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La fureur du métal

Sorti le 06/06/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

      Miguel, voyant le terrible Osmosis pénétrer en trombe dans son hangar, devançant un écran de flammes brûlantes, a un mouvement de recul effrayé, et se saisit de l’extincteur qu’il était prêt à attraper pour aller éteindre le feu. Il se tient alors en posture de combat, se préparant à frapper son agresseur avec cette arme de fortune. Le propriétaire du hangar est déjà en sueur : l’explosion a généré une réaction en chaine qui a enflammé toute la gouttière, la transformant en rampe brûlante propageant ses flammes aux alentours. La cour extérieure n’est déjà plus qu’un immense four. Osmosis s’est détaché des flammes rougeoyantes et brûlantes qui barrent à présent toute possibilité de fuite par l’entrée principale du hangar. Insensible à la chaleur, il affiche une expression de détermination sans faille, mêlée d’une cruauté presque perverse. Amusé, il tend son index crochu et métallique en direction de Miguel, qui en perd son cigare.
     Toujours caché derrière des barils, Telziel ne sait pas trop quoi faire. Les yeux écarquillés, il découvre, éberlué, jusqu’où peut aller l’Ordo Arakis lorsqu’il est contrarié.

(Telziel) : L’incendie bloque l’entrée, impossible de m’enfuir par là…

     Telziel se risque à jeter un œil vers Miguel qui, hésitant, avance à pas lents en direction d’Osmosis. Le colosse n’a pas bougé d’un centimètre, contemplant d’un air amusé son ridicule adversaire gesticuler de manière paniquée tout en donnant l’illusion de vouloir se battre. Miguel, déjà petit à la normale, ressemble à un nain comparé à Osmosis.

(Miguel) : Vous, l’Ordo Arakis, vous êtes vraiment des chiens… dès que les choses ne vont pas comme vous le souhaitez, vous cassez tout et vous tuez ceux qui vous déplaisent.

(Osmosis) : Mmh… c’est assez proche de la vérité.

     Miguel affiche une expression outrée qui apparaît presque comique dans cette situation de crise.

(Miguel) : Vous n’êtes que des monstres !

     Osmosis s’avance alors d’un pas calme et lourd vers le petit homme qui ne sait pas trop comment passer à l’action et jette des regards angoissés de droite à gauche comme s’il pouvait soudainement trouver de l’aide.
   
(Osmosis) : Tu n’avais qu’à ne pas nous déplaire…

     Enragé par cette dernière provocation, Miguel rassemble tout son courage et se jette à corps perdu sur son adversaire, balançant l’extincteur de toutes ses forces à son encontre. Osmosis se contente de redresser son bras mécanique et l’extincteur ricoche contre lui dans une gerbe d’étincelles, produisant un bruit assourdissant. Miguel est emporté par le poids de son arme et celle-ci retombe lourdement au sol, laissant largement le temps à Osmosis de placer un coup de genou dans le ventre de son adversaire. Le propriétaire du hangar pousse un râle de douleur et, le souffle coupé, titube en arrière, une main plaquée contre son ventre meurtri, l’autre entraînant l’extincteur dans sa retraite.
     Telziel rampe derrière les barils pour se mettre hors de portée du combat, et ne pas attirer l’attention. Il hésite à venir en aide à ce dénommé Miguel, car il est clair qu’il ne parviendra jamais à se défaire d’un tel adversaire tout seul... mais le ventripotent moustachu reste un hors la loi, et il s’est mis dans cette situation par son comportement déviant. Alors qu’il brasse toutes ces pensées contradictoires dans son esprit, Telziel porte la main à son holster, constatant avec effroi qu’il a perdu son pistolet quelque part en arrière. Il le cherche du regard en tournant la tête de manière paniquée, et l’aperçoit à l’emplacement où il se trouvait il y a quelques secondes encore, juste derrière le baril où il s’est dissimulé pour prendre les photos de Rufus Van Reinhardt.
     Il recommence à ramper dans cette direction juste au moment où Osmosis balance un nouveau coup de son bras mécanique dans l’arme de fortune de son adversaire, s’amusant avec lui comme un chat avec une souris. L’extincteur de Miguel s’emplafonne alors dans des barils qui se trouvent juste devant Telziel. Ce-dernier a juste le temps de rouler sur le côté pour éviter la chute des lourds containers tout en restant caché.

(Osmosis) : Tu n’es même pas un adversaire amusant.

     Enclenchant une commande mécanique de son bras, Osmosis fait jaillir de son poing une lame en acier d’environ trente centimètres. Cette arme mortelle apparaît dans l’obscurité du hangar comme un sinistre et mortel appendice. D’un mouvement du bras, il fait grincer cette lame contre le sol, projetant des étincelles en direction d’un Miguel apeuré.
     Telziel récupère son arme et vérifie le chargeur. En levant les yeux vers la droite, il se rend compte que le mur d’enceinte du hangar a commencé à prendre feu sous l’effet de l’explosion. Les plaques de tôle se meuvent sous l’effet de la chaleur, se distordant en grinçant, tandis que des poutres d’un bois sombre prennent soudainement feu.

(Telziel) : Et merde, quel enfer…

     Il se redresse lentement en restant courbé pour ne pas dépasser la hauteur des barils, et s’éloigne du combat en s’enfonçant vers le fond du hangar, près de l’une des hautes cuves fumantes. Il manque de hurler en entrant en contact avec l’acier tant celui-ci est brûlant.

(Telziel) : Bon sang !! Mais qu’est ce qu’ils font bouillir là dedans ?
   
     De l’autre côté de la salle, Miguel tente tant bien que mal d’empêcher à son adversaire de l’approcher en faisant des allés et venus violents avec son extincteur, brassant avec brutalité l’air devant lui, mais Osmosis est visiblement de plus en plus lassé. Son œil bionique tournoie follement dans tous les sens, suivant par moments le mouvement de balancier produit par l’extincteur, avant de s’en détourner d’un air presque dédaigneux. Mais soudain, il se fixe brutalement dessus.
     À ce moment précis, le bras mécanique part en avant et avec une précision extraordinaire, la lame qui en avait jailli se plante en plein dans l’extincteur. Sous la pression du choc, celui-ci éclate, envoyant valdinguer Miguel dans un groupe de barils un peu plus loin. Osmosis, qui n’a même pas été secoué par l’explosion, se rapproche d’un pas tranquille de sa victime, tournant légèrement la tête sur le coté en souriant d’un air presque affable. Miguel, le front en sang, ne semble même plus avoir la force de se redresser. Par chance, les barils contre lesquels il a atterrit étaient pour la plupart vides, ou ne contenaient du moins pas de produits toxiques ou corrosifs.

(Miguel) : Merde… tout ça parce que j’ai refusé de stocker de l’eau ?

(Osmosis) : Ce n’est pas ça, le problème…

(Miguel) : Alors quoi ?

     Le propriétaire du hangar se redresse lentement, saignant de la tête et des coudes à cause du choc. Osmosis le regarde d’un œil sévère, l’autre étant trop occupé à tournoyer dans tous les sens.

(Osmosis) : Le problème est que Rufus t’a accordé sa confiance… et tu as bafouée celle-ci. Pour nous, à l’Ordo Arakis, c’est une véritable injure.

     Miguel passe une main tremblante contre son front pour empêcher le sang de lui couler dans les yeux. Lorsqu’il se rend compte de la quantité impressionnante d’hémoglobine qui lui recouvre les doigts, il se met à trembler et est gagné par une agitation caractéristique. Sa bouche s’entrouvre et se referme plusieurs fois. Il vient de comprendre que l’homme qui lui fait face va réellement le tuer, idée que son esprit avait tenté de rejeter jusqu’alors.

(Miguel) : J’y… j’y… mais… j’y peux rien !!! J’y peux rien si vous êtes mabouls, moi !! Laisse-moi tranquille !

     Le responsable du hangar, perdant toute combativité, se met à courir dans des mouvements paniqués dans l’espoir de s’éloigner de son monstrueux adversaire, voir de lui échapper. Osmosis se lance immédiatement à sa poursuite, plus lentement, certain de le coincer à un moment ou un autre. Miguel slalome entre les barils pour prendre plus de distance avec lui, en renversant volontairement certains sur son passage afin de ralentir la course de son adversaire. Osmosis paraît à nouveau amusé par la tournure des évènements.

(Osmosis) : Nous traiter de mabouls… Ça aussi c’est une insulte.

     Au bout de quelques secondes à fuir, Miguel se retrouve finalement acculé contre le mur du fond du hangar. Il se saisit alors d’une barre d’acier qui traine par terre et la brandit en tremblant vers son adversaire, qui se situe à environ cinq mètres derrière lui.

(Miguel) : Allez, viens-y goûter ! Tu vas peut être me tuer, mais t’en sortiras pas indemne.

     Osmosis affiche une mine blasée face à ces menaces.

(Osmosis) : Si. Et tu me fatigue.

     Le colosse de l’Ordo Arakis pointe son bras mécanique en direction de sa pitoyable proie. Au bout se dresse toujours la lame d’acier d’une trentaine de centimètres. Il y a un bruit de déclic provenant du coude métallique et un piston se déclenche à toute vitesse, éjectant la lame d’acier vers l’avant. Celle-ci, transformée en terrible projectile acéré, se plante dans l’épaule de Miguel tout en le plaquant contre le mur. Le pauvre homme hurle de douleur en lâchant l’arme de fortune qu’il avait récupéré dans le fol espoir de pouvoir infliger ne serait-ce qu’une blessure à son terrible ennemi. Il comprend à présent par la souffrance qu’il n’avait définitivement aucune chance contre lui.

(Osmosis) : Mince, je visais le cœur…

     Telziel n’a plus les deux hommes en ligne de mire depuis qu’ils se sont déplacés, et il est trop occupé à scruter l’avancée rapide de l’incendie pour se concentrer sur quoi que ce soit d’autre : tout le mur frontal du hangar est en feu et le sinistre avance rapidement, grignotant petit à petit la structure du bâtiment, qui prouve par son enflamment rapide qu’il n’était décidemment pas aux normes et qu’il aurait dû être démoli il y a au moins dix ans de cela. Cependant, le hurlement de douleur de Miguel ramène l’attention de l’inspecteur sur l’affrontement. Intrigué, mais pas surpris par la tournure visible des évènements, il se déplace d’environ cinq mètres sur la gauche, pour obtenir un parfait angle de vue sur l’action. Miguel, du coin de l’œil, se rend alors compte de la présence de l’inspecteur et tend une main tremblante vers lui.
     Telziel manque de se gifler d’avoir fait preuve d’une telle imprudence : le voilà maintenant mêlé à tout cela plus tôt que prévu.

(Miguel) : Au… AU SECOURS !

     Osmosis se retourne droit vers Telziel, qui pointe alors son revolver dans sa direction d’un mouvement quasiment automatique, tenant plus du reflexe qu’autre chose.

(Telziel) : Tu bouges pas, connard !

     Osmosis affiche un regard un peu trop détendu pour quelqu’un qui est mis en joue, et il ne tarde pas à désobéir avec dédain à l’ordre que vient de lui donner Telziel. D’un pas lourd, il commence à s’avancer vers lui d’un air menaçant, un petit rictus sombre figé sur les lèvres. Entraîné à ne pas hésiter, Telziel fait feu à plusieurs reprises sans autre forme de somation. Les balles de l’inspecteur ricochent alors à environ dix centimètres d’Osmosis dans de petits flashs orangés. Les éclats colorés se dispersent dans l’atmosphère très rapidement, et le membre de l’Ordo Arakis n’a pas subi le moindre dommage.

(Telziel) : Qu’est ce que c’est que ça ?

(Osmosis) : Un écran de protection pare-balles généré par mon œil… je voulais m’occuper de toi plus tard, petite flicaille.

     Telziel abaisse son arme, préférant ne pas gaspiller ses balles, et affiche une mine surprise.

(Telziel) : Quoi ?

     Osmosis hausse les épaules d’un air dédaigneux en affichant une grimace de désapprobation, comme s’il soulignait la stupidité de l’inspecteur par ce simple mouvement.

(Osmosis) : Tu crois quoi ? Je t’ai repéré à l’instant même où je suis entré dans ce hangar… mon œil voit tout, espèce d’idiot. Je suis à toi dans une minute, le temps de finir une besogne.

     Miguel affiche une expression d’effroi à l’audition de cette dernière phrase. Osmosis se retourne vers lui et sourit d’un air dément, tout en resserrant sa main mécanique en un poing qu’il plaque sans attendre contre la cage thoracique de sa future victime.

(Miguel) : N… non.

     Sans répondre, Osmosis active le piston de son coude et relâche la pression, envoyant son poing au travers du corps du propriétaire des lieux. Miguel meurt sur le coup, une éclatante et impressionnante gerbe de sang venant souiller le mur derrière lui. Osmosis retire son bras dégoulinant d’hémoglobine et de morceaux d’entrailles du corps de sa victime et le pointe vers le plafond dans un mouvement victorieux quasiment rituel. Il se retourne ensuite vers Telziel, et éclate d’un rire fier.

(Osmosis) : Hahahaha ! J’ai gagné !! Je lui ai éclaté le cœur !

     Telziel, courroucé par l’attitude hautaine de ce grand gaillard, au demeurant meurtrier, et par la chaleur issue de l’incendie qui commence à dévorer le plafond du hangar, se laisse aller à quelques provocations malvenues dans une telle situation.

(Telziel) : Et t’en es fier ? N’importe qui aurait pu tuer ce nabot. Pas la peine de faire du tuning sur son propre corps pour ça !

     Osmosis se fige dans son expression, puis laisse lentement redescendre ses bras le long de son corps, tout en serrant les poings si fort qu’ils se mettent à trembler. Celui en acier provoque un bruit strident absolument insupportable lors de cette friction incontrôlée.

(Osmosis) : Toi… tu oses te moquer de moi alors que tu ne sais même pas ce qui m’est arrivé ? Je ne suis pas un de ces abrutis de technopartisans qui modifient leurs corps pour le plaisir… moi je n’ai pas eu le choix…

     Telziel, dégainant à nouveau son pistolet tout en reculant de quelques pas, continue à provoquer son adversaire. L’inspecteur a vite compris que son ennemi est du genre influençable, et que la meilleure manière de l’atteindre est de le pousser à faire lui-même une erreur fatale.

(Telziel) : Ah bon ? On dirait pas… pour moi t’as la même gueule que tous ces crétins qui se promènent dans les quartiers Nord d’Eidolon…

     Dans un hurlement de colère, Osmosis se jette avec fureur en direction de Telziel, renversant les barils sur son passage.

(Telziel) : Ok… c’est parti.

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