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Misandrie

Sorti le 05/03/2011, compilé dans le Volume 17

Histoire :

Dolémi et Kyl marchent côte à côte dans les rues dépeuplées d’Hydrapole. La jeune fille est en train de parler avec une certaine agitation, et le Signe du Charme l’observe avec attention, semblant ne pas perdre une miette de ce qu’elle dit. Attentif, il hoche sérieusement la tête à plusieurs reprises, et son air grave laisse entendre sa surprise et sa consternation  face à ce qui est en train de lui être révélé. Une fois que Dolémi a terminé de parler, Kyl tourne un regard sombre vers Nor, qui trône actuellement sur l’épaule de la jeune femme de la DERIBEDO. Le chat ailé y répond par un hochement de tête sérieux, qui pousse son maître à pousser un long soupir.

(Kyl) : Le monde est donc si proche de sa fin…

Dolémi semble surprise de la manière dont réagit Kyl. Elle le dévisage un instant, comme si elle essayait de détecter une ironie masquée dans ses traits.

(Dolémi) : Alors… tu veux dire que tu me crois ?

(Kyl) : Pourquoi ? Je ne devrais pas ?

Dolémi écarquille les yeux, vraiment surprise par la crédulité du jeune homme face à l’incroyable révélation qui vient de lui être faite… une explication qui n’aurait certainement pas convaincu beaucoup de monde, normalement.

(Dolémi) : C’est seulement que… habituellement, les gens sont si pragmatiques…

(Kyl) : Je n’ai aucune raison de ne pas te croire. Tu avais l’air sincère, je t’ai écouté avec attention, et je n’ai pas détecté une once de mensonge dans ta voix… De plus Nor atteste ton honnêteté, et il n’y a pas meilleur preuve à mes yeux. Bien entendu, tu pourrais être folle et réellement persuadée de ce que tu dis sans que ce soit pour autant la vérité… mais ça je n’y crois vraiment pas. Je suis juste très choqué par ce que tu viens de m’apprendre… et effrayé aussi.

Kyl écarte alors les bras tout en regardant autour de lui, désignant d’un geste large tout ce qui l’entoure.

(Kyl) : Mais en même temps cela ne me surprend pas, regarde où ce monde va tout doucement. Des villes rayées de la carte, des attentats meurtriers, des exécutions publiques, des meurtres à tous les coins de rue. Pas besoin d’une comète pour que ce monde apparaisse en perdition. Kiren est sur le point de mourir, de toute manière… écrasée par sa propre décadence…

Dolémi contemple à présent le jeune homme d’un air plus sérieux, d’un œil plus neuf, comme si elle le découvrait pour la première fois. Il apparaît alors à mille lieux du garçon bizarre et gaffeur qu’elle a rencontré une trentaine de minutes plus tôt. Kyl tourne alors vers elle un regard grave dans lequel se lit réellement une impression d’inquiétude.

(Kyl) : Et tu me dis que j’ai un rôle à jouer dans la préservation du monde face à sa fin annoncée ? Je crois bien que c’est ça qui me fout le plus les boules… j’ai toujours pensé être quelqu’un d’à peu près banal, peut être un brin marginal, mais sans réelle histoire en dehors des buts que je me suis fixé. Qu’est-ce que tu veux que je fasse pour sauver Kiren ? Voyons, je suis encore qu’un gamin !

Dolémi le dévisage un instant puis finalement lui offre un petit sourire en coin, tournant la tête sur le côté d’un air absolument adorable.

(Dolémi) : Est-ce que tu essaierais de me charmer, par hasard ?

Kyl rougit soudainement beaucoup, retrouvant son expression décalée et vive. Il tourne vivement la tête de gauche à droite, de manière paniquée, puis détourne son regard, plongeant ses mains dans ses poches.

(Kyl) : Tu voudrais pas t’habiller ?

L’expression délicate et attendrie de Dolémi se métamorphose soudain en sa parfaite opposée : c’est à présent une colère brûlante qui se lit dans son regard.

(Dolémi) : Va au diable, espèce de bourrin !

(Kyl) : Rolalala ! Écoutes, c’est pas en te dénudant que tu vas te faire des copains. Tout ce que tu vas y gagner, c’est d’attirer de vieux pervers.

Dolémi se retourne vers lui, le dévisageant avec férocité, les mains plaquées sur ses hanches d’un air impérial et agressif.

(Dolémi) : Ca n’a rien à voir. C’est seulement que je n’arrive pas à supporter le contact des textiles sur ma peau. Crois-moi, le peu que j’ai là suffit déjà largement à me rendre à moitié folle.

(Kyl) : Donc tu préfères le contact de mains perverses sur ta peau ?

(Dolémi) : Mais, non, je… Mais c’est quoi ton problème à tout le temps parler de pervers ?

Nor se met à ronronner doucement, attirant l’attention de Dolémi sur lui.

(Nor) : Ce n’est pas méchant. Il dit simplement que tu troques du vinaigre pour du vitriol.

(Dolémi) : Bon, très bien, puisque ça te perturbe tellement…

Et Dolémi déploie la cape du désert qu’elle tenait accrochée à sa ceinture dans un mouvement ample, la faisant retomber sur ses épaules. Nor s’extraie de sous le tissus et vient se replacer par-dessus avec aisance, visiblement satisfait de voir la jeune fille se couvrir. Kyl hoche la tête lui aussi, plus à l’aise.

(Kyl) : Tu vois, ça ne t’as pas tué.

Dolémi lui lance un regard assassin du coin de l’œil, qui pousse le jeune homme à faire un pas de côté.

(Dolémi) : … Tu es gay, ou quoi ?

(Kyl) : Heu non, pas du tout.

Dolémi affiche un sourire satisfait face à la gêne visiblement ressentie par Kyl face à cette question.

(Dolémi) : Etrange. La plupart des garçons auraient été ravis de se promener à côté d’une fille comme moi, peu importe sa tenue d’ailleurs.

(Kyl) : Mais je ne suis pas un « garçon ».

(Dolémi) : Hein ?!

Dolémi dévisage Kyl, mais celui-ci semble on ne peut plus sérieux et affiche même une expression fière et farouche face à ce qu’il vient de déclarer. Nor s’empresse de venir nuancer les propos de son maître, mais d’une manière plutôt surprenante.

(Nor) : C’est plutôt qu’il est une perle rare au milieu d’un amas de détritus.

(Dolémi) : Vous avez pas un léger grain, tous les deux ?

(Nor) : Peu importe. Aide nous plutôt à trouver ce Lloyd Mihor, comme convenu.

Dolémi hoche la tête et presse le pas, visiblement peu dérangée de mettre un terme provisoire à cette conversation. Elle guide Kyl jusqu’à un  croisement donnant sur une grande avenue, plus fréquentée, mais où les gens affichent toujours la même expression de terreur et de traumatisme. Finalement, le petit groupe arrive à destination : Dolémi les a guidé jusqu’à une sorte de borne  munie d’un écran et de multiples capteurs, au-dessus de laquelle brille un néon jaune en forme de point d’exclamation. Au-dessous de l’écran apparaît l’appellation de l’appareil : Pandora-Scop.

(Kyl) : C’est quoi ce truc ?

(Dolémi) : C’est bien ce que je craignais… tu viens vraiment d’un trou paumé pour ne même pas connaître les bornes de recherche et d’information. Les Pandora-Scop sont des sortes de relais informatiques permettant de trouver son chemin en ville. Elles servent aussi d’annuaires, de GPS, de boîtes mails, de services d’informations générales, de…

(Kyl) : Bon, bon, d’accord. Ca va nous permettre de trouver où habite Mihor, c’est ça ?

Dolémi hoche la tête avant de caresser l’écran du bout des doigts, faisant apparaître un menu interactif sur lequel elle navigue avec dextérité et aisance, amenant l’application de l’annuaire à s’afficher. Un clavier tactile fait son apparition en projection holographique devant l’écran. Dolémi effleure des doigts les lettres, faisant apparaître le nom Lloyd Mihor sur l’écran. La recherche se lance automatiquement, et une dizaine de résultats apparaissent, tous accompagnés de photos et d’informations très précises sur les personnes.

(Kyl) : C’est le troisième.

Dolémi clique dessus et fait apparaître la page d’information dudit Lloyd Mihor. Un guide cartographique affiche l’endroit où il vit et l’itinéraire le plus rapide pour se rendre jusqu’à son domicile depuis la borne. D’autres informations diverses et variées  apparaissent, plus ou moins personnelles, ce qui semble choquer Kyl, tout comme Nor.

(Nor) : Les données de n’importe quel habitant sont consultables aussi facilement par tout un chacun ?

(Dolémi) : Vous ne saviez pas ? Hydrapole n’est pas la ville idéale si vous voulez vivre discrètement. Ici, n’importe qui a accès à toutes ces informations sur tous les habitants. La cité se vante de sa transparence, mais c’est un moyen détourné de contrôler la population. C’est certainement grâce à ce genre de choses qu’il y a si peu de criminalité dans cette ville. Tout fonctionne grâce à l’argent ici… si vous en avez suffisamment, vous pouvez mettre votre profil en privé et acheter votre tranquillité. Les grands criminels Hydrapoliens sont les leaders mafieux et les conglomérats financiers, comme la Pandora Corporation, qui pourtant fabrique et installe ces charmantes bornes, ainsi que les caméras de surveillance publique qui nous filment certainement en ce moment. Ironique, n’est-ce pas ?

(Nor) : Un beau tas de fumier.

Kyl hausse les épaules, visiblement plus enclin à se recadrer sur les choses pratiques.

(Kyl) : Peu importe, on a l’adresse de Mihor maintenant alors allons-y.

(Dolémi) : C’est un coin que je connais assez bien, je peux vous y conduire. Mais vous lui voulez quoi, à ce type ?

Le regard de Kyl se fait plus sombre et se détourne au moment de répondre, indice perceptible du mensonge qui accompagne ce geste.

(Kyl) : Rien. Une simple visite de courtoisie.

La nuit est déjà en train de tomber lorsque le trio arrive enfin devant le domicile de Lloyd Mihor. Celui-ci habite en périphérie, sur les collines du Nord d’Hydrapole, où vivent en général les gens assez aisés qui aiment le calme. La maison de l’homme en question est assez coquète et individuelle. La lumière brille au travers d’une seule vitre, qui semble donner sur le salon. Sans perdre une seconde, Kyl s’approche de la porte… et la défonce d’un coup de pied surpuissant, pénétrant à l’intérieur sans se soucier de ce que le voisinage a pu voir ou entendre. Dolémi, surprise et inquiète, se précipité à sa suite.

(Dolémi) : Mais qu’est-ce que tu fous ?!

Alors qu’elle rejoint Kyl, celui-ci est déjà dans le salon, faisant face à un homme d’âge mûr, aux longs cheveux et à la barbe raide, de couleur rousse. Quelques légères cicatrices bardent son visage maigre et osseux. Installé dans un canapé de cuir noir, celui-ci se redresse, visiblement choqué.

(Homme) : Mais c’est quoi ce bordel ? Vous êtes qui ? Qu’est-ce que vous voulez ?!

Dolémi attrape le bras de Kyl, tentant de le tirer en arrière pour le raisonner.

(Dolémi) : Qu’est-ce que tu fais ? Arrête. Sérieusement, tu m’inquiètes.

Mais Kyl ne fait plus du tout attention à elle. Son regard, devenu dur, sombre et impassible, scrute les moindres traits de l’homme qu’il a tant recherché.

(Kyl) : Tu es Lloyd Mihor ?

(Lloyd) : Oui… oui, c’est bien moi, mais qu…

(Kyl) : La perversion se lit sur ton visage, j’étais sûr que c’était toi.

Et sans attendre la réponse de son interlocuteur, Kyl se saisit de son épée à la finesse extrême et la fait piquer vers l’avant sans la moindre hésitation. Lloyd Mihor n’a pas le temps de réagir que la lame en forme d’aiguille perce sa chair et ressort de l’autre côté, le plantant contre le mur du fond. La lame lui transperce l’épaule, alors que Kyl avait visé directement le cœur. Dolémi l’a tiré en arrière, ce qui a dévié son geste, l’empêchant d’être mortel. Lloyd, planté contre le mur, hurle de douleur, mais Kyl l’ignore totalement, portant son attention vers Dolémi, qui lui tient toujours le bras et tremble soudainement face à l’expression glaciale de son compagnon.

(Kyl) : Ne m’empêche pas d’aller jusqu’au bout.

(Dolémi) : Tu es malade ou quoi ? On ne rentre pas comme ça chez quelqu’un pour le tuer !!

Pour toute réponse, Kyl porte sa main sous sa veste bleue et en extirpe une enveloppe blanche entrouverte, qu’il jette sur la table basse, laissant les multiples photos qu’elle contient valser dans toute la pièce. Dolémi se saisit de quelques-unes des photos, les contemple une seconde, puis les laisse retomber au sol pour plaquer une main contre sa bouche en essayant de s’empêcher de vomir. Le regard de Lloyd s’est également posé sur les clichés, et la panique n’a fait que redoubler à leur vision. Kyl le contemple avec dégoût, ne décrochant pas son regard.

(Kyl) : Vas-tu encore m’empêcher d’en finir avec cet immonde salaud ?

Dolémi tourne la tête vers Kyl, surprise par l’émotion étouffée dans la voix de Kyl, dont les yeux versent des larmes brûlantes sans pour autant que son expression enragée ne change.

(Kyl) : Il a violé et mutilé toutes ces gamines.

(Lloyd) : Non ! NON ! C’est pas moi !!

Les poils du dos de Nor s’hérissent soudainement.

(Nor) : Si… Si, Kyl… C’est bien lui.

(Lloyd) : C’est des conneries. Tout ça c’est des conneries. J’ai prouvé mon innocence, on m’a relâché !!

(Kyl) : Mais mon chat peut lire tes pensées, pourriture.

Un long instant de silence se fait alors entendre, ou Kyl baisse lentement la tête et pousse un profond soupir. Finalement, Kyl tourne son visage vers Dolémi qui, à son tour, contemple le violeur assassin avec une extrême sévérité. Une fureur vengeresse brûle dans son regard et Kyl sourit face à cette vision.

(Kyl) : Rien à redire ?

Et Dolémi ne répond rien.
Kyl détourne alors son visage d’elle pour aller scruter Llody Mihor dans le fond des yeux.

(Kyl) : Tu vois, c’est finalement une jeune femme qui aura décidé de ton sort. La boucle est bouclée. Ce n’est pas pour des êtres comme toi que je m’en vais sauver ce monde.

La lame est alors retirée de l’épaule d’un geste sec, et avant d’avoir touché le sol, Lloyd Mihor est mort, la gorge tranchée d’une oreille à l’autre. Kyl se saisit du bord de la nappe qui orne la table du salon et tire celle-ci jusqu’à lui pour essuyer son épée, après quoi il jette le tissu entaché sur le cadavre dans un geste de dégoût. Une fois son épée propre et rangée, il aide Dolémi à se relever et, la tenant par le bras, lui fait quitter la maison.
Le groupe marche en silence pendant près de vingt minutes avant que finalement le silence soit rompu par la jeune femme.

(Dolémi) : Alors c’est ça... tu parcours le monde pour faire payer les criminels innocentés par la loi ?

(Kyl) : Seulement les hommes.

Dolémi fronce les sourcils, tentant de comprendre.

(Dolémi) : Tu passes ton temps à traiter la gente masculine de perverse, tu parcours le monde pour assassiner des hommes… d’où te vient une telle haine ? Ce n’est pas courant, avoue.

(Kyl) : Elle me vient de loin…

Dolémi croise les bras, visiblement peu satisfaite de la réponse évasive de son interlocuteur.

(Dolémi) : Où es-tu né ?

(Kyl) : A Callisburgh.

(Dolémi) : Oh mon dieu ! Mais c’est une des villes qui a été rasée par l’un des missiles du CRTN, non ?

Kyl hausse les épaules, visiblement désintéressé du sort de sa ville natale.

(Kyl) : Il n’y avait plus rien là-bas pour moi, de toute manière. C’est triste pour toutes les vies qui s’y sont éteintes… moi je n’avais plus rien à y perdre.

(Dolémi) : Pourquoi ? Que t’est-il arrivé là-bas ?

Devant l’absence de réponse de Kyl, Dolémi s’apprête à insister, mais Nor attire son attention d’une pression de la patte et fait « non » de la tête, comme pour lui indiquer de ne plus parler de ça pour l’instant. Implicitement, Dolémi suit les recommandations du chat et laisse le silence reprendre ses droits. Au bout d’un moment, c’est Kyl qui relance la conversation.

(Kyl) : Au fait, je suis désolé… je ne voulais pas que tu sois mêlée à ça. Je n’ai pas pensé que ça pourrait être traumatisant pour toi.

(Dolémi) : Tu me prends pour qui ? J’ai déjà vu des morts… et déjà été responsable de certaines d’entre elles, malheureusement. Je suis une aventurière, même si je peux sembler un peu jeune pour tout ça, pas vrai ? Grâce à mon père, je mène une vie extraordinaire.

(Kyl) : Une vie qui amène à sauver le monde, je veux bien croire que c’est extraordinaire !!

(Dolémi) : Tu y contribueras toi aussi.

Kyl hoche la tête, un peu nerveusement.

(Kyl) : Ouaip. Mais pas qu’en tant que simple Signe. Je vais pas être utile à grand-chose, sinon, jusqu’au moment où l’on aura réellement besoin de moi. Je vais t’aider à trouver les autres Signes que tu recherches. Je déteste rester sans rien faire.

Dolémi affiche un léger sourire, transfigurant sa frimousse déjà très charmante.

(Dolémi) : Et bien, mon cher Kyl… c’est avec joie que j’accepte ton aide !

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