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Arrivée à Idlow

Sorti le 23/05/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

     Idlow, petite ville de pêcheurs au Nord d’Hydrapole, est dépendante du gouvernement de la mégalopole technologique, mais pas de ses suprêmes ambitions futuristes. La cité se présente comme un refuge pour tous ceux qui veulent vivre dans une certaine forme de normalité, de neutralité, sans recours abusif à la sur-technologie, ni à la magie (qui y est interdite, tout comme à Hydrapole). En raison de cette divergence de point de vue au niveau de l’importance du confort technique et industriel dans la vie quotidienne, Idlow est séparée de la mégalopole par une vaste plaine d’environ cinq kilomètres. Les habitants d’Hydrapole accréditent volontiers à Idlow un caractère typique, voir caricatural d’un ancien mode de vie, très rustique et terre à terre. Pour cette raison, la petite cité côtière est souvent considérée comme une destination touristique de choix, ce qui lui a permis de subsister économiquement au sein d’un pays hyperactif où la loi du plus fort se mesure à l’épaisseur du porte-monnaie.
     Toute la ville est construite comme un enchaînement circulaire de ruelles tournant autour d’un point central, une immense fontaine au milieu de laquelle trône une statue du dieu des mers jaillissant d’une amphore brisée d’où s’écoulent des torrents d’eau finement sculptés. La formation des rues, en cercles concentriques de plus en plus larges, s’étend jusqu’aux côtes où les ports maritimes se chargent de la traite des poissons, qui font également partie de la prospérité économique de la cité, de par leur qualité de renommée internationale.
     Il est vrai que comparée aux trois grandes cités état qui se partagent le monde, Idlow pourrait être qualifiée de petit paradis préservé. C’est également pour cette raison qu’il s’agit d’un lieu de vacances et de détente très estimé, et très demandé.
     La porte de la ville est une grande arche constituée de coques de bateaux engoncées les unes sur les autres et maintenues liées par de la grosse corde de marin. Tout semble fait pour appuyer l’image du village de pêcheurs typique, bien que dans les faits, la ville jouisse tout de même de tout le confort que la modernité peut apporter.
     Vladimir et Almee font leur entrée dans la cité en jetant un regard impressionné, mais également un peu inquiet, à cette immense arche à l’allure brinquebalante qui les surplombe de sa hauteur. Le réploïde est émerveillé par les structures simples des maisons boisées, les colombages en tréteaux, et les ornements caractéristiques disposés à tous les coins de rue : filets, coquillages et autres paniers d’osier. Il furète de droite à gauche avec une curiosité perceptible, tandis qu’une brise chargée des embruns salés de la mer vient ébouriffer sa chevelure hirsute. Vladimir pousse un soupir presque attendri face à ce manège, avant de se racler la gorge pour ramener sur lui l’attention de son jeune garde du corps.

(Vladimir) : Nous sommes enfin arrivés… on ne va pas rester longtemps, alors ne traînons pas.

(Almee) : Allez prof, soyez cool ! Ça fait des années que je ne suis pas sorti. Laissez-moi faire un petit tour, et je vous rejoins au magasin de votre pote négociant après.

     Vladimir plisse les paupières d’un air grave et tourne la tête de droite à gauche en signe de négation.

(Vladimir) : Beaucoup trop dangereux. Tu gaffes sans arrêt… je ne veux pas me faire arrêter parce qu’un badaud sera parvenu à prouver que tu es un réploïde.

(Almee) : Vous êtes nul, purée…

     Vladimir pousse un soupir face à l’expression désespérément triste et déçue d’Almee, qui n’apparaît à peine pas exagérée. Bien qu’il sache parfaitement que ce n’est qu’une feinte, un caprice, il agite sa main d’avant en arrière pour signifier à son réploïde qu’il peut aller faire un tour en faisant une grimace de désapprobation, comme s’il regrettait déjà le laxisme dont il s’apprête à faire preuve.

(Vladimir) : Et rejoins moi rapidement au magasin, je t’ai amené pour que tu veilles sur moi, pas pour que tu fasses du tourisme.

     Almee pousse un cri de joie avant de s’éloigner d’un air radieux. Il se contente de lever la main en l’air pour signifier qu’il a bien compris les ordres. De son côté, Vladimir bifurque dans une rue adjacente où il a le plaisir de constater que le magasin de récupération de son ami est toujours bien là. Il affiche un sourire à l’idée de le revoir et se dirige d’un pas calme vers l’enseigne de la boutique, affichant le symbole d’un écrou dentelé sous lequel est écrit : « Récupération à bas prix. Vend, achète, répare. »

     Sur les docks, dans les quartiers les plus reculés de la ville, près du vieux port de pêche, Telziel marche en regardant la photographie froissée qu’il vient d’extraire de sa poche. Il s’agit de la photo qu’il a trouvée dans le dossier de l’Ordo Arakis, sur laquelle est représenté un hangar spécialisé dans le stockage et le ressourcement des eaux usées. Il arrête un vieux pêcheur qui s’en revient du ponton, tenant à bout de bras une magnifique lotte de bonne taille.

(Telziel) : Belle prise.

(Pêcheur) : Oui, ça a été une bonne journée.

     Sans hésiter, l’inspecteur montre la photographie abimée au pêcheur qui ajuste mécaniquement ses yeux dessus afin de bien en distinguer les détails.

(Telziel) : Excusez-moi, mais vous ne sauriez pas où ça se situe ?

(Pêcheur) : Si, si.

     Il montre le bout du dock du doigt, en agitant mollement la main. Telziel remarque immédiatement qu’une lueur de défiance à l’égard de l’endroit vient subrepticement briller dans les yeux du vieil homme.

(Pêcheur) : Un de leurs vaisseaux, là… un aéroplaneur... s’y est posé y a pas plus d’une demi heure. Suffit que vous alliez au bout du dock et que vous rentriez dans la grande cour à gauche. Y a une série de bâtiments en mauvais état… ce hangar est l’un d’entre eux.

     Telziel hoche la tête en tapotant l’épaule du pêcheur en signe de gratitude. Ce-dernier affiche un sourire et s’en va en sifflotant. Le regard de l’inspecteur, dans lequel se lisent une certaine malice et une ombre de défiance, se tourne alors vers le point qu’a désigné le vieil homme un instant auparavant.

(Telziel) : Un aéroplaneur, hein ?

     Dans les ruelles d’Idlow, Almee sautille de joie un peu partout, affichant un magnifique sourire à toutes les personnes qu’il croise sur son chemin. Il marque des arrêts émerveillés tous les cinq mètres, trouvant toujours une nouvelle chose sur laquelle focaliser une attention débordante de curiosité.
     Soudain, son expression se fige à la vision d’un objet particulièrement intéressant, qui trône au beau milieu d’une vitrine. Il s’en approche, affichant une expression concentrée, plissant les yeux pour mieux voir au travers de la vitre poussiéreuse du magasin. L’objet qui l’intéresse est un magnifique katana rangé au dessus de son étui, sur un support en bois laqué. Le tranchant de la lame à l’air parfait, et la garde est finement ouvragée, enroulée d’un tissu en taffetas de soie bordeaux. L’étui est d’un noir luisant, sans aspérité ni imperfection, à la ligne miroitante. D’une simplicité sans pareille, l’arme dégage pourtant une aura certaine, un vécu ancestral qui se lit dans sa courbe brillante.  Almee lève la tête pour porter son attention sur l’enseigne du magasin : « Alexandre Menfis – Antiquaire ». Le réploïde se penche une nouvelle fois sur la vitrine pour jouir encore un peu de la vision de cette arme magnifiquement forgée, disposée lascivement sur son râtelier. 

(Almee) : Tu parles d’une antiquité. Celui-là doit encore trancher comme au premier jour.

(Homme) : Je ne te le fais pas dire, mon garçon.

     Almee, qui croyait être seul, est légèrement surpris par cette réponse. Il tourne la tête pour constater la présence d’un homme bizarre en combinaison cybernétique, portant un masque blanc recouvrant son visage. Il s’agit de Raven, de l’Ordo Arakis. Malgré son attitude et sa tenue plus que louches, Almee lui offre un sourire de politesse, car il n’a pas l’habitude de faire attention à l’apparence des gens.

(Almee) : Je le trouve magnifique. Vous vous y connaissez ?

(Raven) : Un peu, mon neveu ! Regarde ça.

     Almee se redresse pour faire face à Raven qui dégaine alors le katana maintenu attaché à sa ceinture de tissu. La lame magnifiquement lisse et incroyablement longue s’extirpe de son fourreau de cuivre noir dans un crissement caractéristique, tout en reflétant des éclats de soleil dans les yeux émerveillés du réploïde. Celui-ci, impressionné par tant de beauté, reste bouche bée et silencieux.

(Raven) : Tu veux le prendre un peu ?

     Il tend son arme au réploïde qui s’en saisit délicatement, un sourire fasciné imprimé sur le visage. Il passe lentement son doigt sur la lame, appréciant sa froideur métallique et la douceur de sa courbe inaltérable. Une forme de respect immense  se lit dans chacun des gestes qu’Almee produit sur le katana.

(Almee) : C’est une merveille.

(Raven) : Ce katana se nomme Shingomaru. C’est l’un des trois grands sabres du Ki, forgé par le maître spirituel d’un monastère où vont s’entraîner des combattants qui dédient leur vie à la voie de l’épée. 

     Almee, fasciné, contemple la beauté de l’arme tout en écoutant son histoire. La garde de Shingomaru est en mailles croisées de coton. À chaque intersections du tissu sont appliqués des petits clous d’or au centre desquels sont gravés de minuscules symboles que le réploïde est incapable de déchiffrer. La lame est très longue, la maniabilité de l’arme doit être complexe. Au vu de sa qualité et de son état parfait, il apparaît clair que Raven passe une bonne partie de son temps à l’entretenir.
     Almee a du mal à détacher son regard fasciné de l’arme, mais il se décide finalement à la restituer à son propriétaire, qui la range dans l’étui d’un geste d’une souplesse incroyable et d’une précision sans failles.

(Raven) : Tu as l’air d’apprécier les katanas, n’est ce pas ?

     Almee hoche la tête avec sérieux, et bien qu’il ne puisse pas le voir derrière le masque de son interlocuteur, il est presque sûr que ce dernier est en train de sourire.

(Almee) : C’est un objet qui m’a toujours fasciné… J’ai eu l’occasion d’être initié à l’escrime avec mon frère. J’avais de bonnes dispositions… mais je n’ai pas eu l’occasion de les mettre en exergue depuis…

     La voix d’Almee s’éteint doucement tandis que son regard se perd dans une sorte d’évanouissement ténébreux que ne manque pas de remarquer Raven. Les souvenirs d’un passé douloureux ressurgissent à l’esprit du jeune réploïde, qui n’est pas en mesure d’achever sa phrase, ses poings se resserrant dans un mouvement de rage quasiment imperceptible. L’épéiste de l’Ordo Arakis semble vouloir épargner à son interlocuteur ces remémorations difficiles, et ramène donc la conversation à un niveau moins personnel.

(Raven) : Est-ce que cette lame en vitrine t’évoque quelque chose lorsque tu la regarde ? Éveille-t-elle un sentiment en toi ?

     Almee concentre alors son regard sur l’épée exposée en vitrine, semblant en palper des émanations mystiques invisibles. Un léger sourire de fascination se dessine sur son visage à mesure qu’il observe l’épée, comme si celle-ci l’hypnotisait littéralement.

(Almee) : Je crois que oui…

     Le sabreur pose sa main sur la tête du réploïde et ébouriffe ses cheveux d’un mouvement réjoui. Sans ajouter un mot, il se penche à son tour vers la vitrine, mais son visage masqué n’est pas tourné en direction du katana. Il semble plutôt observer avec attention un rouleau de parchemin, qui a l’air très ancien, posé négligemment juste à côté.
   
(Raven) : Alors la voilà…

     Ne voulant pas être indiscret, Almee ne demande rien à propos de ce que Raven est en train d’observer. Il se contente donc juste de porter un regard curieux à la carte, qui ne semble pas éveiller chez lui le moindre intérêt. Juste au dessus, disposé contre le rebord droit du mur adjacent à la vitrine, une pendule en piteux état affiche l’heure. Almee écarquille alors les yeux, se rendant compte que le temps a filé plus vite qu’il ne le pensait, et qu’il s’est sans doute mis en retard auprès de Vladimir. Il fait une petite courbette empressée vers l’avant pour saluer sa dernière rencontre.

(Almee) : Je dois m’en aller. Au revoir. Et merci.

     Raven, obnubilé par l’étrange rouleau de parchemin, ne tourne même pas la tête vers son jeune interlocuteur, se contentant de lever une main distraite en sa direction pour le saluer. Almee sourit et se dirige d’un pas guilleret dans une rue adjacente afin de revenir sur ses pas et rejoindre Vladimir Morlan chez le revendeur.
     De son côté, l’homme en armure cybernétique vient juste de se redresser et de saisir un petit comtalk accroché à sa ceinture, dans son dos, sous l’étui du katana. Il appuie sur l’un des boutons et place l’appareil à quelques centimètres de son masque. Quelques instants plus tard, il est mis en contact avec son interlocuteur qui lui répond d’une voix sombre et imperceptible.

(Raven) : Oui ? Boss ? J’ai trouvé la carte… elle était bien chez cet antiquaire, Alexandre Menfis. Je fais quoi ?

     La personne à l’autre bout de l’appareil répond et Raven écoute en silence, attentif. Après quoi, il hoche la tête d’un mouvement bref.

(Raven) : Ok. Je vous attends alors.

     Il referme son comtalk d’un geste vif et le replace dans l’étui dont il l’avait extirpé précédemment. Sans attendre une seule seconde, il s’accroupit et prend appui sur ses jambes, avant de se projeter gracieusement sur le toit d’une maison en face du magasin d’antiquités, où il atterrit tout aussi silencieusement qu’il a bondi. Une fois sur place, il s’assoit sur les tuiles chauffées par le soleil et croise les bras, silencieusement.

 

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