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Le retour de l'héroïne

Sorti le 23/07/2011, compilé dans le Volume 19

Histoire :

Engal atterrit dans une flaque spongieuse, son épée dégainée. De la boue gicle sur ses vêtements, mais il ne semble même pas y prêter attention. Son regard concentré balaye la zone autour de lui. Un calme étrange règne dans la « gueule de chien ». Lentement, le mage se redresse, restant sur ses gardes, son arme à la main.

(Engal) : Qu’est ce qui se passe ici ? J’aurais au moins dû croiser un garde… c’est tellement calme qu’on se croirait dans un cimetière.

Le mage reste cependant prudent et se déplace avec discrétion jusqu’à l’arrière d’une grande tente de couleur verte, à la base souillée jusqu’à la corde par la boue et l’humidité. Il tend l’oreille, attentif au moindre bruit, mais ne perçoit rien. Il se redresse finalement, tendant sa main libre devant lui.

(Engal) : Sulfur, reviens.

Et bien qu’Engal n’ait que marmonné cet ordre entre ses dents, au bout de quelques instants la monstrueuse créature qu’il a précédemment invoqué arrive devant lui, faisant le tour de la tente sans provoquer la moindre altercation. La bête terrifiante s’arrête devant Engal, le contemplant de sa face pourtant dépourvue d’organes visuels.

(Engal) : Tu n’as pas créé beaucoup de chahut… il n’y avait personne ?

Un petit mouvement négatif vient agiter la gueule béante bardée de crocs de la créature infernale. Engal opine du chef, comprenant que visiblement, personne ne se promène dans le camp, ni gardes, ni prisonniers.

(Engal) : Tout ça ne sent pas très bon, j’ai l’impression que quelqu’un nous a devancé. Restes sur tes gardes, Sulfur.

Un grognement guttural suffit de réponse à Sulfur, qui repart immédiatement de son coté, empruntant l’accès arrière de la grande tente. Engal pousse un soupir et part finalement dans l’autre direction, maintenant son épée prête à frapper au moindre signe suspect. Une sorte de tension macabre papillonne autour de lui, le rendant sensible à la moindre variation du vent. Un silence terrifiant s’est abattu sur le camp désert, lui donnant un aspect de terre désolée et abandonnée, recouvrant des monceaux de cadavres. Engal comprend bien vite que cette impression n’est pas surfaite lorsqu’il aperçoit, par transparence et imprégnation, des grandes et larges taches de sang sur les toiles des tentes bardant le centre du camp. Des tueries ont visiblement eu lieu à l’intérieur, et les restes se sont imprégnés dans la toile, avertissement sinistre pour les visiteurs extérieurs de la découverte sanguinolente qui les attend lorsqu’ils pénétreront sous la bâche. Engal fronce les sourcils avant de porter sa main son oreillette de communication.

(Engal) : Samantha ? Tu m’entends ?

(Samantha) : Quoi ? Ne me dis pas que tu as déjà fini ?!

Engal pousse un soupir et avale à sec en se dirigeant vers l’entrée de la tente souillée.

(Engal) : En fait, j’ai l’impression que quelque chose de grave s’est déroulé ici, et… heu… j’avais besoin d’entendre une voix réconfortante pour m’accompagner là où je vais.

(Samantha) : Oulah, qu’est ce qui se passe ?

Engal s’arrête devant l’entrée de la tente. Le vent balaye le rabat de la toile, agitant sa teinte verte tachetée de rouge dans l’air humide, à la manière d’un voile spectral.

(Engal) : Ça, je ne vais pas tarder à le découvrir…

Et ajoutant le geste à la parole, le mage saisit d’une main ferme la toile volubile de la tente, la soulevant pour pénétrer à l’intérieur. Son premier réflexe est de réfréner un violent haut le cœur face à la barbarie ignoble qui lui fait à présent face. Il détourne immédiatement le regard, comme si sa conscience et son instinct de préservation lui avait intimé l’ordre de ne pas poser plus longtemps ces yeux sur le carnage… carnage n’est d’ailleurs pas le mot, car comme le remarque Engal trouvant la force de reporter son regard sur l’horreur, il s’agirait plutôt d’un charnier. Impossible de déterminer clairement le nombre de victimes, car leurs corps sont éparpillés en de multiples morceaux, çà et là, comme déchiquetés par la férocité d’une bête sauvage. Or, le mage remarque immédiatement que la nature des blessures mortelles n’est pas d’origine bestiale, mais bien humaine : des coupures nettes et claires, ainsi que de multiples impacts très étranges, ressemblant presque ce que provoquerait une arme à feu, mais en plus impressionnant encore, et auréolé de brûlures étranges. Une odeur immonde se soulève du tas de corps en charpie, mêlant le sang à la chair brûlée. Les visages les moins abimées des victimes témoignent d’une expression de terreur pure. Engal lutte pour ne pas avoir des hauts le cœur face à une telle barbarie sanguinolente. Il se met à chercher du regard autour de lui, et bientôt ses doutes sont confirmés : il est quasiment certain qu’il n’y a aucun prisonnier parmi les victimes, tous les corps étant vêtus des uniformes de gardes. Engal s’accroupit, retrouvant du courage et de la vigueur maintenant que son esprit s’est habitué au décor dégoûtant de l’intérieur de la tente.

(Engal) : Tu es toujours là, Samantha ?

(Samantha) : Oui, je t’écoute… alors ? Dis-moi ce qui se passe.

(Engal) : Quelqu’un a fait le ménage… enfin façon de parler, parce que c’est pas joli-joli par ici. Y a un paquet de gardes morts. Aucune trace des prisonniers pour l’instant.

Un léger silence se fait entendre, le temps que Samantha digère le choc d’une telle révélation. Se méprenant sur ce blanc, Engal se justifie soudainement, l’air un peu paniqué.

(Engal) : Eh, oh !! Juré, c’est pas moi qui les ai tués.

(Samantha) : Imbécile, je n’ai jamais pensé une chose pareille !!

Tandis qu’elle prononce ces paroles, un mouvement au fond de la tente attire l’attention d’Engal, le poussant à se redresser sur ses jambes, tout en se saisissant de son épée. L’espace intérieur est tout en longueur, et vu le mobilier, il s’agissait sans doute d’un réfectoire réservé aux gardes avant de devenir une fosse commune improvisée. Le fond est donc sombre, car non éclairé, et on ne distingue guère plus que les formes empilées des cadavres comme des ombres chinoises sinistres. Mais une silhouette humaine et mobile apparaît alors au milieu des monceaux cadavériques, se découpant comme une ombre furtive inquiétante. Deux yeux d’un rouge brillant et inquiétant apparaissent soudainement au sommet de cette silhouette, achevant de la rendre effroyablement menaçante. Engal s’apprête à alpaguer verbalement l’individu mais il n’a pas le temps d’entrouvrir la bouche qu’une détonation retentit et qu’il est brutalement propulsé en arrière, s’écrasant avec force contre la toile de la tente. Une douleur atroce lui ravage alors l’épaule, le faisant hurler de souffrance. Il porte immédiatement sa main à sa blessure, sentant la chaleur brûlante de son sang s’écouler entre ses doigts. Son regard se reporte directement vers la silhouette qui vient de l’attaquer, mais celle-ci bondit subitement en arrière, tranchant la toile du fond de la tente avant de disparaître à l’extérieur sans même laisser le temps au mage de distinguer le moindre de ses traits.

(Engal) : M… merde !!

La douleur est trop intense pour qu’Engal trouve la force de se remettre sur ses jambes. Il se glisse à l’extérieur par l’ouverture principale et se laisse tomber sur le dos dans la boue, le souffle court et le teint pâle. La souffrance de sa blessure ne semble pas vouloir désemplir. Il ne se rend même pas compte que dans l’altercation brutale qui vient d’avoir lieu, il a fait tomber son communicateur, laissant Samantha dans l’expectative.

(Engal) : Ah… argh… Su… Sulfur !! Viens là !!

Et presque immédiatement, le monstrueux animal fait irruption, répondant à l’appel de son maître à la manière d’un chien docile et bien dressé. Engal tente tant bien que mal de se redresser sur son séant afin de faire face à la gueule béante du monstre qu’il a invoqué.

(Engal) : Je crois que… que j’ai une balle dans l’épaule mon vieux… tu peux… l’aspirer ?

Sulfur hoche brièvement de la gueule avant de pousser un râle profond. Les multiples séries de dents à l’intérieur de sa bouche se mettent alors à tourner de manière circulaire, certains vers la gauche, d’autre vers la droite, et ce de plus en plus vite. Bientôt, la gueule de la bête prend des allures de turbine de chair ou de tourbillon de crocs. Un bruit d’aspiration profond se fait alors entendre, devenant de plus en plus puissant. Engal sent son épaule être attiré vers l’avant, comme si l’appel d’air de Sulfur n’avait d’effet que sur elle. Le mage pousse un horrible hurlement de douleur lorsque la balle jaillit hors de son épaule, attirée inextricablement par l’aspiration magique de la bête. Cette-dernière se garde bien d’avaler la douille, la laissant retomber mollement au sol avant de cesser le mouvement circulaire de ses dents tranchantes, permettant à sa gueule de reprendre son aspect initial. Dès que la balle a quitté son corps, Engal semble avoir retrouvé des forces. Tout du moins sa douleur apparaît-elle nettement moins intense. Le mage hoche la tête pour remercier Sulfur de son aide avant de reporter son attention sur la douille qui jonche à présent le sol. Il la saisit entre ses deux doigts et l’inspecte d’un œil suspicieux. La balle est d’une étrange couleur noire, assez peu commune, et brillante. Sur sa pointe est finement gravé un pentacle de sortilège flamboyant. Engal laisse retomber la balle au sol dans un mouvement de dégoût et d’effroi, comme si elle allait soudainement lui mordre la main.

(Engal) : Une balle ensorcelée par un sort de feu et d’engourdissement. Je n’ai jamais vu de sorcellerie aussi précise et aussi bien appliquée. C’est du grand art. En tout cas, ça explique pourquoi les gardes n’ont pas été en mesure de se défendre, ainsi que les brûlures autour de leurs blessures.

Engal se redresse sur ses jambes tout en maintenant une main fermement appuyée contre son épaule. Le sang semble avoir arrêté de couler.

(Engal) : Le sortilège aura au moins eu le mérite de cautériser la plaie. Quelle saleté.

Le mage reporte son attention sur son invocation qui suit son mouvement en relevant sa gueule béante et répugnante vers lui.

(Engal) : Sulfur, il faut retrouver cet assassin et déterminer ce qu’il est advenu des prisonniers. Ils ont peut-être besoin d’aide. Pars de ton côté, et surtout restes sur tes gardes… ce tueur est plus que dangereux.

Un grognement sourd vient confirmer l’acceptation de Sulfur et la bête repars une nouvelle fois de son côté, laissant un Engal pantois et à moitié chancelant derrière lui. Au bout de quelques secondes, le mage se décide à partir vers l’entrée de la « gueule de chien ». A l’intérieur de la tente, le communicateur à distance gît dans la boue, oublié par son propriétaire…

Lars arrive, haletant, couverts de bleus, d’hématomes et tuméfié de toutes parts, à la porte d’entrée principale de la « gueule de chien », qu’il trouve malheureusement close. Immense palissade d’acier chromé, elle ne témoigne pas du moindre système d’ouverture, et n’offre pas la moindre prise pour être escaladée : c’est une muraille totalement infranchissable, et également, dans l’esprit de Lars à ce moment-là, le lieu quasi assuré de son trépas. Il se retourne en poussant un soupir empli de lassitude, une certaine détermination noble dans le regard. A une dizaine de mètres de lui, les LA arrivent, puissants et musculeux, ne témoignant pas du moindre essoufflement ni de la moindre blessure malgré la course poursuite mouvementée qu’ils viennent d’assurer. Lars jette un coup d’œil sur de gauche à droite, contemplant la palissade qui s’étend sur une centaine de mètres de chaque côté, apparaissant totalement hermétique et inabordable. Aucun moyen de s’enfuir, les LA ont pris trop de terrain sur lui : même s’il reprenait sa course d’un côté ou de l’autre, il n’arriverait plus à les distancer, ils l’attraperaient, le captureraient ou le tueraient… autant ne pas gaspiller ses dernières forces afin de les utiliser pour vendre chèrement sa peau. C’est ainsi que Lars, décidé à combattre jusqu’à son dernier souffle, se poste en position de combat, prêt à accueillir ses trois poursuivants de son épée-boomerang.

(Lars) : Vous allez goûter le tranchant de ma Dagensäge !!

Mais cette menace, hurlée plus comme une provocation qu’autre chose, ne produit pas le moindre effet d’hésitation chez les LA qui, se comportant toujours de manière aussi robotique et obstinée, se contentent de se munir de leurs matraques électriques qui bourdonnent déjà du voltage important qui circule à leurs surfaces.
Alors que les LA ne sont plus qu’à quelques mètres de Lars, celui-ci balaie l’air de sa Dagensäge avec toute la force qu’il lui reste, produisant une salve tranchante dans un courant venteux suivant la ligne d’attaque de sa lame. La force de frappe percute le premier LA de plein fouet, tranchant net son torse avant de l’envoyer valdinguer sur le côté. Les deux gardes du corps restants ne prennent même pas attention à la chute de leur camarade et à la pluie de sang qui leur retombe dessus : obstinés dans l’unique tâche de se saisir de Lars, mort ou vif, ils se jettent sur ce-dernier. Témérairement, malgré ses faibles forces, Lars brandit son épée pour parer le premier coup de matraque, mais le second LA ne perd pas une seconde pour lui envoyer un violent coup de pied dans les côtes. Le jeune homme est propulsé en arrière, retombant lourdement contre la porte d’acier, s’y cognant si violemment la tête qu’il est à deux doigt de perdre conscience. D’un coup de pied, l’autre LA envoie voler la Dagensäge dans les fourrés, reportant ensuite son attention sur sa proie, qu’il approche d’un pas ferme et assuré. Lars est à peine conscient lorsqu'il se sent soulevé du sol par une poigne de fer qui lui agrippe la gorge. Par-delà l’écran impénétrable de ses lunettes noirs, Lars tente de trouver le regard de celui qui s’apprête à le tuer, mais il ne rencontre que deux pupilles fixes, dénuées de vie et de volonté propre.

(Lars) : J’en arriverai presque à vous plaindre…

Un direct du droit dans l’estomac vient mettre un terme à la tirade de Lars avant même qu’il ait eu le temps d’afficher un sourire ironique de circonstance. Le jeune homme crache une gerbe de sang, voyant un écran noir commencer à lui voiler le visage. D’un souffle, il déclare pour lui-même :

(Lars) : Cette fois, c’est la fin…

Et alors qu’il s’apprête à accueillir la mort dans un abandon total, il sent soudainement la poigne du LA se desserrer de son cou, et le vent frais produit par la chute qu’il fait vers le sol. Il écarquille les yeux, chassant au mieux le voile noir d’inconscience qui lui avait quasiment entièrement masqué la vue. Ce qu’il voit avant de toucher le sol est des plus surprenants. Une jeune fille se trouve au-dessus de lui, son pied bien enfoncé dans le visage du LA qui le tenait immobile. Ce-dernier est en train de se plier en deux sous la force apparemment inouïe de cette mystérieuse intervenante. Elle porte une sorte de salopette en jeans, ainsi que t-shirt noir. Ses cheveux, également noirs, sont noués dans son dos en deux longues nattes. Il ne peut voir son visage, mais c’est la téméraire Krokador qui vient de lui sauver la vie. L’aspect fixe de cette image de sauvetage se dilue dans les mouvements du naturel alors que le temps reprend son cours normal dans la perception des sens de Lars. Il tombe lourdement au sol en poussant un gémissement de douleur, avant de se redresser en titubant, reculant instinctivement vers la porte d’acier. Le LA est projeté au sol, le nez en sang, sous l’assaut peu conventionnel de Krokador, qui retombe lestement devant lui, le vent balayant la courte cape rouge qui est nouée à son cour. Celle-ci tend le doigt d’un air triomphal vers sa victime, lui offrant son sourire le plus victorieux.

(Krokador) : Vous d’vriez avoir honte d’vous attaquer à un type seul quand v’s’êtes deux !!

Lars se plaque contre la porte métallique, les yeux écarquillés, une expression de surprise imprimée sur le visage.

(Lars) : Heu… merci ?

Krokador tourne ses yeux quasi clos vers lui et lui offre un sourire accompagné d’un ponce dressé des plus triomphal et rassurant.

(Krokador) : T’inquiètes, bonhomme, c’normal t’crois pas ?! Quand j’vois quelqu’un qu’est dans l’besoin, j’peux pas m’empêcher d’venir à son aide !! Et pis j’vois pas c’que ces types peuvent bien t’vouloir mais…

Lars la coupe alors soudainement en poussant un cri d’angoisse.

(Lars) : Attention, derrière toi !!

Suite à cette interjection, Krokador a juste le temps de se baisse pour éviter un coup de matraque électrique de la part du LA qu’elle a envoyé volé au sol. Son camarade le rejoint, brandissant à son tour son arme d’un air menaçant.

(Krokador) : J’vois, vous v’lez vous frotter à l’héroïne, vrai ? J’m’en vais vous l’faire r’gretter !

Chapitre 168 Chapitre 170

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