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Kyl Lysander, au service des femmes

Sorti le 16/02/2011, compilé dans le Volume 17

Histoire :

Dans une ruelle du quartier pauvre d’Hydrapole, un hurlement strident se fait entendre. Une poubelle se renverse sur le passage d’une jeune femme agitée, visiblement sujette à la panique. Elle trébuche contre celle-ci, s’effondrant de tout son long dans une flaque poisseuse d’eau croupie. Elle tente de se relevant en grimaçant, ses yeux versants d’abondantes larmes, mais elle ne se retrouve pas sur pieds de son propre fait : deux paires de mains viennent la soulever sous les aisselles, la faisant littéralement décoller du sol avant de l’envoyer violemment dans un coin de mur étroit, sans issue. Ses yeux paniqués scrutent les agresseurs qui lui font face : trois jeunes hommes vêtus pauvrement, portant tous sur la tête le même bonnet à la couleur rouge distinctive. Deux d’entre eux encadrent la jeune fille, qui ne peut taire un nouvel hurlement en voyant briller l’éclat pur et malsain d’une lame à cran d’arrêt entre les mains de l’un de ses agresseurs.

(Jeune fille) : Jack !! Jack, ne les laisse pas faire !! S’il te plaît, petit frère !!

Le troisième poursuivant, resté en retrait, et à qui s’adresse visiblement cet appel à l’aide, se contente de baisser honteusement la tête sur le côté, détournant le regard de sa sœur. Le garçon au cran d’arrêt se penche alors vers la jeune fille et lui lèche vulgairement la joue en ricanant.

(Truand) : Pas de chance, petite fille. Ton frère veut faire partie des Red Skulls, et il a dit être prêt à payer n’importe quel prix pour ça.

D’un rire gras et sans pitié, l’autre bandit agrippe violemment le chemisier en coton bleu de la jeune femme et le lui arrache d’un geste brusque et triomphant. Hurlant de peur et de honte, la victime tente tant bien que mal de camoufler sa poitrine, encore dissimulée derrière un soutien gorge noir et des lambeaux de tissu bleu.

(Jeune fille) : Jack !! Pitié !!

Le vandale au cran d’arrêt vient violemment caler son arme blanche sous la gorge tremblante de sa proie. Celle-ci s’immobilise, tétanisée par la terreur.

(Truand) : Ferme ta gueule, salope ! Tu l’ouvriras seulement pour avaler ce que je voudrais bien y mettre.

(Voix) : Et qu’as-tu l’intention d’y mettre, hmm ?

Les trois voyous se retournent à l’audition de cette voix qui vient de les freiner dans leur acte de barbarie. A l’angle de la ruelle, se découpant de l’ombre ambiante, se tient tranquillement un jeune homme adossé contre un mur de pierre recouvert de moisissures. Il a de beaux cheveux d’un blond pur, coiffés en bataille, agités au gré du vent, balayant l’écran de son visage pâle et d’une admirable finesse. Ses deux grands yeux verts observent la scène, passant d’un intervenant à un autre dans une sorte de balai mêlant grâce, préciosité et indifférence. Il est vêtu d’une chemise de soie fine, d’une magnifique couleur blanche, au dessus de laquelle il a enfilé un long manteau de tissu bleu marine brodé de fils rouge et aux boutons finement gravés de couleur or. De longues et fines lanières de tissu, fixées à des boucles d’argent, sont accrochées à ses épaules et dans son dos, retombant le long de son habillage pour mieux affiner sa silhouette déjà très svelte. Sous sa chemise se dessine la forme d’un haubert en laine fine, lui aussi de couleur bleue, qui ressort sous sa ceinture pour lui descendre jusqu’à mi-cuisse, camouflant la moitié supérieur du pantalon noir qui couvre ses jambes. Enfin, pour compléter son habillement, il porte de hautes bottes à boucles d’acier et aux semelles imposantes… visiblement des chaussures de voyage assez usées, prouvant que leur utilisateur a déjà beaucoup bourlingué. Vu son allure générale, il est clair qu’il n’est pas originaire d’Hydrapole. Dans son dos, glissé entre ses deux omoplates, se tient un fourreau d’une finesse extraordinaire. Le pommeau de l’arme qu’il contient est caché juste derrière la nuque de son propriétaire.

(Inconnu) : A mon humble avis, rien qui ne risque de l’étouffer.

Le nouvel arrivant redresse mollement la tête vers le ciel, affichant un léger sourire méprisant.

(Inconnu) : Qu’en penses-tu, Nor ?

A cette injonction, une ombre apparaît au bord d’un balcon déglingué surplombant la ruelle. La chose se jette alors dans le vide et déploie des ailes avant de planer jusque sur l’épaule droite de l’inconnu. Il s’agit tout bonnement d’un petit chat noir aux yeux d’un violent brillant... qui paraîtrait presque normal s’il ne disposait pas d’une belle paire d’ailes blanches. A sa longue queue, ornée d’une touffe de fourrure blanche en son bout, est attaché un petit ruban de tissu bleu, rappelant ceux qui ornent la veste de son maître.

(Nor) : Je pense qu’il va falloir trancher, mon cher Kyl.

Les truands et la jeune fille qui jusqu’à alors étaient restés impassibles, trop surpris de l’intervention de ce mystérieux étranger, apparaissent subitement estomaqués en entendant des paroles claires et limpides sortir de la bouche de ce chat qui était déjà suffisamment bizarre de par les ailes ornant son dos. Le plus téméraire des voyous, celui tenant le cran d’arrêt, est le premier à réagir, faisant un pas en avant en agitant son arme d’un air menaçant.

(Truand) : Tu te prends pour qui, espèce de clown ? Dégage de là, oublies que tu nous as vu !

Son acolyte, qui tient toujours entre ses mains le chemisier déchiqueté de la fille qu’il s’apprêtait à violenter lui agrippe l’épaule d’un geste tremblant.

(Truand 2) : Fais gaffe, ce chat là… ça doit être un familier. Ce type est surement un mage.

(Kyl) : J’en ai assez de vous entendre, répugnants mâles en rut. Vous allez crever comme les bêtes que vous êtes.

Et ajoutant le geste à la parole, Kyl se saisit à la vitesse de l’éclair du pommeau de l’arme se situant derrière sa nuque, abattant si vite celle-ci vers le sol qu’il n’est même pas possible de distinguer la nature de ce qui vient de fendre l’air. Le cran d’arrêt du truand tombe au sol, accompagné de la main de celui-ci, tranchée nette. Le second truand fait un pas en arrière, éructant des borborygmes incompréhensibles et ensanglantées. Sa gorge, fendue d’un étrange sourire carmin, envoi aux alentours de petits jets de sang. Il s’effondre raide mort quasiment tout de suite tandis que l’autre, se tenant le poignet, s’apprête à hurler de terreur. Il n’en a pour ainsi dire pas le temps car ses yeux pivotent à 180° et lui font voir l’envers des choses tandis que sa tête roule au sol dans un bruit plat et bref. Enfin, le dénommé Jack qui avait cru bon de rester en retrait, n’a même pas le temps d’écarquiller les yeux avant d’être transpercé de part en part. Son souffle est coupé immédiatement et sa vie le quitte, suivant le mouvement de retrait de la lame qui lui perce le poitrail. Kyl retire son étrange arme ensanglantée du corps de sa dernière victime. Ce qu’il manie comme une rapière ressemble plus à une longue aiguille d’acier au bords tranchants dont l’embout destiné à être tenu est enroulé de bandelettes de tissu blanc. D’un mouvement mécanique, le tueur rengaine son arme et porte son attention vers la jeune fille complètement traumatisée. Au bord des larmes, elle ne sait plus pour quelle raison elle doit paniquer, mais à la vue du cadavre de son frère, elle tombe à genoux et se met à hurler, enfouissant son visage entre ses mains.

(Nor) : Oulah, on dirait bien qu’elle a été traumatisée.

Kyl hoche la tête aux paroles de son chat ailé et s’accroupit au niveau de la jeune femme, arrachant les restes de son chemisier des mains déjà raides de son agresseur pour les déposer sur ses épaules nues et tremblantes.

(Kyl) : Je suis désolé. Dans l’immédiat, je n’ai pas pu les faire souffrir plus que cela. Espérons que là où ils sont à présent, ils seront d’autant plus punis. Ça va aller ?

La jeune femme redresse son visage tremblant et recouvert de larmes pour faire face à son sauveur, également meurtrier sanguinaire de son frère. Prise d’aphasie, elle se contente de le contempler en tremblant, des larmes s’écoulant silencieusement de ses yeux rouges de douleur.

(Kyl) : J’ai fais quelque chose qui vous a offensé ?

(Jeune fille) : Vous… vous les avez… tué…

(Kyl) : Je doute que ce qu’ils s’apprêtaient à faire eut été plus gentil.

La jeune femme hésite un instant, agitée par des hoquets. Il s’en faut peu qu’elle ne vomisse, mais elle parvient à retrouver son souffle.

(Jeune fille) : Je… ce n’est pas ça… vous… désolée. Merci…

Devant l’incohérence des propos de la jeune femme, Kyl jette un coup d’œil à Nor qui se contente de pencher la tête de côté en relevant la patte d’un air incertain. Le justicier sanguinaire hausse alors les épaules avant de se redresser, aidant la jeune fille à le suivre dans ce mouvement.

(Kyl) : Je suis désolé, mais je n’ai pas le temps d’écouter votre histoire, comment tout cela est arrivé et ce qui va avec. Je dois partir. Au revoir, et soyez prudente à l’avenir.

Et Kyl s’en va ainsi, sans un mot de plus, laissant derrière lui la jeune femme tomber à genoux aux côtés du corps sans vie de son frère, autour duquel s’écoule déjà une large flaque de sang…
Le jeune tueur débouche dans une artère un peu plus vaste de la ville, assez peu peuplée à ce moment de la journée, et encore plus qu’à l’accoutumée étant donné l’attentat qui a bouleversé tout Hydrapole quelques heures plus tôt.

(Kyl) : Espérons qu’elle n’en gardera pas un traumatisme trop important.

(Nor) : Ces hommes, je te jure… tous des bêtes.

Kyl lui lance un regard de travers, un peu taquin.

(Kyl) : Et c’est un chat qui dit ça ?

(Nor) : Vas te faire voir, toi !!

Kyl croise les bras sur son torse, prenant un air sérieux. Il aspire une grande bouffée d’air avant de reporter son regard sur son compagnon félin.

(Kyl) : Bon. File moi la moitié.

(Nor) : Hors de question.

Kyl s’agite soudainement, écartant les bras en trépignant de manière nerveuse, ce qui pousse Nor à déployer ses ailes pour planer un peu plus loin et atterrir au sol.

(Nor) : Tes caprices n’y changeront rien.

(Kyl) : Alleeeeeeeeeeez !!

Nor se cambre en avant, hérissant les poils de son dos et tendant sa queue à l’extrême pour prendre un air agressif.

(Nor) : J’ai dis non !

(Kyl) : Mais qu’est ce que je vais devenir si tu ne me files qu’un cinquième de l’argent que tu as volé ? Donnes m’en un peu plus, espèce d’égoïste !

Nor détourne la tête d’un air dédaigneux.

(Nor) : Tu n’avais qu’à en voler toi-même.

(Kyl) : Mais j’étais en train de tuer des mecs !!

Un couple de vieilles personnes passant juste à côté à ce moment là écarquille les yeux à l’audition de cette dernière phrase et à la vision, plutôt désolante, d’un homme parlant avec un chat… ailé ? Subitement, le couple presse le pas, visiblement effrayé.

(Nor) : Tu nous fais remarquer, boucle-la.

(Kyl) :  "Je" nous fais remarquer ?! De nous deux, qui est le plus remarquable ? Remonte sur mon épaule et ferme-la. On va encore avoir des ennuis.

Hochant la tête pour obéir à cette injonction, Nor s’exécute sans discuter, repliant ses ailes de manière à les camoufler au mieux sous son petit corps. Kyl presse le pas pour quitter au plus vite ce coin de la ville, jetant de temps à autre des regards anxieux par-dessus son épaule.

(Nor) : Et maintenant ?

Kyl manque de faire une crise cardiaque à l’audition de cette petite voix jaillissant au creux de son oreille. Il s’arrête brutalement en se tenant la poitrine, fusillant son chat ailé du regard.

(Kyl) : Je t’ai déjà dis mille fois de ne pas faire ça.

Et presque aussitôt un gargouillement atroce se fait entendre, semblant provenir des entrailles de la terre, comme le grondement lent et suppliant de deux plaques tectoniques en friction… mais le son provient de bien moins loin. Il jaillit en fait du ventre de Kyl qui se le barre soudainement des deux bras tout en se pliant en deux, comme si ce mouvement allait atténuer le cri d’agonie de son estomac affamé.

(Kyl) : J’ai faiiiiim !!

(Nor) : Non, mais dites moi que je rêve.

Kyl lance un regard perçant à son chat avant de se reprendre, laissant le gargouillement interminable s’achever pour se redresser.

(Kyl) : Bon, bon, d’accord. Cherchons des informations sur… hum… mince… j’ai oublié son nom.

(Nor) : Lloyd Mihor.

(Kyl) : J’allais le dire !

(Nor) : C’est ça je te crois.

Nouveau regard enflammé en direction du félidé. Ce-dernier se contente de l’ignorer en redressant le menton d’un air supérieur et majestueux.

(Nor) : Bon, allons glaner des infos dans une taverne, histoire que tu puisses faire taire ce puis sans fond qui te sert d’estomac.

(Kyl) : Bien sûr il va sans dire que je suis un peu en rade niveau budget et…

Nor pousse un soupir tout en coupant la parole à son maître.

(Nor) : C’est bon, je te donnerais une part de ce que j’ai volé.

Kyl tourne la tête de l’autre côté pour se mordre les lèvres et exulter silencieusement une victoire silencieuse mais visiblement très appréciée.

(Kyl) : *Gagné !!*

Nor lui lance un regard blasé, et comme pour lui rappeler qui est le véritable dominant de l’affaire, il enfonce ses griffes dans l’épaule qui lui sert de support. Kyl étouffe un cri de douleur et plisse les yeux, tentant de se montrer impassible.

(Nor) : N’oublie pas que je peux lire en toi comme dans un livre ouvert.

(Kyl) : Bon, bon, allez en route !!

Et à une dizaine de mètres derrière cet improbable duo se tiennent deux silhouettes camouflées sous d’épais manteaux du désert. L’une est haute et large, l’autre fine et petite.  Les chapeaux à larges bords qu’ils portent laissent retomber des bandelettes de tissu masquant leurs visages. Madner et Dolémi sont sur les traces du Charme.

Chapitre 150 Chapitre 152

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