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Ebony & Ivory

Sorti le 09/09/2011, compilé dans le Volume 20

Histoire :

Krokador est restée abasourdie par tous les évènements qui viennent de s’enchaîner. Sous ses yeux, en contrebat de la colline, elle peut voir une profusion de N-Kar sécuriser le périmètre, tandis que des batteries autoguidés de tirs de missiles prennent place autour du cortège, afin de parer à toute intervention. Il se dégage déjà une aura meurtrière, martiale et guerrière de ces mouvements de troupes coordonnés, même s’il ne s’agit que de troupes mécanisées. La guerre vient à peine d’être déclarée que son aura emplie déjà l’air tiède de cette fin d’après-midi. Les marques sur les joues de Krokador se sont atténuées, ses griffes se sont rétractées, reprenant l’apparence d’ongles normaux, et ses dents, bien que toujours effilées, n’ont plus l’apparence affirmée de crocs. La bestialité dont elle a fait preuve quelques minutes auparavant s’est évaporée, cédant la place à la surprise et au désarroi. Ce changement d’état se retrouve aussi chez les laborantins encore en état de combattre : ils sont tellement occupés à observer les mouvements des troupes d’Hydrapole, qu’ils ont l’air d’avoir oublié la jeune-fille contre laquelle ils se battaient il y a encore quelques instants. Personne ici n’a entendu la déclaration d’Urijani Vastor, le mystère de cette incursion militaire, si près d’Eidolon, est donc encore total.

(Laborantin) : Qu’est ce que c’est que ce bazar ?

(Krokador) : J’m’le d’mande bien…

Le laborantin tourne alors un visage surpris en direction de la jeune-fille qui vient de prendre la parole, et celle-ci fait de même de son côté. L’espace d’un instant, un grand blanc s’installe, comme s’il fallait un moment de latence avant que les choses se remettent en place. Soudainement, le laborantin écarquille les yeux et redresse son fusil de manière paniquée en direction de son adversaire.

(Laborantin) : Toi !! Je vais te crever !

Le bruit caractéristique de la charge plasmatique se fait entendre, mais le laborantin n’a pas le temps d’effectuer la moindre manœuvre qu’il est déjà projeté à un mètre de hauteur, le menton fracassé par un uppercut saisissant de puissance. Alors qu’il retombe au milieu de ses dents, les autres laborantins retrouvent à leur tour leurs esprits.

(Laborantin 2) : Ne relâchez pas votre attention !!

(Laborantin 3) : Il faut se coordonner !!

Il pointe du doigt deux autres laborantins, restés légèrement en retrait.

(Laborantin 3) : Nous allons occuper cette furie. Vous, essayez de retrouver Lars.

Les deux laborantins désignés hochent brièvement la tête avant de se tourner vers la descente abrupte de la colline. Ils plissent alors les paupières et tentent de localiser Lars. Bien entendu, celui-ci n’est plus près de la porte blindée de la « gueule de chien ».

(Laborantin 4) : Il a dû profiter du tumulte pour se fondre dans la foule !!

Il tourne la tête vers le laborantin qui lui a donné ses ordres, dans l’espoir de se voir aiguiller face à ce retournement de situation, mais le combat a déjà repris avec Krokador, plus féroce que jamais, et il est clair qu’il ne pourra pas obtenir d’indications supplémentaires. Il tourne les yeux vers son collègue qui pousse un soupir angoissé.

(Laborantin 5) : Elle va les mettre en pièces, on n’a pas de temps à perdre.

(Laborantin 4) : Essaie de le trouver alors !!

Les deux laborantins scrutent la masse de N-Kar et de ressortissants de l’ADT évacués, tentant de repérer la présence de Lars dans la masse et le tumulte. À quelques mètres derrière eux, Krokador est en train de nettement malmener leurs camarades, ne leur offrant même pas la possibilité de pointer leurs armes sur elle : en véritable tempête humaine, elle les balaie de coups si rapides qu’ils sont à peine visibles à l’œil nu. Soudain, le laborantin en pleine observation pointe du doigt un groupe de ressortissants, attirant l’attention de son collègue sur eux.

(Laborantin 5) : Là, je crois que c’est lui !! Il doit espérer pouvoir s’enfuir en se faisant emmener avec les prisonniers.

Sans perdre un instant de plus, et presque avec soulagement étant donné la présence menaçante de Krokador sur leurs talons, ils se laissent glisser le long de la paroi de la colline, tentant de minimiser la vitesse de leur chute. Ils parviennent finalement en bas sans trop de casse, et se saisissant de leurs fusils avant de courir à toute allure en direction du cortège de prisonniers.

Engal se redresse, le regard enflammé, tout en faisant tournoyer son épée avec férocité. L’arme vise la nuque de Clès, le nouvel arrivant. Celui-ci, visiblement surpris, se retourne tout en redressant sa propre lame pour parer le coup de justesse. Il est toutefois propulsé contre la rambarde, car il n’a pas eu le temps d’équilibrer son contre.

(Engal) : Numérote tes abatis, Derbitruc. Tout à l’heure tu m’as eu par surprise, et à distance. Maintenant, on va voir ce que tu vaux au corps à corps.

Clès pousse un grognement contrarié en se redressant, jetant un regard empli de défi à l’intention d’Engal.

(Clès) : Je ne suis pas là pour t’affronter, sorcier.

(Engal) : Fallait y réfléchir avant de me tirer dessus.

La discussion coupe court lorsque le katana virtuel de Vastor fend l’air entre les deux combattants, les rappelant soudainement à la précarité de leur situation. Le capitaine d’Hydrapole redresse sa lame, forçant Engal à se jeter en arrière, et d’un mouvement expert, profite de cette esquive malhabile pour placer un coup de pied sauvage dans le poitrail du mage. Ce-dernier est éjecté en arrière sous la puissance du coup, se retrouvant à son tour aculé à la rambarde, tandis que Vastor reporte toute son attention sur son second adversaire : Clès. Engal tente de se redresser immédiatement, mais un tir de fuseur en provenance du sol, vient percuter la rambarde à laquelle il est adossé, la pénétrant sous un angle qui la fait littéralement éclater. Le mage est happé en arrière, basculant dans le vide. Il se rattrape de justesse à un morceau de métal tordu encore fumant. Pendouillant quinze mètres au dessus du sol, avec une armée de N-Kar dont les fuseurs sont tous pointés sur lui, Engal semble tout à coup saisir la gravité de sa situation. Plusieurs tirs de fuseurs, heureusement mal cadrés, se mettent à pleuvoir tout autour de lui. Le mage plisse les paupières, tentant de trouver la force nécessaire afin de se hisser après son fragile et instable support. Rassemblant toute son énergie, il se cramponne de toutes se forces avant de remonter le haut de son corps au niveau de la plateforme. Il n’a pas le temps de distinguer ce qui s’y déroule qu’une masse blanche fond sur lui, le percutant en plein visage : il vient de réceptionner le dos de Clès, qui a vraisemblablement été éjecté avec violence par son adversaire. Le combattant de la Deribedo bascule dans le vide, entraînant dans sa chute le malheureux Engal.

(Engal) : Meeeeerde !!

Malgré la situation désespérée, le regard ophidien de Clès reste totalement serein. Engal, pour sa part, ne peut s’empêcher de céder à la panique. Il jette des coups d’œil angoissés de tous les côtés, dans l’espoir d’apercevoir Er’Lysan, mais la créature ailée est aux prises avec un groupe de N-Kar récalcitrants, et ne semble même pas avoir remarqué la chute de son maître. Alors qu’Engal croit sa dernière heure arrivée, une poigne solide le saisit par le collet. En pleine chute, Clès trouve la force de pivoter sur lui-même et d’imprimer suffisamment d’énergie dans son mouvement pour faire valdinguer Engal du coté des pattes mécaniques du char Tesla. Là, le mage, blanc comme un linge, parvient à trouver une prise, au milieu des poutres métalliques et autres câblages complexes. Clès, quant à lui, effectue une nouvelle rotation pour faire face au sol et, d’un geste si rapide qu’il semble fantomatique, dégaine ses deux revolvers. Engal prend le temps, l’espace d’un quart de seconde, de contempler la magnificence de leurs courbes, la douceur de leurs chromes et la qualité de l’ébène qui constitue leurs crosses. Le revolver de droite est d’une couleur sombre et luisante, tandis que le gauche brille et miroite de toutes parts. Leur longueur est imposante, leur finesse surprenante. Il suffit d’un simple coup d’œil pour se rendre compte que ce ne sont pas des armes conventionnelles. Comme pour venir confirmer cette impression, Clès fait feu des deux revolvers à la fois, alternant les tirs à une vitesse incroyable. De l’arme claire jaillit des éclats bleutés, tandis que des flammes rougeoyantes s’échappent du canon sombre. Quoiqu’il en soit, la puissance de ces tirs est telle qu’elle parvient à amortir la chute de Clès, tout du moins suffisamment pour qu’il puisse atterrir au sol sans trop d’encombres. Il se redresse au milieu d’un nuage de fumée, produit par la puissance de ses tirs. Au sol, gravé dans le sable, les multiples impacts ont formés une brûlure en forme de pentacle au centre duquel se tient le combattant. Engal plisse les paupières, reconnaissant là le symbole gravé sur la balle qui l’avait atteint précédemment. Toute l’admiration qu’il vient d’éprouver pour son « sauveur » disparaît à ce simple souvenir, et il détourne le visage, trouvant un appui où caller ses pieds dans les mécanismes du char Tesla. Il tourne ensuite son regard vers Er’Lysan qui, d’un coup de mâchoire, vient de faire sauter la tete d’un N-Kar comme un vulgaire bouchon de champagne.

(Engal) : Er’Lysan !! Je suis ici !!

Tandis que le monstre invoqué pivote sur lui-même d’un coup d’aile rapide avant de se diriger à toute hâte vers le char Tesla, Clès se met à tirer de tous les cotés dans une tempête de balles fulgurantes. Ses mouvements sont si rapides et précis qu’on le croirait en train d’effectuer une danse. Chacun de ses tirs trouve une cible à abattre, les N-Kar s’effondrant comme des mouches sous la puissance mystique de ces étranges balles magiques. Bien vite, les robots prennent le tireur pour cible principale, laissant de côté la protection de la plateforme du Tesla. Les salves de fuseur se mettent à pleuvoir en direction de Clès, mais celui-ci reste concentré, analysant l’arrivée des tirs pour les anticiper. L’esquive se fait à chaque fois au millimètre près, mais donne toujours lieu à une réponse sous la forme d’un tir ultra précis qui abat sans ménagement l’auteur de l’attaque initiale. Très vite, les N-Kar présents dans le camp commencent à se faire rares, et une alarme de soutien retentit à l’attention des robots présents à l’extérieur de la « gueule de chien ».
Une ombre s’abat sur Clès, soulevant un nuage de poussière à son approche. Le combattant de la DERIBEDO fait une roulade sur le côté, esquivant les serres acérées d’Er’Lysan. Juché sur le dos de la bête ailée, Engal jette un regard belliqueux vers sa cible. Son épée dans une main, une boule d’énergie électrique tournoyant dans l’autre, il fait un brusque mouvement du menton pour interpeler Clès du ton le plus méprisant qu’il puisse exprimer.

(Engal) : Qu’est ce que tu cherches à faire, ici ?

(Clès) : Ça te met hors de toi qu’un autre type ait eu la même idée que toi par rapport à ce qu’il convenait de faire dans ce camp, pas vrai ?

La boule d’énergie crépite brièvement avant d’être propulsée à toute allure en direction de Clès. Celui-ci se contente de dégainer son revolver noir et de faire feu. Lorsque la balle percute le sort électrique, une brève explosion retentit, se soldant par un curieux appel d’air tourbillonnant, annihilant le sort en plein vol en comprimant son énergie jusqu’à le faire totalement disparaître. Engal lève un sourcil, incrédule, alors qu’Er’Lysan pousse un hurlement guttural qui semble tout à fait de circonstance.

(Clès) : Ce revolver se nomme Ebony. Ses balles enchantées peuvent sans mal contrer tes sorts.

(Engal) : Peu importe la façon dont tu nommes une arme, tu ne rendras pas son usage plus louable. Ne me fais pas croire que tu es venu ici pour libérer les prisonniers… j’ai vu le carnage que tu avais perpétré. La seule chose qu’on pouvait y voir, c’était un plaisir bestial et sauvage.

Un sourire narquois déchire le visage de Clès, faisant d’autant plus ressortir ses traits reptiliens.

(Clès) : Tu as tout à fait cerné les petits excès de ma personnalité.

Alors qu’il prononce ces mots, une ombre se profile au dessus d’eux : Vastor, certainement excédé par la dévastation qu’un seul homme a pu produire dans ses rangs de N-Kar, a bondit de la plateforme du char Tesla pour mettre lui-même un terme au massacre. Au milieu de sa chute, il fait naitre une impulsion électrique depuis le centre de son poitrail, qui en s’écartant autour de son corps, prend une forme en pixels orangés commune des manifestations virtuelles qu’il semble capable de générer. Vastor génère ainsi une sorte de bulle tournoyante tout autour de son corps, qui lui permet d’atterrir au sol sans subir le moindre dommage, comme si la gravité était modifiée à l’intérieur de la sphère orange dans laquelle il évolue à présent. D’un geste de la main, il fait disparaître cette protection circulaire, qui s’éparpille dans l’air en une myriade de pixels volatiles et évanescents. Son casque noir se tourne vers Engal puis vers Clès, qui l’observent tous deux avec attention.

(Vastor) : Vous pensiez vraiment pouvoir contrer cette incursion à vous seuls ?

Engal fait prendre de la distance à Er’Lysan d’un coup d’aile.

(Engal) : On ne fait pas équipe. Je ne sais même pas qui est ce type. Pour moi, vous êtes tous les deux des ennemis.

Clès hausse brièvement les épaules d’un air dédaigneux.

(Clès) : Ça me va.

Vastor ramène son bras contre lui, générant l’énorme épée de pixel qu’il avait déjà fait apparaître plus tôt, lors de sa première altercation avec Engal. Il fait tournoyer la lame dans sa main, comme si elle ne pesait rien, avant de la faire crisser contre le sol. Visiblement, toute virtuelles qu’elles apparaissent, ces manifestations orangées ont la capacité d’interagir avec la réalité.

(Vastor) : Très bien. Alors ce sera à qui tuera les deux autres.

(Clès) : Tu peux simplifier ça comme ça, si tu le veux, annonciateur de guerre.

Urijani Vastor fait à nouveau naître l’impulsion de son poitrail pour s’entourer de sa sphère virtuelle, à l’intérieur de laquelle il se met à léviter, ses pieds s’élevant lentement à une trentaine de centimètres au-dessus du sol. Clès plisse les paupières à la vue de cette fantaisie, avant de dégainer ses deux revolvers, l’un pointé sur Engal, l’autre sur Vastor. Ce-dernier pousse un ricanement sombre face à ce mouvement.

(Vastor) : La technologie de matérialité virtuelle des industries Vastor est à la pointe du progrès. J’ai gardé pour mon usage personnel les prototypes les plus novateurs. Ne crois pas pouvoir en venir à bout avec ta pétoire vieille d’un siècle.

C’est au tour de Clès de pousser un ricanement. Il tourne la tête vers Engal, qui semble lui aussi se préparer à l’affrontement, et affiche la mine du guerrier résolu et solide.

(Clès) : Je t’ai déjà prouvé l’efficacité d’Ebony, sorcier. Tu vas à présent voir ce que vaut Ivory.

Et sans autre sommation, le revolver miroitant de Clès fait feu en direction de Vastor, qui tend son énorme épée devant lui, comme un bouclier. La sphère virtuelle, quand à elle, se met à tourbillonner à la vitesse de l’éclair, générant des arcs de pixels circulaires autour de sa masse. La balle vient percuter la sphère, contre laquelle elle ricoche, avant d’éclater contre l’un des arcs.

(Vastor) : Pitoyable. Rien n’est à même de percer ce blindage.

C’est à ce moment précis que Vastor remarque que des marques en formes de pentacles bleutés se sont imprimés sur la surface de la sphère, partout où elle est entrée en contact avec la balle.

(Vastor) : Qu… ?!

Et avant qu’il n’ait pu réagir d’avantage, Ivory fait pleuvoir une batterie de tirs sur la sphère virtuelle, qui contre chaque salve, gagnant à chaque fois une nouvelle marque en forme de pentacle. Vastor semble perdre patience, et d’un mouvement du torse, se projette, entouré de la sphère, en direction de Clès, empoignant son énorme épée dans le but de mettre un terme à l’affrontement sur un seul assaut. La vitesse de déplacement du capitaine de bataillon est effarante, la sphère transportant son corps en lévitation sans qu’il ait à produire le moindre effort. Alors que Vastor n’est plus qu’à quelques mètres de lui, Clès abaisse Ivory, avant de braquer Ebony sur son adversaire.

(Clès) : Bang.

Le tireur fait feu, quasiment à bout portant, au moment où Vastor allait abattre sa lame sur lui. La balle rougeoyante tirée par Ebony percute l’un des pentacles bleu laissé par Ivory, et une réaction en chaine terrifiante se produit. Le premier pentacle s’enroule sur lui-même jusqu’à disparaitre, et génère une micro explosion à sa disparition, celle-ci entrainant la détonation de tous les pentacles voisins. En une fraction de seconde, Vastor se retrouve plongé au milieu d’un tonnerre d’explosions miniatures à la violence inouïe. Il est soufflé hors de sa sphère virtuelle, projeté au sol où il fait de multiples tonneaux avant de s’immobiliser, une dizaine de mètres plus loin. Clès affiche un regard satisfait avant de joindre Ebony et Ivory en direction du capitaine de bataillon, prêt à faire simultanément feu de ses deux armes. Mais une masse chitineuse s’abat sur lui, le déstabilisant. Ses deux tirs se perdent dans le ciel, tandis qu’il est propulsé au sol, à la merci de Sulfur, qui vient de rejoindre le combat. La créature à la gueule béante pousse un hurlement strident avant de faire tournoyer ses multiples rangées de dents. Clès roule sur le coté avant de se redresser d’un bond, s’éloignant autant qu’il peut de la bête féroce et effroyable qui vient de l’attaquer. Engal, qui n’a pas perdu une miette de la correction que vient d’infliger Clès à Vastor, n’a pas l’air de vouloir faire preuve de pacifisme. Le combattant de la DERIBEDO pousse un soupir de lassitude avant de rengainer ses deux revolvers.

(Engal) : Ne me sous-estime pas.

(Clès) : Bien au contraire, sorcier.

Clès dégaine alors son énorme épée, celle qui avait signé son entrée en matière, quelques minutes auparavant, sur la plateforme du char Tesla. Engal remarque pour la première fois sa forme des plus singulière : le bout de l’arme se sépare en deux partie latérales qui remonte en courbes de chaque coté de la lame, donnant presque à cette partie de l’épée l’apparence d’une ancre. Clès pointe cette énorme lame en direction d’Engal, comme si elle était aussi légère qu’une plume.

(Clès) : Si tu n’as pas encore compris que je ne voulais pas ta mort, je ne vois pas d’autre moyen que de t’écraser la gueule pour te le faire comprendre.

(Engal) : Drôle de logique. Tu es décidément une personne très ambivalente.

(Clès) : C’est le moins qu’on puisse dire.

Alors qu’il lâche ses mots, une sorte de mouvement se met à animer son épée, comme un spasme violent parcourant la lame. Le bout de celle-ci se met alors à ondoyer, comme si une vie se mettait en mouvement sous la surface du métal. Confirmant cette impression, deux fentes s’ouvrent à ce niveau de l’arme, laissant apparaître des globes oculaires féroces et menaçants. Engal a un mouvement de recul face à cette apparition, qui parvient même à affoler légèrement Er’Lysan. Pour conclure dans l’horreur, le revers de la lame se fend d’une énorme bouche garnie de dents d’où se met à éructer un flot de bave épaisse et ruisselante. Une énorme langue, recouverte de muqueuse, s’extrait de l’ouverture, pourléchant les babines métalliques qui servent de lèvres à cette épée vivante. L’arme produit un grognement féroce qui semble ravir Clès. Celui-ci, saisissant l’expression de surprise de son adversaire, hausse les épaules avec dédain.

(Clès) : Quoi ?! Tu as vu les horreurs que tu invoques ? Ne vas pas me dire qu’un truc comme ça te surprend ?!

Quelques instants plus tôt.
Lars a les bras repliés contre son torse, en une position de protection quasiment fœtale. Il avance parmi un groupe de prisonniers, tentant d’ignorer les regards curieux et suspicieux qui se posent sur lui. Il n’était pas emprisonné à la « gueule de chien », et pour l’instant personne ne semble avoir osé lui en faire la remarque, le soulagement de la libération et la peur de l’inconnu motivant les pensées de la plupart des fuyards. Tout autour du cortège, de lourds N-Kar fortement armés montent la garde, guidant les réfugiés dans des transports de troupes vides, qui forment la colonne vertébrale du bataillon, autour de laquelle s’articule toute la défense des troupes mécanisées. Bien qu’il s’agisse d’une libération, cet encadrement strict donne plus l’impression d’assister à un transfert de prisonniers. Lars baisse honteusement la tête en tournant le regard vers le sommet de la colline, où il entraperçoit la silhouette gesticulante de Krokador et des laborantins. Il apparaît désolé de s’enfuir comme ça en la laissant derrière elle, mais elle semble capable de se débrouiller seule, alors que lui a un besoin urgent de disparaître, et cette occasion est trop belle pour être manquée. S’il parvient à se fondre dans la masse des prisonniers et à être évacué à Hydrapole, il pourra partir vers le Nord, disparaître dans la nature, et la LA² ne pourra jamais remettre la main sur lui. Tandis que ces pensées lui traversent l’esprit, une sorte d’alarme étrange, à la sonorité robotique, se fait entendre depuis l’enceinte de la « gueule de chien ». Tout le monde se retourne vers le camp, un air angoissé imprimé sur le visage. L’énorme char Tesla bouche toujours l’entrée principale, mais des bruits de bataille se font entendre depuis l’intérieur des murs. A la simple audition de cet avertissement sonore, la quasi-totalité des N-Kar quitte son poste d’escorte pour se diriger d’un pas lent et lourd vers le camp, laissant les prisonniers dans l’expectative, sans la moindre explication. Un murmure d’incompréhension et d’inquiétude se met à agiter la foule anxieuse, et Lars ressent tout à coup un puissant devers de moral face à cette nouvelle entrave à son évasion. Comme pour conforter encore plus son désespoir, il aperçoit nettement deux laborantins qui arrivent au pas de course dans sa direction. Il a été repéré avant d’avoir le temps de disparaître dans un véhicule. Avec agitation, il tente de se dissimuler dans la foule, se baissant et se frayant un chemin au travers des corps resserrés et crispés. Bien vite, son agitation provoque des râles et des protestations parmi les évacués, qui le repoussent avec violence.

(Ressortissant) : Hey, tu fais la queue comme les autres !!

(Ressortissant 2) : D’ailleurs, tu es qui, toi ? Je t’ai jamais vu dans le camp !!

Des larmes de désespoir se mettent à poindre aux coins des yeux de Lars, qui tentent une nouvelle fois de passer en force, et reçoit pour toute récompense un coup de coude en plein visage, qui le fait glisser à terre. Lars comprend qu’il n’a plus aucune chance de fuir par se biais, et se glisse entre les jambes des ressortissants jusqu’à quitter le cortège du côté opposé à celui par lequel les laborantins sont en train d’arriver. Il espère ainsi gagner du temps et compenser la lenteur de sa course, due à son épuisement. Un hurlement de douleur le fait cependant se retourner et il constate avec horreur que les laborantins n’hésitent pas à ouvrir le feu sur la foule afin de libérer un passage. Une dizaine de personnes s’effondre au sol, agitées de spasmes violents, le corps parcouru d’arcs plasmatiques.

(Ressortissant) : C’EST L’ADM !!! FUYEZ POUR VOS VIES !!

L’attaque des laborantins concrétise toute l’angoisse des prisonniers qui culmine ici à son point d’orgue et éclate en une panique généralisée. Le cortège s’éparpille de façon éparse, tous les prisonniers se mettant à courir en tout sens, prenant la fuite dans toutes les directions. Lars est bousculé à de nombreuses reprises, et a du mal à conserver son équilibre. Ce mouvement de panique a mis les défenses du bataillon mécanisé en alerte. Les robots encore inactifs se mettent en marche, tentant de canaliser la foule tout en recherchant l’origine de l’attaque. Une alarme de sécurité générale, similaire à celle provenant de la « gueule de chien » retentit alors au cœur même du bataillon, mettant toutes les troupes en état d’alerte. L’évasion du camp se transforme soudainement en une véritable panique généralisée où il devient vraiment difficile de déterminer qui aide qui. Lars est contraint de repartir en arrière, vers la cloison est de la « gueule de chien ». Le sol boueux est terriblement spongieux dans cette partie de la lande, et il se rend compte avec effroi que très peu de ressortissants ont décidé de fuir dans cette direction, ce qui le rend immédiatement visible aux yeux des laborantins. Des salves plasmatiques sont tirées dans sa direction, les sommations n’ont plus lieu d’être : ils veulent l’attraper, peu importe l’état dans lequel il sera capturé. Lars est au-delà de la fatigue, au-delà de l’épuisement, dans une phase où le corps se vide ouvertement de toute son énergie dans un dernier élan qui ne peut avoir de suite après s’être soldé. Il ne peut stopper sa course, alors même qu’il sait qu’il n’a aucune chance d’en réchapper. Presque pour se persuader du contraire, il risque un coup d’œil en arrière qui ne fait que lui confirmer que ses chances de succès sont anéanties : les laborantins sont quasiment sur lui. La tête tournée, les idées s’entrechoquant, sa capacité de perception totalement bridée, Lars ne voit pas venir vers lui l’antigrav qui file au travers de la lande, en direction de l’entrée de la « gueule de chien ». Au dernier moment, le véhicule opère un freinage d’urgence et bifurque sur la droite. Le nez de l’appareil se plante dans la boue, et la machine s’immobilise, le moteur se noyant sous un flot de liquide et de terre humide. Lars s’emplafonne violemment dans la portière de l’antigrav, avant de s’effondrer sur le sol spongieux, à moitié sonné. La dernière chose qu’il voit avant de chuter est le visage charmant d’une jeune-fille derrière la vitre du véhicule, qui le contemple avec de grands et beaux yeux verts emplis de curiosité. Les laborantins sont quasiment arrivés au niveau du véhicule lorsque Samantha s’en extraie, les cheveux ébouriffés et la mine blafarde.

(Samantha) : Qu’est ce que c’est encore que ce souc ?!

Chapitre 171 Chapitre 173

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