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Changements internes

Sorti le 15/03/2011, compilé dans le Volume 18

Histoire :

Avant de pouvoir rouvrir les yeux, plongé dans l’obscurité froide et assommante d’un semi-coma, le professeur Vladimir Morlan voit sa conscience renaître progressivement au rythme lent et mesuré d’un « bip-bip » cyclique. Avec peine, il arrive à écarter lentement les paupières, et se sent presque immédiatement agressé par la lueur pourtant faible d’une veilleuse, posée sur une tablette, à côté de son lit. Ses lèvres s’entrouvrent, horriblement sèches, tandis que son expression pâteuse et à moiti-endormie semble interroger tous les éléments présents dans l’attente d’une seule réponse à cette question : « Où suis-je ? ».
Il plaque la paume de sa main contre sa tempe, tentant de se remémorer ses derniers souvenirs, mais rien ne semble lui revenir. Maintenant que sa vision est quasiment revenue à la normale, il saisit peu à peu sa situation actuelle.
Il se trouve assis dans ce qui semble être un lit d’hôpital, calé au centre d’une pièce assez large, aux teintes grisâtres. Plusieurs spots médicaux sont orientés vers lui, mais ils sont heureusement éteints. La petite veilleuse posée sur la tablette, lui servant de table de chevet de fortune, éclaire suffisamment l’environnement pour lui permettre de comprendre qu’il se trouve certainement dans une situation des plus délicates. Il porte alors un regard sur sa propre personne avec un air inquiet, comme s’il s’attendait à ne plus avoir ni ses bras ni ses jambes. Mais il est apparemment complet, engoncé dans une chemise de nuit à dos ouvert, d’une détestable couleur vert crème. Tandis qu’il s’apprête à quitter le lit, la porte-sas faisant face à lui s’ouvre soudainement, laissant entrer Albertus Dalan, qui le toise du regard avec une expression de malice et de contentement abominable. A son côté droit se tient son féroce homme de main, Quicksilver, et au gauche son « associé », Lexus. Vladimir aimerait rire face à ce tableau, mais il ne se sent pas en mesure de faire quoique ce soit d’autre que respirer et cligner des yeux pour le moment.

(Dalan) : Je suis ravi de vois que vous vous êtes réveillés en pleine forme.

Vladimir déglutit plusieurs fois et se racle lentement la gorge, incertain de pouvoir produire le moindre son tant sa gorge est sèche. Il fait une grimace de douleur, mais finit par réussir à prononcer des mots d’un ton grailleux.

(Vladimir) : Où… où sommes-nous ?

Lexus s’empresse de faire un pas en avant, scrutant le professeur de ses yeux vifs de fouine.

(Lexus) : Eh bien, professeur Morlan, je croyais que vous seriez en mesure de reconnaître le bâtiment de l’Aritark, puisque vous vous ventez sans cesse d’en avoir été le créateur ?

A cette remarque acide s’ajoute un ricanement satisfait. Dalan jette un regard en coin à Lexus et hausse vaguement les épaules avant de croiser les bras sur son torse, reprenant la conversation là où il voulait la mener.

(Dalan) : A présent, je doute que vous puissiez encore vous opposer à collaborer avec nous.

(Vladimir) : Et pourquoi ça ?

Le chef de la Ligue Noire fait un mouvement du menton en direction de Quicksilver. Celui-ci fait un pas en avant, son regard sombre perdu dans le vide, ne se fixant sur rien. Il se contente de tendre une mallette d’acier à son chef et sans ajouter le moindre mot, se repositionne à son emplacement initial une fois la transaction achevée. Dalan ouvre la mallette d’un geste rapide et en extrait une batterie robotique Rhésus.

(Dalan) : Parce que vous risquez d’avoir besoin de ça.

Vladimir écarquille les yeux, comprenant soudainement ce que veut insinuer le chef de la Ligue Noire qui lui fait face. Il sent son rythme cardiaque s’accélérer et la chair de poule le gagne en même temps que la panique. De ses doigts tremblants, il déboutonne le plus rapidement possible sa chemise de nuit, la faisant tomber vers l’avant. Sa main se crispe alors sur son cœur… où se trouve à présent le logement amovible destiné à accueillir une batterie de réploïde. La respiration de Vladimir se fait encore plus forte et il commence à entrer en tachycardie, la panique se lisant sur tous les traits de son corps, à la grande satisfaction de Lexus, qui semble se délecter de la scène.

(Quicksilver) : Il va s’évanouir.

(Dalan) : Lexus, injectez-lui des calmants. Nous n’avons pas fini de discuter.

Le chef de l’Aritark s’exécute sans discuter, retirant une seringue de sous la tablette adjacente au lit. Une fois l’injection faite, Vladimir ne tarde pas à se calmer et s’effondre au sol, apathique, les yeux dans le vague, la bouche entrouverte.

(Dalan) : A présent, monsieur Morlan, nous allons pouvoir parler plus sérieusement de votre implication future dans nos travaux.

(Lexus) : Vous n’êtes pas sans savoir que tout agent de l’Aritark rompant son contrat reste un agent dormant.

Vladimir reste coi, hébété, dans sa posture choquée. Lexus ne prend pas en compte son manque de réactivité, continuant à discourir tout seul.

(Lexus) : Bien sûr, vous le saviez. Après tout, c’est vous qui avez édicté ces règles.

(Dalan) : Ce qui importe à présent, c’est que si vous ne voulez pas vous retrouver à court de batterie, il va falloir vous montrer docile. Vous savez comment fonctionne les réploïdes, n’est ce pas ? A quel point ils peuvent se montrer fragiles…

Et à ces allusions visant indéniablement Almee, Vladimir ne peut s’empêcher de laisser éclater sa colère sous la forme d’une folie furieuse. Les doigts resserrés et crispés comme des serres d’aigle, il bondit depuis le sol jusque sur Dalan, prêt à l’étriper sur place en usant de toute la force dont il dispose maintenant qu’il est devenu un réploïde. Mais il n’a pas le temps d’atteindre le chef de la Ligue Noire : Quicksilver tend son bras gauche comme un barrage entre Vladimir et sa cible, densifiant le mercure qui le compose pour le rendre aussi dur que du titane. Le nouveau réploïde est projeté au sol et immobilisé, Quicksilver le maintenant à la gorge d’une poigne de fer. L’expression enragée de Vladimir se calme alors doucement avant de disparaître, laissant rejaillir les traits de sa mélancolie aphasique.

(Vladimir) : Après tout… n’est ce pas un châtiment mérité… pour avoir abandonné Almee ?

(Dalan) : Qu’est ce que vous marmonnez dans votre barbe, professeur Morlan ? Relevez la tête, cet air abattu ne vous sied guère. Vous allez pouvoir participer à l’un des plus importants projets scientifiques de ces dernières années, vous devriez vous réjouir.

Vladimir redresse un visage blasé vers son adversaire, soutenant son regard d’un air détaché.

(Vladimir) : Ces dernières semaines, j’ai travaillé sur un projet en avance de près d’un siècle sur la meilleure des idées que vous seriez susceptible d’avoir un jour. Et ce projet était pourtant vieux de plus de cinquante ans… alors cessez de vous prendre pour un visionnaire.

Un sourire féroce se dessine sur le visage de Dalan, qui hoche vivement la tête tout en applaudissant des deux mains, trois fois, très lentement.

(Dalan) : J’aime mieux ça, cette hargne. C’est ce qui fait de vous quelqu’un d’efficace et d’indispensable. Je ne suis pas obligé de me montrer poli plus longtemps.

Un simple coup d’œil de Dalan à Quicksilver suffit pour ordonner à ce-dernier d’augmenter la pression de sa poigne sur la gorge de Vladimir. Celui-ci ne tarde pas à manquer de souffle, serrant des deux mains le poignet de mercure de son aggresseur. Dalan s’accroupit pour se mettre au niveau de son otage, dont la teinte est en train de virer au bleu.

(Dalan) : A présent, vous n’êtes rien de plus qu’un esclave servile, une entité informatisée. Il m’est possible à tout moment de vous déconnecter, ou de vous imposer des décisions préprogrammées que vous prendrez pour des vérités absolues. Êtes-vous prêt à sacrifier votre libre arbitre par simple fierté ?

Voyant que Vladimir est sur le point de perdre connaissance, ses yeux commençant doucement à se révulser, Dalan ordonne d’un regard à Quicksilver de relâcher sa proie. Le professeur retombe lourdement au sol, éructant avec souffrance jusqu’à en vider le contenu de son estomac. Dalan laisse plusieurs secondes à Vladimir pour se reprendre, celui-ci se redressant sur ses avant-bras, un filet de bave coulant de sa bouche entrouverte et haletante.

(Vladimir) : Je… je… ne vois pas… pourquoi… vous voulez… tellement… m’avoir… à votre… service… mes capacités… ne sont pas…

Fatigué de ce discours entrecoupé de prises de respiration saccadées, Dalan agite la main pour couper la parole de Vladimir.

(Dalan) : Il ne s’agit pas de vos capacités, mais de vos connaissances. Je vous l’ai déjà expliqué. Nous avons besoin de certaines choses que vous savez et que vous devrez mettre à profit dans votre travail pour nous. C’est la seule chose qui vous rend indispensable à mes yeux et qui fait qu’à ce jour vous êtes encore en vie.

(Vladimir) : Des connaissances… ?

(Dalan) : Ne vous y trompez pas. Vous êtes un réploïde à présent, il m’est donc possible de vous arracher de force ce que je veux avant de laisser votre carcasse pourrir par la suite… mais je manque de temps, et vous serez plus efficace en personne. Dans tous les cas, le choix ne vous est pas laissé. A vous de voir si vous voulez vivre encore un peu, c’est tout.

Dalan jette un regard légèrement dégoûté à Vladimir, qui tente tant bien que mal de se redresser en massant d’une main tremblante sa gorge endolorie et violacée. Le professeur lève finalement la tête vers son interlocuteur et se contente de lui sourire d’un air effronté tout en haussant les épaules.

(Dalan) : Je préfère prendre ça comme un signe d’acceptation. Nous viendrons vous chercher dans deux heures pour commencer les travaux.

(Lexus) : Tâchez d’ici là d’avoir l’air moins… misérable.

Une fois cette dernière petite remarque acide du cher de l’Aritark lancée, le trio de persécuteurs quitte la pièce comme il est arrivé : dans le plus grand flegme. La porte-sas se referme sur eux et un voyant rouge apparaît sur le mur adjacent, indiquant que l’ouverture est verrouillée. Vladimir pousse un ricanement rauque qui se conclu par une violente quinte de toux.

(Vladimir) : Vous pouvez toujours courir.

Dalan, Lexus et Quicksilver font leur entrée dans un large laboratoire grouillant de scientifiques. La porte-sas donnant sur une plateforme surplombant la salle, ils peuvent contempler tous les hommes de science s’afférant au travail sur les divers postes disponibles dans ce grand espace clos.

(Quicksilver) : Il ne vous aidera jamais, c’est clair. Ca se voit dans son regard. Il vous méprise.

Dalan se retourne d’un air un peu surpris vers son subordonné qui s’est adossé au mur, les bras croisés.

(Dalan) : J’ai presque l’impression que ça vous fait plaisir.

Quicksilver ne répond rien, laissant ce blanc amener une réponse supposée. Lexus ressert ses mains sur la rambarde à laquelle il s’était appuyé en entrant dans le laboratoire.

(Lexus) : Il n’empêche qu’il a raison. Pourquoi ne pas avoir été jusqu’au bout ? Il n’y avait plus qu’un pas à faire pour lui administrer le projet « Renaissance ».

(Dalan) : Et c’est ce pas qui me servira de garantie. Comme je l’ai dis, Vladimir Morlan en personne sera beaucoup plus rapide et efficace que ce que nous tirerions de son simple savoir. S’il ne peut se montrer coopératif, alors nous franchirons le pas…

(Lexus) : C’est parce que vous l’estimez que vous n’êtes pas prêt à prendre cette décision !!

Lexus n’a pas le temps de se retourner que Dalan l’a déjà saisi à la gorge et soulevé comme s’il ne pesait rien avant de le plaquer contre le mur d’enceinte. Un grand silence se répand dans la salle face à ce spectacle, tous les regards se tournant soudainement vers cet évènement surprenant.

(Dalan) : Faites attention à vos allusions, Lexus. Votre vie ne vaut pas forcément plus que celle de Morlan à mes yeux.

Lexus se contente d’hocher fébrilement la tête avant d’être relâché par Dalan. Celui-ci s’accorde même le temps de réajuster le col de son partenaire avant de lui offrir un sourire feint de bonne camaraderie.

(Dalan) : C’est l’instabilité du profil test pour « Renaissance » qui m’amène à douter de son utilisation dans le cas du professeur Morlan…

Et le regard de Dalan se tourne vers une cuve cylindrique ornant le centre du laboratoire. Elle est reliée à tout un tas de câbles et d’ordinateurs affichant des séries interminables de chiffres ainsi que des indicateurs de fonctions vitales. A l’intérieur de la cuve, dans un liquide translucide et verdâtre, flotte un homme nu, musculeux, au crâne chauve. Il est visiblement inconscient. Un énorme câble descend du haut du cylindre et pénètre sa chair à la base de son crâne. Au bas de la cuve, une plaque gravée indique ces informations : « Renaissance 01 – G. Dextar ».

A l’extérieur du bâtiment de l’Aritark, la nuit est déjà bien avancée, mais la garde ne relâche pas sa vigilance, enchainant des rondes précises, dignes de soldats parfaitement entraînés. Soudain, un bruit strident se fait entendre en provenance de la grille bordant le portail d’accès principal. Les sentinelles tournent immédiatement la tête vers cette nuisance sonore inattendue. Deux gardes s’avancent vers la grille, laissant les deux autres en faction près de la porte. Une fois arrivés sur place, ils ne constatent rien d’anormal, si ce n’est trois sillons nettement marqué dans le métal.

(Garde 1) : On dirait la griffure d’une bête sauvage.

(Garde 2) : Une bête sauvage, hein ? A Hydrapole ? Tu as déjà vu un chat des rues laisser ce genre de traces ?

Un léger bruit provenant de derrière eux les interpelle. Ils redressent la tête, empoignant leurs armes, avant de se diriger d’un pas précis vers le point de contrôle de base… mais les deux collègues qu’ils avaient laissé sur place ont disparu sans laissé la moindre trace. Volatilisés.

(Garde 2) : Qu’est ce qu…

Mais il n’a pas le temps de finir sa phrase qu’il est happé en arrière par une ombre furtive se déplaçant si rapidement que son camarade n’a même pas le temps de distinguer ses traits. Sans même pousser un cri, le garde attaqué disparaît dans les ténèbres nocturnes.

(Garde 1) : Nom de dieu !!

Et il se dirige d’un pas rapide vers le bouton d’alarme situé sur la droite de la porte d’accès principale au QG de l’Aritark… seulement, il n’a pas le temps de faire quatre pas qu’il est saisit par l’arrière, un point de pression apposé très précisément sur sa nuque, lui faisant perdre conscience sur l’instant. L’aggresseur fait basculer sa dernière prise sur son épaule et court d’un pas vif jusqu’aux abords gauche du bâtiment, derrière un renfoncement de la façade où sont déjà allongés, inconscients, deux des autres gardes. Le Rouge se redresse après avoir déposé sa dernière prise au sol, puis affiche un sourire calme et satisfait.

(Le Rouge) : Je ramasse le dernier et je n’ai plus qu’à entrer par la grande porte.

Chapitre 153 Chapitre 155

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