Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 170

.:: Chapitre 170 ::.
Déclaration de guerre

Sorti le 4/08/2011, compilé dans le Volume 19

Histoire :

La balle noire au pentacle flamboyant, encore souillée du sang d’Engal, repose à présent sur le sol boueux, devant l’entrée de la tente où a eu lieu le massacre. Une ombre surplombe soudain la douille, s’arrêtant juste au dessus, comme fascinée par une surprenante découverte. Une main gantée de noir surplombée par une bordure de manche en cuir d’un blanc étincelant, descend vers le sol, saisissant la balle magique entre le pouce et l’index. La balle remonte devant les yeux rouges et flamboyants de cet être qui projetait son ombre sur elle. Celui-ci plisse les sourcils, comme s’il venait soudainement de remarquer quelque chose. Un petit boitier avec un écran à cristaux liquides fait son apparition dans l’autre main du mystérieux individu. Une sorte d’aiguillon est enclenché dans l’appareil, et d’un geste précis, il est amené à entrer en contact avec le sang d’Engal, toujours présent sur la balle. Au bout d’une seconde à peine, l’écran du boitier s’illumine d’un vert étincelant, et le mot « compatible » fait son apparition en surbrillance. Un léger ricanement se fait entendre, dans lequel point tout à la fois un air de surprise. L’individu relâche alors la balle au sol, la laissant s’écraser dans la boue avant de disparaitre dans la brume du camp désert.

Le poing de Krokador vient s’enfoncer dans l’estomac du LA qui l’a attaqué par derrière. Sous la puissance du coup, celui-ci est plié en deux, son faciès dénué d’expression jurant de manière presque humoristique avec la torsion violente que subit son corps. Il vole trois mètres plus loin, atterrissant dans la boue où il glisse encore sur une bonne longueur avant de s’immobiliser. Krokador ne perd pas une seconde pour éviter l’assaut de son deuxième assaillant, bondissant lestement en arrière avant de repartir vers l’avant, genou redressé. Ce-dernier vient percuter la mâchoire du LA avec une telle violence que son corps fait un salto arrière avant d’atterrir platement dans la boue. Lars se redresse en prenant appui contre la grande porte de métal, un regard admiratif porté sur sa sauveuse. Krokador se tourne vers lui, redressant fièrement la tête, les mains plaquées de chaque coté de ses hanches, le vent agitant la petite cape rouge nouée à son cou. Cette pose héroïque apparaît évidemment surfaite, ce qui fait naître un sourire sur le visage tuméfié et épuisé de Lars.

(Lars) : Impressionnant. Et qui dois-je remercier ?

(Krokador) : Mon nom, c’Krokador, mais t’peux m’app’ler « Kro ». Et c’pas b’soin d’me r’mercier.

Le regard de Lars s’assombrit alors lorsqu’il remarque qu’au-delà de l’épaule de Krokador, les deux LA sont en train de se redresser, leur visage toujours aussi immuablement figé se tournant vers la combattante fraichement arrivée.

(Lars) : Ce n’est pas encore fini.

Lars pointe du doigt ses poursuivants, invitant le regard de Krokador à suivre son mouvement. La jeune fille affiche une moue patibulaire et pousse un soupir renfrogné.

(Krokador) : C’des sortes d’zombies, vrai ?

(Lars) : Pire, ce sont des LA. Ou Logiciel Androgénétique. Ces types étaient des humains autrefois. Maintenant, ce ne sont plus que des machines organiques sans conscience au service de la LA²

(Krokador) : Et comment qu’j’m’en débarrasse ?

Alors qu’elle prononce ces mots, elle réceptionne déjà le premier assaut de l’un des LA, qui lui envoie un coup de poing d’une telle force que les pieds de la jeune femme s’enfonce dans la boue sous la puissance du choc.

(Lars) : Attrape ça.

D’un mouvement sec, Krokador repousse le poing de son adversaire qui est déstabilisé sous le choc, puis elle tend la main vers l’objet que lui envoie Lars : sa Dagensäge. Instinctivement, elle abat la lame courbe sur son assaillant encore patraque, le tranchant de l’épaule jusqu’au sternum. Le LA tombe inanimé, et semble cette fois-ci avoir son compte.

(Krokador) : Tschh !! Moi qu’aime pas les armes…

Mais elle n’a pas le temps de se plaindre de son nouvel attirail, car le dernier LA est déjà sur elle. Krokador fend l’air avec la lame de manière imprécise, prouvant son inexpérience dans le maniement de l’épée. Le garde du corps devine son mouvement à l’avance et se baisse avec grâce pour contourner l’assaut tout en poursuivant sa propre attaque. Krokador, emportée par le poids de l’arme, ne peut esquiver le revers de bâton électrique qui vient la frapper droit dans les côtes. Elle pousse un cri de douleur et lâche la Dagensäge, ses mains, agités par les spasmes musculaires dus au choc électrique, ne pouvant plus la maintenir. La combattante essaie de bondir en arrière pour se soustraire à l’arme de son adversaire, mais quelque chose lui maintient fermement la cheville et lui fait perdre l’équilibre : le LA qu’elle a précédemment tranché, même s’il n’est plus en mesure de se mouvoir, est toujours conscient et tend à lui nuire en lui immobilisant la jambe. Krokador perd l’équilibre et tombe dans la boue. Le LA encore valide se place au dessus d’elle et redresse brutalement sa matraque électrique, prêt à l’abattre sur sa tête en vue de lui fendre le crâne. Malheureusement pour lui, il n’aura jamais l’occasion de concrétiser son geste : la Dagensäge lui transperce le travers de part en part, ressortant de son ventre comme un étrange appendice. Faisant preuve d’une force herculéenne, Lars, qui est à l’origine de cette attaque surprise, redresse la lame, emportant le corps du LA dans son mouvement. D’un geste brusque où il dépense ses ultimes forces, il envoie valdinguer son adversaire dans un slash d’air enragé qui désarticule son corps et le laisse pour mort. Sans forcer, il achève ensuite de la pointe de la lame le LA qui maintient toujours la cheville de Krokador immobilisée. Une fois cet ultime adversaire mort, il tombe à genoux dans la boue, à demi-inconscient. Krokador, encore patraque, parvient toutefois à le retenir par les épaules avant qu’il ne sombre totalement au sol.

(Krokador) : Hey, c’pas l’moment d’t’endormir mon gars !

(Lars) : Je… je m’appelle… Lars…

(Krokador) : Hé ben, Lars, essaie d’te r’prendre, dis.

Et le plus délicatement possible, l’héroïne aide Lars à se redresser en lui faisant prendre appui sur ses épaules. Le jeune-homme est dans un tel état d’épuisement qu’il s’en faut peu pour qu’il ne sombre dans l’inconscience. Malgré ça, il parvient à redresser la tête, tentant de maintenir ses pensées cohérentes.

(Lars) : Ce… ce n’est pas… pas encore… fini…

(Krokador) : De quoi qu’tu parles ?

En même temps qu’elle pose cette question, Krokador redresse alors le visage vers le surplomb de la colline qu’a dévalé Lars avant d’arriver près de l’entrée de « la gueule de chien ». La dizaine de laborantin de la LA² se trouve au sommet, pointant leurs fusils à impulsion électromagnétique en direction des deux alliés de fortune.

(Krokador) : Et c’qui ceux là ?

(Lars) : Les monstres… à l’origine des horreurs… que nous venons d’éliminer.

Lars reprend peu à peu son souffle, son regard courroucé se portant vers les laborantins qui pointent leurs armes d’un air menaçant dans sa direction. L’un d’eux fait un pas en avant, prenant le parti d’engager la discussion.

(Laborantin) : Tu n’as plus la force de fuir, Lars. Et même, où pourrais-tu aller ? Qui pourrait vouloir de toi ? Ne condamne pas cette jeune femme inutilement, et reviens auprès de nous. Nous nous montrerons cléments à ton égard si tu opères la bonne attitude dès à présent.

Lars pousse un soupir de frustration et pose un regard désolé sur Krokador. Au bout de quelques interminables secondes sans qu’aucun mouvement ne s’opère des deux côtés, Lars fini par se soustraire du soutien de Krokador dans un mouvement résigné. Celle-ci lui lance un regard interloqué, empli d’incompréhension. Le jeune-homme commence à avancer vers la colline, la tête basse, les yeux mornes.

(Lars) : D’accord, je…

Et sans qu’il ait pu finir sa phrase, il se sent brutalement tiré en arrière, saisi au col avec une violence inouïe. Littéralement trainé dans la boue, Krokador le rejette derrière elle. Le jeune homme lui lance un regard empli d’incompréhension, mais sa sauveuse se contente de lui imposer de rester où il est par la seule force de son attitude.   

(Krokador) : Vous l’aurez pas ! J’me suis pas décarcassé à l’sauver pour qu’vous v’niez l’reprendre avec vos fusils d’pacotilles. Personne voudra d’lui, et alors ? Personne a jamais voulu d’moi, ça m’a pas empêché de d’venir quelqu’un d’bien.

Les laborantins se jettent quelques regards étonnés, surpris de la tournure des évènements, mais pas autant que Lars, qui écarquille les yeux à l’audition de ces dernières paroles. Krokador affiche un sourire assuré, dévoilant la longueur inhabituelle de ses canines tranchantes. Elle se place alors en position de combat, enfonçant ses pieds dans la boue, comme si elle se préparait à bondir.

(Krokador) : Z’êtes les méchants d’l’histoire, j’espère qu’vous en êtes conscients. La logique veut qu’j’vous botte les miches.

(Laborantin) : Ferme la, insolente. Feu !!

Au moment où les premières salves électrostatiques, prenant la forme d’un plasma chargé en voltage, commencent à pleuvoir depuis le sommet de la colline, Krokador s’accroupit avec force au sol, prenant de toutes ses forces appui sur ses jambes. Les tatouages triangulaires sur ses joues se sont allongés, glissant du bas de son visage jusque dans son cou avant de disparaitre sous le col de son haut noir. Ses canines ont également grandies, et dépassent allégrement de sa bouche, lui donnant une allure bestiale et féroce. Déployant une force colossale, elle pousse sur ses jambes et bondit d’un seul coup, tournoyant sur elle-même à la manière d’une toupie pour éviter les arcs électriques découlant du plasma. Comme si elle avait calculé sa trajectoire au millimètre près, elle traverse la salve plasmatique sans dommage, avant de retoucher le sol, et de bondir avec force et sauvagerie. En deux sauts, elle a parcouru près de quinze mètres, et la voilà qui se met à courir à une vitesse folle, prenant appui à la fois sur ses mains et sur ses jambes, ressemblant de plus en plus à un animal qu’à un être humain. Les tirs paniqués des laborantins sont imprécis et trop lents. Ils n’ont pas le temps d’ajuster leurs salves que Krokador est déjà au bas de la colline, éructant comme un animal enragé. D’un unique bond, elle parcourt la moitié de la falaise abrupte, prenant ensuite appui de ses mains habiles contre un rocher pour s’en servir d’appui afin de poursuivre son ascension. Et la voilà qui atterrit férocement au milieu des laborantins. Il ne lui a pas fallu plus d’une vingtaine de secondes pour les rejoindre au sommet de la colline, alors qu’ils faisaient pleuvoir sur elle une pluie de tirs électrostatiques.

(Laborantin) : Abattez-la !! C’est une bête !

La main de Krokador vient percuter le visage du laborantin qui vient de proférer ces paroles. Sous la puissance effroyable du coup, celui-ci est projeté comme une vulgaire poupée de chiffon et dégringole jusqu’au bas de la colline. Un tir de plasma atteint alors Krokador à l’épaule, mais elle ne semble même pas ressentir la décharge électrostatique. Elle poursuit son assaut bestial, projetant à terre deux laborantins, après les avoir agrippés au cou de ses deux mains. Elle bondit ensuite sur un autre qui tombe à son tour du sommet de la colline en tentant d’échapper à son assaillante. Les six laborantins encore en état de se battre tentent de maintenir une certaine cohésion au sein de ce chaos et se rassemblent en un groupe compact, pointant simultanément leurs fusils vers leur aggresseur. Celle-ci pousse alors un rugissement sauvage, et se cambre au sol, prête à bondir sur eux. Les résistances des fusils émettent des vibrations vrombissantes toutes particulières, signe que les particules plasmatiques sont prêtes à être tirées.
Au moment où l’assaut final s’apprête à avoir lieu, un tremblement brutal et soudain se met à agiter le sol, déstabilisant tout le monde. Un son particulièrement fort et sonore se fait alors entendre, provenant d’au-delà des collines boueuses des steppes : les sirènes d’alarmes d’Eidolon. L’attention de tous les protagonistes de l’affrontement se porte alors vers la ville, dont seuls les gratte-ciels sont visibles au dessus des dénivellations du terrain avoisinant.

(Laborantin) : Qu… qu’est ce qui se passe ?

Engal est sur le point d’atteindre l’entrée du camp lorsque les sirènes d’alarme se font entendre. Il stoppe net sa course, les yeux écarquillés, surpris d’entendre ce son que tout le monde connait théoriquement, sans pourtant l’avoir jamais entendu en situation réelle. Quelque chose se déchire en lui, comme s’il venait de comprendre qu’un évènement gravissime était sur le point de se passer, et qu’il se trouvait justement au cœur du problème. Alors que l’alarme continue à hurler, il commence à percevoir du mouvement en provenance des baraques de confinement aux abords de la sortie du camp. Ici, la « gueule de chien » se subdivise en deux lignes de démarcations : la première étant une enceinte de rétention composée de barreaux d’aciers autour desquels sont enroulés des fils barbelés, et un peu plus loin, l’immense rempart d’acier fixant la frontière définitive avec le monde extérieur. Engal voit de ses yeux la grande porte d’entrée du camp, derrière laquelle se trouve actuellement Lars, même si le mage n’en a actuellement pas la moindre conscience. Engal se dirige vers les baraquements d’isolation où il a perçu des mouvements, derrière les fenêtres à demi-teinte. Alors qu’il s’approche, il commence à percevoir les cris provenant de l’intérieur, des appels au secours, des demandes d’aide. Il a du mal à entendre clairement ce qui se dit, car le vacarme produit par les sirènes d’alarme est assourdissant. Engal est littéralement obligé de hurler pour se faire entendre.

(Engal) : Qui est là-dedans ?!

(Voix) : On est prisonniers ici !! C’est nous !! Les gens qu’on a mis dans la « gueule de chien » !!

Engal pousse un soupir de soulagement lorsqu’il perçoit cette réponse au milieu du tumulte. Il tâtonne autour de la porte, cherchant le moyen de l’ouvrir. Il perçoit alors la présence d’un clavier à code qui doit certainement servir à l’ouverture des baraquements. Sans perdre de temps à cogiter sur une éventuelle combinaison gagnante, Engal tend la main vers le boîtier de contrôle et y décharge un petit sort de foudre. Le mage pousse un cri de joie lorsqu’il constate que cet artifice suffit à feinter la sécurité des baraquements : la porte blindée coulisse vers le haut, laissant une pluie de civils se déverser dans la cour boueuse. Ils sont excessivement nombreux, et Engal constate avec horreur qu’ils ont tous été entassés dans un espace beaucoup trop petit pour leur nombre, au point qu’ils devaient tous être comprimés à l’extrême. Quelques gens sont visiblement morts, d’ailleurs, et jonchent le sol du baraquement dans un immobilisme mortuaire qui fait peine à voir. Les prisonniers, paniqués, se rassemblent entre eux, tremblants, les mains sur les oreilles, jetant des regards angoissés de droite à gauche. L’un d’eux s’approche d’Engal d’un pas hésitant. C’est un homme d’une cinquantaine d’année, portant bouc et moustache, un peu petit et trapu, mais au regard intelligent.

(Homme) : Vous êtes un mage, n’est ce pas ? Vous êtes venus pour nous tuer ?

(Engal) : Je suis bien un mage, mais je suis là pour vous aider. Que s’est il passé, dites-moi ? Qui a tué tous les gardes ? Qui vous a enfermé là-dedans ?

L’homme écarquille les yeux face aux questions d’Engal. Visiblement, il n’était pas au courant de tout.

(Homme) : Les gardes sont morts ?

(Engal) : Ils ont été massacrés. Vous n’avez rien vu ?

(Homme) : Il y a eu une incursion dans le camp au petit matin. Les gardes nous ont enfermés sans hésitation dans l’unité de confinement. Tout le monde… ça a été horrible. Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite. On croyait que le camp avait été déserté, qu’on allait nous laisser crever là.

Engal plisse les paupières, tentant de comprendre la logique des évènements qui ont conduits la « gueule de chien » à son état actuel. Il pousse un soupir de lassitude, trouvant des difficultés à rassembler ses idées en raison du vacarme perpétué par l’alarme de la ville.

(Homme) : Pourquoi l’alarme sonne-t-elle ? Que s’est-il passé ?

(Engal) : J’en sais pas plus que vous. J’étais ici quand elle s’est mise à sonner. Bon, perdons pas de temps à bavasser et essayons de tous vous sortir de là.

L’homme lance un regard dubitatif et interloqué à Engal, comme s’il ne comprenait pas bien son attitude.

(Homme) : Vous êtes un mage, alors pourquoi vous voudriez nous aider ?

(Engal) : Quoi ?! Ca vous gène qu’un mage vous vienne en aide ?

(Homme) : Ce… ce n’est pas ce que j’ai dis, je… !!

(Engal) : Eh bien alors arrêtez de vous poser des questions inutiles et bougez-vous !!

Engal le laisse derrière lui avant de rejoindre le gros de la foule de prisonniers qui a commencé à s’agglutiner près de la première enceinte de sécurité. Il leur fait signe de s’éloigner et de le laisser passer.

(Engal) : Attention, poussez-vous et tachez de rester calmes !! Ne vous blessez pas inutilement sur ces barbelés !

Bien qu’il ait du mal à se faire entendre des prisonniers, Engal se fraye un chemin dans la foule, qui le laisse prendre les devants, comme si un mouvement général la saisissait peu à peu, lui faisant comprendre que cet homme pourrait éventuellement leur apporter le salut. Le mage se retrouve bientôt au niveau de la grille métallique, et alors qu’il cherche un moyen de créer une ouverture suffisamment large pour faire passer tout le monde, il prend conscience de l’énorme tumulte qui se fait entendre de plus en plus nettement derrière le rempart d’acier isolant le camp, une dizaine de mètres plus loin…

De l’autre côté du même rempart, Lars écarquille les yeux face à ce qu’il est en train d’observer. Titubant maladroitement sur ses jambes, il tente de s’éloigner le plus possible de ce qui est en train d’approcher de l’entrée du camp, tâchant de ne pas se faire remarquer outre mesure. Il se retrouve bientôt au bas de la colline, où gisent les cadavres des deux laborantins ayant fait le grand saut depuis le sommet. Tout en haut, le reste des poursuivants de Lars, tout comme Krokador, sont trop estomaqués pour poursuivre leur lutte : ils restent bouché-bée en observant l’attroupement immense qui s’apprête à aborder la « gueule de chien ».
Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un corps mécanisé de l’armée droïde d’Hydrapole. Le cortège de N-Kar militarisés avance d’un pas ferme et régulier en direction de l’entrée de la « gueule de chien », entouré de nombreux drones de combat automatisés munis d’armes lourdes. Seul le commandement du cortège est laissé à une équipe d’hommes faits de chair et de sang, même si dans leur cas, il semble que la technologie ait pris le pas sur leur humanité. Le capitaine de l’escadrille, debout sur la plateforme d’observation d’un immense char bipède Tesla, est entièrement recouvert d’une combinaison cybernétique blindée qui empêche de distinguer le moindre de ses traits, sont visage étant masqué par un casque de combat noir et lisse. Cette incursion militaire visiblement hostile est sans conteste à l’origine du déclenchement des sirènes d’alarme d’Eidolon

(Lars) : Mais… mais qu… qu’est ce qui se passe ?

Le capitaine d’escadrille fait un simple mouvement de la main, et le char bipède redresse son énorme bras mécanisé, qui s’abat avec une violence inouïe sur l’immense porte blindée de la « gueule de chien ». Celle-ci éclate littéralement sous la puissance de l’assaut, éventrée de haut en bas avant d’être retirée d’un geste arrière du char Tesla, qui la balance sur le coté comme si elle n’était qu’un misérable bout de carton. Les prisonniers, agglutinés derrière la rambarde de sécurité secondaire du camp, lancent un regard à la fois surpris et terrifié sur cette intervention musclée et inattendue. Engal se retrouve sans voix, s’étant certainement attendu à tout sauf à ça… et cette situation n’est pas du tout pour le rassurer. De nombreux N-Kar se faufilent entre les jambes du char Tesla, commençant à investir le camp, sans doute à la recherche de gardes à éliminer. Le capitaine d’escadrille s’avance au bord de la plateforme du Tesla pour faire face aux prisonniers qui le regardent d’un air ahuri empli d’incompréhension.

(Vastor) : Je suis le capitaine Urijani Vastor, leader des industries techno-armées Vastor et capitaine d’escadrille au service de l’armée technologique d’Hydrapole. Ce discours est retransmis en direct sur toutes les chaines internationales. Tout Hydrapole a été profondément ému et choqué par le traitement infâme que vous a fait subir notre ancien allié de toujours, les Etats d’Eidolon. Ce crime innommable, cette incarcération abusive et inhumaine, a été pris comme une provocation directe à l’encontre des pays technologistes. La République d’Hydrapole, plus grande représentante du mouvement technologique, symbole de modernité et d’humanisme, ne peut tolérer que les hommes et les femmes d’Eidolon, partageant ces mêmes valeurs d’avenir et de paix, soient traités comme de vulgaires animaux, trainés plus bas que terre et enfermés dans des camps dans l’attente d’une prise de pouvoir totale des mouvement magiques sur le Sénat d’Eidolon. Avec la mainmise d’Adra’Haar sur le pouvoir Eidolonite, ce n’est plus qu’une question de temps avant que ces incarcérations abusives ne se transforment en génocides ethniques et idéologiques. Hydrapole ne laissera pas ceci arriver. Hydrapole ne laissera pas Kiren sombrer dans l’âge archaïque et élitiste du mouvement magique. En ce jour, et par la libération que nous faisons de tous les camps d’incarcération des Etats d’Eidolon, nous prenons sous notre bannière et sous notre protection tous les partisans et sympathisants du mouvement technologique et déclarons ouvertement une guerre sans merci à nos opposants. Nous n’attendrons pas qu’Eidolon et Adra’Haar se décide à venir piétiner nos valeurs jusque dans nos villes. Hydrapole prend les devants dans cette guerre. Et le mouvement technologique vaincra.

Engal reste coi face à ce discours. Pendant que Vastor prononçait ces mots d’un air impérieux et synthétique, ne daignant même pas dévoiler son visage, des N-Kar se sont chargés de venir dessouder la grille qui retenait encore les prisonniers dans le camp. Ceux-ci se s'empressent de quitter la « gueule de chien », se dirigeant tout naturellement vers les barges de transport ralliées au cortège technologique, acceptant sans même hésiter le soutien militaire d’Hydrapole. Seul Engal reste immobile, regardant d’un air effaré le monde s’écrouler autour de lui.

Chapitre 169 Chapitre 171

- Haut de la Page -

Valid XHTML 1.0 Strict