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Réparer ses erreurs

Sorti le 30/03/2011, compilé dans le Volume 18

Histoire :

Vladimir, découvrant les nouvelles propriétés physiques de son corps, est agréablement surpris de la vitesse et de l’agilité dont il peut faire preuve malgré l’augmentation significative de sa masse corporelle. Trop concentré et énervé pour se réjouir vainement de ce type de détails, le scientifique s’engage dans une succession de couloirs, manœuvrant au milieu de ce dédale comme s’il y avait toujours vécu… visiblement, les plans des installations du QG de l’Aritark sont restés gravés dans la mémoire de son fondateur. Vladimir se retrouve bientôt au milieu d’un groupe massif de scientifiques qui se dirigent tous dans la même direction, d’un pas calme mais très empressé. L’alarme déclenchée quelques instants plus tôt a eu un effet immédiat. Personne ne semble faire attention à la présence du nouveau réploïde, perçu comme un membre du personnel tout à fait lambda. D’un coup d’œil rapide, Vladimir remarque des portes-blouses fixés sur les murs du couloir qu’il est en train d’emprunter. Tout en continuant à marcher parmi le groupe de scientifiques, il retire sa veste grise pour se saisir de l’une des blouses blanches suspendue sur le côté, et l’enfile dans un geste d’un tel détachement que personne ne semble trouver étrange qu’un scientifique quittant le bâtiment suite à une alerte de sécurité prenne encore le temps de réenfiler ses habits de service. Une fois son déguisement de fortune sur le dos, Vladimir se joint au groupe avec plus de sérieux, adoptant son rythme de déplacement, et se voutant légèrement pour s’effacer au mieux dans la masse. Tandis qu’il est en train de penser qu’il aurait dû choisir une blouse un peu moins petite, Quicksilver jaillit d’un couloir adjacent, se retrouvant pile dans le dos du groupe de laborantins. Vladimir remarque son arrivée d’un coup d’œil rapide avant de fixer son regard vers l’avant, le nouvel équivalent de son rythme cardiaque s’emballant tout à coup. Sans oser ne serait-ce que se retourner vers son poursuivant, priant intérieurement pour apparaître invisible au milieu du groupe, il retient son souffle et continue à avancer dans ce rythme faussement rapide. A l’arrière, Quicksilver, une expression sombre et courroucée sur le visage, scrute du mieux qu'il peut l’assemblée de laborantins, semblant pester intérieurement de les avoir sur sa route.

(Quicksilver) : Par où est-il passé ?

Alors que l’homme-mercure s’apprête à quitter l’intersection pour se diriger dans un couloir adjacent, laissant les laborantins à leurs occupations, Vladimir commet une erreur fatale. Le professeur, persuadé que Quicksilver est déjà trop engagé dans son mouvement pour remarquer les siens, bifurque brutalement sur la droite, se séparant du reste du groupe pour prendre un couloir attenant. Le chasseur se fige alors sur place et un léger sourire se dessine sur son visage. Il se cambre légèrement en avant et pousse un soupir.

(Quicksilver) : Écartez vous. Premier et dernier avertissement.

Et sans attendre une seconde de plus, il part à la vitesse du vent au travers du groupe de laborantins, certains ayant eu le temps de faire un pas de côté, d’autres non. Ces-derniers sont littéralement éjectés en l’air sous la puissance du passage de Quicksilver, et retombent comme une vulgaire pluie humaine, çà et là, hurlant de douleur et d’incompréhension. Le chasseur bifurque brutalement au même endroit que Vladimir quelques secondes auparavant, et voit nettement le professeur s’engager dans la pièce du fond, celui-ci se retournant vers lui avant d’afficher une expression de panique à sa vue. Quicksilver ricane intérieurement et se lance en avant, prenant alors quasiment les propriétés du vent. Mais un obstacle se dresse soudainement entre lui et sa proie : une lourde porte pressurisée se referme devant lui, à la seconde même où il allait se saisir du professeur. Quicksilver freine brutalement, manquant de peu de s’écraser contre le métal lourd qui compose la porte. De l’autre côté, Vladimir pianote sur le panneau de contrôle adjacent, refermant une nouvelle cloison pressurisée soutenue par deux vérins hydrauliques d’un diamètre de près de vingt centimètres. Alors que cette double protection achève de se mettre en place, il entend des coups nets et tranchants en provenance de l’autre côté, quoiqu’ils soient étouffés par l’épaisseur et la densité du métal. Poussant un soupir de soulagement, Vladimir appui sur l’interrupteur de communication situé juste au dessous du panneau de contrôle.

(Vladimir) : Inutile d’insister, c’est une double porte pressurisée en titane renforcé. Même toi tu ne pourras pas la détruire.

Et de l’autre côté, Quicksilver ne peut que confirmer avec dépit cette révélation : ses bras, transformés en lames de mercure hyper-tranchantes, pourtant capables de couper l’acier comme du beurre, n’ont pu creuser que des sillons de quelques millimètres dans le barrage mis en place par Vladimir. Comprenant qu’il est inutile d’insister, Quicksilver ramène ses bras à leur état normal et appui calmement sur l’interrupteur de communication.

(Quicksilver) : Il n’y a aucune issue là où tu te trouves. Rends-toi. Qu’espères-tu pouvoir faire de toute manière ?

(Vladimir) : Je connais mieux ce bâtiment que toi. Et je ne cherche aucune issue. Je ne me suis pas jeté volontairement dans un cul de sac… je voulais me retrouver ici, c’est tout.

Quicksilver fronce les sourcils, tentant de comprendre la logique de Vladimir.

(Quicksilver) : Si tu sors maintenant, tu as peut-être encore une chance de sauver le peu qu’il reste de toi.

(Vladimir) : Dalan pense m’avoir tout enlevé, et peut être a-t-il réussi. Mais ce qu’il me reste, je ne le mettrai jamais à son profit. Pas pour tout l’or du monde… et certainement pas pour ma propre sauvegarde.

Quicksilver tape du poing contre la porte, avec une certaine violence, mais sans agressivité. Son expression est d’ailleurs plus proche de la peine que de la colère.

(Quicksilver) : C’est que tu n’as pas idée de ce qu’il te réserve alors… un sort encore pire que le mien, peut être…

(Vladimir) : Je peux tout arrêter, d’ici j’ai le moyen de mettre un terme aux agissements de l’Aritark.

L’homme-mercure pousse un ricanement sombre, laissant son bras retomber le long de son corps.

(Quicksilver) : L’Aritark ? Mais ce n’est qu’un jouet pour Dalan… une société écran comme les autres. Assez rit maintenant : rends-toi, c’est ma dernière demande. Ouvre cette porte !

(Vladimir) : Un jouet peut-être, oui… mais je vais me libérer de la culpabilité d’avoir mis un jouet aussi dangereux entre ses mains. Il ne tirera plus rien de l’Aritark, ni de moi. Et si tu veux m’arrêter, alors trouve un autre moyen d’entrer. Cette porte restera close.

Nouveau coup de poing contre l’alliage de la porte de la part de Quicksilver. Cette fois-ci le bruit est suffisamment fort pour faire sursauter et reculer Vladimir. Le composite de titane s’est enfoncé sous la force de l’assaut de Quicksilver, qui en retire une main sanguinolente et tremblante de rage. Vladimir pousse un soupir avant de clore la conversation comme suit :

(Vladimir) : C’est amusant que tu te sois retrouvé à sa botte. Tu n’as pourtant pas l’étoffe d’un salaud.

Et Vladimir détruit le dispositif de communication d’un coup de poing dédaigneux. De l’autre côté de la porte, Quicksilver reste un moment interdit face à ces derniers mots, avant de laisser un vague sourire triste envahir son visage.

(Quicksilver) : « Amusant »… c’est le mot.

Puis il se saisit d’un comtalk dissimulé au fond de la poche de son long manteau noir avant de porter l’appareil à son oreille. Il entre directement en communication avec Dalan.

(Quicksilver) : Contactez Lexus, voyez s’il a un moyen de rompre le protocole de sécurité menant à l’unité…

Il jette un rapide coup d’œil sur le panneau indicatif surplombant la porte.

(Quicksilver) : … Gama-B. Il s’est enfermé là-dedans, et je ne pense pas qu’il y ait d’issue.

A l’autre bout du bâtiment, Dalan, qui progresse dans les couloirs, son fusil dans une main, le comtalk dans l’autre, s’arrête soudainement à l’audition de cette information. Son expression se fige, vide et pâle.

(Dalan) : Gama-B, vous avez dit ?

(Quicksilver) : Affirmatif.

L’homme de main est alors obligé d’éloigner le comtalk de son oreille tant la puissance du hurlement de Dalan est forte au travers de celui-ci.

(Dalan) : Trouvez un moyen d’y entrer par tous les moyens !! Je vais tâcher de contacter Lexus et d’arrêter cet enfoiré de Morlan. L’unité de confinement Gama-B, c’est là que se trouve le centre de traitement principal des données de recherche. Des années de travaux se trouvent sur ces serveurs !! Il doit avoir en tête de tout effacer !!

(Quicksilver) : Et ainsi détruire l’Aritark…

(Dalan) : Cessez de palabrer et arrêtez-le, sinon je vous jure sur ma vie que vous ne serez jamais délié de notre pacte !! 

La communication est alors coupée, laissant Quicksilver dans un état de colère quasiment palpable. Le comtalk éclate comme un vulgaire bout de verre entre ses doigts resserrés par la rage.

La porte de la salle de sécurité principale s’ouvre à la volée, laissant un Lexus pâle comme un cadavre faire son entrée, suivi de près par le calme et imposant Rillian. Celui-ci referme tranquillement la porte, puis se retourne vers les multiples écrans de surveillance qui tapissent le mur opposé. Le personnel de surveillance a visiblement lui aussi évacué, ce qui semble étonner le chef de l’Aritark.

(Lexus) : Que les laborantins fichent le camp, c’est normal… c’est le processus habituel d’évacuation. Mais où sont passés les gardes ?

Rillian jette un coup d’œil de gauche à droite avant de repérer une série de casiers alignés le long du mur transversal gauche de la salle. D’une hauteur approximative de un mètre quatre vingt, les casiers sont normalement destinés à ranger les tenues de travail et effets personnels des gardes de sécurité. Le mage de combat fait quelques pas en direction de ceux-ci avant d’ouvrir l’un d’entre eux d'un geste lent. La porte d’acier s’ouvre alors béante, poussée par le poids du garde qui était enfermé à l’intérieur, inconscient, à moitié replié sur lui-même. Lexus, alerté par le bruit de la chute, rejoint Rillian et contemple, bouche bée, l'homme inanimé qui jonche à présent le sol.

(Rillian) : Ne cherchez plus vos hommes… ils sont rangés çà et là. Une méthode classique de Le Rouge.

(Lexus) : Est-ce qu’ils sont… ?

Mais Rillian est déjà accroupi, en train de tâter la victime au niveau de la base de la nuque. Continuant ses investigations, il répond d’un air détaché à son interlocuteur.

(Rillian) : « Morts » ? Certainement pas. Le Rouge ne tue pas. Nous  n’y sommes autorisés qu’en cas de danger pour l’Archimage… étonnant qu’il respecte encore ces principes alors qu’il a déserté…

(Lexus) : Excusez-moi de ne pas partager votre euphorie chevaleresque à deux sous, mais il serait peut-être de bon ton de le retrouver.

Rillian se redresse, laissant l’individu gisant à terre, pour s’en retourner vers les écrans de contrôle, ignorant totalement la remarque cynique de Lexus. Il jette un coup d’œil rapide et expert aux écrans de surveillance, avant de croiser les bras sur son torse en hochant la tête.

(Rillian) : Cela ne nous apprendra rien. Il est naturellement doué pour l’infiltration et la discrétion. Il savait où trouver votre centre de sécurité et il n’avait pas besoin d’en savoir plus.

Il pointe alors du doigt les écrans de contrôle, Lexus suivant son geste d’un air étonné.

(Rillian) : Ce que vous utilisez pour repérer vos cibles se retourne contre vous. Il a déjà analysé la topographie complète des lieux grâce à ces caméras et a dû trouver un passage sécurisé pour s’infiltrer jusqu’à ce qu’il est venu chercher.

Lexus serre les dents et grimace, visiblement désappointé à l’extrême. A ce moment là son comtalk se met à sonner. Voyant le nom de Dalan apparaître sur l’écran d’appel, Lexus prend une longue aspiration avant de porter l’appareil à son oreille et l’activer.

(Dalan) : C’est Morlan. Il s’est enfermé dans la salle Gama-B. Dépêchez vous de trouver un moyen d’y accéder si vous ne voulez pas voir partir en fumée le travail de recherche de ces cinq dernières années !

Lexus devient encore plus pâle, si c’est possible, lui donnant le teint cireux et vitreux d’un noyé.

(Lexus) : M-m-m-Morlan ? Mais enfin, je croyais que l’autre intrus était responsable de l’alarme ?

(Dalan) : Un autre intrus ? Qu’est ce que vous me chantez ?!

Les yeux de Lexus s’assombrissent et il cherche Rillian du regard. Celui-ci le contemple de toute sa hauteur, l'air impartial.

(Lexus) : Je crois que nous avons de très sérieux problème, monsieur Dalan.

Dans la salle de gestion et de sauvegarde des données, intitulée « Gama-B », Vladimir s’est installé devant un immense écran d’ordinateur relié à plusieurs processeurs muraux aussi impressionnants que puissants. Le mur du fond est entièrement tapissé d’unités centrales complexes servant à sauvegarder la totalité des données enregistrées chaque jour par le personnel de l’Aritark. Vladimir pianote avec énergie sur les cinq claviers qui lui font face, composants une véritable console ouverte en arc de cercle devant et autour de lui.

(Vladimir) : La sécurité employée sur ces serveurs est exceptionnelle… aucun pirate cybernétique ne saurait en venir à bout… or, il est malheureux pour eux que je connaisse tout du système d’exploitation et de l’agencement des données. Ils n’ont même pas pris la peine de changer ça depuis mon départ.

(Voix) : Vous parlez souvent tout seul quand vous êtes au travail, professeur Morlan ?

Vladimir se redresse immédiatement et se retourne pour faire face à la voix qui vient de jaillir dans son dos, claire, sombre, à peine étouffée par une séparation visiblement bien mince. Alors qu’il s’apprête à demander au nouvel intervenant de se montrer, une plaque d’aluminium renforcé se décroche du plafond. Le professeur redresse la tête d’un air paniqué en direction du conduit d’air ainsi ouvert, s’attendant à voir Quicksilver jaillir sur lui. Mais l’homme qui apparaît à ses yeux n’est pas le bras droit de Dalan. Il s’agit de Le Rouge. Celui-ci se laisse habilement glisser par l’ouverture qu’il vient de pratiquer et retombe lestement sur ses jambes, sans faire le moindre bruit. Vladimir le dévisage, interdit et nerveux, se demandant visiblement s’il ne devrait pas attaquer tout de suite sans poser d’avantage de questions.

(Le Rouge) : Vous êtes un homme difficile à joindre, professeur.

Le nouveau réploïde hésite encore une seconde sur la conduite à adopter puis, finalement, se décide à prendre la parole.

(Vladimir) : Qui… qui êtes vous ?

Le Rouge lui offre un sourire bienveillant puis tout en écartant les bras, il se contente de hausser les épaules.

(Le Rouge) : Dans le cas présent, il semblerait que je sois votre sauveur.

Chapitre 155 Chapitre 157

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