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Rassemblement

Sorti le 27/11/2011, compilé dans le Volume 20

Histoire :

Les yeux de Samantha s’ouvrent sur un environnement qu’elle a d’abord du mal à reconnaître. Puis, petit à petit, le souvenir de ce lieu lui revient. Une chambre au plafond bas, aux murs recouverts de lambris, dans laquelle règne un capharnaüm qui a quelque chose d’attendrissant : des bricoles trainent dans tous les coins, des sculptures étranges, des parchemins, des livres poussiéreux aux allures de grimoire. Des vêtements sont jetés en une pile informe dans un coin, surplombant des machines de musculation antiques. De vieux tapis défraichis tentent de recouvrir comme ils peuvent un plancher usé en lattes de bois. Elle sait où elle est, et le visage du propriétaire des lieux ne tarde pas à surplomber le sien, accueillant son réveil d’un sourire radieux. Engal est recouvert de bandages. Ses multiples blessures semblent avoir été soignées avec un grand soin, et la fatigue de son corps et de son visage a déjà quasiment disparue.

(Engal) : Content de revoir ces yeux là.

Samantha tente de sourire, mais elle n’est pas sûre que l’expression qu’elle affiche soit réellement efficace. Une douleur sourde vient vite lui ravager le dos et l’épaule tandis qu’elle essaie de se redresser, ce à quoi elle renonce sur le champ.

(Samantha) : On s’en est tiré, alors ?

Engal hoche la tête avec gravité, s’asseyant sur le bord du large lit où est allongée Samantha. Une épaisse couverture de peau la recouvre. Il est clair que peu de monde utilise ce grand lit habituellement, étant donné que le bric-à-brac qui l’inonde en temps normal à été repoussé de l’autre côté, contre le mur.

(Engal) : On n’a pas pu sauver ce gamin… Lars. Mais il s’est passé tellement de choses que je ne saurais même pas par quoi commencer.

Samantha fait une moue déconfite à l’idée de ce pauvre jeune homme prisonnier de ses obscurs poursuivants, et elle pousse un soupir de circonstance. Elle porte une main fatiguée à son front endolori.

(Samantha) : Combien de temps j’ai dormi… ?

(Engal) : Un peu plus d’un jour. Une trentaine d’heures, je dirais.

(Samantha) : Outch… sacré gueule de bois… Oy va bien ?

Et comme pour répondre à sa question, la porte de la chambre s’ouvre à la volée, laissant apparaître une Oy radieuse, qui affiche un large sourire de soulagement. Elle court jusqu’au bord du lit et se jette dans les bras de sa « mère » avec beaucoup de délicatesse, afin d’éviter au maximum de la faire souffrir.

(Oy) : Oh, maman… je suis tellement soulagée…

Engal apparaît visiblement attendri par ses retrouvailles et pose une main bienveillante sur la tête d’Oy. Une sorte d’ombre voile son regard lorsqu’il contemple la jeune-fille, comme si une pulsion répulsive battait sous la surface de son cœur, bien malgré lui. Oy redresse son visage vers Engal et lui sourit avec bonté, ce qui efface rapidement son trouble.

(Oy) : Oncle Engal va sauver le monde, maman. C’est un Signe Alpha, le « 4S » : le « Super Signe Surpuissant du Sorcier ». Il va empêcher la comète de nous tuer tous.

Engal éclate de rire à l’audition de cette tirade, ignorant de ce fait l’expression incrédule et suspicieuse de Samantha. Il tourne un visage rieur vers cette-dernière, oubliant totalement qu’elle a dormi pendant les dernières trente heures et qu’elle ne doit rien comprendre à cette « farce ».

(Engal) : « 4S ». Je me demande où elle a été pêcher ce truc là.

Samantha fronce les sourcils d’un air plein de curiosité, comme si elle essayait de rappeler à tout le monde qu’elle ne comprend rien à ce qui est en train de se raconter.

(Samantha) : « 4S » ? Signe Alpha ? Une comète ? C’est quoi encore ce délire ?

(Engal) : Eh bien…

(Phrysin) : C’est assez complexe à expliquer…

Samantha tourne immédiatement la tête vers l’origine de cette voix qu’elle ne connaît pas, pour distinguer la présence d’un inconnu dans l’encadrement de la porte. Elle n’a jamais vu Phrysin, et son apparence atypique, ainsi que l’expression curieusement blasée de son visage, la mette mal à l’aise.

(Samantha) : C’est qui, lui ?!

(Engal) : Calme toi, c’est Phrysin… un ami. C’est lui qui t’a soigné, et…

Samantha tourne des yeux écarquillés et quasiment paniqués vers Engal, comme si le flot d’informations reçu d’un seul coup était un peu trop lourd pour elle, qui vient seulement de se réveiller.

(Samantha) : Il s’est passé quoi, exactement, pendant ces trente dernières heures ?

(Engal) : Bon, je vais essayer de te résumer tout ça…

À l’étage, Clès est calmement assis dans un haut et large fauteuil de couleur violette, aux coutures usées. Sa teinte s’est délavée au fil du temps, et son assise en bois massif, relativement imposante, s’est affaissée sous le poids des années. Le fauteuil est tourné vers l’unique fenêtre de la petite chambre où le combattant de la DERIBEDO a visiblement été soigné. Le lit qui juxtapose l’arrière du siège matelassé empiète quasiment sur tout l’espace de la pièce, l’autre étant inondée de livres, de vêtements poussiéreux et de vieilles caisses de stockage. Clès contemple le monde extérieur au travers de l’étroite fenêtre, qui donne sur l’allée centrale du quartier de White Scar. À cette heure tardive, au crépuscule, les rues sont nettement moins animées. Les gens du coin se couchent tôt, vivent le jour. Il n’y a que les clans et les truands qui pérégrinent sous la lueur de la lune et des étoiles. Soudain quelqu’un toque à la porte de la chambre, extirpant Clès de sa rêverie contemplative. Sans se retourner, il semble déjà savoir qui est de l’autre côté du chambranle.

(Clès) : Tu peux entrer.

Et timidement, la porte coulisse sur ses gonds dans un grincement de vieux bois. La maison toute entière semble vivre et vibrer au moindre mouvement. Totalement tordue, son architecture improbable et alambiquée rend surprenant le simple fait de la voir encore debout. C’est Krokador qui se tient dans l’encadrement de la porte, jetant un regard légèrement inquiet vers le haut siège qui se présente face à elle, dans lequel elle sait que Clès est assis, bien qu’elle ne puisse le distinguer d’où elle se trouve.

(Clès) : Je pensais que tu viendrais plus tôt.

Krokador referme la porte derrière elle et se plaque contre le revers, tenant toujours la poignée dans sa main gauche.

(Krokador) : Y a plein d’choses qu’Phrysin m’a appris. C’pour ça qu’c’est l’chaos dans ma tête. J’sais plus trop où s’trouve les priorités, d’ce fait. C’que t’avais à m’révéler sur mes origines, finalement, c’plus trop au sommet d’mon échelle d’inquiétude.

Clès pousse un ricanement sombre avant de se redresser pour se tourner face à elle. Il est torse nu, de multiples bandages recouvrant ses nombreuses blessures. Le plus épais, encadrant son flanc, est souillé par une tache rouge aux teintes variées, signe que la blessure par balle que le laborantin lui a infligé continue à saigner sporadiquement. Un individu lambda serait mort sur le coup, un surhomme serait mort après une agonie de plusieurs heures, mais aucun être humain normal n’aurait pu survivre à ce tir et se relever quelques heures après comme s’il souffrait d’un simple point de côté. Krokador ne tremble pas à cette idée. Ces incroyables capacités de régénération ne lui sont pas étrangères, loin de là. Elle remarque également la présence initiale des tatouages étranges de Clès. Un au sommet de chaque pectoral. Ils ont exactement la même forme triangulaire et la même couleur noire que ceux qui ornent ses joues à elle. Un tremblement la gagne, face auquel Clès se fige, stoppant son avancée. Il pose une main ferme sur le bord du dossier de son siège, et pousse un soupir. Une certaine nervosité se lit sous l’expression d’assurance qu’il affiche en permanence.

(Clès) : La fin du monde n’arrivera pas dans la minute. Et nous l’empêcherons, ça c’est une certitude. Ma confiance en notre projet est absolue. La DERIBEDO ne connaît pas le doute.

Le combattant plisse les paupières, tout en ramenant sa main contre son corps.

(Clès) : De ce fait, je pense que je peux satisfaire ta curiosité naturelle sur tes origines sans que cela puisse te paraître « déplacé », d’accord ? 

Krokador fronce les sourcils, légèrement méfiante. Elle relâche finalement la poignée de la porte qu’elle tenait toujours fermement serrée entre ses doigts, comme si elle était prête à s’enfuir à tout instant.

(Krokador) : Avant tout, j’veux qu’tu m’dises c’qu’vous avez fait d’l’inspecteur Telziel. L’type qui l’a attrapé était tout sauf plein d’bonnes intentions. Il avait dit qu’y f’sait partie d’vot’ groupe, la DERIBEDO. L’inspecteur a été enlevé, ses amis et sa fiancée sont sans nouvelles. C’pas une façon d’agir, même pour sauver l’monde.

Clès affiche une légère grimace de désapprobation à l’audition de cette question.

(Clès) : Ainsi donc, tu as eu le « plaisir » de rencontrer Lobo… à ce niveau là, on ne peut même plus parler de chance… que tu tombes à deux reprises sur notre groupe, par le plus parfait des hasards, c’est trop surprenant pour être autre chose que le destin.

(Krokador) : J’crois pas au destin, ni à la fatalité. Alors, réponds à ma question, sinon j’m’en vais d’ce pas à la Brigade pour leur dire où s’cachent certains membres d’l’organisation qui a enlevé leur collègue.

Le combattant de la DERIBEDO laisse apparaître une grimace ironique sur son visage et hoche calmement la tête.

(Clès) : Ça me surprend que tu n’aie pas plutôt interrogé Phrysin à ce sujet. Il est pourtant plus loquace que moi…

(Krokador) : J’aurais pu l’faire, mais c’est d’ta bouche qu’j’voulais une réponse.

(Clès) : Essaierais tu de me jauger ? De mesurer mon potentiel d’humanité ?

Clès tend la main vers elle, paume tournée vers le plafond, et affiche un sourire inquiétant, plissant les paupières pour donner une allure plus serpentine à son expression.

(Clès) : Je n’en ai pas la moindre, autant te prévenir. Aussi, malgré tout l’intérêt que tu peux représenter à mes yeux, je n’hésiterai pas un seul instant à te trancher une jambe si cela pouvait t’empêcher de contrecarrer l’avancée de nos plans. Réfléchis donc bien avant de te décider à faire marcher les muscles de ta langue.

Krokador garde les sourcils froncés et un air sérieux, tâchant de ne pas témoigner la moindre trace de crainte face à son interlocuteur. Elle ne peut cependant réfréner un léger tremblement face à ce discours, que Clès ne manque pas de remarquer, et d’apprécier.

(Krokador) : T’en f’rais rien, j’le sais bien. J’sais c’qu’t’as réellement au fond d’toi. Qu’t’es pas malveillant. T’essaie d’te persuader du contraire pour t’justifier à toi-même tes actes les plus vils. Mais tout c’qu’j’vois d’vant moi c’est un type faible, qu’a peur d’lui-même.

L’expression d’amusement cruel de Clès s’estompe progressivement au fur et à mesure de ces paroles prononcées sans la moindre hésitation, et son poing se resserre progressivement jusqu’à en trembler de rage. Il fait un pas menaçant en direction de Krokador, espérant la voir faire un mouvement de recul, mais elle ne bronche pas cette fois, le regardant droit dans les yeux avec un air de défi. Clès reste figé dans sa position pendant quelques secondes, puis pousse finalement un soupir en ramenant son bras contre son corps. Ses yeux ne témoignent plus à présent que de la fatigue et une certaine tristesse.

(Clès) : Lobo n’est pas un tendre, et je n’ai aucune sympathie pour ce type. Je ne sais pas où il retient le Signe du Téméraire, mais je peux te garantir qu’il ne lui aura pas fait le moindre mal… il devrait en répondre devant nous, si jamais il l’abimait.

Voyant que Krokador ne semble qu’à moitié convaincue par cette explication, il hoche la tête en reculant de quelques pas jusqu’au haut fauteuil, au dos duquel il s’adosse.

(Clès) : C’est le leader des Alchimistes de Khemry, et rien que pour ça il convient de s’en méfier. Cependant, son soutien est indispensable à la DERIBEDO, alors… on passe sur sa réputation, et on croise les doigts pour que tout se passe bien.

(Krokador) : C’est un peu léger, t’crois pas ?

Clès hausse les épaules.

(Clès) : Peut être bien, mais moi aussi j’ai du sang sur les mains. Je serais mal placé pour le juger. S’il avait fallu arracher Engal Cipheri à la douceur de son foyer, qu’il ait été marié ou père de famille, cela ne m’aurait pas arrêté. L’enjeu est trop grand pour faire du sentimentalisme.

Krokador hoche lentement la tête, gardant toutefois une expression extrêmement méfiante.

(Krokador) : J’ose pas imaginer c’qu’sont en train d’endurer sa fiancée et ses amis.

(Clès) : Il leur reviendra en vie et entier, tu as ma garantie. Cependant, pour l’heure, nous devons rester discrets et méfiants. On ne voudrait pas alerter l’opinion publique, et à mes yeux, trop de monde est déjà au courant de ce qui se passe.

(Krokador) : Et pourquoi ça d’vrait rester secret ?

Clès lui lance un regard incrédule.

(Clès) : On pourrait s’attendre à deux réactions extrêmes : un rejet complet et violent de la vérité, ou son acceptation par la panique. Dans les deux cas, notre objectif n’en serait que plus dur à atteindre…

(Krokador) : Sans parler du fait qu’vous auriez l’air bigrement idiots si tout c’qu’vous prophétisez n’était qu’du vent.

(Clès) : Et c’est ce que tu penses ?

Krokador hausse les épaules, tout en affichant un sourire malicieux.

(Krokador) : Moi ? Sauver l’monde, c’est c’qu’j’ai toujours rêvé d’faire. Alors même si c’est qu’un méchant canular, j’marche avec vous. Mais j’apprécie pas vos méthodes pour autant, qu’ce soit dit.

Son interlocuteur hoche calmement la tête, acceptant cette réponse comme un acte de foi.

(Clès) : Bien, alors je suppose à présent que nous pouvons aborder un autre sujet, n’est ce pas ? Celui de nos origines communes…

Un poing violent vient heurter l’arrière du crâne d’Engal, faisant résonner un son percutant dans l’atmosphère tamisée de la chambre d’ami. La victime de cet assaut inattendu affiche une grimace de douleur et de surprise, tournant un regard apeuré et incrédule en direction de Samantha, qui brandit toujours sa main solidement resserrée en poing.

(Samantha) : Et tu as gobé ce tissu d’inepties ?

Phrysin reste totalement neutre face à la réaction de Samantha. Il s’est assis sur une chaise branlante et poussiéreuse, et observe à présent calmement la suite des évènements.

(Engal) : Mais heu… pourquoi pas ?

(Samantha) : Parce que ce n’est pas étayé par la moindre ombre de preuve scientifique. La comète de Lorston va passer assez prêt de notre planète, et alors ? Ce n’est pas pour autant qu’il faut se mettre à gober toutes les inepties fatalistes d’un groupe de mabouls appartenant à je ne sais quelle secte apocalyptique.

De son air blasé et détaché, Phrysin se permet de redresser la main.

(Phrysin) : C’est la DERIBEDO en fait.

(Samantha) : Raaah !! Peu importe votre nom débile. Vous profitez de la crédulité de mon ami, et c’est insupportable.

Oy se redresse, attrapant la chemise de nuit de Samantha par l’ourlet, et la tirant délicatement vers pour attirer son attention.

(Oy) : Moi aussi, j’y crois, maman.

Samantha tourne un visage faussement attendri vers sa « fille » et pose une main délicate sur sa tête. Engal tente de profiter de ce mouvement d’accalmi pour soutenir sa vision des choses.

(Engal) : Ah ? Tu vois ?

Samantha tourne vers lui un regard si enflammé qu’il est obligé d’opérer un mouvement de recul pour ne pas s’y brûler. 

(Samantha) : Oui, je vois que tu crois en des contes pour enfant.

(Oy) : C’est pas des histoires, maman. Je suis d’accord avec monsieur Phrysin, quelque chose de grave va arriver, je le sens.

Samantha s’accroupit devant Oy et lui offre un sourire réconfortant avant de la serrer dans ses bras. Elle se redresse ensuite en la gardant contre elle puis elle tourne un regard courroucé en direction de Phrysin, qui le soutient avec son air éternellement détaché de tout.

(Samantha) : La guerre a éclaté et nous avons vécus sa première bataille. Il y avait là de quoi traumatiser ma fille. Je vous serais reconnaissante de ne pas en plus lui bourrer le crâne avec vos inepties.

(Phrysin) : Chacun est libre de croire, Samantha.

(Samantha) : En effet. Je vous remercie de m’avoir soigné, mais le reste, je ne prends pas.

Elle reporte son attention sur Engal, qui le contemple d’un air méfiant, comme s’il n’était finalement pas surpris de sa réaction, et qu’il s’attendait à ce conflit.

(Samantha) : S’il était là, Vladimir saurait te persuader du contraire.

(Engal) : Vladimir m’a seulement persuadé de la dangerosité des préjugés, et des erreurs de jugement qu’ils pouvaient faire naître. Tu devrais toi aussi prendre en considération ce conseil.

Et pour la première fois depuis qu’elle le connaît, Samantha ne trouve rien à répondre à Engal et reste interdite devant lui. Elle pose un regard surpris sur sa personne, comme si elle le découvrait pour la toute première fois… et se surprend à légèrement rougir, ce qui étonne le mage autant qu’elle. Elle détourne son attention de lui et, troublée, ne trouve pas d’autre personne sur qui la porter, en dehors de Phrysin.

(Samantha) : Mais… tout ceci a l’air tellement dingue…

(Vladimir) : Oui… il faut croire que nous devenons tous fous.

Samantha écarquille les yeux à l’audition de cette voix, et elle n’a pas encore eu le temps de tourner son visage dans sa direction qu’Oy est déjà en train de courir vers son origine en criant de joie : Vladimir se trouve dans l’encadrement de la porte, la poignée encore dans la main. Il offre un sourire de soulagement à la vue de la jeune fille qui s’élance vers lui et qu’il accueille d’un mouvement bienveillant, mais toute sa joie manifeste ne parvient pas à masquer le voile d’ombre qui s’étend par delà ses paupières et que Samantha remarque au premier instant. Vladimir redresse alors un regard attristé vers elle, et elle comprend tout à coup que cette première impression va se confirmer. Derrière Vladimir se tient Le Rouge, que Phrysin accueille dans une attitude amicale où son expression éternellement blasée est enfin trahie.

(Le Rouge) : La guerre nous a devancé, je le crains. Madner est allé chercher des informations sur les derniers évènements, mais le pire reste à venir.

Samantha lance un regard plein d’incompréhension à cette accolade entre les deux membres de la DERIBEDO. Le nouvel arrivant en est visiblement membre, et il est revenu avec Vladimir. L’étau de panique commence à se resserrer autour d’elle à mesure que l’ampleur de la potentielle vérité de cet apocalypse gagne du terrain sur son incrédulité. Engal pose alors une main bienveillante sur son épaule, tout en lui lançant un regard réconfortant. Elle reste néanmoins interdite. Rassurée, mais interdite.

(Vladimir) : Je vais finir par croire à ces histoires de destinées, à vous voir tous réunis ici…

(Phrysin) : Est-ce que c’est lui ?

Le Rouge hoche la tête en retirant, pour preuve, le petit boitier d’analyser de sa sacoche de voyage.

(Le Rouge) : Oui, c’est bien le Signe du Penseur.

Engal écarquille les yeux d’un air surpris face à cette déclaration, et ne peut retenir un éclat de rire, tout en pointant Vladimir du doigt.

(Engal) : Alors, toi aussi ?!

(Vladimir) : Quoi ? Tu fais aussi partie de leur histoire de fous ? Ou le monde est petit, ou bien c’est un canular fichtrement bien monté… mais je ne crois plus à la seconde option, honnêtement. En fait, tout ceci est en train de me faire de plus en plus peur.

Samantha fait quelques pas vers lui, avant de fondre en larmes et de le serrer tout contre elle. Elle l’embrasse un nombre incalculable de fois, saisissant sa tête entre ses mains comme pour s’assurer qu’il est réellement là, présent dans cette pièce, juste en face d’elle. Vladimir lui sourit du mieux qu’il peut, mais elle sent, rien qu’à son contact, que quelque chose a changé en lui. Que quelque chose a été brisé, à jamais. Elle tente de dissimuler cette impression, et blottit son visage dans le creux de son cou, respirant son odeur avec un plaisir et un soulagement palpable.

(Samantha) : J’ai eu tellement peur… tellement peur de ne plus te revoir… et toute cette histoire est tellement incroyable… tellement effrayante…

(Vladimir) : Ça va aller, maintenant, ça va all…

Mais Vladimir n’a pas le temps de finir sa phrase que son regard s’éteint, ses sens se vident. Son visage se crispe en une expression de surprise presque humoristique, après quoi il s’effondre de tout son poing en avant. Samantha tente de le retenir, mais son corps est devenu excessivement lourd, tant et si bien qu’elle est obligée de se jeter en arrière pour éviter de se faire écraser. Le bruit métallique produit par la chute de Vladimir ne fait qu’augmenter son horreur et sa panique. Elle se jette à genoux aux cotés de son fiancé, et malgré tous ses efforts, ne parvient pas à le retourner. Il faut l’effort conjoint d’Engal et de Le Rouge pour le soulever et aller l’allonger sur le lit. Samantha, elle, reste prostrée, paniquée, s’agrippant au bras du professeur avec toute l’énergie du désespoir, sous le regard inquiet et empli d’incompréhension d’Oy.

(Samantha) : Vladimir !! Vladimir !! Que t’ont-ils fait ? Oh mon dieu !!

Chapitre 177 Chapitre 179

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