Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 34

.:: Chapitre 34 ::.
Sous autorité

Sorti le 24/10/2007, compilé dans le Volume 4

Histoire :

Telziel se redresse lentement sur son séant, rejetant le drap frais qu’il avait gardé sur lui jusqu’à présent, ainsi que la boîte de chocolat qui reposait dessus, renversant son contenu sur le bas du lit. Eliza n’a pas esquissé le moindre geste, et reste figée comme si on lui avait frappé un violent coup sur le crâne. Notgiel semble subir à peu près le même sentiment, sauf qu’il laisse moins transparaître son désarroi.
 
(Davien) : Eh bien quoi ? Vous deviez vous y attendre.

Le regard de Telziel se fait immédiatement plus sombre.

(Telziel) : M’attendre à quoi, exactement ?

(Davien) : C’est clair pourtant. Vous attendre à ce que votre section de la Brigade soit mise sous plus haute responsabilité suite aux nombreuses erreurs et errances que vous lui avez fait subir.

Telziel plisse les yeux plusieurs fois et secoue légèrement la tête pour se convaincre que ce qu’il vient d’entendre n’est pas une hallucination auditive.

(Telziel) : Je peux savoir de quoi vous parlez ?

Sa voix tremble, laissant transparaître une tentative difficile de garder son calme.

(Davien) : De la mort inutile de trois de vos brigadiers… de votre disparition soudaine, et sans mot dire, pour Hydrapole, et de votre retour en un état plus que… déplorable. Toutes ces données associées aux retards permanents qu’ont vos rapports à arriver sur le bureau du directeur, monsieur Todd, ont menés ce dernier à remettre votre poste en question.

(Telziel) : Comment ça ? Je suis viré ? Vous prenez ma place ?

(Davien) : Vous ne m’avez pas écouté ? Je n’ai jamais rien dis de tel. Vous gardez votre place, votre grade et vos fonctions… seulement vous aurez à présent un directeur hiérarchique proche à qui vous devrez référer : moi.

Un sourire incrédule s’affiche sur le visage de Telziel qui rougit de colère.

(Telziel) : En gros ce n’est pas une rétrogradation, mais un simple geste pour me faire comprendre que je n’ai pas la maturité nécessaire pour diriger cette section. Bien. Je vois.

(Davien) : C’est à peu près ça.

(Telziel) : Personnellement j’ai du mal à voir la différence.

(Davien) : C’est votre fierté qui parle pour vous.

Sans ajouter mot, Davien s’approche du lit de Telziel, saisit la plaquette d’informations qui pend à son bout et la parcours du regard.

(Davien) : Une semaine de repos ? Peut être plus…

Un sourire froid et faussement condescendant s’affiche sur le visage de Davien. Telziel y répond par un regard plus qu’assassin, que l’inspecteur en chef ne souligne même pas et ne s’attarde pas à soutenir. Il continue sa phrase en baissant les yeux, les reportant sur Notgiel qui lui porte un regard plus incrédule que furieux.

(Davien) : Bien. Ca va me permettre de mettre de l’ordre dans votre paperasse et de poursuivre l’enquête que vous aviez en cours. Bien sûr, tous les éléments d’enquête sont mis à ma disposition… je fais gage de votre bonne foi. Vous ne voudriez pas perdre votre poste.

Il tend alors la main vers Notgiel dans un geste dédaigneux et mollasson. Ce-dernier resserre son étreinte sur le papier que lui a griffonné Telziel, porte son regard dessus et le remonte vers Telziel qui hoche lentement la tête en affichant une expression mi-désolée, mi-furieuse. Dans un geste empli de regret et d’amertume, Notgiel dépose le papier légèrement froissé dans la main de Davien qui referme délicatement ses doigts longs et fins dessus.

(Davien) : Parfait. Je sais que ça ne se fait pas, mais j’ai entendu votre petite conversation en arrivant dans le couloir. Ce n’est pas un mal, vous n’avez plus besoin de me mettre au courant sur ce qu’il faut faire maintenant.

Davien repli le papier et le glisse dans son veston avant de saluer ses trois interlocuteurs d’un petit hochement du menton, tout en affichant une expression satisfaite. Il tourne alors les talons vers la porte encore ouverte, mais Telziel l’interpelle alors qu’il va la franchir.

(Telziel) : Cette enquête reste prioritaire, n’est ce pas ?

Davien pousse un soupir et répond sans se retourner.

(Davien) : Une enquête confiée à la base pas une Brigade extérieure sans demande officielle d’association ? Bien sûr que non, elle n’a jamais été et ne sera pas prioritaire.

Telziel, bouillonnant de rage, se saisit de ses draps entre ses mains et les serre avec tant de force qu’il en tremble et en brûle ses paumes. Davien franchit la porte et disparaît dans le couloir, ses pas résonnants de plus en plus faiblement sur le sol dallé. Une fois qu’ils ont disparus, Notgiel tourne la tête vers Eliza qui croise son regard et affiche une mine désolée. La voix de Telziel l’interpelle alors.

(Telziel) : Je veux coincer l’Ordo, que je sois sous autorité ou pas. Ce minet arriviste de Miller n’y changera rien… mais je ne pourrai pas y arriver sans toi.

Notgiel, soudain pâlot, hoche la tête en tendant son calepin à Telziel qui s’en saisit à nouveau pour griffonner dessus.

(Notgiel) : Peu importe que je risque ma place si c’est pour travailler sous les ordres de cet épouvantail.

Telziel lui tend soudainement le calepin en souriant, tentant de masquer un énervement encore trop présent.

(Telziel) : Dis pas ça. Tu nous manquerais ! Alors sois prudent et rapide : prends la pellicule et rends immédiatement l’appareil. N’hésite pas à payer un pot de vin au gars du service pour qu’il ne dise rien à Miller lorsqu’il se pointera, j’te le rembourserai s’il le faut.

Notgiel répond par un sourire confiant où transparaît encore une légère trace de panique paradoxale, puis arrache la feuille de son calepin, et le laisse retomber sur la table de chevet, ne prenant même pas la peine de le remettre dans sa ceinture.

(Eliza) : Reste prudent.

Notgiel hoche la tête rapidement, se doutant bien des risques qu’il prend et il part aussitôt en courant vers le service de garde des effets personnels.

(Eliza) : C’est dangereux pour lui comme pour nous.

(Telziel) : Certainement… mais ce Davien ne semblait pas pressé de récupérer l’appareil. Notgiel aura la pellicule avant qu’il ne s’y intéresse... j’en suis persuadé.

A quelques rues de l’hôpital Saint Regus, une silhouette familière se tient accroupie sur une statue sculptée en forme de gargouille grimaçante, affrontant le vent tumultueux et la pluie battante de l’orage qui s’abat à présent sur la cité de la mixité. Une longue cape à capuche la protège partiellement de la pluie, mais ne dissimule pas ce masque blanc aux yeux atypiques : le masque de Mortis, le tueur.

(Mortis) : Quel temps horrible… c’est dans ces moments là que j’aimerai pouvoir prendre congé, moi aussi.   

Sur son côté droit est posée une longue lance à la pointe argentée, coincée entre la gargouille et le mur de pierre afin de ne pas tomber, même si son possesseur ne la tient pas. Mortis tire alors un papier de sa poche, le masquant du mieux qu’il peut de la pluie de son autre main, afin de ne pas l’abimer et d’y lire encore une fois ce qui est écrit : « Ograp Logan, 23 avenue des Lampes Couchées ».

(Mortis) : Le problème vient toujours de l’entrée en scène… je ne peux pas lui lancer un simple « Bonsoir monsieur Ograp, on m’a payé pour vous assassiner ! » et lui planter ma lance dans le ventre. Va falloir que je trouve mieux cette fois, ce sont quand même ses derniers instants.     

Il range le papier dans sa poche, toujours aussi précautionneusement, et se redresse sur la gargouille, saisissant au passage sa lance dans sa main droite. Celle-ci se déloge de son emplacement dans un tintement métallique qu’un coup de tonnerre assourdissant camoufle totalement.

(Mortis) : J’aurai toujours le temps d’y réfléchir en chemin…

N’ajoutant pas un mot, Mortis prend alors appui sur ses jambes et se jette dans le vide à toute vitesse, atterrissant lestement sur un rebord de fenêtre et se propulsant d’un seul coup en avant, sans attendre un instant supplémentaire, vers un toit en contrebat de l’immeuble sur lequel il avait prit repos, commençant sa course vers un nouveau contrat et vers un nouveau meurtre.

Chapitre 33 Chapitre 35

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