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Engal VS Clès

Sorti le 17/09/2011, compilé dans le Volume 20

Histoire :

Oy se hisse sur son siège afin de pouvoir observer, en contrebat de la vitre fissurée de l’antigrav, le jeune homme agenouillé dans la boue. Son front meurtri par le choc dégouline de sang, et il se lit un tel désespoir dans ses yeux à moitié perdus dans le vague que la jeune fille en ressent un grand trouble, qu’elle ne semble pas pouvoir s’expliquer. Elle saisit la poignée de la portière entre ses mains et, imitant sa « mère », elle quitte le véhicule, laissant ses pieds chaussés de bottines noires atterrir sur le sol spongieux. Lars redresse un regard éperdu vers les grands et beaux yeux verts d’Oy. Il lui offre un léger sourire, où semble transparaître le peu d’énergie qu’il lui reste encore.

(Lars) : Ai… aide… moi…

Ayant lâché ces mots, il perd soudainement conscience et s’effondre vers l’avant. N’hésitant pas une seule seconde, Oy se laisse tomber au sol et réceptionne le corps inconscient de Lars, afin de lui éviter de sombrer totalement. Samantha tourne un regard étonné vers sa fille, qui lui en rend un autre, empli d’incompréhension. Leur attention à toutes deux est alors attiré vers le duo de laborantins qui s’approchent d’elles, ralentissant leur course à l’approche du véhicule. Les deux hommes masqués sont hors d’haleine, et se soutiennent par les genoux afin de retrouver leur souffle.

(Laborantin) : Ah… ah… ce… ce garçon… est… un fugitif, madame.

(Laborantin 2) : On… on… a vraiment… eu de la chance… ah… que vous… vous arriviez…

Cette dernière phrase est suivie d’un toussotement rauque. Samantha se déplace du coté du véhicule pour se rapprocher des deux laborantins, ainsi que d’Oy et du mystérieux jeune-homme qu’elle maintient entre ses bras. Légèrement hésitante, elle finit par demander.

(Samantha) : Qu’a-t-il fait ?

Les deux laborantins échangent un regard surpris, comme s’ils ne s’étaient pas attendus à ce qu’une quelconque question leur soit posée, étant donné le chaos ambiant. Le premier, parvenant à recouvrer son souffle peu à peu, se redresse du mieux qu’il peut.

(Laborantin) : Ecoutez madame, étant donné les circonstances, je trouve malavisé de votre part de…

Samantha le coupe d’un mouvement de la main, avant de prendre la parole.

(Samantha) : J’ai vu le logo brodé sur vos tuniques de recherche.

Elle pointe du doigt vers le poitrail de son interlocuteur, désignant un petit écusson sur lequel est brodé un L dont la partie inférieure sert de barre centrale à un A, lui-même surélevé d’un petit ².

(Samantha) : Le grand-père de mon fiancé a travaillé pour la LA² pendant un temps… il lui a toujours enseigné à éviter le caractère parfois inhumain de la science en citant en exemple les horreurs qu’il avait vu du temps où il travaillait pour cette compagnie. Cette expérience l’avait profondément traumatisé.

(Laborantin 2) : Stupides racontars !

Samantha fronce les sourcils en constatant que les mains des deux laborantins se sont resserrées sur les fusils à plasma qu’ils portent. Elle fait un mouvement du menton en direction des armes.

(Samantha) : Et comment justifiez vous ceci ? Vous n’êtes ni brigadiers, ni militaires, que je sache. Vous poursuivez un jeune-garçon désarmé, à moitié mort d’épuisement, et vous l’accusé d’être un fugitif ? Mais c’est vous qui avez l’air le plus dangereux à mes yeux.

Oy relève la tête vers les deux hommes, leur lançant un regard furieux. Elle tient sous sa main droite le menton de Lars, qui semble dormir profondément et apparaît pour la première fois calme et serein, ce qui ne fait que souligner la douceur de ses traits.

(Oy) : Vous ne le toucherez pas.

(Laborantin 2) : Bon, ça suffit maintenant !!

Le laborantin redresse son arme en direction d’Oy, la menaçant directement. Il est bientôt suivi dans son mouvement par son compère qui, pour sa part, met en joue Samantha. La jeune femme a un mouvement de recul.

(Laborantin) : Dites à la gamine de s’éloigner du LARS et vous pourrez repartir tranquillement.

(Samantha) : Vous dévoilez enfin votre vrai visage.

(Laborantin) : Ne vous méprenez pas, madame. Nous sommes pressés par le temps, voilà tout.

Un léger sifflement commence à se faire entendre du coté d’Oy. Son regard se vide lentement de toute forme d’humanité, reprenant l’aspect pale et vitreux d’une machine. Samantha comprend sur le champ ce qui est en train de se dérouler et elle se tourne vers sa fille, ce qui pousse le laborantin à appuyer son mouvement de menace.

(Laborantin) : On ne bouge pas !!

Samantha lui lance un regard empli de haine avant de tourner la tête vers Oy, qui commence à légèrement vibrer, ses armes prêtes à jaillir et à semer la mort. Sa « mère » devient soudainement pâle, ne voyant pas d’autre solution d’échappatoire, mais refusant néanmoins de laisser sa « fille » abandonner son humanité, ne serait-ce qu’une minute.

(Samantha) : Oy !! Arrête ça !! Souviens toi de ce que je t’ai dis l’autre jour.

A cette simple parole, les yeux d’Oy reprennent leur vivacité habituelle et se tournent vers Samantha, dans un mouvement d’incompréhension où se lit toutefois une forme de gratitude.

(Oy) : Mais…

(Samantha) : Laisse. Ces crapules n’en valent pas la peine.

(Laborantin 2) : Bon, cette fois-ci j’en ai assez !!

Le bruit strident de la turbine du moteur à fusion du fusil à plasma se fait alors entendre, tandis que l’embout du canon brille déjà de la charge prête à être tirée en direction d’Oy. Samantha écarquille les yeux, et fait un pas en avant, prête à se jeter entre sa « fille » et son agresseur, mais elle n’a pas le temps de réagir suffisamment vite. Un choc sourd se fait entendre, suivi du jet de décharge plasmatique… qui se perd dans le gris nébuleux du ciel. Samantha écarquille les yeux : une jeune fille aux cheveux noirs noués en deux tresses et vêtue d’une sorte de salopette en jeans, portant une cape rouge nouée autour du cou, vient de percuter des deux genoux la nuque du laborantin, détournant son tir et le mettant hors d’état de nuire sur le coup.

(Krokador) : Yahaaaa !!! Laissez passer, bande d’nullards !

Le laborantin s’aplatit face la première dans la boue, Krokador retombant des deux pieds sur son dos, se servent de lui comme d’un surf grossier pour parcourir encore un ou deux mètres avant de s’immobiliser. Face à cette entrée en scène pour le moins originale, le dernier laborantin reste coi, les yeux exorbités. La terreur se lit sur le moindre de ses traits. Krokador ressent sa panique et d’un mouvement sec avorté, elle tend sa tête et ses épaules en avant, d’un air agressif. 

(Krokador) : Bouh !!

Le dernier laborantin craque. Il laisse tomber son fusil à plasma au sol et s’enfuit en hurlant sans demander son reste. Face à cette gamine enragée qui a neutralisé tous ses collègues sans la moindre difficulté, ainsi que des LA de pointe, il ne se sent visiblement plus le courage de résister. Krokador éclate de rire en le pointant du doigt, attrapant dans sa main gauche un petit caillou qu’elle lance dédaigneusement en direction du fuyard. La pierre lui atterrit droit sur la tête, ce qui démultiplie ses hurlements et le force à courir à moitié recroquevillé sur lui-même, les mains plaquées sur le crâne. Krokador rigole tellement face à cette fuite qu’il s’en faut peu qu’elle ne s’effondre par terre. Les mains nouées autour de ses côtes, elle n’arrive plus à retrouver son souffle. Samantha et Oy la regardent d’un œil suspect, ne comprenant ni qui elle est, ni d’où elle vient, ni ce qu’elle peut bien vouloir.

(Samantha) : Et… tu es qui, toi ?

Krokador se retourne vers elle, croisant fièrement les bras sur son torse, sa cape rouge battant au vent dans son dos.

(Krokador) : Krokador. Vot’ héroïne, m’dame !

Samantha entre-ouvre la bouche, prête à dire quelque chose, mais sa parole est coupée par une énorme détonation en provenance de la « gueule de chien ». Tous les regards se tournent en direction de la porte principale, tandis qu’un nuage de fumée noir et épais commence à s’élever au dessus du camp.

(Samantha) : Engal !!

Quelques instants plus tôt.
L’épée vivante et baveuse de Clès pousse un grognement féroce à l’attention d’Engal. Celui-ci plisse les paupières avec défiance, ne sachant pas trop sur quelle paire d’yeux il doit se focaliser : celle de l’arme ou de son porteur ? Le guerrier de la DERIBEDO fait un pas de côté, déchaînant sa lame immonde sur toute sa longueur. Engal fait prendre son envol à Er’Lysan, esquivant sans mal le tranchant de la lame, et la tempête de crocs qui viennent s’abattre à sa suite en une dizaine de morsures enragées. Les dents claquent dans l’air nauséeux de la « gueule de chien », produisant un écho sinistre et féroce. Jaillissant entre les pattes d’Er’Lysan, Sulfur se jette en direction de Clès, sa gueule tourbillonnante tournant déjà à plein régime. Un bruit d’aspiration se fait entendre, qui fait grogner sa cible d’un plaisir malsain. Clès bondit en l’air, prenant appui sur sa propre épée qui est projeté au sol sous le choc. La lame s’agite alors d’autant plus, réagissant à l’approche de Sulfur avec vivacité : quatre pattes courtes et trapues, s’achevant par de larges griffes noires, jaillissent des flancs de la lame. Ces pattes s’enfoncent dans le sol, faisant preuve d’un tranchant acéré. Ainsi, la lame résiste à l’aspiration de Sulfur, tandis que son possesseur, toujours en l’air, braque ses deux revolvers magiques en direction d’Engal et fait feu sans la moindre hésitation.

(Engal) : Dij Barath !!

Des doigts d’Engal jaillissent de petites boules d’énergie électrique, d’une taille assez similaire à des balles de fusil de chasse. La rafale est calibrée pour aller à la rencontre de celle de Clès. Lorsque les deux énergies magiques se rencontrent, une micro-série d’explosions se déchaîne dans les airs, créant un feu d’artifice mystique assez spectaculaire. Er’Lysan a un mouvement de recul face à ces détonations, et fait perdre à son invocateur la position de Clès. Ce-dernier retombe vers le sol, passant à travers un écran de fumée avant de se rendre compte avec horreur que la gueule béante et bardée de crocs de Sulfur l’attend juste en-dessous, prête à l’avaler tout rond. Clès braque Ebony et Ivory en direction de la monstruosité carnassière, mais il n’a pas besoin de tirer : son épée vivante s’abat dans le flanc de Sulfur, mordant et griffant comme elle peut pour tenter d’entamer la chitine épaisse qui sert de peau au monstre invoqué par Engal. Clès retombe au sol, se réceptionnant d’une roulade, et redresse immédiatement la tête vers le ciel, pour voir où son adversaire se situe. Une ombre fond alors immédiatement sur lui sans qu’il ait le temps de réagir : les pattes robustes et agiles d’Er’Lysan le saisissent par le bras droit et sous l’aisselle gauche, avant de lui faire quitter le sol pour un balai aérien dont il ne devrait logiquement pas se remettre. Néanmoins, Clès ne l’entend visiblement pas de cette oreille : il prend comme il peut appui des bras sur les énormes pattes d’Er’Lysan afin de hisser la partie inférieur de son corps au-dessus de lui, jusqu’à pouvoir caller ses rangers sous le ventre de la bête volante. Une fois ceci-fait, il ramène ses jambes contre lui, et avec une violence inouïe, il les rabat droit dans le sternum d’Er’Lysan. Ce-dernier pousse un hurlement de douleur horrible, et ses serres s’ouvrent par réflexe sous le choc de la douleur. Clès se voit donc libéré de l’emprise de la créature, mais ne lâche pas prise pour autant, se hissant le long de la patte gauche de la créature pour atteindre son flanc. Là, Engal, juché entre les ailes noires de sa monture, jette un regard assassin à son adversaire, tentant de le déloger d’un coup de pied. Clès esquive le coup, ses jambes perdant leur appui dans la manœuvre. Il reste accroché à Er’Lysan de justesse, en saisissant comme il peut la fourrure noire et rêche qui lui recouvre le dos. D’un geste habile de la main, il décroche les chargeurs d’Ebony et Ivory et les laisse tomber dans le vide. Un mouvement d’aile d’Er’Lysan, visant à le décrocher, le force à changer de position : il se hisse alors à la base de la queue de l’animal, se callant comme il peut en serrant les cuisses afin de pouvoir se servir de ses mains. Sans perdre une seconde, il enclenche deux nouveaux chargeurs dans ses revolvers magiques, avant de les pointer vers les ailes de la créature volante. Cependant, Engal ne l’entend pas de cette oreille : il s’est retourné pour faire face à son adversaire, et pratique un puissant moulinet de son épée afin de se défaire de lui. Clès est contraint de se laisser glisser en arrière pour éviter l’attaque, laissant le champ libre à Er’Lysan pour se débarrasser de lui. D’un mouvement brusque de la queue, la créature éjecte de son dos cet indésirable second cavalier, et le précipite vers une chute mortelle. Clès ne cède cependant pas à la panique, et se retourne en l’air afin de faire face à la bête volante, dont la silhouette diminue de plus en plus à mesure qu’il se rapproche du sol. D’un mouvement synchrone, il fait feu de ses deux revolvers, sans hésitation. Des canons d’Ebony et Ivory, ce ne sont plus des balles qui sont tirées, mais deux chaînes translucides à l’aspect fantomatique et à la couleur bleutée. Ces nouvelles munitions prennent la forme de véritables grappins, qui s’enroulent autour des ailes d’Er’Lysan sans que la créature ait le temps de réagir. Les battements frénétiques et paniqués ne suffisent plus à la maintenir en l’air, et elle chute progressivement vers le sol, planant de plus en plus bas, ce qui permet à Clès de se réceptionner sans aucun mal. D’un mouvement de la tête, il attire l’attention de son épée vivante, lui intimant l’ordre de revenir à ses côtés. Presque comme si elle avait lue dans l’esprit de son maître, la répugnante lame quitte son affrontement féroce avec Sulfur et bondit sur ses pattes trapues. Elle se met à tournoyer en l’air, reprenant petit à petit l’apparence plus conventionnelle d’une énorme épée à deux mains. Elle se plante dans le sol, à un pas de Clès, qui noue avec vivacité les chaînes extensibles et magiques jaillissant de ses revolvers autour de sa garde. L’effet est immédiat : les chaînes, tendues à l’extrême, ne permettent plus à Er’Lysan de maintenir un quelconque vol et la créature est précipitée vers le sol, ne pouvant même plus battre des ailes. Engal lance un regard affolé autour de lui et ressert son étreinte sur le crin de sa monture, comme s’il pouvait ralentir de lui-même sa chute.

(Engal) : SULFUR !! DEBARASSE MOI DE ÇA !!

Mais Engal n’a pas besoin de donner le moindre ordre, car Sulfur est déjà en train de bondir sur Clès, l’attaquant sauvagement depuis son dos. Le combattant de la DERIBEDO est percuté d’un coup violent et valdingue sur le côté. La charge surpuissante du monstre à la gueule béante se solde par un coup de patte précis et féroce contre la lame de Clès. L’épée glisse hors du sol dans un crissement strident avant de retomber cinq mètres plus loin. Sans Clès pour maintenir la pression sur les gâchettes d’Ebony et d’Ivory, les chaînes magiques se dématérialisent, comme si elles n’avaient été que des illusions. Malheureusement, Er’Lysan est trop bas pour pouvoir reprendre son envol. Il parvient à contrôler sa chute et à atterrir brusquement mais, emporté par sa propre masse, il s’écrase par terre et Engal est éjecté de son dos, roulant dans la boue jusqu’aux pieds du char Tesla.
De son côté, Clès se remet de ses émotions, se relevant sur ses pieds pour voir arriver sur lui Sulfur, dont les crocs tourbillonnent plus vite que jamais. Le grognement guttural de la créature n’est pas bon signe, et elle semble plus que jamais prête à l’avaler tout entier. Clès lui offre un sourire féroce, son visage ophidien se montrant aussi retors que celui d’un serpent prêt à mordre.

(Clès) : Allez viens, espèce de saloperie… je vais te renvoyer d’où tu viens.

Répondant à l’invitation de son ennemi, Sulfur se lance sur lui, sa gueule béante émettant un son d’aspiration qui n’a rien de rassurant. Bien malgré lui, Clès se sent alors happé par une force mystérieuse, presque comme si un vent magique, intangible et insaisissable le poussait dans le dos et le forçait à se jeter dans la gueule du monstre. Le combattant plisse les paupières, comprenant soudainement le fonctionnement de l’attaque.

(Clès) : Une sorte de magie d’aspiration… l’objet ciblé est irrémédiablement attiré dans le vortex tranchant qui te sers de gueule.

Clès campe ses deux pieds au sol  pour tenter de résister à l’aspiration de Sulfur, mais la bête n’a pas l’intention d’attendre qu’il vienne à elle. D’un pas lourd et précis, elle s’approche doucement, l’aspiration provenant de sa gueule tournoyante, aussi accueillante qu’un hachoir à viande tournant à plein régime, se fait de plus en plus forte à chaque mètre parcouru. Clès tente de résister au maximum, faisant preuve de toute sa puissance pour ne pas être balayé par le souffle qui l’attire irrémédiablement vers le monstre. Ses pieds se mettent à glisser sur la boue du sol : son corps figé par l’effort, tous muscles tendus, se déplace malgré lui, happé par l’irrésistible attraction de Sulfur. Alors qu’il ne reste plus qu’un mètre entre les deux adversaires, Clès offre un sourire désarmant à la bête qui lui fait face.

(Clès) : Bouffe plutôt ça !!

Clès redresse son bras au-dessus de sa tête et dans sa main atterrit le manche de son épée vivante, dont les pattes agitées disparaissent sous la surface du métal, redonnant immédiatement à l’ensemble l’aspect concret et meurtrier d’une lame acérée. Sulfur n’a plus l’occasion de bondir en arrière, ou d’esquiver : son aspiration lancée ne fait qu’accroître la puissance de l’estocade de Clès, dont l’épée vient se loger en plein centre de sa gueule bardée de crocs. La créature invoquée pousse un hurlement de douleur désolant, tandis qu’un flot répugnant de sang noir jaillit de sa gueule béante, giclant de toutes parts en raison de la rotation des multiples rangées de dents. Le tournoiement infernal de la gueule de Sulfur ne fait qu’accroître la blessure qui lui a été infligée, ses chairs en mouvement venant s’enrouler autour de la pointe de la lame. Le corps physique de la bête ayant subit trop de dommages, son entité matérielle se morcelle progressivement en une fumée noirâtre qui se disperse au vent. Sulfur, vaincu, est contraint à rejoindre le monde des esprits dont il avait été invoqué. 

(Engal) : Salopard !!

Clès écarquille les yeux en voyant fondre sur lui, au travers de la fumée sombre qui une seconde plus tôt était encore Sulfur, la lame d’Engal. Le chasseur de la DERIBEDO redresse sa propre lame pour parer le coup, laissant l’épée faire apparaître sa gueule pour tenter de mordre le mage. Mais ce-dernier a vu le coup venir, et de sa main libre il envoie une décharge électrique violente directement dans l’ouverture organique de l’arme vivante. Celle-ci pousse un hurlement de douleur avant de s’éjecter d’elle-même des mains de Clès, faisant jaillir ses pattes courtaudes avant de fuir à toutes jambes pour écumer sa souffrance à l’écart.

(Engal) : C’est amusant comme tout semble se faire écho : l’atout principal de Sulfur est sa plus grande faiblesse, mais il en va de même pour ta répugnante épée.

Les deux combattants sont à présent bien essoufflés, trempés de sueurs et recouverts de blessures. Clès affiche un léger sourire tout en se redressant, faisant un pas en arrière pour se mettre hors de portée de l’épée de son adversaire. Er’Lysan arrive d’un pas lourd dans le dos d’Engal, se servant des griffes de ses ailes comme pattes avant pour se déplacer à quatre pattes.

(Clès) : On s’est suffisamment amusés, maintenant. Si on en venait à des choses plus sérieuses ?

(Engal) : Je n’ai aucune envie d’entendre tes histoires et encore moins ton plaidoyer. Tu tentes de sauver la face parce que tu as perdu ?

Clès pousse un ricanement sombre en plaquant sa main contre sa bouche pour masquer le sourire moqueur qu’il affiche malgré lui.

(Clès) : La seule raison pour laquelle tu n’es pas encore éparpillé aux quatre vents est que je ne dois pas te tuer. Ne te berne pas d’illusions avec une quelconque « victoire ». Si j’avais lutté à mort contre toi, tu n’aurais pas vécu cinq secondes avant de te voir perforé le front d’une balle bien placée.

(Engal) : Et tu crois que ça me donne envie d’échanger autre chose avec toi que des coups ?

Clès fronce les sourcils.

(Clès) : Tu seras bien forcé.

Des coups d’œil de droite à gauche de la part du combattant invitent Engal à regarder autour de lui. Le mage constate alors avec horreur que tout autour d’eux, des murailles du camp jusqu’au devant des tentes de détention, une armée entière de N-Kar s’est mobilisé, sans doute attirée ici par l’alarme de sécurité qui avait retentit plus tôt. Implicitement, Engal tourne le dos à Clès, qui vient s’y coller d’un geste rapide, fermant l’angle mort de celui qui, une seconde encore auparavant, était son adversaire. L’épée vivante de Clès s’en revient vers lui en claudiquant, gémissant encore de la décharge qu’elle a reçue en pleine bouche. Le membre de la DERIBEDO s’en saisit par le manche et la relève contre lui, adoptant une position de couverture similaire à celle d’Engal.

(Engal) : Et on fait quoi maintenant ?

(Clès) : On attend de savoir pourquoi ils ne nous ont pas encore attaqué ?

(Vastor) : Parce que je ne leur en avais pas encore donné l’ordre.

Clès et Engal tournent la tête d’un même mouvement en direction de la voix qui vient de leur répondre : Vastor se tient fièrement au devant de ses troupes, les bras croisés sur son poitrail blindé de métal noir. L’homme masqué pousse un soupir las avant d’écarter les bras.

(Vastor) : Je reconnais avoir été surpris par votre armement magique. Les données recueillies lors de notre affrontement seront utiles à l’amélioration des produits de matérialité virtuelle Vastor.

(Clès) : Ravi pour toi.

Vastor produit un léger mouvement de la main et un déclic général se fait entendre dans tous les coins du camp : le cercle géant formé par un millier de N-Kar vient de se resserrer lorsque les machines de guerre ont pointé tous leurs fuseurs sur la même cible : Engal, Clès et Er’Lysan.

(Engal) : Et on fait quoi maintenant ? Je crois qu’il va y en avoir un peu trop pour qu’on puisse éviter ou contrer tous les tirs.

(Clès) : De toute manière je suis désarmé. Ebony et Ivory sont tombés trop loin, je ne peux pas les atteindre.

Vastor écarte les bras, l’air triomphant.

(Vastor) : Vous saisissez enfin l’ampleur de votre échec ? Vous espériez mettre fin à cette guerre avant qu’elle ne commence, mais vous en serez finalement les première victimes. Charmante ironie.

Alors que le capitaine de bataillon s’apprête à tendre le bras et à donner l’ordre de faire feu, le char Tesla, qui bouche toujours l’entrée de la « gueule de chien » explose soudainement dans une époustouflante gerbe de flammes. La détonation est si puissante qu’elle doit s’être entendue à des kilomètres à la ronde. Un nuage de fumée noir, dense et épais, s’élève de la carcasse enflammée du bipède lourd, dont des morceaux ont été projetés sur des N-Kar, les réduisant en miettes. Vastor tend son casque en direction de l’entrée du camp, comprenant avant même de le constater, ce qui est en train d’arriver. De l’entrée du camp jaillit soudainement un flot de troupes humaines hurlantes, bondissant au travers de la fumée noire comme si elle n’était qu’une petite gêne, courant sur la carcasse du char, sinuant entre les flammes qui s’en échappent, atterrissant dans la boue avant de commencer à faire feu d’une précision extrême, abattant des N-Kar à chaque tir. Vastor a un mouvement de recul avant de commander l’ordre de riposte.

(Vastor) : C’est l’escadron écarlate… la contre-attaque n’a pas tardé… FEU !! FEU A VOLONTE !!

Les fuseurs se mettent à mugir, et bientôt des salves de tirs jaillissent de tous les côtés, abattant des combattants à la pelle dans les deux camps. A l’intérieur de la « gueule de chien », la guerre vient de commencer.

Chapitre 172 Chapitre 174

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