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Rillian

Sorti le 23/03/2011, compilé dans le Volume 18

Histoire :

Vladimir est assis au bord du lit sur lequel il s’est précédemment réveillé, avec tous les changements qu’on lui connaît à présent. Il s’est vêtu de sa tenue habituelle, revêtant sa longue veste grise qui lui va un peu plus serrée qu’auparavant, sa masse musculaire ayant été augmentée pour supporter le poids des composants électroniques internes qui lui servent à présent de relais organiques. Les yeux dans le vague, l’air déphasé, il pose une main molle sur la batterie qui remplace à présent son cœur.

(Vladimir) : C’est étrange de ne plus le sentir battre.

Et d’un coup, sa main se resserre en poing et va s’abattre avec une force enragée sans commune mesure sur la table d’appoint disposée sur sa droite. Bien que faite d’un alliage métallique renforcé, la tablette vole en éclats épars qui se dispersent dans tous les coins de la chambre. Vladimir écarquille les yeux, ébahi par sa nouvelle force, et porte un regard atterré à sa main encore tremblante.

(Vladimir) : Ils croient me tenir…

Un sourire légèrement sournois se dessine sur le visage de Vladimir qui se redresse alors sur ses jambes avec une conviction qui lui était totalement absente il y a encore une minute.

(Vladimir) : … mais j’ai encore quelques cartes à jouer.

Dans le laboratoire principal, Lexus et Dalan sont en train de vérifier des données cryptées arrivant progressivement depuis un poste électronique relié à la cuve dans laquelle flotte l’étrange individu étiqueté « G. Dextar ». Une porte-sas s’ouvre du côté droit de la salle, laissant apparaître un laborantin visiblement heureux de voir que son supérieur est de retour.

(Laborantin) : Monsieur Lexus, excusez moi de vous déranger. Un homme étrange est arrivé il y a environ une demi-heure, demandant à voir personnellement le responsable des lieux. Il est apparemment mandaté par le Conseil d’Adra’Haar, je n’ai donc pas pu refuser sa requête.

Lexus jette un regard surpris et légèrement inquiet vers Dalan, qui a écouté l’intervention du laborantin d’une oreille apparemment distraite mais néanmoins attentive.

(Lexus) : D’Adra’Haar, vous dites ? Avec les récents évènements, ce n’est de loin pas le genre de personne qu’on pourrait s’attendre à trouver par chez nous. Et si c’était un terroriste ?

(Dalan) : Allons bon, nos détecteurs sont infaillibles et les gardes parfaitement formés. Allez voir ce que veut cet homme et cessez d’être aussi couard. Ce n’est sans doute qu’un banal litige de violation sur les frontières technologiques, des imbéciles qui sont allés faire les idiots à Adra’Haar avec quelques uns de vos joujoux. Ne me faites pas perdre mon temps.

Lexus se contente d’hocher vivement la tête avant de faire signe au laborantin de disposer. Le chef de l’Aritark réajuste ses lunettes ainsi que sa longue écharpe rouge avant de quitter la salle de recherche principale et de se diriger vers son bureau privé. Celui-ci, dont la baie vitrée n’a visiblement toujours pas été remplacée, laissant sa place à une vulgaire bâche blanche, n’en est pas pour autant délesté de tout le luxe qu’on pourrait s’attendre à y trouver.
Un homme se tient debout au milieu de la pièce, tournant le dos à Lexus. Sa silhouette est haute et musculeuse, assez massive. Il a un cou large et des cheveux coupés plutôt court, d’une couleur grisonnante… mais même de dos il est évident que l’individu n’est pas d’un âge avancé. Il porte une sorte de gilet épais couleur sable, aux nombreuses poches et rangements, se parant dans la moitié inférieure du dos d’une sorte d’aspect « filet » ouvert sur sa peau nue au teint très hâlé. Un large et lourd pantalon au motif militaire entoure ses jambes longues et musclées, surplombant de grosses bottes à boucles d’acier, lui donnant l’allure d’un mercenaire spécialisé dans les conflits armés. Lexus affiche une expression dubitative à l’allure globale de cet homme qui se retourne à son arrivée, dévoilant son visage dur et carré, à la mâchoire large et osseuse. Impossible de voir la forme et la couleur de ses yeux, car ceux-ci sont camouflés derrière d’épaisses lunettes de soleil. Une sorte de grigri étrange est accroché à la bordure droite de celles-ci, une petite chaînette au bout de laquelle est fixée une sphère rouge recouverte de gravure dorées. Quelques mèches quasiment blanches, nettement plus pâles que le reste de sa chevelure grise, retombent au dessus de son front plissé d’une ride de sévérité. Une large cicatrice barre son visage en diagonale, partant de sa tempe droite pour finir au bas de sa joue gauche, tout en passant pile entre ses deux yeux. L’homme croise ses bras très musclés sur son torse, dévoilant deux avant bras entourés de lourds tatouages rituels, signes et symboles totalement incompréhensibles pour un non-initié aux serments magiques du Conseil d’Adra’Haar.

(Homme) : Il n’est pas très prudent d’un point de vue purement sécuritaire de laisser une ouverture aussi facile d’accès sur la façade de votre bâtiment.

(Lexus) : Oh, la baie vitrée ? Oui, oui, je sais… nous sommes en litige avec la société qui devait normalement la remplacer, ce qui fait malheureusement perdre du temps.

L’homme fronce les sourcils par-dessus ses lunettes, ce qui ne fait que renforcer l’impression de dureté qu’il dégage.

(Homme) : Je n’entends goutte aux soucis diplomatiques que l’on rencontre dans ce type de… cité.

(Lexus) : Et à qui ai-je affaire ?

(Rillian) : On m’appelle Le Blanc. Mais vous pouvez me nommer Rillian, étant donné que je suis en mission officielle pour le compte de sa seigneurie l’Archimage Auri’Ehl.

Un petit tic nerveux vient chatouiller le coin de l’œil de Lexus qui ne peut s’empêcher de battre des paupières pendant quelques secondes, tentant de garder son calme. Il se racle finalement la gorge avant de reprendre.

(Lexus) : Hum… je ne sais pas si vous êtes au courant des derniers évènements, mais… aujourd’hui, à mes yeux, vous êtes un ennemi mortel.

Rillian hoche la tête de droite à gauche tout en affichant un sourire de dépit.

(Rillian) : Ne soyez pas ridicule, monsieur Lexus. Vous savez bien que les rapports diplomatiques entre nos deux états ne sont pas encore touchés à ce point. Laissons le nerf de la guerre prendre le temps qu’il lui faut avant de nous lancer dans des duels à mort. Et si cela peut vous rassurer, sachez que je ne plébiscite en rien les actions terroristes menées à l’encontre d’Hydrapole, bien au contraire.

(Lexus) : Ce n’est pourtant pas le cas de votre Archimage.

Rillian se contente d’hausser les épaules d’un air un peu dédaigneux.

(Rillian) : Vouer ma vie à la protection de sa Seigneurie Auri’Ehl ne me force heureusement pas à partager sa vision du monde.

La mâchoire de Lexus retombe alors lourdement, dévoilant une expression atterrée de premier ordre et une confusion tout aussi grande. Il lui faut bien cinq secondes avant de remettre ses idées en ordre et de reprendre ses esprits.

(Lexus) : Mais oui, vous êtes l’un des Cinq Chromatiques. Les cinq hommes surentraînés affiliés à la protection rapprochée de l’Archimage. C’est pour ça cette histoire de « Le Blanc ». J’aurais dû m’en douter en voyant ces tatouages.

Rillian hoche la tête en s’inclinant respectueusement en avant, comme pour remercier Lexus de l’effort mental produit pour reconnaître la fonction de son invité.

(Rillian) : En effet. Je suis surpris que vous en sachiez autant sur nous.

(Lexus) : Et moi encore plus surpris d’avoir la visite d’une personne comme vous. Je croyais que vous ne quittiez jamais l’Archimage d’une semelle… je me doute que vous n’êtes pas venu ici pour me faire la morale sur la sécurité légèrement déficiente de mes installations. Alors que voulez vous, exactement ?

Rillian joint les deux mains, paume contre paume, pour marquer une nouvelle fois son respect, avant d’en venir aux explications de sa présence.

(Rillian) : En réalité, j’ai quitté la protection rapprochée de l’Archimage depuis plusieurs semaines maintenant et je parcours le monde à la recherche de l’un des nôtres… l’un des Cinq Chromatiques qui a déshonoré sa fonction et son rang en fuyant ses responsabilités, abandonnant sa tâche et sa mission vitale.

(Lexus) : Heu… je vois, mais quel est le rapport avec l’Aritark ?

Rillian fronce les sourcils, prenant un air encore plus sérieux, si c’était encore possible.

(Rillian) : A force de traquer cet homme, j’ai fini par comprendre la logique de certains de ses agissements… il recherche quelque chose, ou quelqu’un… et sans que je sache de quoi il puisse s’agir, il ne fait aucun doute que cette chose se trouve finalement ici. J’espère obtenir votre concours pour coincer cet électron libre.

Lexus pâlit légèrement à l’audition de ces explications.

(Lexus) : Heu… vous voulez dire qu’un individu parmi les plus puissants d’Adra’Haar voudrait investir mon organisation afin de me dérober quelque chose de précieux ?

(Rillian) : Je n’ai aucune certitude sur les motifs de ses agissements, mais…

Au même instant, coupant Rillian au beau milieu de sa phrase, une alarme tonitruante se met à résonner de toutes parts, obligeant Lexus à se boucher les oreilles tout en poussant un cri de surprise. Alerte, Rillian se campe sur ses jambes, prêt à bondir au moindre geste suspect. Au bout d’une seconde il se retourne vers Lexus qui tente de se remettre de ses émotions, et le saisit par les épaules, hurlant pour se faire entendre au milieu du vacarme strident de l’alarme.

(Rillian) : A quoi réfère ce bruit ?!

(Lexus) : C’est l’alarme d’intrusion ! Quelqu’un a forcé l’accès à une zone qui lui était interdite !!

Rillian relâche les épaules de Lexus qui fait trois pas en arrière à ce simple mouvement. Les regards des deux hommes se croisent, tandis que la même idée fleurit dans leurs esprits.

(Lexus) : Serait-ce votre homme ?

(Rillian) : C’est possible. Avez-vous un moyen de détecter l’origine de l’intrusion ?

(Lexus) : Bien entendu, mes hommes doivent déjà être sur le coup. Suivez-moi !

Ayant lâché ces mots, Lexus pivote sur lui-même pour saisir la poignée de porte de son bureau et sortir dans le couloir, Rillian sur les talons. D’un pas aussi rapide que possible, il prend avec lui la direction de la salle de contrôle de sécurité principale.

Dans le laboratoire principale, l’alarme a mit fin de manière spectaculaire au travail de recherche des laborantins, qui ont tout laissé en plan avant de quitter précipitamment la salle pour rejoindre les zones de sécurité principales. Dalan et Quicksilver, restés au centre de la pièce, tentent de converser au milieu du marasme sonore provoqué par l’alerte intrusion et les dizaines de scientifiques qui se précipitent dans tous les sens autour d’eux.

(Quicksilver) : C’est l’alarme intrusion !! Vous ne pensez pas que… ?

(Dalan) : Bien sûr que si ! C’est forcément Morlan. J’aurais dû réduire sa cervelle en miettes, quitte à perdre du temps. Maintenant au moins nous sommes fixés.

(Quicksilver) : N’allez pas trop vite en besogne. Je peux facilement m’en assurer.

Dalan hoche la tête et fait un signe rapide de la main à son acolyte, lui ordonnant par ce geste d’aller vérifier si Morlan se trouve toujours dans sa cellule. Ne perdant pas une seconde, Quicksilver prend appui sur ses jambes avant de se propulser à toute vitesse en direction de la sortie de la salle, son empreinte visuelle devenant quasiment impalpable tant sa vitesse de déplacement est effarante. Plusieurs laborantins se trouvant sur sa trajectoire sont littéralement balayés par le souffle provoqué par ses déplacements. La porte frontale du laboratoire s’ouvre à la volée, claquant si violemment contre les murs adjacents que les chambranles n’y résistent pas. Dalan se retourne vers la cuve contenant le corps baignant dans cet étrange liquide translucide et, restant totalement serein malgré l’alarme tonitruante et l’urgence apparente de la situation, se met à pianoter sur l’un des nombreux ordinateurs connexe au cylindre. Au bout d’un moment, une barre de téléchargement apparaît sur la quasi-totalité des écrans de contrôle de la salle. Un message proposant une ultime annulation, mettant en garde contre l’aspect irréversible de l’action en cours, apparaît juste en dessous de la barre de progression. Dalan l’ignore totalement, observant avec minutie l’avancée rapide du téléchargement. Au bout d’une vingtaine de secondes, les écrans affichent le message suivant : « Téléchargement terminé. G. Dextar scripté sur clé. En attente de Renaissance. ». Et le chef de la Ligue Noire se contente alors de retirer une sorte de clé numérique du poste centrale. Celle-ci, d’une couleur noire luisante, ressemble un peu à une sculpture en ébène sur laquelle aurait été gravée une fine ligne d’or. Cette clé retirée de la fiche, tous les ordinateurs se coupent automatiquement, et la lueur émanant de la cuve s’atténue jusqu’à disparaître, laissant le corps immergé quasiment invisible dans la pénombre du laboratoire. Dalan fronce les sourcils avant de se saisir d’un objet appuyé  contre la table de travail, juste à côté de lui. D’un mouvement assuré et rodé, il fait basculer son fusil de chasse sur son épaule, avant de prendre à son tour, d’un pas nettement plus calme et mesuré, la direction de la sortie du laboratoire.

Tapis dans l’obscurité, allongé à l’étroit, Le Rouge retient son souffle, jetant de gauche à droite des regards suspects. Il entend clairement l’alarme sonner, mais son air surpris laisse à penser qu’il n’est pas responsable de son activation. Il se trouve à l’intérieur d’un conduit d’aération qu’il a infiltré peu après son entrée dans le bâtiment, afin de se diriger plus facilement - et discrètement - dans les installations de l’Aritark. Immobilisé par la réception de ce bruit strident, Le Rouge reste tétanisé dans sa surprise.

(Le Rouge) : Je n’ai pourtant pas activé de détecteurs… à moins que l’un des gardes de l’entrée ne se soit déjà réveillé et ai sonné l’alerte ? Non… impossible.

L’infiltré secoue vivement la tête pour effacer ses doutes et reprendre son avancée.

(Le Rouge) : En tout cas maintenant, une chose est sure… il n’y a plus une seconde à perdre !

Au moment où Le Rouge est en train de se remettre en route dans son étroit conduit d’air, Quicksilver fait déjà son arrivée devant la porte de la cellule de Vladimir… dont la porte est étrangement ouverte. Un seul côté de la porte-sas est tiré sur le droite, suffisamment pour laisser un homme se glisser par l’ouverture. Le bras de Quicksilver prend la consistance argentée du mercure avant de se modeler en une longue lame effilée dont il se sert pour trancher net la porte. Le rabat pivote lentement sur lui-même avant de se détacher de l’encadrement, tombant lourdement à l’intérieur de la chambre. Quicksilver pénètre celle-ci, la jaugeant d’un coup d’œil rapide afin de distinguer la présence éventuellement de Vladimir… qui a bien entendu disparu. Après cela, il pose son regard sombre sur le panneau de contrôle intérieur de la porte sas… qui apparaît totalement éventré. Quicksilver pousse un soupir de lassitude.

(Quicksilver) : Mais qu’espère-t-il faire dans sa situation ?

Une fois cette interrogation posée, il se détourne de la cellule et reprend sa course surhumaine dans l’autre direction… la chasse est visiblement relancée.

Chapitre 154 Chapitre 156

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