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Duel informatique

Sorti le 06/04/2011, compilé dans le Volume 18

Histoire :

Vladimir inspecte de la tête au pied le nouvel arrivant, avant de finalement se redresser, tâchant de reprendre une attitude plus concernée et moins atterrée. Il fronce les sourcils en prenant un air désinvolte.

(Vladimir) : Mon sauveur ? Je suis désolé de ruiner votre entrée, mais je n’ai pas besoin qu’on me sauve.

Ayant lâché ses mots, Vladimir se détourne de Le Rouge pour se réinstaller devant la console de gestion de la base de données de l’Aritark. Le membre de la DERIBEDO reste une seconde interdit, très surpris de la réaction du professeur, qu’il s’attendait certainement à trouver plus alarmé. Le Rouge s’approche du bord du fauteuil occupé par Vladimir, tout en faisant cliqueter nerveusement ses doigts métalliques.

(Le Rouge) : Vous n’avez pas l’air de comprendre la situation.

(Vladimir) : La vérité c’est que je n’ai pas le temps de m’enquérir de votre identité ou de vos motivations. Le temps m’est compté et je dois le mettre à profit.

Le Rouge se racle la gorge, visiblement très perturbé par la tournure des évènements. Malgré l’aspect très urgent et dangereux de la situation, Vladimir reste d’un incompréhensible calme. Le regard concentré sur l’écran, ses doigts martelant à toute vitesse les touches des claviers, il semble ne même pas réellement prendre en compte la présence de Le Rouge, et lui parle sans même porter les yeux sur lui.

(Le Rouge) : Je ne doute pas de l’importance de ce que vous êtes en train d’effectuer, mais la raison de ma présence ici, auprès de vous, est capitale.

(Vladimir) : La dernière fois qu’un individu étrange est venu à mon secours, c’était dans l’unique but de me faire exécuter. Alors excusez-moi, mais quitte à mourir, j’aimerais pouvoir partir sans regrets.

Le Rouge écarquille les yeux à l’audition de cette tirade quelque peu fataliste et s’empresse de corriger le tir.

(Le Rouge) : Je ne suis pas ici pour vous tuer, au contraire, si je suis venu vous trouver, c’est dans l’espoir de sauver des vies.

(Vladimir) : Pour vous être introduit jusqu’ici, avoir risqué votre vie simplement pour me sauver les miches, on ne peut nier que votre but doit être des plus importants. Mais comprenez-moi bien : j’ai passé ma vie à essayer de faire avancer la science, dans le but de « sauver des vies », ou du moins de rendre le quotidien des gens plus serein, plus agréable. Ai-je réussis ? Non. Tout le désintéressement du monde ne pourrait suffire à changer les choses, et quoique vous fassiez, ça finit toujours par prendre une tournure négative… voir atroce.

Pour la première fois depuis que Vladimir s’est réinstallé devant l’écran, il porte le regard sur Le Rouge, comme pour donner le plus d’impact possible à ce qu’il a l’intention de déclarer.

(Vladimir) : Alors pour une fois, je ne vais pas faire preuve de compassion, de patience ou de compréhension. C’est ma dernière carte, alors je vais la jouer égoïstement.

Le Rouge ferme les yeux et hoche la tête, montrant par ce geste qu’il comprend tout à fait la position de Vladimir, cependant le cliquetis continu de ses doigts prouve qu’il n’est pas pour autant prêt à faire preuve de patience.

(Le Rouge) : Ce serait malheureux de me contraindre à user de la force pour vous tirer de cet endroit, professeur Morlan.

(Vladimir) : En effet, et ce serait surtout très paradoxal.

Et sans ajouter le moindre mot, Vladimir se détourne de son interlocuteur pour recommencer ses manipulations informatiques. Le Rouge pousse un soupir avant de serrer son gantelet métallique, sans doute prêt à en asséner un coup net et sans bavure sur le crâne du Signe du Penseur dans le but de l'assomer. Au moment où il s’apprête à lever le point, Vladimir l’interpelle.

(Vladimir) : Regardez.

Le Rouge se fige, redressant la tête vers l’écran où sont apparus des dossiers accompagnés de graphiques, d’illustrations en fil de fer, de photos, de textes de recherches, de patrons matériels. Le membre de la DERIBEDO plisse les yeux, tentant de comprendre ce qu’il voit. L’écran fait mention d’un projet nommé « Rehok », concernant visiblement des individus modifiés génétiquement, chirurgicalement et psychologiquement pour se voir attribués des dons contre-natures, comme des pouvoirs magiques, des capacités mutagènes, des emplois nano-technologiques et d’autres joyeusetés faisant d’eux des monstres humains… le tout en vue d’un emploi purement destructeur, qu’il soit militaire ou terroriste.

(Le Rouge) : Qu’est ce qu… ?

(Vladimir) : Vous prétendez vouloir sauver des vies, eux veulent seulement en détruire. Ces gens ont détourné mes recherches pour en faire ce que vous avez sous les yeux, et aujourd’hui ils sont prêts à tout, même à faire de moi un esclave servile, pour que je les aide à achever cette « œuvre ». Je préfère mourir. Mais pas sans emmener tout ça avec moi.

Le Rouge fronce les sourcils, contemplant encore un instant quelques détails terrifiants parmi la pléthore qui s’affichent à l’écran. Finalement il tourne la tête vers Vladimir, qui a reprit son pianotage, naviguant à présent sur un écran secondaire, afin de pouvoir poursuivre ses activités tout en laissant à Le Rouge la possibilité de contempler l’œuvre conjointe de l’Aritark et de la Ligue Noire sur le poste principal.

(Le Rouge) : Vous n’avez pas à mourir. Je ne les laisserai pas faire.

(Vladimir) : Si vous êtes capable de les en empêcher… cependant, je ne vous laisserais pas me protéger tant que je n’en aurais pas fini avec tout ça.

Le Rouge pousse un soupir, porte un dernier regard sur l’écran principal où est exposé le projet « Rehok ». Le cliquetis métallique de ses doigts s’accélère puis il hoche finalement la tête.

(Le Rouge) : Faites vite.

Rillian observe Lexus dans ses gesticulations paniquées d’un œil légèrement critique. Le dirigeant de la Ligue Noire est en train de batailler pour faire entrer une sorte de clé électronique dans un tiroir de marbre noir situé sous le poste de sécurité principal. Finalement, il parvient à calmer ses tremblements et ouvre le verrou. Un clavier assez sommaire, muni de touches spécifiques à la gestion des piratages informatiques internes, sort automatiquement de sous le bureau dans un petit bourdonnement électrique. Lexus presse rapidement sur une touche et un écran de 20 cm de diamètre fait son apparition, se redressant à l’arrière de la machine. Le tout ressemble à une minuscule console portable et paraîtrait presque ridicule comparé à l’aspect imposant et surtechnologique des autres installations informatiques du site de l’Aritark.

(Rillian) : Que faites-vous ? Le Rouge est dans les parages, ce n’est pas le moment de vous occuper de ces gadgets.

(Lexus) : Le Rouge, Le Rouge, vous n’avez que ce nom à la bouche et vous me faites perdre mon temps. Ce type n’est pas le cadet de mes soucis : c’est le professeur Morlan qui est responsable de ce chantier, pas votre stupide acrobate. Je suis sur le point de subir une catastrophe informatique, alors ne venez pas me casser les oreilles avec vos inepties. Elles m’ont déjà fait perdre bien assez de temps.

Rillian ne se montre pas le moins du monde vexé face à la manière dont vient de lui parler le chef de l’Aritark et se contente de croiser les bras sur son torse musculeux, portant son regard sur la série de codes chiffrés qu’est en train de taper Lexus sur son petit ordinateur.

(Rillian) : Croyez moi ou non, mais je reconnaîtrais les blessures subies par vos gardes entre mille. C’est une technique avancée de Kaïdechi Royal… seuls les membres de la Garde Chromatique sont capables de l’employer.

Mais Lexus ne fait absolument plus attention à ce que dit son interlocuteur. Il est trop occupé à pianoter sur son petit clavier, remplissant l’écran qui y est rattaché de formules incompréhensibles aux néophytes.

(Rillian) : Et ce professeur… Morlan, c’est ça ?

Le sujet de la conversation l’intéressant visiblement plus sur ce point précis, Lexus daigne reprendre part à la conversation.

(Lexus) : Une pourriture qui est en train d’essayer d’effacer mes recherches. Nous le maintenions en détention ici. Mais j’ai plus d’un tour dans ma manche… sur ce genre d’exercices, je peux rivaliser avec lui, et le battre.

(Rillian) : Quelqu’un qui agit contre vous, un individu inaccessible, détenu dans vos locaux… et si c’était lui, que Le Rouge recherchait ?

Lexus pousse un râle de contestation en grimaçant.

(Lexus) : Rah, arrêtez de me parler de votre Rouge ou je ne sais quoi. Vous me déconcentrez.

(Rillian) : Où se trouve ce professeur Morlan actuellement ?

L’aspect sombre, catégorique et indiscutable qu’a pris le ton de Rillian à cette demande semble avoir subitement ramené Lexus à son niveau. Il tourne un regard surpris vers son interlocuteur, le sondant du regard.

(Rillian) : Je vous donne deux secondes pour me répondre, ou vous n’aurez plus un seul doigt valide pour taper sur votre machine.

Lexus écarquille légèrement les yeux et pâlit. Prit par l’urgence de la situation et par la crainte que suscite soudainement chez lui le garde chromatique, il bafouille.

(Lexus) : Il est dans la salle de sauvegarde des serveurs principaux. Unité Gama-B.

Sans ajouter le moindre mot, Rillian se détourne de lui et se dirige vers la porte de sortie de la salle de contrôle. Lexus, tout en continuant à pianoter, lui demande tout de même, alors qu’il s’apprête à franchir la porte :

(Lexus) : Mais que comptez vous faire là-bas ? L'accès est bloqué.

(Rillian) : Mon instinct me dit que Le Rouge se trouve auprès de cet homme… Je trouverais un moyen d'y accéder.

Un choc sourd et pénétrant provient de l’autre côté de la porte blindée menant à l’unité de confinement Gama-B. Le Rouge se retourne à ce bruit, une expression légèrement inquiète imprimée sur le visage. Il reporte alors son attention sur les manipulations de Vladimir, sa main crispée contre le rebord du siège. Le professeur reste concentré malgré la menace extérieure.

(Le Rouge) : Je ne sais pas ce que vous êtes en train de faire, mais ne traînez pas.

(Vladimir) : Cette cloison est pourtant supposée inviolable. Je fais au plus vite, ne me déconcentrez pas.

Une barre de progression s’affiche alors à l’écran, accompagnée de multiples messages d’erreurs supposés freiner son avancée. D’une simple manipulation, Vladimir les fait passer en arrière plan, permettant à la barre de reprendre sa progression à vitesse normale. Une simple annotation est inscrite au dessus : « Suppression définitive en cours ».

Une épaisse couche de sueur s’écoule du front de Lexus tandis qu’un message d’alerte clignotant en rouge apparaît sur le bord de son écran. Il y est inscrit « Taux de pertes définitives des programmes », avec au dessous un listing si rapide des fichiers progressivement perdus qu’il est quasiment impossible d’en lire les intitulés.

(Lexus) : Merde, mais quel enfoiré !!

Le pourcentage indique 14% de pertes. Lexus affiche un panneau de sauvegarde d'urgence, redéfinissant les taux de priorité de maintien des fichiers les plus importants de la base de données afin de les faire passer en fin de la liste de suppression.

(Lexus) : J’ai gagné deux minutes, Morlan. Ce que tu effaceras pendant ce laps de temps ne sera que des broutilles.

Vladimir fronce les sourcils tandis que la barre de progression de la suppression des programmes subit un léger ralentissement, le message d’attente affichant « Redéfinition de la liste de suppression ».

(Vladimir) : Lexus est dessus, ça va être serré.

Le Rouge, qui apparaît totalement perdu face à ce qui est en train de se jouer, se frotte le crâne d’un air dubitatif en regardant défiler les multiples messages et lignes de code que Vladimir et l’ordinateur font apparaître sur les divers écrans bordant la console.

(Le Rouge) : Que se passe-t-il ? Je viens d’Adra’Haar… inutile de vous dire que tout ceci me semble totalement étranger.

(Vladimir) : Tenter de vous l’expliquer serait une perte de temps dans ce cas. Imaginez vous seulement que je suis en lutte direct avec l’Aritark elle-même, que je la détruis morceaux par morceaux… et qu’il va falloir que je surpasse ses protections.

Un nouveau coup sourd  et brutal provient de la porte, plus puissant cette fois-ci, plus net.

(Vladimir) : Voyons voir si je peux accélérer un peu les choses… si je parviens à supprimer le programme de protection qu’utilise Lexus en ce moment-même, il ne pourra plus rien faire pour m’empêcher de détruire la totalité de la base de données. Je suis quasiment sûr qu’il est tellement empressé de mettre à l’abri ses plus gros projets qu’il n’a même pas pensé que je pouvais m’attaquer directement à lui par ce biais.

Vladimir accède à la liste complète des fichiers en cours de suppression, leur listing apparaissant sous ses yeux en direct. D’un œil expert et à une vitesse affolante, il repère le programme de protection qu’il recherche, « PowerShield ».

(Vladimir) : Bingo. Il est en cours d’utilisation. Bon, il est protégé, je ne vais pas pouvoir le supprimer manuellement… un petit coup de hack alors.

L’application « PowerShield » est en arrière plan chez Lexus, tant et si bien qu’il ne remarque pas immédiatement ce qui est en train de se passer. Il est en train d’envoyer ses projets les plus importants vers un mystérieux dossier « ImplementingMars », un sourire hargneux affiché sur le visage.

(Lexus) : Perdu, Morlan. J’ai déjà pu mettre en sûreté certains de nos plus gros projets.

Au même moment, il remarque que l’ordre des lettres des textes de messages affichés par « PowerSield » se brouille, donnant une incohérence visuelle surprenante. Lexus se frotte les yeux avant de les écarquiller, comme si ce trouble provenait d’un problème visuel de sa part. Puis finalement, il serre les dents et les poings, avant de frapper un grand coup sur le clavier de son petit ordinateur.

(Lexus) : ENFOIRE !! Il va redéfinir les listes !! Je ne peux plus rien faire !!

Dans un geste de rage, le chef de l’Aritark saisit son mini poste de contrôle des deux mains avant de l’envoyer voler au sol où il explose en morceaux dans un grand fracas. Il prend ensuite quelques secondes pour se remettre de ses émotions et retrouver son souffle.

(Lexus) : Bien joué, Morlan. Mais j’ai mis en sûreté ce qui comptait le plus pour nous. Match nul, dira-t-on.

Et comme si un élan de colère le reprenant, il donne un violent coup de pied dans la carcasse pitoyable de l’ordinateur gisant au sol.

(Lexus) : Rah !! Ce qui m’énerve le plus, c’est de ne pas avoir eu le temps de camoufler le dossier de destination des projets sauvées… il va porter son regard sur ma plus belle création. Quel affront !

Bien installé dans son fauteuil, Vladimir affiche un petit sourire victorieux, qui n’est pas sans éveiller une lueur de soulagement sur le visage de Le Rouge dont seules les expressions du professeur sont en mesure de l’orienter sur le cours plus ou moins positif des évènements.

(Vladimir) : Lexus est hors course ! Il ne restera bientôt plus rien de l’Aritark.

Mais alors que la barre de progression arrive à 82% de suppression, elle s’arrête et un message d’information apparaît au centre de l’écran : « Suppression complète du contenu de la base de données du QG de l’Aritark ». Vladimir fronce les sourcils, visiblement surpris.

(Vladimir) : Comment ça, complète ?! Où sont les 18% restants ?

Le professeur lance alors un tracking des opérations effectuées sur la liste de suppression au cours des dernières minutes et se rend compte que Lexus a pu sécuriser certains dossiers en les transférant sur une autre base de données.

(Vladimir) : Comment est-ce possible ? L’Aritark ne compte pourtant qu’un seul QG.

(Le Rouge) : Qu’est ce qui se passe ?

(Vladimir) : Il semblerait que certains gros dossiers… ceux que Lexus avait pris la peine de protéger en les mettant en fin de liste… aient été… transférés dans un autre centre de traitement… qui m’était totalement inconnu. Dire que je croyais qu’il voulait gagner du temps pour me court-circuiter… il m’a bien eu, je dois l’admettre.

Et c’est au tour de Vladimir de taper du poing contre la table. Comme un écho à son geste, un nouvel assaut retentissant éclate contre la porte blindée, poussant Le Rouge à se montrer un peu plus pressant.

(Le Rouge) : Vous avez fait ce que vous avez pu, maintenant il est temps de partir.

(Vladimir) : Attendez, je veux juste voir où est hébergée cette base de données secondaire, ça ne prendra que quelques secondes…

Le scientifique se met à pianoter rapidement sur son clavier jusqu’à faire apparaître un dossier caché intitulé « RealAritark », dont le simple nom semble lui donner des sueurs froides. Il double clique dessus, affichant les données et les images associées à l’un des seuls dossiers de la base de données encore valide. Vladimir écarquille les yeux face à ce qu’il découvre, sa mâchoire inférieure retombant sans qu’il puisse la retenir.

(Vladimir) : Mais… mais qu’est ce que c’est que ça ?

Chapitre 156 Chapitre 158

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