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La bataille de la « gueule de chien »

Sorti le 28/09/2011, compilé dans le Volume 20

Histoire :

À l’extérieur de la « gueule de chien », les troupes d’Eidolon investissent la lande. En grand nombre, elles annexent immédiatement les véhicules de combat d’Hydrapole, exterminant sans difficulté les quelques N-Kar encore présents à l’extérieur du camp. Un antigrav blindé et armé d’un canon Hamerhead suspend son vol à quelques encablures de l’entrée principale de la « gueule de chien », où un chaos sonore sans pareille s’entend déjà. La porte latérale du véhicule s’ouvre à la volée, laissant apparaitre le colonel Mullen et sa garde rapprochée. Le dirigeant de l’armée des Steppes porte à sa ceinture son habituelle rapière finement travaillée, rangée dans son fourreau à la qualité exquise. Bien qu’il ne dirige pas sa propre armée dans cette bataille, il arbore fièrement l’insigne des Steppes sur la casquette de commandement qu’il porte en guise de couvre-chef. Un caporal d’escouade de l’escadron écarlate vient à sa rencontre, le saluant avec respect.

(Caporal) : Colonel Mullen, le premier bataillon d’infanterie a pris d’assaut le camp, mais nous sommes opposés à une résistance féroce à l’intérieur. Nous ne savons pas pourquoi, mais il semble que le gros des troupes d’Hydrapole soit resté dans le camp.

(Mullen) : Alors ils sont piégés. Nous disposons d’un nombre de combattants nettement supérieur, et des renforts peuvent arriver à la moindre demande. Exterminez ces machines jusqu’au dernier écrou. Employez-y tous les moyens nécessaires… nous n’avons pas besoin de faire dans la finesse. Faites vite avant qu’ils ne s’organisent, je ne veux pas avoir à soutenir un siège.

Le caporal salue respectueusement avant de retourner au front afin de transmettre les ordres de son supérieur aux troupes. Mullen affiche un air satisfait, où brille néanmoins une lueur d’ennui. Il se détourne de l’entrée du camp, remontant le long du cortège d’Hydrapole, à présent occupé par l’armée d’Eidolon. Un groupe de civils est rassemblé en cercle autour d’un transport de troupes, les mages de combat les entourant, prêts à user de leurs sorts au moindre mouvement suspect. Les civils en question sont les prisonniers de la « gueule de chien », partisans de l’ADT, qui n’ont pas eu la chance de s’enfuir assez vite au moment où le mouvement de panique a éclaté. Le colonel Mullen jette un regard évasif sur eux, avant de s’approcher du responsable d’escouade en poste de surveillance.

(Mullen) : Évitez de les tuer, dans la mesure du possible. Ils restent toujours des habitants d’Eidolon et sont à présent des prisonniers de guerre. L’opinion publique doit nous rester favorable. Si débordement il y a, vous ferez passer leur trépas pour une trahison d’Hydrapole à leur égard.

Le responsable d’escouade hoche la tête avant de saluer le colonel, laissant ce-dernier poursuivre sa visite d’inspection. Il jette un regard en direction de la « gueule de chien », dont l’entrée est à moitié obstruée par la carcasse enfumée du char Tesla. Seuls les bruits d’une bataille enragée lui parviennent. Il se redresse fièrement, saisissant le pommeau de sa rapière d’une main gantée de cuir noir.

(Mullen) : Ce n’est pas aujourd’hui que j’aurai à nouveau le plaisir de dégainer ma Schweiter.

C’est alors que Mullen voit arriver vers lui un homme en nage, essoufflé et à l’expression véritablement épuisée. La garde rapprochée du colonel, croyant voir débarquer un fou ou un terroriste, prépare immédiatement ses sorts, mais leur chef les arrête d’un vif mouvement du bras.

(Mullen) : Ne faites rien, c’est un laborantin de la LA².

(Soldat) : Sauf votre respect, mon colonel, la LA² est une entreprise d’Hydrapole. Cet homme doit être considéré comme un ennemi.

(Mullen) : Contrediriez vous mes ordres, soldat ?

(Soldat) : Toutes mes excusez, mon colonel.

Le soldat reprend sa place à la droite de Mullen et fait fi de ne pas voir arriver vers lui le laborantin paniqué, qui court à présent les mains en l’air, comprenant la dangerosité de sa situation. Il se met à genoux devant le colonel, comme s’il se livrait directement à lui, ce qui semble soulager en partie les suspicions de la garde rapprochée.

(Mullen) : Que voulez-vous ? Et que faites vous ici, surtout ? Cette simple discussion est des plus compromettantes pour moi.

L’homme toussote, tentant de retrouver son souffle malgré sa bouche et sa gorge asséchées par la course. Finalement, il parvient à émettre quelques mots.

(Laborantin) : Le… le LARS… c’est le LARS…

Mullen écarquille alors les yeux, comprenant soudainement que le fuyard, objet perdu de sa convoitise, est certainement tout proche, et à portée. Un sourire malicieux se dessine sur le visage du colonel, qui invite alors le laborantin à se relever pour qu’il lui confie immédiatement toutes les informations dont il dispose.
 
Les troupes d’élite de l’escadron écarlate sont composées de mages de combat surentrainés, motivés dès leur plus jeune âge sur le plan martial, ne vivant que dans l’attente de batailles et de guerres. Leur implication apparaît donc sans failles lorsqu’elles font irruption dans la « gueule de chien » par la grande porte, leurs plus puissants sorts prêts à apporter la destruction et la mort. Vêtus de combinaisons de combat en katarzan, la seule matière souple à même de réagir à la magie, qui les stimulent musculairement à l’aide de sorts de soutien, les mages de combat apparaissent impressionnants et inflexibles. Face à eux, les troupes massives de N-Kar, dénués d’âmes et de peur, apparaissent presque comme leurs antagonistes  martiaux parfaits : placides, statiques, redoutables par leur puissance de feu et par leur résistance. Le combat meurtrier qui démarre entre les deux factions va d’ores et déjà s’annoncer lourd en pertes. Engal et Clès, se retrouvant pris entre deux feux, n’ont d’autres choix que de courir chacun d’un coté afin de trouver un couvert de fortune. Er’Lysan, quant à lui, prend son envol sans demander son reste, visiblement trop effrayé par les tirs multiples pour raisonner sereinement et mettre son maître en sécurité. Engal parvient à se jeter derrière un tas de métal fumant, arraché à la plateforme du char Tesla, à présent totalement dévasté. Vastor le suit d’un mouvement de tête, semblant vouloir garder à l’œil ses premières victimes de guerre, comme s’il ignorait totalement les explosions flamboyantes s’abattant tout autour de lui. Un mage de combat arrive à portée du capitaine Urijani, une boule de feu crépitant au creux de sa main droite. Vastor ne tourne même pas le regard vers lui, et avant que le soldat d’Eidolon n’ait eu le temps d’esquisser un mouvement de lancé, il est transpercé de part en pat par une énorme épée orangée, encore tremblotante d’immatérialité. Un chef de section N-Kar, doté d’un minimum d’intelligence artificielle, codifiée sur le plan militaire, s’approche de son chef, tout en couvrant son flanc exposé.

(N-Kar) : Capitaine Vastor, toute possibilité de retraite est compromise. L’ennemi occupe l’entrée principale.

Vastor fait un rapide signe de tête à l’intention de son interlocuteur mécanique pour lui signaler qu’il a bien pris note de sa remarque.

(Vastor) : Tenez la position dans le camp et pilonnez tout ce qui tentera une entrée. Lorsqu’ils en auront assez de marcher sur les cadavres de leurs frères d’armes, nous lancerons une offensive « bélier » pour percer leurs troupes et atteindre un cortège de rapatriement. Notre mission ici est terminée.

(N-Kar) : A vos ordres, capitaine Vastor.

La voix codifiée et mécanique du N-Kar se coupe et la machine de guerre repart au combat, laissant derrière elle son énigmatique leader. L’attention de celui-ci est toujours fermement portée sur la cachette d’Engal dont il se rapproche d’un pas rapide mais néanmoins méticuleux, voir prudent.

(Vastor) : Ce coup du hasard ne changera rien à la fatalité de ton destin, mage. Tu es condamné.

Derrière son couvert de fortune, Engal fait une grimace de désappointement et se plaque contre le monceau d’acier se trouvant dans son dos.

(Engal) : Il a la rancune tenace, celui-là.

Une explosion retentit juste derrière le tas de ferrailles, propulsant une pluie de gravats et de terre humide sur la tête et les épaules d’Engal. Le mage se recroqueville sur lui-même, un sifflement strident lui bourdonnant dans les oreilles. Une autre détonation ne tarde pas à faire écho à la première, plus proche cette fois-ci, forçant Engal à jaillir de son couvert. Il tombe alors directement sur Vastor, dont l’énorme épée ne semblait attendre que cette occasion. Engal tente de parer le coup de sa propre lame, mais il est encore trop sonné par la précédente explosion et, pris par surprise, ne peut apporter suffisamment de force à son bras pour contenir la puissance insoupçonnée de Vastor. La lame virtuelle glisse et fend le bras du mage, lui prodiguant une profonde entaille, du coude jusqu’au poignet. Engal pousse un cri de douleur et se jette en arrière, plaquant sa main libre contre la plaie sanguinolente. N’ayant plus de force dans son bras blessé, il lâche malgré lui son épée, tentant hasardeusement de la récupérer de son autre main, mais la lame virtuelle fend l’air, venant percuter l’arme de son adversaire pour l’envoyer hors de portée. Engal étouffe un juron, avant de faire quelques pas en arrière. Les hurlements du combat tout proche, mêlés aux explosions et au crépitement des flammes, rendent la situation encore plus chaotique. Vastor redresse sa lame, prêt à porter un coup fatal.

(Vastor) : Je n’accorde jamais de dernières paroles.

(Engal) : Voici tout de même les miennes : je t’emmerde.

Le capitaine de bataillon pousse un ricanement sombre étouffé par son casque avant d’abattre sa lame droit sur la gorge d’Engal. Ce-dernier affiche alors un sourire sournois en tendant sa main valide droit devant lui.

(Engal) : Jinki Ra’Uth : colonne de foudre tourbillonnante !!

Le sol devient tout à coup incandescent sous les pieds de Vastor. Au moment où sa lame va atteindre sa cible, il est soudainement repoussé par un puissant arc électrique jaillissant du sol en tournoyant sur lui-même, pointant droit vers le ciel. Le capitaine d’Hydrapole ne se laisse pas prendre dans le flux foudroyant et s’éloigne d’un pas prudent, de petits arcs électriques parcourant sa combinaison en raison de la proximité du sortilège de foudre.

(Vastor) : Tu n’as fais que gagner quelques secondes !

(Engal) : Ce n’était pas une attaque. Je ne faisais que signaler ma position.

Un léger mouvement de curiosité agite la tête de Vastor qui voit soudainement fondre sur lui une ombre imposante : Er’Lysan arrive à la rescousse de son maître. Les serres puissantes de la créature viennent percuter Vastor de plein fouet, l’envoyant voler quelques mètres plus loin dans un grand fracas. Engal ne perd pas de temps, récupérant son épée avant de se hisser comme il peut sur sa monture volante, grimaçant de douleur à chaque fois qu’il est contraint de se servir de son bras sérieusement blessé. Des salves de fuseurs se mettent alors à pleuvoir dans la direction du mage et de son invocation, la colonne de foudre n’ayant visiblement pas qu’attiré l’attention d’Er’Lysan.

(Engal) : Si on s’envole, on va se faire griller… Essaie de me faire gagner du terrain, Er’Lysan.

Un grognement guttural suffit de réponse au mage qui s’accroche comme il peut à la crinière d’Er’Lysan. La bête se met alors à se déplacer aussi vite que possible au sol, faisant preuve d’une agilité et d’une vitesse inattendue pour une créature habituellement disposée à se mouvoir dans les airs. Er’Lysan avance de couverts en couverts, slalomant entre les tirs de fuseurs et les boules de feu perdues, jusqu’à rejoindre l’enceinte Est du camp. Engal pousse un soupir de soulagement et offre une caresse pleine de gratitude à sa fidèle monture.

(Engal) : Ça devrait être bon maintenant. On va franchir la palissade d’un coup d’aile et on sera hors de portée… je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus pour l’instant. Le pire est déjà arrivé.

Alors qu’Engal s’apprête à se hisser sur le dos d’Er’Lysan, un hurlement de rage, provenant de l’arrière, le force à s’immobiliser et à se retourner : Vastor vient de se relever une nouvelle fois, et sa colère n’a l’air que de s’être densifiée. Il se met à courir à une vitesse folle en direction d’Engal, faisant preuve d’une célérité incroyable. Un mage de l’escadron écarlate essaie de profiter de sa course pour le frapper d’un sort mortel, mais Vastor solde sa tentative d’un coup de poing si violent qu’il lui arrache la moitié du visage. Engal n’a pas l’air de vouloir perdre plus de temps dans un affrontement inutile, et s’aggripe au cou d’Er’Lysan, la bête l’aidant à se hisser comme elle peut. Vastor est de plus en plus proche, et peu à peu, au fil de sa course, son corps semble se modifier. Un cliquetis métallique se fait entendre tandis que son armure de combat s’agite de toutes parts, modifiant peu à peu l’apparence du capitaine de bataillon. Les jambières de métal s’arc-boutent, prenant une flexion qui les fait bientôt ressembler à des pattes mécanisées de guépard. Ses pieds s’ouvrent en trois larges griffes de métal qui s’enfoncent puissamment dans le sol. Déjà, la hauteur  du combattant n’a plus rien à voir avec l’homme relativement petit qu’il apparaissait être jusqu’à présent. Sa taille s’affine drastiquement, alors même qu’elle était déjà peu épaisse à la base, et son torse s’élargit, s’ouvrant en son centre en un disque orangé à la flamboyance aveuglante. Le métal noir qui composait la combinaison de combat de Vastor s’avère être en réalité son corps lui-même, qui se modifie de plus en plus, à mesure qu’il se rapproche de sa cible. De ses flancs étirés, deux bras mécaniques supplémentaires se déploient, recouvert de plaques de blindage semblant aussi résistantes que légères. En guise de mains, trois griffes habiles et puissante prennent place, battant la cadence de course dans un fracas métallique annonciateur de violence. Au dessus de la double paire de bras s’étendent deux larges épaulettes incurvées, qui glissent jusque dans le dos où s’est profilée une longue et épineuse colonne vertébrale métallique, blindant les angles morts de la robotique créature qu’est devenue Vastor. Un col large laisse apparaitre la mutation électronique qu’a subi le casque du capitaine, ressemblant à présent à un crâne squelettique allongé et à l’expression figée, dont les yeux sont recouverts par une visière noire luisante où aucune émotion ne peut être lue. Engal reste un instant abasourdi face à ce changement de forme monstrueux.

(Engal) : Bon sang… c’est une machine, pas un homme.

Puis voyant que la créature de près de deux mètres cinquante n’est plus qu’à quelques enjambées de lui, Engal s’active à prendre la fuite, trouvant la force nécessaire pour se hisser sur le dos d’Er’Lysan. Sa plaie sanguinolente laisse échapper une quantité impressionnante de sang, mais il sait bien que s’il se ménage ne serait-ce qu’une seconde, c’est la mort assurée. Un rire sombre jaillit du vocodeur de Vastor, dont les mains métalliques font craquer leurs articulations cuivrées. Quatre katanas virtuels orangés jaillissent entre ses griffes et il les fait tournoyer avec une dextérité experte. Le changement d’apparence du capitaine de bataillon n’a pas été remarqué que par sa proie. Tous les combattants d’Eidolon en présence restent bouche-bée et atterrés devant l’apparence effroyable et la puissance maléfique dégagée par Vastor. Engal jette un regard paniqué par-dessus son épaule : Vastor est à portée de lame d’Er’Lysan.

(Engal) : On y va !! Perds pas de temps !

Et Er’Lysan lance un beuglement féroce où se lit imperceptiblement une pointe de panique. La créature invoquée profite de l’élan de son envol pour tenter de balayer Vastor d’un coup de queue puissant, mais le choc ne fait même pas vaciller le combattant d’acier, dont les pieds griffus se sont campés dans le sol. Les quatre lames virtuelles s’abattent en même temps, prêtes à trancher la queue d’Er’Lysan, ce qui lui provoquerait une blessure des plus handicapantes, mais un torrent de boules de feu chute en direction de Vastor, le contraignant à bloquer son geste : les mages de l’escadron écarlate l’ont pris pour cible, comprenant sans doute la dangerosité d’un tel adversaire et la nécessité de le mettre hors d’état de nuire aussi vite que possible. Une vague de flamme entoure donc le capitaine de bataillon, le faisant disparaître sous un flot rougeoyant. Libre de ses mouvements, Er’Lysan prend son envol, gagnant de la hauteur pour se propulser au-delà du rempart d’acier de la « gueule de chien ». Les flammes des sortilèges sont denses et étendues, produisant une fumée âcre et épaisse. Un silence semble alors s’étendre aux alentours, uniquement perturbé par les combats violents se déroulant plus loin, dans l’aile Ouest de la « gueule de chien ». Les mages de l’escadron écarlate qui ont fait usage de leurs sorts semblent satisfaits : sous une telle température, Vastor ne doit plus être qu’un agglomérat informe de tôle fondue. Tandis qu’ils s’apprêtent à repartir au combat contre les N-Kar, une vague de projectiles à haute vitesse, d’une couleur orangée caractéristique, est projetée hors de l’écran de flammes et de fumée. Chaque tir transperce précisément sa cible, tant et si bien que peu importe leur distance et la vitesse de leurs réactions, les quinze mages qui avaient fait feu sur le capitaine d’Hydrapole sont entièrement décimés. Un changement de vent balaie la zone enflammée, laissant apparaitre le haut du corps mécanique d’Urijani Vastor au milieu des embruns flamboyants. Les flammes se reflètent dans la visière lustrée de son faciès effrayant, donnant l’impression qu’une fureur enragée brûle sous les chromes de son crâne. Le feu balaie son corps, léchant le métal sans avoir la moindre influence sur sa structure. La tête robotique de Vastor se tourne vers le ciel, guettant la position d’Engal et de sa monture, qui ont quasiment atteint le haut de la rambarde. Il tend l’un de ses bras mécaniques, pointant vers le mage une sorte de renfoncement en forme de canon. Le coup part sans plus attendre, prenant la forme d’un long grappin au bout duquel est fixé un filet tourbillonnant.

(Vastor) : Tu ne m’échapperas pas, mage.

Engal voit le projectile arriver sur lui, mais bien trop tard. Les ailes d’Er’Lysan sont touchées de plein fouet, le filet, en fibre métallique, bloquant immédiatement le battement de ses ailes. Raccordé au grappin remontant jusqu’au bras robotique de Vastor, les fuyards sont à présent à la merci du capitaine de bataillon. Celui-ci incline le bras, prêt à le rabattre violemment vers le sol pour ramener à lui sa proie volante. Au moment où il s’apprête à effectuer ce mouvement, un intervenant imprévu jaillit pour mettre fin à ses ambitions : Clès bondit au travers des flammes, et d’un puissant moulinet de son épée, tranche le câble de raccord du grappin, avant de retomber au sol d’une roulade précise. Vastor n’a même pas le temps de se demander ce qui vient de se passer que Clès se redresse, Ebony et Ivory entre les mains. Le capitaine de bataillon peut seulement apercevoir un sourire terrifiant se dessiner sur le visage de son nouvel adversaire avant de réceptionner deux tirs magiques en pleine tête. Malgré ses pieds cramponnés au sol, Vastor est repoussé de trois pas sous la puissance des tirs. La tête propulsée en arrière, son corps est incliné à quasiment quatre vingt dix degrés. Finalement, sa colonne vertébrale se raidit et se redresse, et tout son corps reprend d’un mouvement brusque sa position initiale. De la fumée entoure le visage métallique du capitaine de bataillon, mais lorsqu’elle se dissipe, c’est pour laisser apparaître une petite pluie de débris noirâtres : la visière noire de Vastor est en miettes. Derrière celle-ci étaient camouflées deux orbites d’acier au creux desquelles apparaissent des yeux aux pupilles d’un bleu profond, aussi organiques qu’humaines. Clès pousse un ricanement ironique face à cette vision.

(Clès) : Il y a donc les restes d’un homme sous cette carcasse technopartisane ?

Les mains griffues de Vastor se resserrent en poings qu’il tend d’un air courroucé et vengeur en direction de son adversaire.

(Vastor) : Impudent. Sache que je suis indestructible !!

Une impulsion se fait entendre, et Vastor s’entoure à nouveau de sa bulle protectrice virtuelle, celle-ci prenant les dimensions de son nouveau corps. Clès pousse un soupir de lassitude avant de braquer ses deux revolvers en direction du capitaine.

(Clès) : Si c’est le cas, pourquoi t’encombrer de ce bouclier ?

Vastor ne prend pas la peine de répondre, se contentant de se jeter à l’encontre de son ennemi dans un puissant fracas métallique.

De son côté, Engal n’est pas encore tiré d’affaire. Er’Lysan est parvenu à stabiliser quelques instants son vol afin de passer de l’autre côté du rempart, mais le filet obstrue toujours ses ailes, et la chute semble inévitable. La créature pousse un grognement paniqué qu’Engal comprend parfaitement. Grimaçant, le mage tente de déloger les ailes de sa monture, sans le moindre succès : le filet est bien trop emmêlé pour qu’il soit possible de le défaire en hâte.

(Engal) : Je commence à en avoir assez de faire des chutes vertigineuses aujourd’hui, pas toi ?

Mais en guise de chute, Engal est servi : Er’Lysan n’a plus d’élan et ne peut donc plus maintenir son vol. Le corps de la créature se dirige à présent à toute vitesse en direction du sol, prêt à s’écraser de tout son poids.

(Engal) : REDRESSE, ER’LYSAN !! PAR PITIE, REDRESSE !!!

Usant de toutes les forces qu’il lui reste, la créature magique se démène comme elle peut pour faire subir à son corps une torsion suffisante afin d’être plus ou moins portée par le vent. Dans un hurlement d’effort bestial, Er’Lysan parvient à se redresser, et pique à présent vers le sol dans un angle moins mortel.

(Engal) : Tiens toi prêt, je ne te laisserais pas te faire de mal !

Alors que la tête de la bête s’apprête à percuter le sol, celle-ci ferme les yeux de toutes ses forces, se préparant à encaisser un coup mortel. Engal plaque alors sa main sur la nuque d’Er’Lysan, la plongeant au milieu de sa crinière noire balayée par le vent. Le mage plisse à son tour les yeux, prêt à subir le choc frontal qui, pour lui, sera inévitable.

(Engal) : DÉSINVOCATION!

Au moment exact où Er’Lysan allait percuter le sol, il se volatilise en un nuage de poussière rougeoyante, au travers duquel est projeté Engal, qui pousse un hurlement d’effroi presque comique. Le mage atterrit lourdement au sol, parvenant à amortir le choc d’une épaule. Un craquement sinistre se fait entendre tandis que sa clavicule se démet à l’impact, puis son corps est propulsé sur plus de dix mètres, tournoyant en de spectaculaires tonneaux, avant de s’immobiliser contre de la taule qui s’enfonce littéralement sous son poids. Engal rouvre les yeux, surpris d’être encore en vie, ne sentant plus la douleur de sa blessure au bras, et pas encore celle de son épaule démise, tant son corps résonne encore des chocs multiples qu’il vient de subir.

(Engal) : Heu… aoutch ?

Et une nouvelle fulgurance se fait entendre tandis qu’une claque violente vient lui remettre les idées en place. Engal écarquille les yeux en tournant un visage surpris vers l’origine de cette attaque inattendue : Samantha se tient au-dessus de lui, la main encore tendue, une expression extrêmement courroucée imprimée sur le visage. Par un hasard incroyable, ou plutôt une chance éhontée, Engal a tourneboulé jusqu’à venir percuter l’antigrav à l’arrêt de Samantha. Le mage, encore choqué, porte une main tremblante à sa joue rougeoyante en lançant un regard empli d’incompréhension à son amie. Mais celle-ci, partagée entre des émotions diamétralement opposée, laisse à présent parler son soulagement en se jetant au cou d’Engal, le serrant fort contre elle… lui faisant par là-même ressentir que son épaule est démise. Engal sert alors les dents, étouffant un cri de douleur pour ne pas brusquer inutilement Samantha, et surtout ne pas passer pour un goujat.

(Engal) : M… mais que fais-tu là ?

(Samantha) : Je suis venue te tirer de là, pardi, espèce d’idiot !!

Engal affiche un sourire de gratitude. Rien qu’en étant là à ce moment précis, Samantha l’a déjà, effectivement, bien tiré d’affaire.

(Engal) : Et tu as pris cette décision avant ou après que ça dégénère complètement par ici ?

Samantha se redresse, cessant son étreinte réconfortante pour reprendre un air sévère et une expression courroucée.

(Samantha) : Parce qu’il y a un moment où ça n’a pas dégénéré ? Ton idée de base elle-même, c’était déjà de la folie.

(Engal) : C’est pas totalement faux.

La tête de Krokador apparaît alors subrepticement derrière le dos de Samantha. La jeune héroïne scrutant Engal comme s’il était une bête curieuse.

(Krokador) : V’s’avez foiré vot’ atterrissage, m’sieur. C’est l’moins qu’on puisse dire.

Engal affiche une mine surprise à la vue de Krokador, reportant son expression sur Samantha.

(Engal) : C’est qui celle-là ?

(Samantha) : Oh, il va falloir que je t’explique… il m’est arrivé quelques trucs bizarres à moi aussi.

Alors que Samantha achève sa phrase, la forme d’un véhicule se profile à l’horizon, longeant le rempart de la « gueule de chien » et se dirigeant droit dans leur direction. Engal plisse les yeux à la vue de cette silhouette grandissante, livrant peu à peu les détails de sa structure : un antigrav d’interception, munie de deux postes de tirs latéraux. Le véhicule est frappé du logo de l’Armée Sénatoriale : un blason couronné de lauriers, au devant duquel s’envole un faucon hurlant, une épée coincée entre les serres.

(Engal) : On dirait que nos ennuis ne sont pas finis. Samantha, dépêchons nous de ficher le camp d’ici. Ça m’étonnerait que ces types nous veuillent du bien.

(Lars) : Je… je vous le confirme…

Lars apparaît au détour de l’antigrav de Samantha, soutenu par Oy. Les yeux à moitié perdus dans le vague, il vient tout juste de recouvrir ses esprits. Son regard se porte sur le fourgon militaire qui arrive sur eux, et qui sera bientôt à portée de tir. À son bord se tiennent les membres de la garde rapprochée du colonel Mullen, accompagnés du dernier laborantin de la LA². Une sorte de désespoir vient voiler le visage de Lars, qui affiche une expression de résignation désarmante.

(Lars) : Ils viennent pour moi.

Chapitre 173 Chapitre 175

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