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La fin de l'Ordo Arakis

Sorti le 15/06/2011, compilé dans le Volume 19

Histoire :

[Flashback]

Rufus se tient debout dans son bureau isolé aux confins de l’aile Ouest du repaire de l’Ordo Arakis. Immobile face à la grande baie vitrée qui surplombe le désert balayé par une tornade de sable sans fin, il semble perdu dans ses pensées. Il n’entend même pas la porte de son bureau s’ouvrir et Cendar approcher derrière lui. Son bras droit lui jette un regard en coin avant de se poster à côté de lui, attendant qu’il daigne bien vouloir le remarquer. Rufus pousse un soupir, redressant la tête pour continuer à contempler le vide alors même qu’il s’adresse à son subalterne.

(Rufus) : En quoi juges-tu cette mascarade nécessaire, je me le demande ?

Cendar plisse son unique paupière visible et est saisi d’un léger tremblement à l’audition du ton froid et détaché de son supérieur.

(Cendar) : Je te l’ai déjà dis. Les autres sont agités, ils se posent des questions. Tu ne leur semble pas dans ton état normal. Et je te le dis honnêtement, à moi non plus, d’ailleurs.

Rufus daigne finalement tourner un regard méprisant en direction de Cendar, mais celui-ci fait mine de ne pas le remarquer.

(Rufus) : Je vois.

(Cendar) : Si les priorités de l’Ordo Arakis ont changé, tu te dois de le leur dire. Officiellement.

Rufus pousse un petit rire en haussant les paupières, détournant à nouveau son regard de Cendar pour le reposer sur la puissante tempête masquant l’horizon.

(Rufus) : C’est ce que tu penses, donc ? Que mes objectifs ont changé ?

(Cendar) : Je pense qu’il n’y a guère plus qu’Opitz dans ton esprit, à présent.

Le chef de l’Ordo Arakis serre les dents à l’audition de ce nom, comme si sa simple évocation provoquait chez lui une vague de douleur et de dégoût. Cendar ne manque pas de s’affirmer dans cette discussion : il n’est plus là pour exécuter les ordres de son chef, mais pour tenter de le remettre dans le droit chemin, ce qui est son rôle de bras droit.

(Rufus) : Il t’a pris ton œil, tu devrais me comprendre.

(Cendar) : Non, tu te méprends. Aucun œil ne vaut que l’on mente à ses plus proches alliés. Ces combattants ont tous une foi indéfectible en toi, mais tu es en train de les perdre. Tu leur as promis un idéal de liberté, mais tu les utilises comme des pions dans ta lutte contre Opitz. A leurs yeux, l’Ordo Arakis ne sera bientôt plus ce havre libre et sans attache… et tu ne seras  plus leur meneur.

(Rufus) : Soit.

Cendar tourne un regard choqué face à l’intonation résignée et détachée qui a caractérisée la prononciation de ce seul mot. La colère se met à bouillir dans ses yeux, et il montre les plus grandes difficultés à se contenir, ce qu’il parvient néanmoins à faire.

(Cendar) : Une chose est sûre : ce n’est pas Opitz qui t’aura privé de la paix que ta nouvelle vie t’avait apporté, car tu y auras renoncé de toi-même.

Rufus se retourne alors vers lui, les yeux écarquillés, la fureur se lisant sur chaque trait de son visage étiré par la rage.

(Rufus) : QUELLE PAIX ?!

Cendar écarquille les yeux à son tour, mais c’est plus de stupeur, d’effroi et de déception face à cette réaction démesurée qu’il n’aurait jamais cru voir sur le visage du calme et réfléchi Rufus. Ce-dernier semble remarquer son emportement, et tente de ravaler sa panique démontrée, sans toutefois parvenir à calmer le flux de ses paroles haineuses qu’il prononce sur un rythme saccadé.

(Rufus) : Chaque fois que je ferme les yeux, son visage souriant et méprisant m’apparaît, réitérant en mon fort intérieur toutes les souffrances qu’il m’a fait subir. Je me retrouve parfois plongé dans des transes léthargiques où mon esprit a du mal à regagner le réel, trop habitué qu’il a été à se voir noyé sous une tonne de psychotropes. Et les questions !! Toujours elles me taraudent, me faisant me demander qui je suis, ce que je suis, réellement ? Sa créature, son jouet, l’objet de ses plaisirs sadiques, de ses expérimentations macabres ?! Je ne peux comprendre et jamais je ne serais libre, car mon esprit est enchaîné à lui. IL FAUT QU’IL MEURE, tu comprends ? C’est une nécessité absolue !!

Cendar reste interdit, les lèvres pincées, le teint pâle, face à cette débâcle hystérique, traduction de la violente tempête mentale qui agite et corrompt l’esprit de son ami depuis trop longtemps déjà, un maelstrom d’une telle violence que la tornade faisant rage de l’autre côté de la vitre a tout à lui envier.

(Rufus) : Il est temps. Il va venir à moi, il me l’a annoncé. Il pense à nouveau pouvoir se servir de moi. J’ai besoin de me préparer psychologiquement pour cet ultime affrontement. Toute autre priorité est devenue secondaire.

A travers ces paroles prononcées de manière beaucoup plus calme et sensée, Cendar semble capable de lire entre les lignes.

(Cendar) : C’est à cause d’Almee, pas vrai ?

A l’audition de cette question, Rufus se détourne, replongeant son regard dans le vide.

(Cendar) : C’est ça, n’est ce pas ? C’est depuis cette tragédie que tu t’es détourné de nous… pourquoi, Rufus ? Avant, nous pouvions t’apporter du soutien, du réconfort, nous te permettions de voir au-delà de ta vengeance. Alors, qu’est ce qui a changé ?

Rufus fait d’abord mine de ne pas prêter attention aux paroles de Cendar, se contentant de contempler le vent violent qui fait rage à l’extérieur. Mais au bout de près de deux minutes de silence, voyant que son bras droit continue à le scruter, soutenant son interrogation de son œil unique où brille une certitude sans faille, le chef de l’Ordo Arakis finit par céder. D’une voix glaciale et sèche, semblant provenir du plus profond de son être, il se confesse finalement.

(Rufus) : Je l’ai tué. Je l’ai mené à la mort et je l’ai laissé subir le sort qui l’attendait. Je l’ai fais car j’étais persuadé qu’Opitz essaierait de m’atteindre à travers lui. Sur le moment, ça m’a semblé être la meilleure solution. Une solution de tacticien : une stratégie ferme et irrévocable, ne laissant pas de place à l’erreur. Mais je ne suis pas aussi ferme et irrévocable qu’Arakis aurait pu l’être.

Cendar est parcouru d’un tremblement face à ces aveux, même s’il se doutait depuis longtemps de ce qui s’était passé.

(Rufus) : Opitz va venir et je vais l’affronter. Seulement je le ferais seul. J’ai compris que je ne pouvais sacrifier l’Ordo à cette cause, car ce n’est pas la sienne. Almee sera ma seule erreur.

(Cendar) : D’autres que lui ont donnés leurs vies pour toi. Penses à Osmosis.

(Rufus) : Tu fais fausse route, mon ami. Osmosis n’est pas mort pour moi, il est mort pour l’Ordo Arakis, par un mouvement de sa propre liberté. Si Almee est mort, c’est seulement pour moi, uniquement par ma faute. Et ce n’était en rien un sacrifice.

Cendar ferme son œil unique, avant de poser une main lourde sur l’épaule rigide de son chef.

(Cendar) : Si c’est ce que tu penses, alors tu dois leur laisser le choix.

Rufus tourne un regard étrange vers son plus ancien compagnon, où se lit à la fois une grande force de conviction, et une étrange lueur de crainte.

(Rufus) : Pourquoi pas à toi ?

Cendar hausse les épaules en ricanant légèrement avant de pointer son cache-œil noir du doigt.

(Cendar) : Ce fils de pute m’a pris mon œil, comme tu l’as dis. Je serais avec toi pour lui porter le coup fatal.

Rufus lui offre un léger sourire, où se lit une sincérité pour le moins désarmante. Il hoche finalement la tête en poussant un soupir, et détourne son regard de la baie vitrée afin de le reporter sur l’intérieur de son bureau méticuleusement rangé.

(Rufus) : D’accord. Je vais leur parler.

Tous les membres de l’Ordo Arakis sont réunis dans la grande salle de réunion, qui est cette fois-ci bien éclairée. Les rideaux barrant d’immenses fenêtres recouvertes de vitraux gothiques sont tirés et la clarté du jour, à peine ternie par la présence de la tempête à l’extérieur, inonde la longue et haute salle qui prendrait presque l’apparence d’un cœur de cathédrale en cet instant solennel. Les mercenaires sont silencieux. Certains sont assis autour de la longue table entourée de ses treize chaises, six de chaque côté, et une autre (celle de Rufus) en front. Presque symboliquement, l’une des chaises est posée à l’envers sur la table. Sans doute celle qu’occupait Almee. Sayam la contemple d’un air triste, ses chaînes trainant misérablement derrière elle. Willem est assis sur la table, sa propre chaise sous ses pieds, semblant s’impatienter en gesticulant à l’intention de Raven.

(Willem) : Cendar nous a demandé de nous réunir ici et ça fait trente minutes qu’on poireaute. Tu crois qu’il a inventé toute cette histoire, comme quoi le boss viendrait enfin nous parler ?

Le samouraï en armure cybernétique hausse les épaules avant de croiser les bras sur son torse fin et musculeux. Les perles de nacre fixées à ses dreadlocks tintent les unes contre les autres en une curieuse mélopée.

(Raven) : Difficile à dire. Mais on peut faire confiance à Cendar, généralement.

(Sphinx) : Moi j’vous l’dis. C’est rien qu’une farce. Bwéhéhéhé !

Sphinx se tient assis en équilibre plus qu’instable au sommet du dossier de sa propre chaise, qui elle-même tangue, disposée de manière à ne reposer que sur un pied. Vulcan, massif, se tient juste derrière lui, lisant tranquillement sa bible sans prêter attention aux autres personnes présentes.

(Vulcan) : Tu vas tomber.

(Sphinx) : Contente toi de lire tes bondieuseries et laisse-moi me distraire à mon goût. Hahaha ! Ca fait longtemps qu’on n’a pas eu droit à un peu d’action, je commence à rouiller !

Luna, qui est adossée au mur, juste sous l’un des vitraux, jette un regard inquiet en direction de Willem qui se contente de hausser les épaules en hochant la tête de gauche à droite. Il cherche ensuite Blackheart du regard, mais le templier est comme à l’habituelle totalement renfermé, assis à sa place, les bras croisés et les yeux clos. Alors que le rouquin s’apprête à l’interpeller pour avoir son avis sur la question, la haute porte de la salle s’ouvre à la volée, laissant passer un Cendar à l’air tout à la fois triomphant et inquiet. Alucar, qui est le plus proche de l’entrée à ce moment là, se redresse en tournant la tête vers lui, scrutant immédiatement au-delà de son épaule pour observer l’arrivée de Rufus. Comme tous ses camarades, il ne l’a pas vu depuis un long moment, mais reste totalement impassible malgré la surprise que semble susciter son apparition chez la plupart des autres membres. Myla offre un sourire radieux au chef de l’Ordo Arakis mais celui-ci, concentré et fermé, se contente de balayer la salle du regard pour vérifier d’un seul coup d’œil si tout le monde est présent. Une fois ceci fait, il vient se placer derrière sa chaise mais ne s’installe pas dedans, se contentant d’en saisir le dossier des deux mains.

(Rufus) : Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas parlé.

Scott, camouflé derrière ses lunettes noires, vient instinctivement s’asseoir sur la chaise qui lui est habituellement attribuée, et tous les autres commencent à opérer un mouvement visant à se rapprocher à leur tour de leurs places respectives. Rufus les arrête cependant d’un geste du bras et tous s’immobilisent à ce mouvement, comme s’il traduisait leur ligne de conduite.

(Rufus) : Pas la peine de vous asseoir. Croyez-moi. Vous pourriez être amenés à quitter ces places plus vite que vous ne le pensez. Je vous aurai ainsi évité un effort inutile.

Cendar commence à pâlir à l’audition de ces mots qui ne sont pas non plus sans inquiéter le reste de l’Ordo Arakis.

(Rufus) : Arakis, le stratège à la cape, est le héros d’une légende très connue. Je ne vais pas vous la relater, vous la connaissez tous, vous faites partie d’un ordre qui porte son nom. Arakis avait néanmoins recruté douze lieutenants afin de se faire maître de toute liberté. Vous aurez compris où s’arrête la légende et où débute notre histoire. Vous êtes ces lieutenants.

La plupart des membres de l’Ordo Arakis en présence commence à se jeter des regards suspicieux, se demandant où leur leader veut bien en venir. Celui-ci fait fi de ces visages interrogateurs et poursuit son discours.

(Rufus) : Seulement, vous l’aurez également compris, la liberté est une notion subjective et j’ai saisis depuis peu la limite concrète de sa rayonnance. Je ne peux incliner vos destinées, vos libertés, pour conforter les choix que je fais. Cela va à l’encontre même du principe fondateur de l’Ordo Arakis. Nos illusions libres devaient se consolider autour d’une destinée commune dont nous devions tirer un bien commun… une liberté totale. Mais je ne suis pas libre.

Quelques murmures dans la salle, mais personne n’ose encore prendre la parole.

(Rufus) : Je suis prisonnier d’un souvenir, d’une haine que je ne peux maîtriser. Vous savez de qui je parle. Depuis trop longtemps, je mène l’Ordo Arakis sur une voie qui n’est plus celle de nos destinées communes, mais celle de ma propre vengeance, de la quête purement personnelle et égoïste de mon absolution par le sang. Et autant que vous le compreniez tout de suite, je n’ai pas l’intention de renoncer à cette voie.

A présent, tous les membres de l’Ordo Arakis sont pendus aux lèvres de Rufus, attendant le fin mot de toute cette histoire. Même Blackheart semble avoir quitté ses pensées et son attitude austère et renfermée afin de tendre l’oreille aux paroles de Rufus Van Reinhardt.  Celui-ci laisse un blanc s’écouler avant de finalement porter le coup final à son intervention longtemps attendue.

(Rufus) : Donc, que tous ceux qui se considèrent comme étrangers à la direction que je prends se sentent libres de quitter sur le champ cet endroit.

(Willem) : Quoi ?!

Willem s’est redressé d’un air surpris à l’audition de ces derniers mots. Il affiche une mine décomposée où se lit un profond dégoût.

(Willem) : Tu te fiches de nous ou quoi ?

Il ne se rend même pas compte que pour la première fois depuis qu’il connaît Rufus, il vient de le tutoyer.

(Willem) : Tu crois nous offrir une alternative, là ? Mais en gros c’est « fermez-la ou barrez-vous » !

Rufus ferme lentement les paupières en prenant une longue aspiration.

(Rufus) : Concrètement, c’est le choix que je vous offre.

Willem pousse un ricanement d’irrespect prononcé, presque comme un déglutissement, un raclement guttural. Raven baisse la tête, s’attendant presque à voir le rouquin cracher en direction de cet homme qu’il a pourtant jusqu’alors respecter au plus haut point.

(Willem) : Mais tu te prends pour qui ? Tu crois qu’on est là juste par plaisir ? Mais tu n’as pas pensé que pour certains d’entre nous c’était une nécessité ? Où irions-nous ?! On est des rebuts de la société !! Ici, c’est le seul endroit où nous sommes bien, ou nous pouvons côtoyer des gens qui nous comprennent, des gens avec qui on a tissé des liens. Si on ne veut pas perdre tout ça, il faut qu’on se taise et qu’on dise oui-oui à tous tes ordres, c’est ça ? Et sinon, c’est à la porte, et démerdez vous ? « Retombe chez les camés, Willem, pauvre merde qui ne vaut finalement pas mieux que le jour où on t’a ramassé » ?

Raven tend le bras devant Willem, voyant que la peur et la colère commencent à le faire aller trop loin. A ce simple mouvement, le rouquin retrouve son calme, mais une lueur de défi se lit clairement dans le regard qu’il lance à Rufus. Le samouraï tourne son masque inexpressif en direction du chef de l’Ordo Arakis, et prononce une question qui l’a longtemps rongé.

(Raven) : Est-ce la raison pour laquelle Almee a trouvé la mort ?

Rufus entrouvre les lèvres, semblant prêt à lui répondre aussi ouvertement qu’il l’a fait auprès de Cendar… mais aucun son ne sort. Il se contente de fixer Raven d’un air à la foi solennel et affirmé, montrant la portée de sa conviction personnelle et le fait qu’il assume totalement l’ensemble des actes qu’il a pu perpétrer. A cette vision, le samouraï hoche la tête et rabaisse son bras.

(Raven) : Je vois.

Et sans ajouter le moindre mot ni même lancer un regard en arrière, Raven se dirige d’un pas lent et calme en direction de la sortie de la pièce. Il franchit la haute porte sous le regard attentif et alarmé de tous ses anciens camarades. Seul Rufus est resté impassible et noble face à ce mouvement, ne faisant pas preuve de la moindre émotion. Myla se jette alors à ses côtés et lui agrippe la main, les yeux embués de larmes.

(Myla) : Ne laissez pas une telle chose se produire !! Rufus !

Mais Rufus reste impassible, le regard figé dans le vide. Il ne tourne même pas les yeux vers Myla qui s’effondre à genoux, lui tenant toujours la main. Willem est devenu pâle comme un mort suite au départ de Raven, et le leader de l’Ordo Arakis semble lire son hésitation. D’une manière presque encourageante, il reprend finalement la parole.

(Rufus) : Treize membres sont sensés fonder l’Ordo Arakis. Seule la mort d’un compagnon peut mener à un recrutement. Un siège déserté n’est jamais remplacé. Il mène irrémédiablement à la dissolution de l’ensemble de l’organisation. Si cette unité affichée devait vous retenir, tenez vous pour dit que l’Ordo Arakis n’existe plus. Que ceux qui veulent rester le fasse de leur plein gré, mais plus rien ne retient les autres.

A ces mots prononcés avec une froideur détestable, Willem craque. Deux larmes de rages s’écoulent de ses yeux émeraude, et il prend à son tour la direction de la sortie d’un pas furieux, où se lit déjà le regret. A ce mouvement, le sanglot de Myla reprend de plus belle. Luna, elle aussi, se laisse envahir par le chagrin. Rufus reste impassible, contemplant l’assemblée entière.

(Rufus) : Qui d’autre ? Scott ?

Scott, qui est resté totalement impassible face à ce qui vient de se dérouler, fait non de la tête en affichant un calme olympien. Il apparaît certainement, avec Blackheart, comme le moins affecté des membres de l’ex-Ordo Arakis.

(Scott) : Ma fidélité n’a jamais été liée à un idéal libertaire. Sous le nom d’Ordo Arakis ou pas, je reste à votre service, boss.

(Rufus) : Alucar ?

Alucar ne répond rien. Son teint est légèrement cireux, mais il a l’air de ne pas vouloir montrer que tout ceci le touche. Il reste immobile, ce qui, au bout de quelques secondes, suffit à confirmer qu’il ne partira pas.

(Rufus) : Blackheart, pas besoin de poser la question, n’est ce pas ?

Blackheart fait un simple mouvement de tête avant de refermer les yeux, reprenant son aspect méditatif. Rufus jette un regard à Myla qui continue de pleurer en lui tenant la main.

(Rufus) : Myla restera, elle aussi, je pense. Sphinx ? Vulcan ?

Les deux lui répondent par un mouvement commun : celui de l’immobilisme. Bien qu’ils aient été touchés par ce qui vient de se passer, ils sont tous deux trop enfermés dans leurs obsessions pour se projeter en dehors de l’ancienne organisation.

(Sphinx) : C’est bien que le samouraï se soit barré, je pouvais pas le supporter. Bwéhéhéhé !

(Vulcan) : Sauf votre respect, Rufus, ma dévotion est toujours allée à Dieu en premier lieu. Ma vie n’a de sens qu’au travers de la destinée qu’Il place devant moi. Ce n’est pas une question de choix. Mais je veux que vous sachiez, même si je ne vous en tiendrai pas grief, que je désapprouve totalement ce qui est en train de se dérouler.

(Rufus) : Soit. Sayam ?

Sayam est totalement absente, figée dans l’observation continue de la chaise d’Almee. Elle n’accorde même pas un regard à Rufus, et c’est à peine si elle semble l’avoir entendu.

(Rufus) : Considérons que tu es des nôtres. Il nous reste donc…

Et Luna voit le regard de Rufus se porter sur elle. Elle ressent alors un terrible sentiment au travers de ces yeux froids et calculateurs : celui de la satisfaction. Là où Rufus devrait apparaître horrifié ou du moins attristé, il ne fait preuve d’aucune compassion, d’aucune forme de doute, d’aucune pitié. Elle ravale ses larmes dans un mouvement de fierté magnifique et redresse la tête d’un air désinvolte, lui offrant le sourire le plus narquois qu’elle parvient à afficher.

(Luna) : Nous ne serons visiblement pas nombreux à faire preuve d’esprit, aujourd’hui.

Rufus, comprenant par là son départ, lui indique la porte d’un mouvement du bras, l’invitant à quitter les lieux en toute sérénité.

(Rufus) : Tu es libre.

Luna pousse un ricanement embué par un sanglot étouffé en commençant à avancer vers la sortie, sentant le poids du regard de tous ses anciens camarades se poser sur elle et alourdir ses mouvements.

(Luna) : Non… non, je ne serais jamais libre.

Et elle jette un dernier regard à tous ses anciens compagnons d’aventure avant de franchir la haute porte pour la toute dernière fois.

(Luna) : … mais je le serais sans doute un peu plus que vous tous.

Et une fois ces ultimes paroles prononcées, elle se détourne des restes épars d’une organisation officiellement dissolue qui porta un jour le nom d’Ordo Arakis.

[Fin du Flashback]

Chapitre 165 Chapitre 167

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