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L'Armée des Steppes

Sorti le 04/07/2011, compilé dans le Volume 19

Histoire :

Achevant d’écouter le discours apeuré et empli d’émotion de Luna, Zerkim reste légèrement hagard, le visage malgré tout concentré. Il observe le visage de la jeune femme, tentant de masquer la surprise qui a failli l’emporter à plusieurs moments du récit. Une fois que Luna a fini d’expliquer ce qui s’est passé lors de cette ultime réunion de l’Ordo Arakis, le brigadier se penche en avant, croisant les doigts de ces mains. Il semble réfléchir pendant un long moment que son interlocutrice ne vient en aucun cas rompre. Revenir sur le souvenir de cette fin traumatisante a certainement été difficile pour elle, bien qu’elle essaie de contenir ses larmes et de maintenir un air noble en surface.

(Zerkim) : Bien…

Le mage redresse la tête, tentant de rester le plus détendu possible face à ces nouvelles.

(Zerkim) : Donc, au final, l’Ordo Arakis est toujours en activité, d’une certaine façon… elle n’a fait que perdre quelques uns de ses membres.

Luna fait non de la tête en affichant une mine presque offusquée face à ces propos.

(Luna) : Non, bien sûr que non. L’Ordo Arakis n’existe plus. Plus rien ne maintient la cohésion de ses membres, si ce n’est le leader… mais Rufus est à ce point possédé par son idée de vengeance qu’il ne pourra pas maintenir longtemps autour de lui le reste des membres.

(Zerkim) : Ce ne sont là que des suppositions. Ce qu’il reste à mes yeux, c’est qu’un groupe terroriste dangereux est toujours en activité, et que tu pourrais éventuellement nous fournir les informations nécessaires à son appréhension.

Luna fait une moue patibulaire, l’expression de colère commençant peu à peu à prendre le pas sur sa tristesse.

(Luna) : Je suis venu chercher de l’aide, pas en donner. J’ai quitté l’Ordo parce que je ne pouvais plus accorder ma confiance à son dirigeant, mais ne compte pas sur moi pour trahir et mettre en danger des personnes que je considère comme mes amis.

Zerkim se laisse tomber au fond de son siège en poussant un soupir de frustration. Il se passe rapidement une main dans les cheveux. Visiblement, la situation le rend nerveux et il ne l’avait pas envisagé sous cet angle.

(Zerkim) : Dans ce cas, il va être difficile pour moi de te venir en aide. Tu es arrivée ici en te présentant comme ex-membre de l’Ordo Arakis, organisation auprès de laquelle tu as commis de nombreux crimes… qu’est ce que tu espérais en te rendant à la Brigade Inquisitoriale ? Je pensais que tu échangerais des informations contre une mise en liberté et une protection… mais en fait tu t’es juste jetée dans la gueule du loup. Pourquoi ?

La jeune femme apparaît pour le moins surprise face à ces propos, comme si elle venait seulement de comprendre que son ancien statut faisant d’elle une criminelle et qu’elle risquait de rester en cellule pour un bon bout de temps.

(Luna) : Mais… je pensais que je pourrais compter sur toi pour… enfin… je ne connais personne d’autre, et…

(Zerkim) : J’ignore à quel point l’Ordo Arakis t’a fait vivre en marge de la société, car visiblement tu n’as pas idée de la situation délicate dans laquelle tu te trouves. Et j’aimerais vraiment ne pas t’y laisser, tu comprends ? J’aimerais pouvoir faire ce que tu attends de moi.

Luna semble se calmer légèrement et se laisse à son tour retomber au fond de son siège. Elle fronce les sourcils en affichant un sourire en coin.

(Luna) : Mais ?

(Zerkim) : Mais je suis un homme de loi. Je suis son représentant. Je ne peux donc pas faire de miracles. Je pourrais t’aider, si tu m’aides en retour.

L’ex membre de l’Ordo Arakis hausse les épaules avec dédain et soupir d’un air déçu.

(Luna) : Tu me la feras pas. Je l’ai bien saisi lorsqu’on s’est affronté au CREAE, tu n’es pas le genre de type à être aussi respectueux des règles que ça… tu veux des informations sur quelque chose de précis, n’est ce pas ? Tu n’as pas besoin de me garder enfermée pour que je te vienne en aide à toi, personnellement… mais je refuse d’aider la Brigade. Tu saisis la nuance ?

(Zerkim) : Je n’ai pas pour habitude de jouer au justicier solitaire, tu sais.

(Luna) : C’est donc bien qu’il y a quelque chose qui te tracasse au-delà de l’Ordo Arakis.

Zerkim se mord la lèvre, n’appréciant pas de se voir découvert aussi facilement. Il hausse finalement les épaules, comme pour se convaincre lui-même qu’il ne sert certainement à rien de jouer la fine bouche plus longtemps.

(Zerkim) : Un ami à moi a été kidnappé récemment. Un groupe nommé DERIBEDO, ça te dit quelque chose ?

Luna semble réfléchir un instant avant de pousser un ricanement légèrement moqueur.

(Luna) : Avec un nom pareil, ça m’aurait forcément dit quelque chose si je connaissais.

Zerkim lève les yeux au ciel dans un mouvement d’impatience avant de reprendre la parole avec plus de véhémence.

(Zerkim) : D’après nos recherches, ce serait une anagramme signifiant BIRD EDEO.

(Luna) : C’est quoi ça ?

(Zerkim) : Une immense fresque antique gravée dans les roches calcaires des plateaux arides de Tugunska, au nord du désert Arkonen. Vues du ciel, les gravures représentent en réalité un immense oiseau, qui a été baptisé « oiseau d’Edeo ». On trouve énormément de ruines dans cette partie du désert… mais le coin est si dangereux que personne ne semble vraiment vouloir y prêter beaucoup d’attention.

Luna baisse les yeux, comme si elle réfléchissait à quelque chose d’intriguant dans les dernières paroles de Zerkim. Finalement elle redresse la tête et la tourne de gauche à droite en signe de négation.

(Luna) : Désolée, je ne connais pas de groupe d’archéologues chevronnés qui enlèvent des gens. Mais si tu suspectes l’ex Ordo Arakis, je te rassure… on avait enlevé personne dernièrement.

(Zerkim) : C’est déjà ça… mais ça ne fait pas nos affaires. Dans le doute, tu connais peut être les Alchimistes de Khemry, alors ?

L’expression de la jeune femme se fige alors et un sourire malicieux ne tarde pas à venir empiéter sur son visage. Elle croise les mains devant elle et se penche en avant, plongeant son beau regard dans celui de Zerkim, comme si elle s’apprêtait à négocier avec lui.

(Luna) : Je pense qu’avec eux, je serais en mesure de t’aiguiller.

Dans le centre de recherche occidental de l’U.E (Unveränderliche Entwicklung), à l’Ouest d’Eidolon, Théophile referme le grimoire précédemment dérobé dans la demeure du feu maitre de Mortis, Laï, et redresse ses yeux perçants dans lesquels brille une lueur d’étonnement.

(Théophile) : Où donc me serais-je trompé ? Mes données étaient pourtant exactes…

D’un geste lent du bras, il fait pivoter son fauteuil roulant en direction d’un bureau méticuleusement rangé sur lequel trône un poste de travail privé, ainsi qu’une pile de manuscrits et de vieux parchemins. Il y a également de nombreuses photos de fresques, de gravures et de sculptures, alignés à la perfection les unes à cotés des autres et assorties de petites étiquettes sur lesquelles une écriture fine et appliquée décrit des hypothèses et des développements. Le jeune chercheur se saisit d’une sorte de petit boitier oblong muni d’un microphone dans lequel il s’apprête à enregistrer ses dernières réflexions.

(Théophile) : Tout rentre en contradiction sur certains points techniques, comme si l’histoire avait été effacée, puis réécrite… comme si quelque chose était venu entraver la réalité des faits relatés… aucune mention des Archanges dans les temples orientaux d’Adra’Haar, et pourtant tous les manuscrits y font référence… pareil pour la comète, finalement, elle ne revient que dans peu de récits. Soit nous avons affaire à différentes cultures aux mythologies proches, soit un élément déclencheur s’est produit, venant stopper net l’évolution de ces civilisations.

L’ouverture de la porte principale du laboratoire vient interrompre le monologue réflexif de Théophile. Celui-ci fait alors pivoter son siège en direction de l’entrée afin de voir qui se permet de venir le déranger. L’homme qui lui fait face est grand et musclé. Il a des cheveux blonds coupés courts dans une allure très martiale, qui est d’autant plus renforcée par l’expression farouche et fière de son visage où brillent deux yeux noirs et perçants. Il porte un uniforme de couleur marron, sobrement illuminé en son poitrail par quelques médailles militaires. A sa ceinture est fixé un fourreau long et raffiné, contenant une rapière de belle qualité à la garde finement ciselée. L’homme s’approche de Théophile avant de baisser sur lui un regard sévère et impatient.

(Théophile) : Colonel Mullen, que me vaut votre visite ?

(Mullen) : Je crains hélas que ce ne soit le manque de résultats qui me mène à venir vous rendre cette petite visite impromptue.

Théophile se laisse retomber calmement au fond de son siège tout en croisant ses bras sur son torse. Détendu, il toise le colonel du regard, le faisant mariner avant de daigner lui répondre d’un ton paradoxalement obséquieux.

(Théophile) : Je dois bien avouer que mes recherches ont pris un tour malheureux. J’ai besoin de confronter mes théories à celles de ce Phrysin Atropos, à la solde d’Opitz. Par manque de chance, il semblerait que cet archéologue soit un homme de terrain… de ce fait, j’ai du mal à établir un contact.   

(Mullen) : Se débarrasser du maître assassin Laï pour vous permettre d’acquérir ce misérable grimoire m’a coûté beaucoup d’argent. Les fonds de mon armée ne sont pas destinés à satisfaire votre curiosité. Vous accordez beaucoup trop de votre temps à ces recherches archéologiques que je juge tout à fait improductive pour le moment.

Théophile offre un sourire de circonstance au colonel avant de joindre ses doigts, comme pour se montrer le plus conciliant possible… le tout avec une expression de fausseté totalement affirmée.

(Théophile) : L’Armée des Steppes n’est au final qu’une bande de militaires déchus en quête de pouvoir. Vous ne parviendrez pas à vous montrer indispensable à l’Armée Sénatoriale, même en temps de guerre… alors que cherchez-vous à prouver à Yuri Whyze, exactement ?

(Mullen) : Je n’ai rien à prouver à mon frère. Notre père est de mon côté. Il soutien les actions de l’Armée des Steppes, ainsi que le grand projet qui repose sur vos recherches. Si vous parvenez à établir la nature du pouvoir des Archanges, ces êtres fabuleux et antiques, qui maniaient la forme la plus pure de magie, nous pourrions mettre un point final à notre arme la plus puissante.

(Théophile) : Malheureusement, je dois avouer que l’historique entourant cette période très méconnue de l’histoire du monde est tout aussi importante que nébuleuse dans la quête que vous m’avez confié. J’y trouve un intérêt tout personnel, je souhaite vous le faire savoir.

(Mullen) : Oh, vous m’en voyez ravis. Peut-être qu’ainsi je pourrais espérer voir des résultats plus rapides.

Théophile pousse un ricanement déplaisant en remontant ses fines lunettes d’un geste rapide de la main.

(Théophile) : Il n’est pas question de vitesse, ici. Nous touchons à l’origine et aux fondements de la puissance magique de notre monde, à l’amorce de toute chose, de ce qui a fait notre société, la nature même du pouvoir. Mais cette force est tout à la fois merveilleuse et destructrice. Cette civilisation n’a pas disparu pour rien… j’aimerais comprendre pourquoi, avant d’aller plus loin.

Mullen perd visiblement patience et ne peut réfréner un mouvement de colère en frappant du poing contre le bureau adjacent.

(Mullen) : Bon sang !! Voilà pourquoi je déteste les scientifiques ! Vous ne pouvez jamais vous contenter du peu.

(Théophile) : Se contenter du peu, cher colonel Mullen, serait se mettre des œillères. Quelque chose est en marche, présentement. Les archanges que vous recherchez sont toujours parmi nous. La magie ancestrale que vous convoitez est endormie dans leurs gènes. Si vous ne voulez pas précipiter la fin du monde et votre propre chute, n’oubliez pas qu’ils ont certainement un rôle à jouer dans l’opposition à l’Apocalypse redouté par Opitz.

(Mullen) : Opitz, ce vieux radoteur !! Il voit des signes apocalyptiques partout. Où est passé le visionnaire d’antan ? Ce n’est plus qu’un paltoquet hésitant, effrayé par sa propre puissance.

Théophile pousse un soupir en tentant de camoufler le sourire qu’a généré chez lui cette description moqueuse et acerbe du chef du CRTN.

(Théophile) : Faites preuve de sagesse. Et de patience… n’avez-vous pas un os à ronger avec vos androïdes à réflexion solitaire ?

Nouveau coup de poing sur la table, nettement plus fort cette fois ci. Le sourire de Théophile disparait, alors qu’il comprend soudainement qu’il a dit une nouvelle bêtise.

(Mullen) : Le LARS et le LRA ont pris la fuite. J’attends toujours des nouvelles de la LA²… j’ai mis des armes à disposition des laborantins pour qu’il récupère ces deux spécimens, mais je dois bien avouer que je suis mécontent du travail fourni par le professeur Choron.

(Théophile) : Y a-t-il une de vos entreprises alliée qui vous apporte une quelconque satisfaction ? L’UE ne va pas assez vite pour vous, la LA² ne vous fournit par les résultats escomptés… les attentes du général Baal seraient elles trop lourdes pour les épaules de son jeune cadet ?

(Mullen) : Je vous interdits de parler de moi, ou de mon père, avec cet air faussement condescendant !! Je soutiens financièrement vos recherches, comme celles de la LA². Si mes inspections ne vous conviennent pas, je vous conseille de retourner travailler dans les filiales de votre père, Théophile, car je n’aurais pas la patience de supporter encore longtemps vos railleries déplacées.

Ayant lâché ces mots d’une voix tonitruante et impérieuse, le colonel Mullen pivote sur ses hautes bottes de cuir noir avant de prendre la direction de la sortie du laboratoire de Théophile. Avant de franchir la porte, il se retourne une dernière fois, trouvant immédiatement le regard froid et détaché de Théophile braqué sur lui.

(Mullen) : J’attends votre rapport sur les descendants des archanges pour demain matin au plus tard. Je ne voudrais pas en tuer un par mégarde lors des prochaines opérations. Je vais tâcher de vous trouver ce Phrysin, en retour.

Une fois cette dernière invective prononcée, Mullen quitte les lieux sans ajouter un mot de plus, laissant le silence reprendre ses droits dans le laboratoire personnel de Théophile. Celui-ci reste immobile pendant plusieurs secondes, fixant l’entrée à présent désertée par le colonel. Il affiche finalement un sourire satisfait en faisant pivoter son siège vers son bureau.

(Théophile) : Alors comme ça, le LARS s’est enfui ? C’est pour le moins intéressant…

Chapitre 166 Chapitre 168

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