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.:: Chapitre 17 ::.
Infiltration

Sorti le 30/05/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

Dans la cour crasseuse reculée au fond des docks, Telziel avance d’un pas prudent en regardant de droite à gauche s’il ne voit personne. Au milieu de la cour se trouve un magnifique aéroplaneur de couleur métallisée aussi lisse que s’il était neuf. Telziel s’en approche prudemment et jette un œil à la coque.

(Telziel) : Bel engin pour une ville indépendante des prouesses technologiques…

Au même moment, la porte d’un hangar s’ouvre et un mec horriblement sale, en salopette recouverte de traces d’huile et de suie, en sort tout en trainant un gros baril en acier derrière lui. Telziel se dissimule de l’autre côté de l’appareil et jette un regard prudent. L’homme qui vient de faire son apparition soulève le couvercle du baril et une épaisse fumée âcre s’échappe de l’intérieur du récipient. Il donne ensuite un coup de pied dans le baril qui se renverse complètement sur le sol de la cour, rependant un liquide étrange et fumant, d’une couleur verdâtre, qui s’écoule dans une rigole jusque dans un égout, au centre de la cour, tout prêt de l’aéroplaneur. Au moment où le liquide passe à côté de Telziel, celui-ci doit porter sa main à sa bouche pour ne pas vomir tant l’odeur est infecte. Le type en salopette se retourne alors et rentre à nouveau dans le hangar, refermant la porte d’une main malhabile. Telziel s’aventure hors de sa cachette en titubant, s’éloignant le plus possible des volutes nauséabondes dégagée par ce produit bizarre.

(Telziel) : Tu parle d’un centre spécialisé dans le ressourcement des eaux usées. C’est immonde.

L’inspecteur s’avance prudemment jusqu’à la porte que l’homme vient de refermer, portant la main au holster de son arme de poing au cas où il aurait à s’en servir. Au moment où il arrive au niveau de la porte, celle-ci s’ouvre à la volée. Telziel se plaque contre le mur, voyant ressortir l’homme sale qui traîne un nouveau baril. Par miracle, l’inspecteur n’est pas remarqué et pénètre tranquillement à l’intérieur du hangar pendant que l’autre type déverse le contenu infect de son baril sur le sol de la cour.
L’intérieur du hangar n’a rien de très spécial, mis à part qu’il est rempli de barils dans tous les coins. Deux grosses cuves dont s’échappe une épaisse fumée sont disposées de chaque côté de la salle, et des chaînes de maintenance pendent à divers endroit du plafond, accrochées à des passerelles tellement rouillées qu’elles semblent ne pas avoir été entretenues depuis des mois. Les barils sont stockés par groupes de couleur : une marque à la peinture est apposée sur chacun d’entre eux, et bien que Telziel ne comprenne pas le sens de ce marquage, il est persuadé que tout ceci n’a rien de bien légal.


(Telziel) : Te foutrais tout ça au trou, moi…

Une porte s’ouvre sur le côté droit de la salle et un groupe de personnes fait son entrée. Telziel a juste le temps de se jeter au sol derrière les barils et de s’adosser à l’un d’entre eux pour ne pas se faire remarquer. Curieux, il tourne la tête vers le groupe pour voir de qui il est composé. Un mec moustachu, assez trapu et petit, portant une casquette et fumant un cigare malodorant, vêtu de la même salopette crado que l’homme que Telziel a vu à l’extérieur, discute avec une autre personne, grande, vêtue assez classement, avec des cheveux gris et un regard perçant. Si le premier type doit être le responsable du hangar, le second n’a pas l’air d’y passer ses journées, étant donné l’état impeccable de son habillement. Telziel ne peut le savoir, mais il a sous les yeux Rufus Van Reinhardt. Les deux sont apparemment plongés dans une conversation assez houleuse.

(Rufus) : Miguel, tu peux m’expliquer pourquoi tu refuse de stocker mes barils, comme à l’habituelle ?

(Miguel) : Ecoutes, mon vieux… j’ai été contrôlé la semaine passée, et ça a faillit mal finir. Regarde maintenant, je suis forcé de jeter tous mes barils d’acide crusalique, parce que ces connards des contrôles ont faillis tomber dessus. Tu t’en fous toi, mais moi je vais devoir rembourser le client.

(Rufus) : Mais moi ce n’est pas de l’acide que je t’apporte, mais de l’eau d’Adra’Haar !

Telziel écarquille les yeux, se murmurant pour lui-même.

(Telziel) : Bordel de merde, mais c’est l’Ordo Arakis… j’étais sûr que c’étaient eux qui avaient fait le coup.

Telziel sort un petit appareil numérique de la poche de sa veste, et se baisse pour avoir un angle de vue parfait pour prendre des photos de Rufus en pleine négociation avec ce receleur. Il appui une première fois sur le bouton et vérifie la photo, satisfait du résultat. 

(Telziel) : Ca, c’est de la preuve…

Miguel et Rufus se sont arrêtés au milieu de la salle, conversant de manière agitée.

(Miguel) : Bon sang, mon garçon, je te dis que je ne stock plus ! Si tu veux trafiquer sur Adra’Haar, tu achètes mon eau… moi je ne stockerai plus la tienne.

(Rufus) : Change de ton avec moi, Miguel… tu sais parfaitement de quoi je suis capable.

Miguel hausse les épaules.

(Miguel) : Je comprends que ça te les brise d’avoir braqué le vieux Laderton pour rien, mais j’y peux rien, moi… t’aurais du me contacter avant.

(Rufus) : Je n’étais pas censé deviner que tu avais modifié tes services… écoutes, je suis pressé. Un de mes hommes vient de m’appeler sur mon Comsat et c’est très important, donc on va faire simple et rapide : tu refuses de prendre mon eau ?

Rufus plonge son regard glacial dans les yeux de Miguel qui tressaille légèrement, mais ne se démonte pas. Il tourne la tête de droite à gauche pour répondre encore une fois négativement.

(Miguel) : Oui, mon garçon, je refuse… je ne prends plus de risques avec ça à partir de maintenant.

Rufus lance un dernier regard inquisiteur à son interlocuteur puis tourne les talons sans ajouter un seul mot, se dirigeant vers la sortie du hangar qui s’ouvre sous ses yeux, le deuxième employé du hangar, toujours aussi sale, faisant son entrée pour aller chercher un nouveau baril. Quelques instants et Rufus est déjà hors de vue de Telziel.

(Telziel) : Ce mec m’insupporte déjà.

A l’extérieur, Rufus saute au dessus de la gouttière d’écoulement encore remplie d’acide malodorant, et s’approche d’un pas rapide de son aéroplaneur dont la coque se fend en une passerelle donnant sur un fond noir. Un personnage bizarre en émerge, descendant les marches en tenant un baril d’eau entre ses mains. Il a une partie du corps complètement mécanique, et de nombreuses cicatrices ressortent de par-dessous, ce qui montre qu’il a été grièvement blessé et « réparé » par ajout d’unités cybernétiques afin de remplacer les parties du corps manquantes ou trop endommagées pour être soignées. La partie droite de son corps est pratiquement normale, tandis que la gauche est presque uniquement constituée par un exosquelette métallique. Cet être est d’une grande taille et d’une musculature assez puissante. Il a un visage dur, mais assez fin, qui est presque encore complètement humain. Seul l’œil gauche a été remplacé par un œil cybernétique dont la pupille folle scrute chaque recoin de l’environnement. De longs cheveux noirs tombent du côté droit de son visage, tandis qu’il s’est amusé à raser le gauche pour y tatouer des symboles tribaux.
Rufus le laisse descendre et l’arrête en agrippant son épaule d’acier. L’étrange homme robotisé dépose alors le baril au sol et se retourne vers son chef qui montre une expression de grand mécontentement.


(Rufus) : Pas la peine de décharger l’aéroplaneur, Osmosis… Miguel ne prend plus.

(Osmosis) : Quoi ?

(Rufus) : Pas grave… nous irons voir un autre receleur…

Rufus marque une pause, se retournant vers le hangar dont vient de ressortir une nouvelle fois l’homme sale en salopette pour vider un baril d’acide dans la cour.

(Osmosis) : Ca chlingue.

(Rufus) : Je suis d’accord. Que dirais tu de… purifier un peu l’atmosphère pendant que je vais récupérer la carte avec les autres ?

Le visage de l’homme robotisé se fend en un large rictus à l’audition de la proposition de son chef. Rufus, sans ajouter un mot de plus, monte les marches de l’aéroplaneur dont la passerelle se referme derrière lui, se fondant à nouveau complètement dans la coque. Quelques secondes plus tard, l’aéroplaneur est déjà en train d’amorcer son départ, laissant Osmosis seul au milieu de la cour encadrée par des hangars en état avancé de délabrement.
Le type en salopette qui vide les barils s’arrête enfin, constatant la présence du membre de l’Ordo et du baril d’eau toujours posé à côté de lui. Il s’approche de lui, s’essuyant le front du revers de la main.


(Homme) : Hey, tes potes t’ont oubliés ?

(Osmosis) : Non.

(Homme) : Alors t’as besoin de quelque chose ? C’est quoi ton baril là ?

Osmosis jette un regard au baril qui est resté à ses côtés, puis remonte son visage vers son interlocuteur, son œil cybernétique tournoyant en tous sens de manière folle avant de se fixer sur ce-dernier, qui n’est plus qu’à trois mètres de lui.

(Osmosis) : Tu veux savoir ?

(Homme) : Ben… ouai.

D’un geste incroyablement puissant de son bras robotisé, Osmosis perfore le baril de part en part, laissant s’écouler une grosse quantité d’eau lorsqu’il ressort sa main. L’homme en salopette s’arrête, surpris par cette violence, et commence à reculer.

(Osmosis) : Quoi, t’as peur ? Mais ce n’est que de l’eau…

Osmosis se saisit alors du baril et l’envoi rouler aux pieds du type qui est de plus en plus effrayé. Plus par reflexe qu’autre chose, ce dernier arrête le mouvement du baril en plaquant son pied contre le métal, constatant alors que l’eau s’écoule vers la rigole encore remplie d’acide. Les yeux de l’homme s’écarquillent et au moment où il s’apprête à hurler d’effroi, l’eau s’écoule dans l’acide, provoquant une énorme explosion juste à son niveau. Le pauvre homme est littéralement réduit en morceaux brûlés qui retombent un peu plus loin au milieu de grandes flammes.

(Osmosis) : Jamais d’eau dans l’acide…
 
A l’intérieur du hangar, Miguel se retourne vivement vers l’origine du bruit tonitruant qui vient de raisonner, et se rend compte qu’il y a le feu dans la cour. Telziel, toujours caché, se demande bien ce qui se passe.
C’est à ce moment là que la porte du hangar éclate sous la force du bras mécanique d’Osmosis, qui pénètre d’un pas lourd à l’intérieur, tournant son regard vers Miguel.


(Osmosis) : Il paraît que tu as changé tes services… ça n’a pas plu à Rufus. Je viens te passer le message de sa part.

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