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Dissolution

Sorti le 08/06/2011, compilé dans le Volume 19

Histoire :

Alors que le soleil est finalement en train de se lever sur Hydrapole, affirmant sa présence par les multiples reflets que ses rayons produisent sur les immeubles chromés de la capitale, Rillian disparaît dans une ruelle sombre, avalé par les ténèbres mourantes de la nuit. Au moment où l’ombre s’apprête à dissimuler totalement sa présence, il se retourne une dernière fois, pointant ses yeux jaunes en direction du perron de l’auberge l’Epine Bleue. Son regard à l’expression indéfinissable rencontre celui de son ami de toujours, Le Rouge, que le destin a si durement éloigné de lui. Ce-dernier contemple silencieusement et respectueusement le départ de Rillian, attendant qu’il disparaisse totalement dans l’obscurité de la ruelle avant de pousser un soupir de circonstance. Madner, qui attendait à l’intérieur du bâtiment le moment propice pour aborder son ami, se permet de prendre la parole en le rejoignant sur le perron.

(Madner) : Ce n’est pas vraiment ce à quoi tu t’attendais, n’est ce pas ?

(Le Rouge) : Je ne m’attendais à rien de particulier avant hier soir. J’étais au contraire persuadé qu’il me tuerait sans hésitation dès qu’il me retrouverait… je suppose que je dois déjà m’estimer heureux que tout se soit fini sans heurts décisifs entre nous.

Le Rouge hausse les épaules avant de se retourner en direction de Madner, qui lui offre un sourire réconfortant.

(Le Rouge) : Et puis, il n’est pas aussi simple à cerner… impossible de prédire comment il réagira concrètement, à l’avenir.

(Madner) : Dans ce cas, espérons qu’il sera de notre côté si nous recroisons un jour sa route.

Le Rouge finit enfin par offrir un sourire à son compagnon, mais celui-ci est empli de tristesse et de fatigue.

(Le Rouge) : Espérons-le, oui.

Un silence léger s’abat entre les deux hommes, que Madner ne viendra pas rompre. Il jette un regard ferme mais ému sur son camarade, dont il connaît le funeste destin. Quelques secondes s’écoulent sans qu’aucun des deux ne prenne la parole, puis c’est finalement Le Rouge qui rompt le mutisme, ramenant la conversation à l’ordre des priorités.

(Le Rouge) : Bien, il est temps d’informer le professeur Morlan de nos objectifs… je sens que ça ne va pas être facile avec lui.

Une vingtaine de minutes plus tard, Vladimir est assis dans son lit, sa main soutenant sa tête en barrant son regard, comme s’il était pris de migraine. Farim a visiblement quitté la pièce, mais tous les autres acteurs de sa fuite éperdue sont présents, le contemplant sans mots dire, semblant attendre sa réaction. Au bout d’un moment, le professeur pousse un léger soupir en laissant retomber sa main sur le lit. Il tourne un regard curieux en direction de Le Rouge et de Madner, qui le soutiennent avec un air des plus sérieux.

(Vladimir) : Donc… vous pensez sincèrement tout ce que vous venez de me dire ?

(Le Rouge) : Toute cette histoire apparaît très floue, même pour nous, à vrai dire. Mais il nous était nécessaire de prendre des mesures rapides, étant donné le peu de temps qui nous est imparti.

Vladimir affiche une grimace, son regard se portant sur tous ces visages qui l’entourent et semblent attendre quelque chose de lui. Le professeur se racle alors la gorge, comme s’il cherchait ses mots.

(Vladimir) : Je dois bien avouer que tout ceci me surprend… et c’est le moins que je puisse dire. Enfin… je ne vois pas ce que j’ai de si spécial. Vous voyez ? J’ai envie de dire… si tout ça est vrai… pourquoi moi ?

(Madner) : Je répondrais bien « le hasard ». Mais ce serait faux. Un millier d’années d’héritage génétique, perpétuant la possible sauvegarde de notre monde au creux de quelques lignées humaines… qui, par chance, ne sont pas éteintes. Non, c’est bien plus que le hasard. Cela tient plus du miracle.

Le professeur, loin de se sentir touché par cette déclaration, fait une moue de déplaisir.

(Vladimir) : J’espère que vous n’essayiez pas de me flatter sur un sujet pareil, Madner. Je crois bien que je suis insensible à ce genre de charmes.

Vladimir pousse à nouveau un profond soupir avant de baisser la tête, relevant ses genoux pour venir l’encadrer. Il a l’air d’être pris dans une profonde hésitation. Madner se montre quelque peu dubitatif, mais Le Rouge le retient d’un regard, lui intimant ainsi l’ordre de laisser les choses se faire d’elles-mêmes.

(Vladimir) : Comment voulez-vous que je vous exprime mon impression sur tout ça sans me montrer blessant… ?

Il redresse finalement la tête, affichant une mine des plus sérieuses.

(Vladimir) : Je n’y crois pas une seule seconde…

(Dolémi) : Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à ce genre de réaction. Après tout, vous êtes un scientifique.

Vladimir tourne un visage surpris vers la jeune femme qui a prononcé ces paroles sur un ton des plus dédaigneux. Face au regard interrogateur du professeur, elle hausse les épaules.

(Dolémi) : Je viens d’Yjlani. Là-bas on respecte les croyances anciennes, et on n’a pas besoin de preuves scientifiques pour justifier nos actes.

(Vladimir) : Ce n’est pas de preuves dont j’aurais besoin pour croire votre histoire, mais seulement de l’ombre d’une preuve. Le problème, c’est que vous n’avez même pas ça à me proposer.

Vladimir pivote sur son séant afin de reposer ses deux pieds à terre. Ce simple mouvement semble lui demander un effort intense. Visiblement, il ne s’est pas encore remit de la nuit qu’il vient de passer.

(Vladimir) : Le passage de la comète de Lorston a été prévu sans danger aucun pour Kiren. On en fait même un évènement médiatique très suivi. Comment la fin du monde pourrait survenir sans que personne ne soit en mesure de la prédire ?

(Madner) : Mais n’avez-vous pas remarqué, professeur, que tous les évènements inexplicables de ce monde surviennent toujours de manière aléatoire et surprenante ?

Madner s’avance vers son interlocuteur en croisant ses bras musculeux sur son torse bombé.

(Madner) : Vous vous levez un matin, profitant tranquillement de votre petite vie bien rangée, femme et enfant, travail et loisirs. Et soudainement, tout s’écroule sans prévenir. Un élément que vous avez déclenché, une personne que vous avez frôlé, vous avez attiré le regard du destin… et ce regard n’est pas toujours bienveillant. Votre univers s’écroule le soir même et aucun lendemain ne sera plus pareil. Vous perdez tout, il ne vous reste rien.

Vladimir remarque le ton empli de tristesse avec lequel Madner a prononcé ces dernières paroles. Visiblement, il y a du vécu dans tout ça. Le membre de la DERIBEDO semble remarquer l’inclination qu’a prit sa voix et tend à se reprendre, reprenant son allure dure et affirmée habituelle.

(Madner) : En bref, personne n’est en mesure de se prémunir d’une catastrophe. Ni à l’échelle de l’individualisme, ni à celle de l’universalité.

(Vladimir) : Et des prophéties gravées sur les murs de temples perdus dans le désert seraient plus à même de nous en préserver ? Soyons sérieux deux minutes.

(Le Rouge) : Pourtant, professeur, n’est ce pas vous qui avez été prêt à sacrifier votre carrière, et à mettre en danger votre vie, pour un simple parchemin ?

Vladimir est si estomaqué face à cette référence de son expérience à Idlow, prononcée d’une façon aussi désinvolte et dénuée d’hésitation, qu’on pourrait croire qu’on vient de lui plaquer un coup de poing dans le ventre. Son regard s’assombrit.

(Vladimir) : Depuis combien de temps, exactement, vous êtes vous insinué dans ma vie ?

(Le Rouge) : Vous n’avez pas encore compris, Vladimir ? Symbolique Alpha, cette relique… c’est elle qui nous a mené jusqu’à vous.

Vladimir écarquille les yeux, alors que son teint pâlit.

(Vladimir) : Vous… vous êtes alliés à Opitz ?

Le Rouge fronce les sourcils et ne change pas d’attitude. Affirmé et direct, il a visiblement décidé de ne plus y aller par quatre chemins avec le professeur Morlan.

(Le Rouge) : Il est comme vous, professeur. Lui aussi, est l’un des Signes. Celui de l’Immortel.

(Vladimir) : C’est… c’est grotesque. Opitz m’a jeté en pâture à la Ligue Noire. Vous avez eu sous les yeux la preuve, il y a quelques heures à peine, que Techma-1 était associé à mes pires ennemis... Il a contribué à la construction de cette base spatiale pour le compte de l’Aritark !!

Le Rouge ferme les paupières en hochant la tête, signifiant par ce simple mouvement qu’il a bien prit en compte tout ce qu’il a découvert au sujet des affiliations entre les deux organisations. Madner et Dolémi apparaissent néanmoins surpris de cette nouvelle, mais Le Rouge ne leur laisse pas le temps de s’interroger à ce sujet.

(Le Rouge) : La société dans laquelle nous évoluons est corrompue, nous n’avons pas besoin de plus de preuves pour le comprendre. Opitz devrait avoir à répondre des partenariats douteux qu’il fait avec des individus aussi peu recommandables, et qui résultent sur les drames que nous avons vécus cette nuit. Néanmoins, au-delà de ça, il est profondément investi dans la sauvegarde de notre monde. Il a autant à y perdre que tout un chacun, ce qui ne minimise en rien ses fautes, cela va sans dire.

Madner se contente d’hocher doucement la tête en fermant les yeux, rejoignant l’avis de son compère.

(Madner) : Sans son soutien financier et ses équipes de recherche, nous n’aurions pas pu en arriver là.

Vladimir tourne la tête de gauche à droite, l’air effaré. Il n’en revient visiblement pas de tout ce qu’il est en train d’entendre.

(Vladimir) : Malgré toute l’aversion et l’incompréhension que je peux avoir pour Opitz… je ne peux cacher l’immense respect que j’ai toujours eu pour lui. C’est un sentiment assez particulier et paradoxal, qu’il doit faire ressentir à pas mal de monde.

(Dolémi) : Il a pas tort.

Madner tourne un visage surpris vers sa fille qui hausse une nouvelle fois les épaules de manière nonchalante.

(Dolémi) : Ben quoi ? Ce type me fout la chair de poule.

Le père réprime un rire face à cette déclaration avant de reprendre son sérieux, reportant son attention sur Vladimir.

(Madner) : Vous vouliez des preuves scientifiques ? On peut en fournir quelques unes… le décryptage de Symbolique Alpha a mené à un séquençage d’ADN codé permettant de retrouver la trace des héritiers des Signes Alpha. Le votre était dessus, vous êtes compatible. Me demandez pas comment ça marche, j’en ai pas la moindre foutue idée.

(Kyl) : Eh ben si ça peut vous rassurer, y a pas que vous qui avez du mal à suivre.

Le Rouge agite doucement sa main gantée de métal en l’air, comme pour signifier qu’il faut aller au plus urgent.

(Le Rouge) : Voyez plutôt ce parchemin comme une sorte de clé que nous aurait laissé l’ancienne civilisation afin de nous aider à nous prémunir contre le mal qui risque de s’abattre sur nous. S’ils avaient raison pour l’héritage ADN, alors nous ne pouvons pas risquer d’ignorer les avertissements qui accompagnent ces informations.

(Vladimir) : Mais c’est complètement dingue !!

Vladimir s’est redressé en prononçant ces paroles, les criant presque. Les bras écartés, le regard affolé, il a l’air d’être totalement pris au dépourvu, incapable de saisir clairement sa position face à tout ça.

(Vladimir) : … il n’y a que moi qui trouve… que ça n’a pas de sens ?

(Le Rouge) : Il y a longtemps que j’ai cessé de chercher un sens à ce qui m’entourait. Aux évènements qui m’arrivaient. Je me concentre sur les faits, sur ce que me dicte mon instinct. Je ne peux pas affirmer que c’est la fin de l’humanité qui se trouve au bout de cette inquiétante piste prophétique, mais je ne peux pas nier l’impression qui me gagne depuis quelques temps… que quelque chose est en train de se mettre en mouvement. Quelque chose de sombre, et de dangereux.

(Madner) : Tous les membres de la DERIBEDO partagent les mêmes doutes que vous, professeur Morlan. Seulement, nous avons également tous nos raisons de penser qu’il y aurait trop à perdre à jouer les sceptiques.

Vladimir se laisse retomber assis sur le bord du lit, visiblement vaincu par ces plaidoyers. Il hausse les épaules, continuant à afficher une moue dubitative.

(Vladimir) : De toute manière, vous n’avez pas besoin d’essayer de me persuader. Si je ne reste pas avec vous, la Ligue Noire finira par remettre la main sur moi. En échange de cette protection, je suis prêt à me plier à vos théories, aussi saugrenues soient-elles… si je peux me rendre utile par ce biais, je le ferais. Je vous le dois bien.

Le regard de Vladimir s’assombrit, mais il tente de le cacher en fixant le sol.

(Vladimir) : Et puis il y a Opitz… je suis persuadé que s’il avait su plus tôt que j’étais un de ces fameux Signes qu’il recherche à présent, il aurait attendu encore un peu avant de me virer. J’ai quelques comptes à régler avec lui, oui… *quelques questions à lui poser à propos d’Almee*

Le professeur redresse le visage vers ses nouveaux alliés, semblant attendre leurs instructions, mais comme rien ne vient au bout de plusieurs secondes, il se décide à faire une demande.

(Vladimir) : Ma fiancée et ma… ma fille… sont à Eidolon. Je les ai envoyées chez un ami à moi afin de les mettre en sécurité. Je ne sais pas si elles sont bien arrivées et si c’est le cas, j’aimerais pouvoir les rassurer par rapport à ma propre situation. On m’a confisqué mon comtalk à l’Aritark… il y a moyen que je puisse les contacter ?

Le Rouge affiche un sourire sincère, à la fois plein de gratitude, mais aussi de compassion. Vladimir a beau ne pas le connaître depuis longtemps, il voit clairement en cet homme le plus grand humaniste qu’il ait jamais rencontré.

(Le Rouge) : Bien entendu, professeur. Et tant que vous y êtes, fixez lui rendez-vous. Nous n’avons plus rien à faire à Hydrapole et plusieurs de nos compagnons sont en quêtes de leurs propres Signes du côté d’Eidolon. Autant centraliser nos efforts.

Dolémi se racle bruyamment la gorge pour attirer l’attention sur elle et Kyl.

(Dolémi) : Ne vous déplaise, nous on va partir de notre côté… beaucoup plus au Sud.

(Kyl) : Comment ça, au Sud ?!

Dolémi hoche la tête en sortant une feuille sur laquelle est imprimée une liste de noms dont la plupart sont barrés.

(Dolémi) : Le Signe de l’Hérétique… il ne reste plus énormément d’héritiers potentiels pour lui, mais tous ceux là sont dans la région d’Adra’Haar.

(Kyl) : Oh non !! Moi qui déteste la chaleur…

Les hautes portes de bois sculptées du QG de la Brigade Inquisitoriale d’Adra’Haar s’ouvrent à la volée, laissant entrer un Zerkim en nage, à moitié défroqué, qui s’est visiblement hâté au pas de course afin d’arriver. Un brigadier portant une toge ouverte au dessus de sa tenue officielle s’approche de lui d’un pas rapide, l’abordant immédiatement sans même prendre le temps de le saluer.

(Brigadier) : Désolé, Zerkim. C’était urgent… elle dit qu’elle ne veut parler qu’à toi. J’ignore d’où elle peut bien te connaître, mais bon.

Zerkim affiche une expression surprise, et tout en épongeant la sueur qui lui ruisselle du front d’un mouvement rapide du bras, il commence à marcher en direction des salles de détention. Le brigadier le suit dans ce mouvement, épluchant convulsivement un dossier qu’il tient entre les mains.

(Zerkim) : Je vois pas ce que cette inconnue pourrait bien me vouloir. Elle a dit comment elle s’appelait ?

(Brigadier) : Non… mais c’est là que c’est devenu intéressant et que ça nous a poussé à te faire venir en urgence.

Zerkim s’arrête, visiblement intrigué par ce que lui dit son collègue, en direction duquel il se retourne tout en lui lançant un regard suspicieux.

(Zerkim) : Comment ça ?

(Brigadier) : Elle affirme… enfin… elle prétend, plutôt, qu’elle fait partie de l’Ordo Arakis.

Zerkim écarquille les yeux, comme s’il était soudainement pris d’un doute affreux. N’attendant pas d’autres détails, il se remet à courir à toute vitesse, traversant le couloir d’accès aux cellules avant de pénétrer dans l’avant-dernière pièce sur sa droite, servant aux interrogatoires. Il rabat violemment la porte derrière lui, sans même attendre que son compagnon brigadier le rejoigne. Il écarquille alors les yeux en constatant que sa crainte… ou ses espoirs… étaient fondés. Assise tranquillement derrière la table, un petit verre d’eau entre les mains, Luna le contemple d’un air mi-surpris, mi-ravis et lui offre un sourire tout à fait charmant… qui semble pour le moins sincère. Néanmoins, étant donné les traces sous ses paupières et ses yeux gonflés et rougis, elle a visiblement passé les dernières heures à pleurer toutes les larmes de son corps.

(Luna) : Salut, Zerkim… je te dois des excuses, je crois. Mais je ne savais pas du tout où aller.

(Zerkim) : Luna ? Je… je n’arrive pas à le croire.

La jeune femme se frotte la tête d’un air gêné en poussant un rire à moitié étouffé.

(Luna) : Raven m’a dit ce que tu avais fais pour moi quand le CREAE s’est effondré. C’est stupide, mais à présent… tu es bien la seule personne au monde qui m’inspire un minimum de confiance et de sécurité.

Zerkim reste toujours dans la même stature de surprise totale depuis qu’il est entré dans la pièce. Il tente de camoufler son expression béate en prenant place de l’autre côté du bureau.

(Zerkim) : Luna… qu’est ce que tu fais ici ? Que s’est-il passé ? Où se trouve le reste de l’Ordo Arakis ?

Un sanglot transparaît dans l’expression de Luna à l’audition de ce nom. Mais elle semble faire un effort surhumain pour se maîtriser et ne pas craquer encore une fois.

(Luna) : L’Ordo Arakis… n’existe plus. L’organisation a été dissoute.

Chapitre 164 Chapitre 166

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