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Clès

Sorti le 25/08/2011, compilé dans le Volume 19

Histoire :

La chambre des Armées Sénatoriales d’Eidolon est un immense amphithéâtre circulaire au centre duquel se tient une longue et somptueuse table de marbre, recouverte de gravures héroïques. Tous les gradés des différents corps d’armées d’Eidolon sont assis dans les gradins, gesticulant et vociférant face à l’écran géant fixé au plafond, qui est en train de retransmettre en boucle le discours d’Urijani Vastor. Nettement plus calmes, quoique visiblement inquiets, les états-majors sont installés autour de la magnifique table, et semblent attendre les ordres de Yuri Whyze, nonchalamment installé au bout, l’air las, un demi-sourire figé sur le visage. Les yeux dans le vide, il semble attendre un appel au calme. La déclaration de Vastor résonne en fond sonore, au-delà du tumulte militaire de l’assemblée en panique. Soudainement, la porte centrale, donnant directement sur la table de l’état-major, s’ouvre à la volée, laissant apparaître le colonel Mullen et sa suite personnelle. Le leader de l’Armée des Steppes affiche une mine effroyablement contrariée, et Yuri Whyze esquisse un mouvement à son approche, se redressant dans son fauteuil en lui offrant un sourire de circonstance. Face à cette entrée fracassante et à ce premier mouvement du généralissime, un calme plat s’abat dans l’assemblée. Mullen s’arrête à l’autre bout de la table, y prenant appui du plat des deux mains. Il jette un regard furieux à l’attention de Yuri.

(Mullen) : Tu savais que ça allait arriver, Yuri ! Comment ces cohortes hostiles ont-elles pu passer les frontières et arriver si près d’Eidolon sans même qu’on les remarque ?! Tu les as laissé venir, avoue-le !!

Le sourire du généralissime s’efface lentement de son visage, tandis que ses paupières se plissent. Tout le monde a l’air de redouter la réaction de Yuri face à la provocation de son frère, et personne n’ose intervenir dans cette amorce de joute verbale. Cependant, le généralissime ne se laisse pas emporter, et retombe mollement au fond de son siège, l’air satisfait.

(Yuri) : N’est-ce-pas à l’Armée des Steppes que j’ai offert la garde des terres Lucrates ? Il me semble que ces bataillons hydrapoliens ont du traverser tes terres pour arriver jusqu’à nous et nous délivrer ce message si… amical. N’ai-je pas raison ?

Mullen reste interdit face à ce retournement. La colère transpire littéralement de chacun de ses pores.

(Mullen) : Tu as quasiment destitué mon armée !! Et tu attendais de moi que j’assure la garde d’un territoire aussi vaste ? Tu veux me faire porter le chapeau ou quoi ?

(Yuri) : Excuse-moi, mais qui est entré en trombe dans cette assemblée afin de taper du poing sur la table ? Tu prétends exiger des explications en m’accusant de mener mon pays à la guerre, de m’associer avec l’ennemi pour je ne sais quel plan funeste ? Mais de nous deux, qui apparaît le plus à-même de trahir notre nation ? Dois-je rappeler à tous la raison pour laquelle j’ai mis un frein aux subventions allouées à ton armée ?

Mullen reste muet, mais commence à pâlir, comme s’il comprenait soudain que cette histoire pourrait sentir mauvais pour lui. Yuri reste d’un calme olympien, toisant son frère de son œil unique, cet imperturbable sourire satisfait imprimé sur le visage.

(Yuri) : Tu es associé de près au mouvement technologique. Tu as des partenariats avec des lobbys scientifiques originaire d’Hydrapole, je me trompe ? La LA², L’UE, la Pandora Corporation, ça ne te dit rien ? Certains relevés de compte prouvent même que tu as déjà fait affaire avec la Vastor&co, dont le leader vient très gentiment de nous déclarer la guerre.

Un murmure commence à s’élever de la foule, quelques mots volent aux oreilles de Yuri et de Mullen, « traitre » et « séparatiste » n’étant que le début d’une avalanche verbale s’annonçant nettement moins polie. Yuri se redresse et écarte les bras en direction de l’assemblée, semblant s’emporter de colère.

(Yuri) : NON !! Non, non, non, messieurs !! Je ne vous laisserais pas accuser mon frère de quoique ce soit. Vous lui devez le respect, autant qu’à moi. Jamais il ne nous trahirait et je m’en porte garant. Je m’excuse si mes propos ont pu vous induire en erreur à son sujet.

Un silence total retombe sur les responsables militaires qui boivent les paroles de Yuri comme de l’eau purificatrice. L’attention du généralissime se reporte sur son frère qui le dévisage d’un air empli d’incompréhension.

(Yuri) : Je ne t’accuse de rien, Edward Mullen Whyze. Je pense que tout ceci est arrivé en raison d’un concours de circonstance très fâcheux. Il n’y a personne à tenir pour responsable. Mais à présent des mesures doivent être prises vis-à-vis de cette attaque.

Mullen est crispé. Il serre les poings avant de finalement laisser son corps chuter sur la chaise vacante qui lui est habituellement attribuée. Un silence de plomb règne dans l’assemblée, tous les regards sont portés sur les deux frères. Finalement, le colonel pousse un soupir, et d’une voix graveleuse, il demande :

(Mullen) : Et donc, que réponds-tu à cette déclaration de guerre ?

(Yuri) : Nous sommes un peuple guerrier, belliqueux par excellence. Le monde entier craint notre armée, notre force de frappe et la puissance de nos bataillons. Hydrapole est parfaitement au courant de cela, et nous attaque malgré tout. Que pouvons-nous faire, si ce n’est leur donner ce qu’ils sont venus chercher ?

Un tumulte incontrôlable agite alors toute l’assemblée, et aucun appel au calme ne semble en mesure de faire revenir le silence au sein de cette cohorte de militaires. Les applaudissements se confondent aux appels à la guerre, et d’un seul mouvement, tout le monde se joint à la décision de Yuri. Ce-dernier se redresse alors d’un coup sec et tape d’un poing ferme sur la table, une expression de délicieuse cruauté imprimée sur le visage.

(Yuri) : Envoyez les bataillons de première classe de l’Armée Sénatoriale contrer les troupes d’Hydrapole dans tous les camps entourant Eidolon. Donnez leur l’ordre de les mettre en pièces, et n’épargnez pas les ressortissants de l’ADT qu’ils sont venus libérer !!

L’amphithéâtre gronde sous les aboiements des gradés et le martellement de leurs bottes tandis qu’ils se précipitent vers l’extérieur pour donner leurs ordres. Yuri se dirige calmement vers Mullen et s’assoit sur le bord de la table de marbre, juste à coté de lui.

(Yuri) : Es-tu désireux de regagner mon estime, mon frère ?

(Mullen) : L’estime que me porte notre père, le général Baal, me suffit amplement. Mais j’obéirais aux ordres du généralissime Whyze.

Yuri hoche la tête, son expression s’assombrissant à l’évocation de son père.

(Yuri) : Tu vas prendre la tête de l’escadron écarlate pour contrer les troupes de Vastor à la gueule de chien. J’ai besoin de quelqu’un de confiance, là-bas.

Mullen tourne un regard surpris et légèrement effrayé en direction de son frère, ne sachant visiblement pas trop à quoi s’attendre venant de sa part.

(Mullen) : Ce Vastor est-il aussi terrible qu’on le prétend ?

Yuri pousse un ricanement en se redressant, avant de tourner le dos à son frère pour se diriger vers la sortie centrale de l’amphithéâtre, réservée aux membres de l’état major. Sans reporter son attention vers lui, il lui répond toutefois, en s’éloignant.

(Yuri) : Il est bien pire encore…

Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, Samantha contemple l’écran vidéo incrusté dans le tableau de bord de son antigrav léger, qui est en train de retransmettre en direct la fin du discours d’Urijani Vastor. L’inhumanité du personnage est encore plus renforcée par son image vidéo. Tremblante, Samantha extraie sa tête par la fenêtre conducteur de son véhicule, arrêté sur les collines boueuses surplombant la lande où s’étend, à une centaine de mètres plus loin, les contreforts de la « gueule de chien ». Sa crainte se voit alors confirmée par la présence clairement visible d’un corps d’armée mécanisé investissant le camp et s’étendant en-dehors de ce dernier sur environ deux cent mètres en un hostile cortège d’acier. Oy, assise tranquillement du côté passager, n’a pas l’air de prendre une pleine mesure de la gravité de la situation. Elle se contente de montrer le camp d’un geste vague de la main.

(Oy) : Oncle Engal est-il toujours là-bas ?

Samantha opine du chef avant de rentrer la tête à l’intérieur du véhicule et de porter la main à la mise en contact de son oreillette.

(Samantha) : Engal, tu m’entends ? Ca fait plus de dix minutes que je n’arrive pas à te joindre !!

Elle n’obtient que de vagues grésillements en guise de réponse. Bien entendu, elle ne peut pas savoir qu’Engal a fait tomber son dispositif de communication lorsqu’il a été attaqué dans la tente-réfectoire. D’un geste rageur, Samantha retire l’appareil de son oreille et le jette avec rage et panique sur la plage arrière. Oy tourne vers elle un visage inquiet, contemplant sa « mère » prise par un intense sentiment de perplexité et d’hésitation. Comme pour répondre à sa place, Oy lui attrape la main.

(Oy) : Il ne faut pas le laisser là-bas.

Samantha hoche farouchement la tête, comme si cette petite voix avait été celle de sa conscience.

(Samantha) : Tu as raison, ma chérie.

Elle met alors le contact d’un geste tremblant en serrant les dents, et fait pivoter son antigrav pour l’aligner avec la pente douce de la colline, s’apprêtant à faire foncer son véhicule jusqu’à la « gueule de chien ».

(Samantha) : Je t’en prie Engal, ne fais rien de stupide…

Engal écarte les bras. Il est encore la seule personne présente dans le camp au moment de l’invasion d’Hydrapole qui n’ait pas encore fuit vers l’extérieur. Debout au milieu de la cour boueuse menant vers la sortie de la « gueule de chien », il ne manque pas d’attirer l’attention. Depuis la plateforme extérieure de son char Tesla, Vastor ne manque pas de remarquer cet individu gesticulant seul devant lui.

(Engal) : HEY !!! TOI, LA-HAUT, ESPECE DE BOITE DE CONSERVE HUMAINE !!

Vastor pousse un soupir et fait un signe de la main à un groupe de N-Kar à proximité afin d’appréhender ce qui lui semble être un illuminé. Les robots avancent alors d’un pas écrasant en direction d’Engal, pointant leurs multifuseurs lourds dans sa direction.

(Engal) : J’AI UNE CONFESSION À TE FAIRE, À TOI ET AU RESTE DU MONDE !! BOUGE PAS, J’ARRIVE !

Engal se met à avancer sans hésitation en direction du char Tesla. Prenant ce mouvement comme une menace, les N-Kar font chauffer les turbines de leurs multifuseurs. Engal se contente de pointer son épée dans leur direction.

(Engal) : Sharoz’leona ! La foudre blanche !!

Une décharge électrique jaillit de la main d’Engal et se poursuit jusque dans la lame de sa large épée. La pointe de celle-ci projette alors une impressionnante décharge bleutée qui vient frapper le groupe de N-Kar de plein fouet. Le blindage des robots ne les protège pas d’une bonne décharge, qui perturbe leurs circuits et les met sur la touche suffisamment longtemps pour permettre à Engal d’atteindre les pieds massifs du char Tesla, à moitié enfoncés dans la boue. Sur la plateforme, Vastor n’a rien perdu de ce qui vient de se passer. D’un mouvement calme, il se saisit de son vocodeur, afin d’alerter ses troupes de ce qui se passe.

(Vastor) : Un mage de haut niveau était présent à l’entrée du camp. Ordre à toutes les unités en présence de l’abattre à vue.

Une fois ces mots lâchés, Vastor tend son bras sur le coté et y applique une légère poussée. Une sorte de cliquetis métallique se fait entendre, devenant de plus en plus nette au fur et à mesure que des vapeurs orangées s’extraient de l’avant bras de Vastor. Cette nappe brumeuse se détaille peu à peu comme une mosaïque de pixels orange et translucides en mouvement, de petits carrés d’à peine une millimètre de diamètres, s’emboitant les uns dans les autres pour prendre la forme d’une énorme épée entre la main tendue du chef d’escadron d’Hydrapole. La lame gigantesque, orange et translucide, donne l’impression d’être un objet virtuel apparu dans le réel, ce qui expliquerait sans doute pourquoi elle donne l’impression de ne rien peser.
Vastor se dirige alors vers le bord de la plateforme pour regarder en contrebat et juger de l’avancée de son assaillant solitaire. Au même moment, Engal apparait à ses yeux, juché sur Er‘Lysan, la bête volante portant un coup de mâchoire à l’attention du capitaine. Celui-ci, visiblement surpris malgré l’inexpressivité de son casque noir, se jette en arrière, esquivant le coup avec aisance. Engal affiche un sourire empli d’assurance, les cheveux battant au vent sous le souffle provoqué par les coups d’aile répétés d’Er’Lysan. Le mage fait approcher sa monture de la bordure de la plateforme afin d’y atterrir, mais des tirs de fuseurs se mettent à jaillir depuis les plateformes de surveillance du camp : les N-Kar ont entendu l’ordre de leur supérieur et y obéissent fermement, avec une violence de tir affirmée. Engal est contraint de faire brusquement reculer Er’Lysan, afin d’éviter que ce-dernier n’y laisse des plumes. Le plasma rouge en provenance des fuseurs passe à ras de la gueule de la bête volante, qui pousse un hurlement enragé.

(Engal) : SULFUR !! CHARGE DE TOI DE CES GUIGNOLS !!

Comme si sa simple évocation devait signifier son apparition, Sulfur jaillit de l’arrière d’une tente, son énorme gueule béante tournoyant déjà en une terrifiante spirale de crocs. Le quadrupède massif rejoint d’un bond la plateforme où étaient situés les N-Kar et les percute violemment avant d’y atterrir. Deux des robots sont projetés au sol, dix mètres plus bas, achevant leur existence dans la boue de la « gueule de chien ». Le dernier n’a pas même le temps de pointer son fuseur sur Sulfur que le monstre l’a déjà coincé dans sa gueule. Comme attiré par une force irrésistible, le N-Kar se retrouve engoncé dans l’orifice tournoyant où il est réduit à l’état de limaille de fer en l’espace de quelques secondes à peine. Engal porte une main rassurante à la crinière noire d’Er’Lysan et lui murmure à l’oreille.

(Engal) : Faisons vite, d’autres ne vont pas tarder, ça grouille dans le coin.

D’un coup d’aile rapide, Er’Lysan rejoint la plateforme, laissant Engal y atterrir. Le mage fait un geste de la main en direction de sa monture pour l’inviter à s’éloigner. Le dragon obéit à la seconde et fait demi-tour d’un coup d’aile avant de fondre en piqué sur deux N-Kar venus en renfort, et qui ne résistent pas, malheureusement pour eux, à la puissance des serres de la créature.
L’épée virtuelle de Vastor vient s’abattre en direction d’Engal. Celui-ci fait un pas sur le coté pour esquiver de justesse la lame, qui tranche la rambarde de la plateforme comme si elle n’était que du vulgaire carton. Toute virtuelle qu’elle semble, cette arme provoque des dégâts bien réels. Engal fait un moulinet de sa propre épée, dans le but d’entrechoquer celle de Vastor pour l’immobiliser, mais l’arme du mage passe au travers de la lame orangée comme si elle n’était qu’un mirage imperceptible. Vastor se redresse alors d’un bond, ne laissant pas même à Engal le temps d’afficher une expression surprise. Le casque noir vient percuter avec une violence inouïe la mâchoire du mage, ce qui envoie ce-dernier voler contre la rambarde. Malgré sa petite taille et son aspect quelque peu maigrelet, le capitaine Urijani Vastor ne semble pas avoir usurpé son grade. Du sang s’écoule de la bouche meurtrie d’Engal qui envoie un regard assassin à son adversaire.

(Engal) : Ce que j’ai à dire pourrait peut-être empêcher cette guerre.

(Vastor) : Pauvre idiot… cette guerre, nous l’avons tous souhaité.

(Engal) : Quoi ?!

N’ajoutant pas le moindre mot, Vastor redresse son énorme lame avec une facilité déconcertante, prêt à l’abattre sur Engal pour le trancher en deux. Mais le mage tend sa main devant lui, arrivant quasiment jusqu’au contact du poitrail de son adversaire.

(Engal) : Sharoz’leona !!

Une puissante décharge électrique vient percuter Vastor de plein fouet, l’envoyant voler en arrière avec violence. Le capitaine d’escadron percute le mur de soutien de la plateforme et retombe au sol, visiblement sonné. Son épée virtuelle se dématérialise dans un flash orangé. Engal pousse un soupir en affichant une grimace endolorie, avant de se précipiter jusqu’au moniteur de transmission qu’a utilisé Vastor pour retransmettre son discours. Le mage semble hésiter un instant face à l’appareil, ne semblant pas tout à fait comprendre comment il fonctionne, puis se décide à pianoter un peu n’importe comment, au petit bonheur la chance. Plusieurs tirs de fuseur s’abattent alors de toutes parts autour de la plateforme. Les N-Kar en contrebat sont à présent arrivés en masse, et le concours d’Er’Lysan et de Sulfur n’a pas l’air à même de suffire à les repousser. Au bout de quelques secondes, Engal finit par appuyer sur le bouton de mise en contact, ce qui affiche à l’écran le message « retransmission directe ». Engal se penche alors vers la caméra, le souffle court, la tête enfoncé dans les épaules, tandis que pleut autour de lui des tirs de plasma rougeoyant.

(Engal) : Ici Engal Cipheri qui vous parle depuis la « gueule de chien ». J’ai mis notre pote robotique sur le carreau alors j’ai décidé d’en profiter pour vous transmettre un message à tous. ‘Pas trop le temps de rentrer dans les détails alors on va faire bref…

Samantha, au volant de son antigrav, manque de renverser le véhicule en voyant le visage d’Engal apparaître à l’écran du tableau de bord. Oy pousse un petit rire en pointant le téléviseur du doigt.

(Oy) : Voilà oncle Engal !!

(Samantha) : Rien de stupide ?! J’avais tort d’espérer ça de lui !!

Un tir de fuseur manque de toucher Engal qui se baisse au-dernier moment pour éviter la salve. Une mèche de ses cheveux s’enflamme et il se tapote la tête en poussant un cri de surprise et de panique. Oy ne peut s’empêcher de rire face à ces pitreries retransmises en direct dans le monde entier, mais Samantha n’a pas l’air d’apprécier le spectacle, car elle a vu la lueur de sérieux et de résignation qui brille dans le regard de son ami.

(Engal) : Je suis un mage !! D’ailleurs je suis même un mage extrémiste qui déteste la technologie et les technopartisans !! Et pourtant je suis venu à la « gueule de chien » dans le but de libérer les ressortissants de l’ADT. Je voulais faire ça pour tenter de me dédouaner de mes fautes, pour racheter les horreurs dont je suis responsable… car tout est de ma faute, d’accord ?!

Samantha affiche une mine de plus en plus inquiète face à ce qu’est en train dé déblatérer Engal d’une voix paniquée et précipitée.

(Engal) : Cette déclaration de guerre est due aux tirs des missiles lors de la prise d’otages du CREAE et de tout ce qui en a découlé, pas vrai ?! Alors qu’on ne condamne pas le monde entier à souffrir pour ce drame !! Je suis prêt à prendre mes responsabilités, si cela peut éviter cette guerre, d’accord ?! Car en réalité…

Engal ferme les yeux et pousse un grand soupir…

(Engal) : … je ne sais pas comment c’est arrivé, mais c’est moi qui ait tiré ces missiles depuis le CREAE. C’est à moi que doit imputer cette responsabilité, et je suis prêt à le payer de ma vie, si cela peut empêcher cette guerre. Vous voulez un responsable à blâmer ? C’est moi !! Je…

Le mage rouvre les yeux et constate avec horreur le message « connexion coupée » briller en rouge au milieu de l’écran de transmission.

(Engal) : Qu’est ce qu… ?

(Vastor) : Quelle touchante déclaration… dommage que personne n’ait pu l’entendre.

Vastor se tient fièrement derrière le mage, les câbles de raccord du moniteur de transmission tranchés entre les mains. Engal affiche une mine effondrée, tout son courage et toute sa motivation envolée face à ce retour de manivelle fracassant, alors même qu’il avait enfin réussi à extérioriser sa culpabilité. Le mage tombe à genoux devant Vastor, lâchant son épée au sol, résigné à l’abandon.

(Engal) : Pourquoi… pourquoi faites-vous cela ?

(Vastor) : Mon cher… parce que ce monde doit évoluer.

Le cliquetis métallique se fait à nouveau entendre depuis l’avant bras de Vastor jusqu’à sa main, les pixels orangés prenant cette fois-ci la forme d’une lame bien plus affinée, ressemblant fortement à un katana. Le capitaine d’escadron vient caler sa lame virtuelle dans le creux du cou de son adversaire, vaincu psychologiquement.

(Vastor) : Tu as contribué à ta manière à l’essor d’un âge nouveau. Maintenant, je t’invite à prendre un peu de repos.

Vastor redresse la lame, prêt à l’abattre pour décapiter Engal. Mais lorsque son épée retombe pour donner la mort, elle est arrêtée en plein mouvement dans un tintement métallique. Vastor tourne la tête pour constater la présence d’un nouvel arrivant sur la plateforme du char Tesla. Ce qui a arrêté son coup, pourtant immatériel, est une énorme épée à deux mains, à la brillance opaline. A son bout se tient un homme d’une trentaine d’année, à l’aspect effrayant et carnassier. Il a des cheveux mi-longs de couleur brun foncé, qui retombent de manière éparse et effilée devant ses yeux fins aux pupilles cruelles. L’aspect émacié de son visage, l’inclination de son regard, la tournure torve de sa bouche, fine et pâle, lui donnent un aspect reptilien très affirmé et dérangeant. Il porte une sorte de longue veste blanche uniquement fixée par son col montant et qui s’écarte au niveau de son poitrail pour laisser voir en détail tout le reste de son habillement. En dessous se trouve un haut noir très moulant, laissant voir sa musculature finement taillée, ainsi que sa minceur inquiétante. Sa ceinture est large et recouverte de motifs entrecroisés, maintenus entre eux par des clous métalliques. À celle-ci est attaché un demi-tabard recouvert de multiples autres ceinturons, visant certainement à fixer des accessoires de voyage et des armes de combat rapproché. Une sorte de bout de tissu, plus petit, est rattaché au dessus du demi-tabard par deux cordelettes de cuivre : d’une couleur pourpre, il apparaît sale et terni, comme s’il avait été ramassé sur un champ de bataille et n’avait jamais été lavé depuis. L’individu porte un pantalon noir de traque et de lourdes rangers aux pieds, lui permettant sans doute de voyager sur tout type de terrain. Engal jette un coup d’œil et aperçoit, accrochés de chaque côté de sa ceinture, deux holsters contenant des revolvers de formes étranges, tout de chrome et d’ébène.   
L’étrange arrivant redresse son énorme épée avec une aisance inouïe, projetant la lame virtuelle de Vastor en arrière, ce qui entraine ce dernier à suivre le même mouvement. Le regard serpentin et cruel de l’individu se tourne alors vers Engal qu’il scrute avec intensité. D’un souffle, il se met à parler d’une voix chuchotante et dérangeante, rauque et sèche.

(Homme) : Si tu tenais tant que ça à mourir, j’aurais dû te viser au cœur.

Engal écarquille les yeux en constatant que cet homme qui vient de lui sauver la vie n’est ni plus ni moins que l’individu tapis dans l’ombre de la tente-réfectoire, qui a ouvert le feu sur lui d’une balle magique. L’homme saisit Engal au collet et d’un geste brusque et sans ménagement, le remet sur ses pieds comme s’il s’était agit d’un enfant de dix ans. Le mage écarquille les yeux face à la force brute de son « sauveur ». L’individu se détourne alors de lui et pivote sur ses pieds en manœuvrant son énorme lame pour venir contrer un coup rapide et précis de Vastor, qui a retrouvé l’équilibre. Malgré son casque noir inexpressif, le capitaine de bataillon a l’air surpris que sa lame virtuelle puisse être contrée par un objet physique apparemment normal. L’homme tourne un visage souriant à Engal, bien que son expression n’ait rien de rassurant.

(Clès) : Clès, de la DERIBEDO. Si tu veux bien m’excuser, je suis à toi dans une petite minute.

Chapitre 170 Chapitre 172

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