ne peut réprimer un mouvement de surprise à l’audition de ce mot.

(Mortis) : Tu connais mon nom, Ograp ?

Le vieillard pousse un ricanement en rabaissant la tête entre ses genoux osseux.

(Ograp) : Ouai, ouai. Et toi tu connais le mien visiblement. Je sais que tu es venu me tuer.

Mortis, comme blasé, ne montre plus de mouvement surpris face à cette nouvelle preuve de divination de son interlocuteur. Il s’approche de quelques pas, se saisit de sa lance d’une pleine main et la pointe vers sa victime.

(Mortis) : Oui, j’en suis désolé, vraiment.

(Ograp) : Je sais, mais attends.

Le vieux Ograp tend une main tremblante pour stopper le mouvement assassin que prépare Mortis, sans pour autant montrer le moindre signe qui indique qu’il soit prêt à se défendre.

(Ograp) : Avant, j’ai quelque chose à te dire.

(Mortis) : J’ai pour habitude de ne pas accéder aux dernières volontés.

(Ograp) : Rien à voir, gamin.

Le vieux se redresse sur ses jambes et cet effort semble sur le point de le briser en deux. Il semble tellement misérable et faible que Mortis hésite à l’aider à se remettre sur ses pieds. La capuche verdâtre d’Ograp retombe sur ses épaules, dévoilant toute l’inquiétante physionomie du visage du vieillard. De longs cheveux blancs tombent en cascade de partout, à l’avant et à l’arrière, masquant ces zébrures profondes qui sont au-delà de simples rides. Un œil blanc, visiblement aveugle, l’autre trop vivant pour appartenir à ce vieil homme. De cette pupille s’échappe une attraction poignante mais également une terreur indéfinissable. Mortis fait un pas en arrière et Ograp sourit à ce mouvement.

(Ograp) : Oui… c’est normal. J’ai été dans le chaos… le maelström de la magie la plus pure et j’en suis ressorti… vivant. Du moins en partie.

Il pointe alors du doigt son œil valide d’où semble s’échapper les voix d’un million d’âmes en peine. Il s’en échappe comme une lueur verte impalpable et macabre.

(Ograp) : Avec le don de voir…

(Mortis) : Qu’as-tu vu, vieil homme ?

Ograp affiche un sourire qui n’a rien de réconfortant, et qui semble plus terrifié qu’amusé.

(Ograp) : J’ai vu ce qui allait achever ce monde… j’ai entrevu la possibilité d’un avenir croisé avec tous les autres… de la grande porte proviendront ceux qui sont destinés à régner ou à détruire. L’ordre des races s’enchaîne, le ciel s’enflamme, les enfants ont peur. C’est là qu’arrive à point nommé cet instant si redouté où toutes les âmes de ceux qui restent finissent dans l’ultime spirale d’un œil visionnaire.

Mortis s’approche de l’homme, comme hypnotisé, gardant tout de même sa lance à portée, pointée vers son interlocuteur.

(Mortis) : Est-ce ta mort que tu as vu… ou bien…

L’assassin n’a pas le temps de finir que le vieillard lui retourne une gifle qui lui fait tourner violemment la tête dans un claquement raisonnant et manque de peu de faire tomber son masque au sol. Mortis ne réagit pourtant pas et retourne sa tête vers le visage d’Ograp qui sourit de manière malicieuse.

(Ograp) : La mort de tous… c’est l’Apocalypse. Voilà ce que j’ai vu.

Et sans laisser à l’assassin le temps de répondre quoique ce soit, le vieux Ograp se projette en avant, s’empalant de lui-même sur la lance toujours pointée dans sa direction. Surpris, Mortis ne relâche pourtant pas son emprise alors que le visage cadavérique du vieux est quasiment collé à son masque blanc aux yeux rieurs.

(Ograp) : Ca vient… ça… arrive…

C’est sur ces mots que le vieil Ograp pousse son dernier soupir. Mortis reste tétanisé pendant un long moment avant de finalement pencher son arme vers le bas d’un geste précis afin de décrocher le corps qui s’y est empalé. Déjà raide, Ograp ne répand que peu de sang. Mortis essuie le tranchant de son arme avec la toge verte de sa victime avant d’allonger le corps dans une position respectable et de recouvrir son visage avec le même tissu.
La pluie continue de tomber sans s’arrêter, mais le tonnerre ne se fait plus entendre. Mortis tourne la tête de droite à gauche, observant la salle, et constate qu’une bougie est éteinte. D’un pas rapide, il s’en saisit et l’allume à l’aide de la flamme produite par sa voisine, avant de finalement se laisser tomber contre le mur et glisser au sol. Son masque reste tourné vers le corps d’Ograp.


(Mortis) : Un délire de vieillard. Mais ton cierge est allumé.

L’assassin décroche sa sacoche de sa ceinture et la dépose entre ses jambes avant de l’ouvrir, farfouillant parmi tout le bazar qui y règne. Il en sort finalement un vieux jeu de cartes qui reste pourtant éblouissant de propreté, preuve que son propriétaire en prend le plus grand soin.

(Mortis) : Et voilà. Je n’ai même plus besoin de toi pour ne pas réussir à dormir.

Il laisse alors retomber le jeu de cartes dans sa sacoche et laisse tomber sa tête contre le mur en soupirant.

(Mortis) : Pourtant dieu sait que j’en aurai besoin…

Voyant que le sommeil ne vient pas, Mortis referme sa sacoche, se redresse en la tenant à la main et la rattache à sa ceinture, scrutant toujours le cadavre du vieil homme, s’attendant à le voir se redresser d’un moment à l’autre pour reprendre ses élucubrations apocalyptiques en ouvrant grand son œil monstrueux.

(Mortis) : J’vais chercher mon argent… et après je ferai un gros dodo. Un long dodo qui sera pas loin du tiens, le vieux. J’te salue bien bas.

Accompagnant ses paroles d’un salut très prononcé sous la forme d’une courbette qui l’amène pratiquement à racler son masque contre le sol, Mortis se dirige ensuite vers le cercle de pluie et de verre brisé qui se trouve au milieu de cette pièce désertée de vie, s’il y en avait toutefois eue un jour. Un dernier coup d’œil de l’assassin vers le cadavre pour s’assurer qu’il est toujours bien là, et il bondit gracieusement sur le toit, retournant sur le monde extérieur où il est accueillit par un éclair et un coup de tonnerre magistral.

(Mortis) : A croire que l’espace d’un instant, le monde s’est arrêté.

Sans se retourner une dernière fois, Mortis bondit vers le toit de l’immeuble voisin pour s’éloigner le plus vite possible de ce lieu de mort où il lui semble avoir apprit une chose qu’il n’aurait jamais voulu savoir…
 

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