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.:: Chapitre 15 ::.
Monsieur Opitz
Sorti le 16/05/2007, compilé dans le Volume 2
Histoire :
Dans son bureau, toujours méticuleusement rangé et ordonné, Erkham est en train de ranger des dossiers, semblant un peu angoissé. Il se lève de son bureau et approche de la fenêtre dont il entrouvre le store pour regarder à l’extérieur le paysage métallique et lissé d’Hydrapole, semblant chercher quelque chose du regard.
(Erkham) : Vladimir… j’espère que tout se passe bien.
Serré dans son costume vert olive, le gros bonhomme s’en revient à son bureau en soupirant quand soudain la porte-sas de son lieu de travail s’ouvre en grinçant, laissant entrer un homme baraqué en complet noir et aux lunettes de la même teinte, presque chauve et le visage dur. Il a l’allure d’un garde spécial du bâtiment. Erkham lève la tête vers cette personne qu’il ne connaît pas, une expression de surpris affichée sur le visage.
(Erkham) : Bonjour, monsieur… ma secrétaire n’a pas dû vous dire que je ne rencontrais personne sans rendez vous.
Le type en costar ne répond rien, tournant la tête de droite à gauche pour observer le bureau derrière ses lunettes noires, puis il se décide finalement à approcher du bureau d’Erkham.
(Garde) : Elle a voulu me le dire, mais elle s’est tout de suite tue en voyant ça.
Il sort de sa poche un document à moitié froissé qu’il balance sur le bureau d’Erkham. Ce-dernier considère le papier d’un air inquiet avant de le saisir d’une main tremblante. Le seau personnel de chef du CRTN est apposé au sommet du document.
(Erkham) : Ce seau… ce papier vient de Monsieur Opitz.
(Garde) : En personne.
Suant à grosses gouttes, Erkham lit le document d’un œil vif, de plus en plus tremblant au fur et à mesure que sa lecture avance. Une fois qu’il a terminé, il pose le document sur le bureau et redresse la tête vers le garde qui n’a pas bougé d’un centimètre, se demandant si ce-dernier ne va pas sortir un pistolet et l’abattre sur le champ.
(Erkham) : Monsieur Opitz… veut me rencontrer.
(Garde) : Oui.
Erkham se redresse lentement et commence à avancer vers la porte-sas, devançant le garde qui ferme sa marche. Le directeur du département scientifique est complètement trempé de sueur, tremblant. Le garde ne lui adresse pas un mot, se contentant de le faire avancer vers un ascenseur reculé au fond d’un couloir, un ascenseur qu’habituellement personne n’a le droit d’emprunter et qui n’a qu’une seule et unique destination : l’ascenseur qui descend au bureau de Monsieur Opitz.
Le garde passe devant Erkham et s’arrête devant une console à la droite de la porte, ouvrant le clapet qui se trouve devant. Il compose quelques numéros sur le clavier qui est apparu derrière, et la porte de l’ascenseur s’ouvre lentement. L’intérieur de celui-ci est minuscule : un petit réduit où Erkham, avec son embonpoint caractéristique, et le garde, avec sa carrure de rugbyman, ont bien du mal à tenir tous les deux. Le garde appui sur l’unique bouton de l’ascenseur, et celui-ci se met à descendre.
Cette descente semble interminable aux yeux d’Erkham. Il regarde plusieurs fois sa montre d’un air neveux, ce que semble remarquer le garde d’un œil en coin.
(Garde) : Le bureau de Monsieur Opitz est au vingt-sixième sous-sol.
(Erkham) : Vingt-sixième ? Mais le CRTN ne dispose que de quinze sous-sols !!
Le garde se contente de ricaner en détournant son regard du visage blême du directeur du département scientifique, qui n’en revient pas de ce qu’il vient d’entendre. Alors même lui ne connaissait rien à son lieu de travail ?
Soudain, l’ascenseur s’immobilise sans crier gare, de manière assez brusque, ce qui fait pousser un petit cri de surprise à Erkham. La porte s’ouvre lentement, donnant sur une pièce pratiquement plongé dans l’obscurité la plus totale, et dont la seule lumière provient d’un petit cabinet de toilette éclairé par un misérable néon en fin de vie.
Le garde donne un coup d’épaule à Erkham pour le faire avancer.
(Garde) : Ne faites pas attendre Monsieur Opitz.
Erkham s’extrait d’un pas hésitant de la cabine, et une fois derrière, le garde referme la porte presque immédiatement, laissant Erkham plongé dans l’obscurité et le désarroi. Le directeur du département scientifique ne sait que dire, ni que faire, et attend simplement que l’autre personne présente dans la pièce, s’il y en a une, lui donne ses ordres.
Les yeux d’Erkham commencent à s’habituer à l’obscurité ambiante et il distingue un bureau à deux mètres devant lui derrière lequel se trouve un fauteuil ovale retourné vers le mur opposé. Entendant le bruit court d’une respiration confiante et passive provenant de ce fauteuil retourné, il en déduit que Monsieur Opitz est assit là et attend également de son côté.
Alors qu’Erkham s’apprête à prendre la parole pour démarrer la conversation, une voix s’élève du fauteuil retourné.
(Opitz) : Monsieur Erkham… prenez place.
D’abord hésitant, Erkham se rend compte de la présence d’une chaise de son côté du bureau et s’y assit calmement, essayant de masquer le stress qui déforme son visage et fait couler sa transpiration abondamment. Attendant qu’Opitz reprenne la parole, Erkham est presque effrayé au moment où le fauteuil se retourne vers lui. Ce qui le frappe d’effroi n’est pas tant le mouvement rapide par lequel ce pivotement a été fait, mais plutôt l’apparence du chef du CRTN. Erkham a en face de lui un jeune garçon à qui il ne donnerait pas plus de quinze ans, s’il ne jugeait qu’à l’ensemble. Pourtant, ses yeux glacials et froids, son visage dur, donnent l’aspect d’une personne qui a vécu longtemps et qui connaît tous les secrets du monde. De fins cheveux blancs tombent autour de son visage cristallin et masquent en partie ses yeux perçants d’un noir d’ébène. Le contraste de ces couleurs est frappant, tout comme l’étrange manteau que porte le chef du CRTN, de par sa coupe longue et des nombreux signes cabalistiques incompréhensibles qui sont imprimés dessus. Opitz affiche un sourire froid, perdu, ses yeux ne cherchant pas le regard de son interlocuteur.
(Opitz) : Monsieur Erkham… bonjour à vous.
Erkham, ignorant l’apparence choquante de son chef qu’il n’avait encore jamais vu, essaye de répondre au mieux, évitant de sourire à l’idée qu’il a travaillé pendant près de vingt cinq ans aux services d’un type aux allures de gamin.
(Erkham) : Monsieur Opitz… c’est un grand honneur de vous rencontrer enfin, je…
(Opitz) : Tais toi.
Erkham sursaute en entendant le ton qu’emploi cet homme enfant, et la manière froide dont il prononce ses mots. Le sourire d’Opitz a disparu, et celui d’Erkham s’estompe de plus en plus. Un instant s’écoule avant qu’Opitz ne reprenne une expression dolente.
(Opitz) : Hunhun… Monsieur Erkham… le directeur de mon département scientifique…
Il laisse s’écouler un temps qu’Erkham met à profit pour hocher la tête vigoureusement en se callant mieux dans son siège.
(Opitz) : Je vous ai convoqué pour vous poser une unique petite question, cher ami… alors vous allez y répondre nettement, sans détours, n’est ce pas ?
(Erkham) : Oui… oui, oui, Monsieur !
Opitz écarte les bras en affichant une expression radieuse qui soulage un instant Erkham… jusqu’à ce qu’il entende cette fameuse question qu’il redoute, se doutant très bien de ce dont il s’agit.
(Opitz) : Pourquoi, selon vous, il paraît judicieux de délivrer un mandat de sortie à l’un de nos scientifiques sans demander mon accord ?
Erkham baisse la tête pendant qu’Opitz joint ses mains sur le bureau, tout en continuant à sourire, contrastant complètement avec l’atmosphère lourde qui s’est installée dans cette pièce.
(Opitz) : Hmm… votre silence est révélateur. Alors vous aurez peut être réponse à une autre question ?
Erkham s’enfonce de plus en plus dans son siège. L’expression de son interlocuteur a encore changé : il a perdu son sourire et sa tête s’est baissée, si bien qu’Erkham ne peut plus voir son visage d’adolescent.
(Opitz) : Pourquoi croyez vous bon d’autoriser la remise en route et la sortie sans surveillance d’un modèle de réploïde issue d’une série bugée dont l’indice de dangerosité a été placé au niveau 5 ?
(Erkham) : Mon… Monsieur O… Opitz… je suis… désolé, je… c’est… ce n’est pas moi qui…
(Opitz) : Vladimir Morlan, oui… je le sais. Mais c’est de vous dont on parle à présent.
Le visage d’Opitz se redresse subitement, affichant des yeux très inquiétants qui se plongent dans ceux d’Erkham. Ce-dernier sursaute, manquant de peu de tomber de son siège. En une fraction de seconde, les quelques feuillets qui étaient disposés sur le bureau se retrouvent projetés en l’air et Opitz réapparaît, debout, à côté d’Erkham qui pousse un léger cri d’effroi, se calfeutrant dans le côté opposé de son siège.
(Opitz) : Je ne vous aime pas, Erkham.
Opitz place délicatement sa main sur le torse de son interlocuteur et affiche un sourire malsain devant le visage empli d’incompréhension de ce-dernier. Une légère secousse se propage le long de son bras avant de finir au bout de ses doigts, et les yeux d’Erkham se révulsent et roulent dans leurs paupières. Les yeux du directeur du département scientifique se ferment en même temps qu’il pousse son dernier souffle. Son corps tombe lourdement au sol, renversant le fauteuil sous son poids.
(Opitz) : Aucune volonté…
Opitz retourne alors calmement s’asseoir à sa place, croise les bras sur son bureau et attend un instant, une expression figée de plaisir sur le visage. Il lance alors un bref regard vers le corps inanimé.
(Opitz) : Ou alors, je suis prêt à accepter votre démission.
Il laisse s’écouler un temps, continuant à observer le cadavre qui se raidit déjà.
(Opitz) : Non ? Tant pis alors…
Opitz se redresse de son bureau et appui sur un petit bouton rouge disposé dans l’angle droit de celui-ci. Un léger bruit crépitant résonne alors avant qu’une voix ne résonne de l’autre côté de l’appareil.
(Voix) : Oui, Monsieur Opitz ?
(Opitz) : Envoyez une équipe de nettoyage faire le ménage dans mon bureau.
Il lance un regard vers le corps sans vie d’Erkham, toujours misérablement retourné face contre terre, puis il lève les yeux au ciel.
(Opitz) : Il y a des cafards qui pullulent par ici.
(Voix) : Bien Monsieur.
(Opitz) : Et affrétez mon Hammer… je pars chercher Vladimir Morlan, et lui inculquer un peu le respect des lois de notre entreprise.
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